Zut ! n°8 déc10/jan-fév 2011
Zut ! n°8 déc10/jan-fév 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°8 de déc10/jan-fév 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Chic Médias

  • Format : (200 x 260) mm

  • Nombre de pages : 140

  • Taille du fichier PDF : 43,7 Mo

  • Dans ce numéro : une sortie, un nouvel espace, un produit trendy, les sélections de la rédaction.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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MUSIQUES Antoine, on semble redécouvrir votre attache au rock, un peu comme si votre passage à Canal avait occulté tout ce qui précède, Chorus, Houba Houba et Rapido. N’est-ce pas agaçant pour vous de voir votre lien au rock ainsi oublié par les jeunes générations ? Antoine de Caunes : Agaçant non, parce que c’est dans l’ordre des choses. Je faisais des émissions de rock entre 1978 et 1992, mais une fois que j’ai eu le sentiment d’avoir fait le tour, non pas du sujet, mais de ce que je pouvais en faire à la télévision, je suis passé à autre chose. Je n’ai pas cessé d’aimer le rock pour autant. Ce qui est étonnant, c’est que vous n’avez pas revu les images qui constituent le coffret DVD de Chorus, l’émission que vous produisiez à la fin des années 70… A.d.C. : Cette édition est une initiative de l’INA à partir des archives que l’institut possédait. Il fallait renégocier des droits, restaurer les bandes. Je ne suis intervenu qu’au moment de la sélection. Mais c’est à l’INA que revient tout le mérite de ce travail. On suppose, Laurent, que vous avez regardé ces images. Laurent Chalumeau : Pour l’instant, j’ai revu essentiellement et plusieurs fois tous les plateaux de présentation d’Antoine. Je les recommande à tous les apprentis animateurs – et à tous les apprentis, tout court. C’est la preuve en images d’une marge de progression très grande. C’est une bonne nouvelle : un petit pas pour lui, un grand pas pour le reste de l’humanité ! [rires étouffés] Et pourtant, dès Chorus, vous posez quelque chose, Antoine, qui perdure dans votre manière d’animer à la télévision. A.d.C. : Mais alors c’est à mon corps défendant, parce que je ne me destinais absolument pas à présenter des émissions à la télévision. Je produisais Chorus, je programmais, je négociais avec les managers, je faisais venir les groupes à Paris et j’organisais le tournage. Mais comme je m’étais engueulé avec l’animateur que la chaine m’avait conseillé, j’ai d’abord essayé un casting avec tout ce que la rock-critic comptait de gâchettes en activité à l’époque – je donnerais cher pour retrouver cette bande aujourd’hui ! – et ça ne me plaisait pas : tous se croyaient obligés de jouer un personnage, le rocker fatigué avec le perfecto et tous ces clichés affairants. J’avais envie de quelque chose de très simple, avec des plateaux courts. Il s’agissait d’entrer dans le vif du sujet, à savoir les concerts. Ce qui semble vous lier, Antoine et Laurent, c’est naturellement cette passion commune pour le rock, mais aussi ce souci que vous apportez à la langue, qui ne doit pas exprimer un ton faussement jeune, ni répondre à des critères langagiers particuliers. A.d.C. : Oui, je me méfie beaucoup de cela. On partage ce point de vue avec Laurent : le rock ne s’adresse pas aux jeunes ni à un public ciblé, c’est de la musique qui est apparue au début des années 50, et quand on prend le train en marche avec Chorus, il s’est déjà passé deux ou trois choses. De manière générale en télévision, il me paraît plus sain de parler normalement, plutôt que de traiter les gens comme des crétins. Vous publiez un Dictionnaire amoureux du rock. L’adjectif « amoureux » le situe dans toute sa subjectivité. A.d.C. : À l’origine, le Dictionnaire est une proposition étrange d’un éditeur, Jean-Claude Simoën, qui dirige cette collection des zut ! 48 Dictionnaires amoureux. Cet éditeur à l’ancienne, extrêmement érudit, fin et raffiné, qui, pour de bonnes raisons, est assez déconnecté du monde d’aujourd’hui, me propose d’en faire un sur le rock, alors qu’il n’y connaît strictement rien. C’était extrêmement intéressant pour moi parce que je n’avais pas en face de moi un éditeur tatillon qui allait me poser des questions sur mes choix ou les manques éventuels. Comme il ne s’agissait pas de faire un dictionnaire, il me fallait travailler sur ce lien amoureux avec le rock, une musique qui accompagne ma vie depuis plus de quarante ans et pour laquelle je garde une passion intacte. J’ai essayé de raconter cela sans que ça soit un livre de mémoires, ni un livre d’anecdotes, sans qu’il n’y ait non plus de révérence, mais en prenant du plaisir à écrire et à raconter. Il ne s’agissait pas non plus de brosser un tableau complet – loin de là, il faudrait 1000 pages de plus ! –, mais qui donne un aperçu de la raison pour laquelle on peut être attaché à une musique comme celle-là. Vous rendez tout de même votre lecteur jaloux, quand il découvre les noms des artistes que vous avez rencontrés : Bob Dylan, Paul McCartney, David Bowie, The Clash… Vous en profitez pour relater un certain nombre d’anecdotes, comme cette drôle de situation dans laquelle vous vous retrouvez avec James Brown. A.d.C. : Oui, j’ai eu affaire au parrain en personne ! Comme beaucoup d’artistes noirs américains de cette période-là, James Brown [il insiste sur la prononciation,ndlr] a été exploité jusqu’au trognon par des managers véreux. Quand