A Nous Paris n°628 2 déc 2013
A Nous Paris n°628 2 déc 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°628 de 2 déc 2013

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : A Nous Paris SAS

  • Format : (235 x 285) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 13,5 Mo

  • Dans ce numéro : Agnès Obel, la discrète.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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photo 08 dans l’air 02/12/13 A NOUS LE MONDE EN COULEUR SELON DEPARDON Texte : Murielle Bachelier Si l’on connaît la magie des clichés en noir et blanc de Raymond Depardon, ses photographies en couleur, peu montrées pour la plupart, ont tout autant de force. L’exposition au Grand Palais nous les fait redécouvrir, et à travers elles, c’est l’autobiographie d’un des photographes les plus doués de sa génération qui se déroule devant nos yeux. Ci-dessus : Campamiento « Che Guevara », faubourg sud de Santiago, Chili, 1971. 51 x 34 cm. Raymond Depardon/Magnum Photos Ci-contre : Plage de Wai Ki Ki, Honolulu, Hawaï, 2013. 170 x 170 cm. Raymond Depardon/Magnum Photos C’est un homme lisant son journal allongé sur un lit qui nous accueille dans l’exposition, un grand format trônant comme le préambule d’un livre qui nous présenterait brièvement l’histoire qui va suivre. 1972, à Van-Tao, au Viêtnam. On imagine qu’il s’agit d’une chambre d’hôtel, les murs au bleu délavé emplissent l’espace, le grain de la photographie écorche presque l’œil qui la regarde. Et puis, nous plongeons dans le passé, avec les premiers clichés de Raymond Depardon. La couleur apparaît dans son œuvre dès ses débuts, vers la fin des années 50. Il a alors seize ans. Il a grandi dans une ferme du Garet, tout près de la Saône, et photographie alors sa mère, les animaux, le tracteur rouge, la toile cirée de la cuisine. En 1958, il devient l’assistant du photographe Louis Foucherand après avoir trouvé son adresse en consultant l’annuaire à la rubrique « reporterphotographe » et s’installe à Paris. Un an plus tard, il travaille en free-lance pour l’agence Dalmas, dont l’Afrique est l’un des terrains de reportage privilégié. Il y va dès l’été 1960, dans le Sahara d’abord, puis dans d’autres régions. Son travail de la couleur, avant qu’il soit un vrai choix, a été pendant longtemps vécu par Depardon comme une contrainte, sa préférence allant clairement au noir et blanc, comme il le confie ainsi : « Toujours, quand je couvrais un événement
pour l’agence Dalmas, puis Gamma et Magnum, c’était en noir et blanc et en couleur. Un tremblement de terre, une guerre civile, les voyages du pape ou de la reine Elizabeth. Pour moi, c’était souvent le noir et blanc d’abord, la couleur ensuite. Jusqu’au début des années 80, je crois que je faisais de la couleur parce qu’il fallait en faire, mais je n’étais pas vraiment satisfait. » Du Chili à Beyrouth Le déclic a lieu en 1984, lorsqu’il doit dresser un portrait de la France pour une mission photographique de la Datar (qui impulse et coordonne les politiques d’aménagement du territoire menées par l’État), le faisant replonger dans ses souvenirs d’enfance, ceux de la ferme de ses parents et de ses teintes intimement liées. C’est à partir de cette époque qu’il se met à aimer la couleur pour de bon. Pourtant, des clichés antérieurs frappent par leur puissance, tels ceux de Glasgow datant de 1980 (voir ci-dessous), où les ciels chargés dominent, créant une étonnante lumière sombre. On y voit des enfants jouant dans la rue, le décor urbain prenant des allures quasi cinématographiques. Un peu plus tôt, en 1978, Raymond Depardon a voulu prendre ses distances avec le photojournalisme. Il vient alors d’entrer dans la prestigieuse agence Magnum. Le magazine allemand Stern veut des images de la guerre civile au Liban. Il part à Beyrouth et décide de montrer les conséquences du conflit dans des scènes de vie ou dans la rue ; ses clichés sont saisissants. D’un salon de coiffure où une Kalachnikov est accrochée à un porte-manteau, à portée de main du coiffeur, à une voiture criblée de balles dans un décor qui en dit long sur la violence de la scène passée, Beyrouth a marqué le photographe qui dit avoir connu la peur en cet été 1978. Ce n’est pourtant pas le premier pays en guerre où il se rend. De cette expérience, il a tiré un ouvrage sobrement intitulé Notes, son « premier livre fondateur », comme il l’appelle. Autre séjour marquant, dans un Chili en pleine effervescence, quand le pays célèbre le premier anniversaire de l’élection du président Salvador Allende en 1971. Il décide de rejoindre les indiens Mapuches, qui luttent pour leurs terres. Ces paysans lui rappellent son père, et il se revoit ainsi enfant avec lui. Le Chili est une révélation pour Depardon, car il lui donne l’opportunité de faire un reportage complet à l’américaine, tel que ceux que le magazine Life publiait alors. La couleur lumineuse et joyeuse Après 1984, il revient au noir et blanc. Raymond Depardon affiche la couleur dans ses films, et cela lui suffit. Il faudra attendre 2003-2004 et les commandes de la Fondation Cartier pour l’art contemporain, avec les expositions consacrées aux indiens Yanomami du Brésil, aux villes, ou encore Terre natale, ailleurs commence ici en 2009, pour qu’il revienne à la couleur. Son discours a alors totalement changé : « Je l’ai utilisée pour mon plaisir. Il s’agissait de photos plus libres que j’avais faites au cours de voyages à Ci-dessus : Autoportrait au Rolleiflex (posé sur un mur). Premier scooter de marque italienne « Rumi », avec étiquette de presse sur le garde-boue. Île Saint-Louis, Paris, 1959. 25 x 25 cm. Raymond Depardon/Magnum Photos Ci-contre : Glasgow, Écosse, 1980. 34 x 51 cm. Raymond Depardon/Magnum Photos 09 dans l’air l’occasion de repérages ou pour moi-même, presque clandestinement. Des photographies assez douces, distanciées, avec une certaine retenue. En noir et blanc, je m’inscris dans la grande tradition européenne de noirs denses et profonds ; je vois au contraire la couleur claire, lumineuse, joyeuse surtout. » Effectivement, les grands formats sont baignés d’une lumière solaire assez spectaculaire, qu’il s’agisse de l’Éthiopie, de la Bolivie ou encore de l’Argentine. « Je me sens bien sur les deux continents, l’Afrique et l’Amérique latine, qui ont encore une dimension rurale. J’y trouve une franchise, un universalisme, un humanisme. Le monde rural avait été mon premier sujet… » Une façon de revenir à ses valeurs essentielles, sans aucun doute. Aujourd’hui encore, à 71 ans, Raymond Depardon ne cesse de parcourir la France et le monde, l’œil aux aguets, pour nous transmettre la couleur, vibrante, tout simplement.infos pratiques Exposition Raymond Depardon : Un moment si doux, jusqu’au 10 février 2014 au Grand Palais, galerie sudest, entrée avenue Winston Churchill, 8e. M o Champs- Élysées-Clemenceau. Ouvert tous les jours sauf le mardi de 10 h à 20h, nocturne le mercredi jusqu’à 22h. Pendant les vacances de Noël, ouvert tous les jours sauf le mardi de 9 h à 22h. Plein tarif : 11 € ; tarif réduit : 8 €.



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