Direct Soir n°157 25 mai 2007
Direct Soir n°157 25 mai 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°157 de 25 mai 2007

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (222 x 292) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,5 Mo

  • Dans ce numéro : Martin Scorsese le cinéma au coeur

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Directsoir N°157/Vendredi 25 mai 2007 6 EN COUVERTURE LE CINÉMA COMME PATRIMOINE MARTIN SCORSESE FAIT PARTIE DES RARES LÉGENDES VIVANTES DU CINÉMA. PALME D’OR À CANNES POUR « TAXI DRIVER » (1976), IL HONORE À NOUVEAU DE SA PRÉSENCE LE 60 e FESTIVAL. PORTRAIT D’UN PASSIONNÉ PAR UN FAN DE LA PREMIÈRE HEURE. Martin Scorsese avec Jack Nicholson sur le tournage des Infiltrés. Il faut sauver le soldat cinéma FOTOBLITZ/STILLS/GAMMA
B. FOUBERT/PHOTONONSTOP www.directsoir.net Il est des rendez-vous qui marquent votre vie. Adolescent, je me nourrissais chaque semaine d’un article du Reader’s Digest : « L’homme le plus extraordinaire que j’ai rencontré ». Je collectionnais ainsi la galerie de mes mentors, rêvant un jour de pouvoir approcher l’un d’eux. La vie m’a gâté, j’ai croisé tant de héros de mon imaginaire ! Je ne m’en suis jamais lassé. Les rencontres sont les croisements de l’autoroute trop rectiligne de notre existence. Il suffit de prendre l’embranchement. Il vous conduit vers les sentes buissonnières d’autres découvertes, d’autres passions. « Martin Scorsese au téléphone », m’annonce mon assistante. Je prends, persuadé d’une plaisanterie de plus. Mais sa voix ne s’imite pas. C’est bien mon héros cinématographique : « Je suis de passage à Paris, pouvons-nous nous rencontrer ? » Je me demande en quoi un petit pubar « frenchy » peut l’intéresser. Je revois sa vie en avalanche. Sa naissance, un automne 1942 à Long Island, dans ce quartier de la Petite Italie dont il fera le décor fétiche de son œuvre. Enfant, il souffre gravement d’asthme, les corticoïdes ne sont pas de saison, il est « consigné » chez lui, interdit de sport et de sorties. Ses parents, immigrés siciliens, ont peu de moyens de le distraire, ils l’emmènent au cinéma du quartier. C’est la révélation. Scorsese ne ratera plus une séance, attendant fiévreusement la nouveauté du mercredi suivant. NAISSANCE D’UN STYLE De retour chez lui, il dessine, dès 10 ans, ses premières idées de film. Il est « addict » pour la vie. Inquiet de cette dépendance juvénile, son père le confie à un collège de séminaristes. Ce n’était pas le bon docteur. Scorsese se rebelle et se fait renvoyer au bout d’un an. Il achèvera ses études en esprit libre à la Cardinal Hays School du Bronx, pour s’inscrire dès ses 18 ans au cours de cinéma de la New York University. Licence puis maîtrise, à 24 ans, il est diplômé. Ses deux inspirations sont la Nouvelle Vague française dont il me parlera goulûment à chacune de nos rencontres et le Shadows de John Cassavetes. Pour survivre, il donne des cours à la NYU, pour vivre, il écrit et tourne son premier long-métrage : Qui frappe à ma porte ? A l’affiche : Harvey Keitel. Il fête ses 27 ans et sa première commande : le tournage de The Honeymoon Killers. Il sera remercié en fin de première semaine lorsque les producteurs découvriront qu’il filme uniquement en plans séquences très larges, risquant d’aboutir à un premier montage de 4 heures. L’échec lui servira de leçon, le style scorsesien est né de là. RENDEZ-VOUS AU RITZ Je suis au Ritz, ce temple de célébrités « first class », à la mode à force d’être démodé. Je frappe le cœur battant à la porte de sa suite. C’est lui qui m’ouvre. Je ne vois que ses yeux électriques presque phosphorescents derrière ces grosses lunettes