il a connu un retour en grâce, il ne laissait plus rien passer : il avait des caprices comme celui de demander une petite rallonge au moment de monter sur scène… une fois la salle pleine ! Chuck Berry est connu pour cela… Ces anecdotes, mises en collier, finissent par raconter une histoire plus large. Si je peux me permettre, quand Laurent a rassemblé l’année dernière dans le recueil En Amérique ses chroniques publiées dans les années 80, c’était le moment où je me collais à la rédaction du Dictionnaire amoureux. Dans un premier temps, ça m’a donné des complexes terribles – monsieur sait écrire ! –, mais par la suite l’absence de toute forme de rockcriticism s’est avérée extrêmement stimulante pour moi.L.C. : J’allais justement rajouter que ce qui est unique avec le Dictionnaire d’Antoine, c’est son « lieu de parole » – comme on disait, jadis, quand j’étais étudiant –, sa posture par rapport aux artistes qu’il a croisés. Il est plus artiste lui-même que journaliste. Ça aménage un angle d’attaque, une altitude de vue pas si commune. Nous avons l’habitude de lire des articles de journalistes qui regardent ce qu’il se passe, le plus souvent en levant la tête, en donnant le sentiment que ça se passe au-dessus d’eux, avec un vieux fond de rancœur et de jalousie inconscient. Ce qui est tout à fait engageant et rafraichissant dans le Dictionnaire d’Antoine, c’est qu’à aucun moment on ne sent ça. Il y a une espèce de connivence qui n’empêche pas l’humilité, ni l’admiration. En retour, Laurent, Antoine vous situe au niveau de Nick Hornby, Nick Tosches ou Peter Guralnick, ces grands écrivains rock à cette différence près que vous n’écrivez pas systématiquement sur le rock. Chez vous, l’écriture rock passe dans le récit.L.C. : Le style rock, je ne sais pas ce que c’est, et les rares fois où j’ai l’impression de voir de quoi il s’agit, c’est pour vite changer de trottoir. Les tentatives à la fin des années 60 et dans les années 70 coïncidaient avec les maladies de croissance de la musique elle-
Joe Strummer à New York en 1980, par Roberta Bayley, dans Blank Generation revisited, Schirmer Books même. D’écrire rock, ça serait quoi ? Ecrire avec des majuscules, des italiques, des onomatopées ? Non, même à propos du rock, ça serait rendre service au sujet et aux lecteurs que d’en parler normalement. À cet égard, le Dictionnaire d’Antoine est exemplaire, il est écrit dans un français presque suranné dans son excellence, avec des moments d’esprit – au sens le plus classique du terme – qui conviendraient bien à des sujets soi-disant plus nobles. Quand je travaillais à Rock’n’Folk, après deux ou trois ans à me chercher, à justement vouloir me la jouer rock-critic, j’ai commencé à faire à peu près correctement mon boulot le jour où je me suis mis à écrire sur la musique normalement, comme sur n’importe quel autre sujet. D’ailleurs, les articles qui ont survécu au temps et qui ont justifié d’être réunis l’an dernier dans mon recueil, ce sont des articles qui ont été écrits dans un français tout à fait normal. Dans votre dernier ouvrage, Bonus, on sent une nouvelle approche narrative avec cette volonté de donner au personnage une langue propre.L.C. : L’idée, c’est de disparaître en tant que narrateur omniscient au profit des personnages qui racontent eux-mêmes l’histoire. Je fais en sorte que l’intrigue avance le plus possible grâce aux dialogues. Le but c’est d’intégrer le lecteur – comme disent les correspondants de guerre en Irak et en Afghanistan – ; il vit cette histoire au fur et à mesure qu’elle se déroule, avec des personnages qui se parlent à eux-mêmes avec leurs propres mots. L’une des difficultés – mais c’est aussi l’un des plaisirs –, c’est que chacun se crée sa petite musique à lui et identifie rapidement qui est qui dans le récit. Il y a justement une actualité du langage, des mots dont on ne sait s’ils vont entrer dans le langage courant ou disparaître : peer to peer, iPod, etc… A.d.C. : Je peux me permettre un commentaire ? Je fais des lectures publiques des textes de Laurent sur scène, non pas parce que c’est mon meilleur ami – on n’en sortirait pas –, mais parce que c’est un grand écrivain…L.C. : Je vais vous laisser… A.d.C. : Ce qu’on ne dit pas là, c’est qu’il fait des romans extrêmement drôles. Je suis saisi à chaque fois : ces romans donnent un instantané de la société dans laquelle on vit en ce moment – la Sarkosie de ce début de troisième millénaire ! C’est épatant, c’est excessivement drôle et pertinent.L.C. : Je tiens à préciser que ça n’était pas l’intention de départ. Les personnages sont comme nous, ils habitent ici et maintenant – j’aimerais faire croire au lecteur qu’il pourrait les croiser –, ils ont des préférences culturelles, des opinions politiques, pour certains des indignations et pour d’autres des adhésions. Ça ne veut pas dire que je n’ai pas moi-même en tant que citoyen ma part d’indignation, mais je n’ai pas la naïveté de croire que ce que je raconte pourrait faire avancer les choses d’un nanomètre. Mon ambition, c’est juste de faire passer un excellent moment à mon lecteur pendant une dizaine ou une douzaine d’heures. Propos recueillis à l’occasion de la rencontre à la librairie Kléber le 27 novembre Antoine de Caunes, Dictionnaire amoureux du rock, Plon ; Chorus, 3DVD, INA Éditions Laurent Chalumeau, Bonus, Grasset 49 zut !



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