Zoom Japon n°56 déc 15/jan 2016
Zoom Japon n°56 déc 15/jan 2016
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°56 de déc 15/jan 2016

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Éditions Ilfunet

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 8 Mo

  • Dans ce numéro : biker un jour, biker toujours ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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ZOOM DOSSIER Des bikers made in Japan qui n’ont plus rien à voir avec les bôsôzoku des années 1970. japonaise où il n'y a aucune place pour les recalés aux examens, il fallait trouver un moyen de se défouler, de sortir cette énergie accumulée par le stress. Je pense que c'est unique, car contrairement aux Etats-Unis où l’on dispose de grands espaces, il y a peu d'échappatoires au Japon quand on est jeune. A présent, c'est devenu une mode, qui n'a rien à voir avec l'état d'esprit initial. Vous avez commencé à travailler directement dans un magazine spécialisé dans les motos, c'était le métier que vous vouliez faire depuis longtemps ? I. S.  : J'ai toujours aimé écrire. Quand je suis sorti de l'université, j'ai répondu à une petite annonce d'un magazine de moto. J'aimais la vitesse et tout ce qui venait d'Italie, la mode, tout ça. Mais quand Harley a sorti son premier modèle Evolution Sportster en 1986, j'ai craqué. J'ai toujours été un passionné de sport et de vitesse. Seulement, cette moto était encore trop lente pour moi et je me suis mis à la « chopper », à bricoler le moteur. Je l'ai démontée des dizaines de fois ! A l'époque, les Harley étaient très rares au Japon et c'était vraiment dur d'avoir des pièces détachées. Mais c'est comme ça que j'ai appris la mécanique et ça 8 ZOOM JAPON numéro 56 décembre 2015 a changé ma vie. Désormais, je pouvais faire tout moi-même. A quelle époque, la Harley a été popularisée au Japon ? I. S.  : C'est dans les années 1990 que les Harley ont vraiment débarqué au Japon. A l'époque, il y avait de plus en plus de motards qui se rassemblaient pour les « Sunday Race », la course du dimanche. Ça continue encore d’ailleurs. Dans les années 1980, quand j'y allais, c'était surtout un rassemblement de motos vintage. J'ai commencé à faire des interviews des participants, puis je me suis mis à y participer. J'avais investi dans une grosse Harley Chopper, comme celle qu’on voit dans le film Easy rider ! Il y avait une course spéciale qui s'appelait "Harley class" sponsorisée par Harley Davidson Japan. Elle réunissait plus de 1000 personnes chaque année et après plusieurs compétitions, je l’ai remportée. Vous avez été influencé par des films comme Easy Rider ? I. S.  : Pas du tout ! En fait quand j'étais plus jeune, je me suis endormi à chaque fois que je l'ai vu. Je ne comprenais rien du tout à cette histoire de hippies avec leur LSD. Et je n'aimais pas du tout le style des motos Harley Chopper non plus. Dur à croire quand on me voit maintenant. (rires). C'est à cette époque que vous êtes allé pour la première fois aux Etats-Unis ? I. S.  : Oui, j'étais devenu fou des vieux modèles Harley. Un jour, à la rédaction, ils ont décidé de sortir un spécial Harley. Et c'est comme ça que j'ai débarqué pour la première fois à Los Angeles. Je n'étais jamais sorti du Japon. Je me rappellerai toujours l'immigration. Mes jambes tremblaient, je ne parlais pas un mot d'anglais. Ensuite j'ai vu défiler devant moiL.A. avec son ciel immense, ses allées de cocotiers. C'était un rêve pour tous les Japonais de ma génération d'aller aux States. A la suite de ce numéro spécial, on a eu beaucoup de succès et je suis reparti faire un autre reportage. Comment est né Hotbike Japan ? I. S.  : Je suis allé visiter le bureau de Hotbike America. J'étais vraiment très impressionné car au Japon il n'y avait pas de magazine spécialisé dans les Harley. Je suis rentré à Tôkyô et j'ai présenté un projet à une maison d'édition pour monter mon propre magazine Hotbike. Le premier Jérémie Souteyrat pour Zoom Japon