carrées à la Arthur Miller. Et le torrent de mots se déverse aussitôt. Martin Scorsese ne parle pas, il vous précipite dans une avalanche de mots qui vous étouffe et vous entraîne. « Je sais que vous aimez le cinéma, me dit-il, j’ai besoin de votre aide et celle de vos clients. Il faut m’aider à sauver la mémoire du cinéma. » Je suis interloqué, quasi muet, ce qui n’est pas mon fort. Connaissant sa vie à la lettre, je pense à cette année 1974 où, désertant New York sa bien-aimée, et sa chère université, il s’envole pour l’usine à rêves de Los Angeles. Hollywood n’est pas le cercle fermé des milieux cinématographiques français. Tout jeune talent, fut-il inconnu, y est reçu pour lui donner sa chance. Roger Corman proposa à EN COUVERTURE 7 Martin Scorsese est connu du public pour ses films. Mais le défendeur discret du 7 e Art et son action inlassable à la tête de l’American film foundation sont beaucoup moins connus. A l’occasion du 60 e Festival de Cannes, Jacques Séguéla évoque sa rencontre avec le réalisateur de « Taxi Driver ». Il dessine, dès l’âge de 10 ans, ses premières idées de film Marteen (ne l’appelez jamais « Martin », il ne vous répondra pas), de réaliser son premier film Bertha Boxcar, avec David Carradine et Barbara Hershey. Le cinéma est une boule de neige. Un succès, fut-il d’estime, entraîne une commande, fut-elle d’amitié. LE SPECTATEUR DU MONDE John Cassavetes engage le jeune surdoué à ne pas se laisser formater par les grands studios mais à lâcher la bonde de sa créativité personnelle. Il choisira d’être le spectateur lucide du monde tel qu’il est, non tel qu’il devrait être : ce sera Mean Streets et sa rencontre avec Robert De Niro. La suite aura pour titre Taxi Driver, en 1976, qui décoche la Palme d’or à Cannes, avec un jury présidé par Tennessee Williams. A 34 ans, Scorsese commence à écrire une des plus belles pages du cinéma, qui pourtant, s’enchaînera par un flop retentissant New York New York avec Liza Minnelli. Qu’importe, un cinéaste est né. SAUVER LE PATRIMOINE DU 7 e ART Je suis dans la suite du Ritz, Madame Scorsese surgit, petite souris attentive et discrète. Elle nous prépare et nous sert le thé de sa main, sans quitter des yeux son mari depuis 40 ans. Marteen, lui, n’a pas cessé de parler. La passion monte, il se lève, moulinant des bras, sautillant sur ses pantoufles Gucci (son seul luxe), il mime les scènes de ses films préférés et m’annonce : « Ces images d’anthologie sont en train de s’effacer peu à peu. Si nous ne restaurons pas ces chefs-d’œuvre, si nous ne les numérisons pas, nos enfants ne les verront jamais. Comment être complice de ce crime culturel en ne réagissant pas ? » Je connais l’American Film Foundation, dont il est le président, entouré des plus grands réalisateurs de la planète, Eastwood, Spielberg, Lucas, Woody Allen, mais je n’imaginais pas que c’était la passion de sa vie. « Savez-vous, poursuit-il sur son rythme de Kalachnikov, que les droits de Borsalino avec Delon et Belmondo, sont bloqués depuis des décennies ? Il existe quelques copies sous le manteau d’une qualité désastreuse. Séguéla, il faut m’aider à convaincre les milieux d’affaires français. » L’engagement de Marteen date de 1980. Raging Bull l’a sacré (deux oscars, dont un pour De Niro) et, déjà, il se lance dans l’aventure de la préservation du patrimoine cinématographique. Il a du mal à convaincre, mais s’acharne. Les premières « Si nous ne restaurons pas ces chefs-d’œuvre, nos enfants ne les verront jamais. Comment être complice de ce crime culturel en ne réagissant pas ? » Martin Scorsese F. NEBINGER/ABACA



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