Arte Magazine n°2021-05 30 jan 2021
Arte Magazine n°2021-05 30 jan 2021
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2021-05 de 30 jan 2021

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2 Mo

  • Dans ce numéro : en thérapie.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ARTE MAG N°5. LE PROGRAMME DU 30 JANVIER AU 5 FÉVRIER 2021 8 Des personnes âgées isolées au-delà du supportable, du personnel soignant en détresse  : le documentaire Vieillir enfermés nous immerge dans un Ehpad parisien frappé par le Covid-19. Entretien avec son réalisateur, Éric Guéret. Mercredi 3 février à 22.40 Documentaire Vieillir enfermés Lire page 20 M 27/1 22/7/2023 Éric Guéret Chambres d’attente Quand avez-vous commencé à tourner ce film ? Éric Guéret  : À la mi-mars 2020, lorsque l’on ne connaissait pas encore très bien le virus, et que l’on a compris que les Ehpad allaient subir les plus grandes difficultés. Celui dans lequel j’ai tourné * comptait 120 résidents  : un tiers d’entre eux ont été contaminés par le Covid, 12 en sont morts... Une grande partie de l’équipe soignante, formidable de courage et de résilience, demeure traumatisée par ce qu’elle a vécu. Pourquoi avez-vous choisi de vous rendre dans un Ehpad ? Je voyais en ce lieu un point d’observation de la crise sanitaire. Mais très rapidement, j’ai eu envie de me dégager de ce parti pris pour filmer, durant trois mois, ce que signifie vieillir dans un tel établissement. Vivre le carnage sanitaire fut très éprouvant, mais découvrir le quotidien de ces résidents se révéla encore plus violent, car si la crise est passagère, les conditions de vie de nos anciens, elles, sont durables. On a l’impression que vous filmez une prison... Effectivement, cette crise isole les résidents, mais les personnes âgées témoignent aussi du fait qu’elles sont enfermées toute l’année. Elles vivent dans un état de confinement permanent. Votre film pose la question du sens de cette fin de vie, alors que les résidents souffrent de solitude... C’est l’un des aspects fondamentaux du film. Sans même prendre en compte le Covid, je voulais poser cette question  : quel sens y a-t-il à vieillir avec un écran de télévision comme seule fenêtre ouverte sur le monde ? Je n’ai pas la réponse. Les résidents, oui. Quasiment 100% d’entre eux sont sous antidépresseurs et s’endorment avec des somnifères. Je termine ce documentaire par une séquence où l’on voit une dame jouer au solitaire dans sa chambre, et qui prononce ces mots  : « Mon seul projet, c’est d’attendre. » En réalité, il s’agit d’un film sur la solitude du grand âge. Vous mettez également en avant le manque flagrant de moyens... Il n’y a pas assez de budget pour les kinés, les masseurs, les socio-esthéticiennes, pour tout ce qui relève de la qualité de la vie. Il manque des bras pour promener les résidents, les faire sortir. On les soigne correctement, on prend leur tension, on les nourrit, mais on néglige tout le reste. Malheureusement, cela coûte moins cher en ressources humaines de les mettre sous antidépresseurs... Propos recueillis par Raphaël Badache * L’Ehpad Furtado-Heine, dans le 14 e arrondissement de Paris. CAMERA LUCIDA
ÉLÉNA BAUER - ONP ; PIERRE-EMMANUEL RASTOIN Impérial opéra Samedi 30 janvier à 20.50 Documentaire Un opéra pour un empire Lire page 10 23/1 30/3'le& et.-à ik% Xavier Mauduit Cette édification, avec ses multiples rebondissements, doit ravir l’historien enthousiaste que vous êtes... Xavier Mauduit  : Je regarde le palais Garnier en tant qu’historien, mais ce fut d’abord un lieu de fête assez magique, qui me sidère toujours. Le plaisir d’étudier cette aventure, dont le personnage principal est un bâtiment, reste intact. Sa construction a été très observée, car l’opéra représente alors un enjeu majeur pour de nombreux Français. Qui plus est, en 1860, il s’inscrit dans l’histoire particulière de la transformation de Paris. On peine à le concevoir mais, avant le Second Empire, Paris était encore une ville du Moyen Âge ! Quel objectif Napoléon III poursuit-il lorsqu’il imagine ce nouveau monument parisien ? L’opéra constitue le point d’orgue des travaux haussmanniens. Durant la période de croissance économique qui caractérise le Second Empire, la volonté politique de faire de Paris une capitale rayonnante s’affirme. Construire un opéra aussi somptueux revient à montrer à tous que le pouvoir impérial est serein. Quant à la décision de confier ce projet si prestigieux à Charles Garnier, quelle audace ! D’ailleurs, l’histoire de la construction de l’opéra est aussi celle de la rivalité entre deux hommes, Garnier et Haussmann  : le préfet de la Seine oblige le jeune architecte à contourner de nombreuses embûches. Le choix de ce jeune architecte, méconnu et d’origine modeste, peut effectivement étonner... Il reflète la volonté de mettre en avant les plus méritants  : une politique d’ascension sociale voulue par le Second Empire, Impulsée par Napoléon III, la construction de l’opéra Garnier a nécessité quinze années de labeur. Entretien avec Xavier Mauduit *, historien et chroniqueur de l’émission 28 minutes, qui intervient dans un documentaire consacré à ce chantier hors norme. à condition d’être bien vu du régime. Le projet de Garnier est d’ailleurs choisi à l’unanimité à l’issue d’un concours, notamment parce qu’il fait la part belle à la sécurité de l’empereur, déjà visé par un attentat en 1858, alors qu’il se rendait justement à l’opéra, celui de la rue Le Peletier. L’opéra est alors un lieu de sociabilité important. Garnier l’a-t-il conçu ainsi ? Il érige un monument qui correspond aux attentes de l’empereur et des élites. L’opéra s’apparente à une réduction idéalisée de la bonne société du XIX e siècle, un lieu associé au pouvoir où il faut absolument se montrer. Le spectacle est sur scène, mais aussi et surtout dans la salle qui, à l’époque, demeure éclairée pendant la représentation. Les foyers et les loges constituent autant de lieux de rencontre pour discuter ou exhiber ses tenues. Dans le grand escalier d’honneur, les balcons suspendus offrent un point de vue idéal sur les spectateurs qui se dirigent vers la salle. Ce faste perdure sous la III e République, qui achève la construction de ce joyau architectural. Propos recueillis par Guillemette Hervé * Xavier Mauduit est l’auteur du livre De Mathusalem à Mao Zedong – Quelle histoire ! (2018, ARTE Éditions/Tallandier), disponible sur ARTE Boutique. ARTE MAG N°5. LE PROGRAMME DU 30 JANVIER AU 5 FÉVRIER 2021 9



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