numéro est sorti en 1992. Comment expliquez-vous le succès de ce magazine jusqu'à maintenant ? I. S.  : Je pense que c'est parce que le texte est primordial dans Hotbike. Ça ne parle pas que de motos ou de nanas, mais de voyages ! Lors d'un de mes premiers reportages pour le magazine, j'ai rencontré, près de Santa Monica, un Japonais du nom d’IzuMI Shirase. Ça faisait 15 ans qu'il n'était pas rentré au Japon, il n'était pas du tout comme les autres assistants sur place qui nous emmenaient dans des karaoke ou des restaurants japonais à Los Angeles ! IzuMI était un marginal qui ne fréquentait que des bikers. Grâce à lui, j'ai pu pénétrer réellement dans ce milieu. Et là, je me suis dit  : « Je ne suis pas un biker ! » Quelle est votre définition du biker ? I. S.  : Les bikers américains que j'ai vus ne vivaient que pour la moto. Moi, j'aimais la mode, le cinéma, plein d'autres choses que la moto. Eux, ils avaient ça dans le sang. Tout le reste ne les concernait pas, c'était leur mode de vie. En fait, comme dans le film Easy rider, c'est des loosers en fait. Mais ce que je trouve incroyable aux Etatsunis, c'est que contrairement au Japon, les loosers sont reconnus ! J'ai pensé que c'était peut-être ça, la vraie démocratie. (rires). Les bikers au Japon sont-ils très différents des Américains ? I. S.  : Oui, ça n'a rien à voir. Etre « biker » au Japon relève plus d'une mode. C'est pour cela que j'ai toujours eu honte de me dire moi-même biker. Je n'ai pas de jean déchiré ni les cheveux longs, ni la panoplie des Hells Angels. « On n’a pas besoin de tout ça pour être biker ! ». C'est ce que j'ai écrit dans les premiers articles de Hotbike. Ceci dit, la première fois que j'ai rencontré les Hells Angels pour faire une interview, j'ai pensé que c'était un peu des Ninkyo yakuza, des yakuza avec un code d'honneur, qui étaient prêts à tuer pour leur frère ! Ils ont des patchs en trois parties au dos de leur blouson un peu comme les broches en or que portent les yakuza au col de leur veste. La différence, c'est qu'au Japon, ces mecs conduisent des Mercedes Benz aux vitres fumées, alors qu'aux Etats-unis, ils ont des cheveux longs et chevauchent des Harley Davidson ! « Etre « biker au Japon relève plus d’une mode », estime IKEDA Shin. Les Japonais aiment-ils voyager à moto ? I. S.  : Ce n'est pas aussi courant qu'aux Etats-unis, mais j'aimerais encourager les jeunes à le faire. Pour moi qui étais si timide, la moto a été une sorte de professeur qui m'a enseigné la vie. A force de partir seul sur les routes, j'ai appris à me débrouiller, à parler anglais. Je me suis aperçu après beaucoup d'années que je pouvais partir n'importe où. Les Japonais sont un peuple timide et assez romantique et je pense que la moto est un moyen de transport qui leur va bien. Qu'importe la moto ou le style vestimentaire. Il y a un proverbe anglais qui dit « motorcycle makes the man » ! Comment expliquez-vous qu'il y ait de moins en moins de bôsôzoku ? I. S.  : Il y a beaucoup de répressions policières et de lois anti-gangs qui ont tué ce mouvement. La société japonaise devient de plus en plus aseptisée. Tout est potentiellement sale ou dangereux. On dit même aux enfants de ne pas jouer avec la terre, ZOOM DOSSIER c'est insensé ! Je le ressens aussi dans le langage de plus en plus codé, comme si on avait tout le temps peur d'être impoli. C'est très fatigant et stressant. Et ça crée des individus du genre kokin otaku, des otaku qui ont la phobie du microbe ! D'ailleurs, il y a de plus en plus de hikikomori - ces jeunes qui restent cloîtrés chez eux pendant des mois, voire des années - et des meurtres commis par des gamins. Quand on est jeune, on a besoin de dépenser son trop-plein d'énergie, mais j'ai l'impression que la société actuelle ne fait que l'écraser. Jusqu'au jour où ça explose. Je préférais décembre 2015 numéro 56 ZOOM JAPON 9 Jérémie Souteyrat pour Zoom Japon



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