20 Minutes France n°3630 28 mai 2021
20 Minutes France n°3630 28 mai 2021
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°3630 de 28 mai 2021

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : 20 Minutes France

  • Format : (230 x 305) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 3,9 Mo

  • Dans ce numéro : interview de Bernard Werber.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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J. Saget/AFP (archives) 20 MINUTES AVEC 66 Bernard Werber, écrivain, auteur de science-fiction « Les hommes n’arrivent pas à communiquer entre eux » Littérature Chaque vendredi, un témoin commente un phénomène de société Bernard Werber considère qu’il y a « un rapport malsain à la science et aux animaux, qui sont compris comme un domaine scientifique ». « Ma position tend à créer des ponts entre le monde de la science et le monde de la spiritualité, et je peux vous dire que ces deux mondes ne communiquent pas du tout. » Trente ans après la publication de son best-seller, Les Fourmis, Bernard Werber vient de publier une adaptation en BD de Demain les chats, premier volet de sa trilogie consacrée aux félins. Communication interespèces, spiritualité… Il revient sur les thèmes de son œuvre et la mission de l’écrivain de science-fiction. Comment expliquez-vous aujourd’hui le succès des Fourmis ? Avec le recul, j’ai l’impression que c’est l’originalité et le décalage. Je crois que le seul fait d’être hors norme permet de toucher un public qui s’intéresse à ce qui est différent. Une BD adaptée de votre roman Demain les chats vient de paraître (éd. Albin Michel). Il y est encore question, notamment, de communication entre les animaux et les hommes. Etes-vous sensible à la cause animale et à l’antispécisme ? Je considère, comme le dit Darwin, que nous sommes un animal comme les autres. Nous nous considérons intelligents et les meilleurs, mais c’est entre nous et nous ! Les chats ont beaucoup plus de perceptions du monde que nous (des sons, des vibrations...), donc, même s’ils ne sont pas spécialement intelligents, ils ont déjà plus d’informations que nous à traiter. Pour un romancier, il est intéressant de se demander quelle est leur pensée, et leur pensée est à mon avis plus complexe que la nôtre. « Comme le dit Darwin, nous sommes un animal comme les autres. » Une des devises des Fourmis était « 1+1 = 3 ». Dans Demain les chats, ce même motif revient avec le triptyque « la force, le savoir, la communication  : à trois nous pouvons vaincre n’importe qui ». Pourquoi l’intelligence collective est-elle si importante pour vous ? Je pense que les hommes n’arrivent pas à communiquer entre eux. Même quand je vous parle, là, je suis obligé de faire une réinterprétation de ma pensée, et ça me frustre énormément car je n’arrive pas à transmettre une pensée pure. Je rêve d’une communication absolue, comme ce qui arrive dans le roman  : ils se branchent de cerveau à cerveau et peuvent alors arrêter de chercher les mots. Il est possible de communiquer de manière beaucoup plus ambitieuse que ne le font beaucoup de gens. Et il est possible de faire de grandes choses dès lors qu’on communique vraiment ? Oui, quand on crée des ponts. Je suis moi-même dans une position qui tend à créer une passerelle entre le monde de la science et le monde de la spiritualité. Et je peux vous dire que ces deux mondes ne communiquent pas du tout. Peut-être est-ce parce que, dès le lycée, il y a des sections littéraires et des sections scientifiques, une séparation cerveau gauche-cerveau droit, entre ceux qui sont plus matheux et ceux qui sont plus poètes, « L’écrivain ne doit pas juste faire peur, mais montrer aussi des sorties. » 8 Vendredi 28 mai 2021 et les deux ne communiquent pas et ne se comprennent pas et s’ignorent et se méprisent. Du coup, il y a un rapport malsain à la science et aux animaux, qui sont compris comme un domaine scientifique. Nous traversons aujourd’hui une pandémie et une crise climatique… Avez-vous le sentiment d’être rattrapé par la réalité ? Il y a suffisamment de choses que j’ai écrites qui se sont réellement passées pour qu’il y ait maintenant des scènes que je n’écris pas parce que j’ai peur qu’elles arrivent. Si ce que j’écris arrivait, je me sentirais responsable, c’est-à-dire que j’aurais donné l’idée à quelqu’un que ça puisse arriver. La fonction de l’auteur dit de science-fiction est d’offrir une vision de Le contexte A l’occasion des 30 ans de son livre Les Fourmis, l’écrivain Bernard Werber évoque son rapport aux animaux, les liens entre science et spiritualité et son rêve d’une communication absolue. ce qui pourrait arriver, en bon et en mauvais. Mais, en tant qu’auteur de science-fiction français de l’an 2021, je considère que c’est le devoir de l’écrivain de ne pas faire juste peur en racontant l’arrivée d’extraterrestres méchants ou de catastrophes naturelles, mais de montrer aussi des sorties, comment les choses pourraient s’arranger. Dans mon prochain livre, qui concerne les abeilles, je réfléchis, par exemple, à comment les sauver. 99 Propos recueillis par Claire Planchard
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