Zoom Japon n°56 déc 15/jan 2016
Zoom Japon n°56 déc 15/jan 2016
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°56 de déc 15/jan 2016

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Éditions Ilfunet

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 8 Mo

  • Dans ce numéro : biker un jour, biker toujours ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Jérémie Souteyrat pour Zoom Japon ZOOM DOSSIER Le culte de la moto s’est transformé au cours des deux dernières décennies. Il reste vivace chez certains. Biker un jour, biker toujours ? Qu’on le veuille ou non, la moto est associée au Japon ne serait-ce que par la place qu’occupent les constructeurs japonais. Honda, Suzuki, Kawasaki ou encore Yamaha se sont imposés dans le monde. Mais ces machines n’ont cependant pas séduit les motards nippons qui leur préfèrent les marques européennes et américaines. Reste que ces derniers sont en voie de disparition. Zoom Japon est allé à la rencontre des derniers Mohicans. 6 ZOOM JAPON numéro 56 décembre 2015 Contrairement à certaines idées reçues, la moto n'est pas apparue au Japon avec Honda. Le premier deux roues à avoir circulé dans les rues japonaises fut une Hildebrand et Wolfmüller en 1896. Il faut attendre 1909 pour voir la première moto japonaise produite dans l’archipel. Il s’agissait d’un monocylindre rustique mais entièrement japonais. Quatre ans plus tard, les Japonais peuvent découvrir la première grande marque locale Asahi dont le premier modèle est une copie conforme de la Triumph 550. Il y aura par la suite Rikuo et Murato qui vont s'imposer comme les premiers constructeurs de l'archipel jusqu'au début de la Seconde Guerre mondiale. Quand celle-ci s'achève, le Japon va entrer dans une phase de reconstruction au cours de laquelle plusieurs entreprises vont se reconvertir dans la production des deux roues. Alors qu'en 1945, le pays ne compte que 19 marques de motos, on en recense 83 en 1953 et 123 en 1959 tandis que le salon de la moto de Tôkyô en 1954 attire quelque 550 000 visiteurs. C’est l’âge d’or du deux roues. Il régnera encore une bonne décennie avant que la voiture n’envahisse les rues et les routes de l’archipel. Les grandes marques que l’on connaît aujourd’hui comme Honda ou Yamaha s’imposent petit à petit grâce à des modèles originaux ou bien souvent inspirés par des machines étrangères. Ainsi la première Yamaha, la YA-1, produite en 1955, est une copie, quasi conforme, à la couleur près, de la DKW RT-125 allemande. Mais cela ne suscite guère de problème puisque la moto est commercialisée seulement au Japon. Honda innove pour sa part dès 1949 avec sa « Dream » puis en 1952 avec la création d'un nouveau moteur deux-temps, qui équipe le Cub-F de 50cm 3, qui assure la pérennité de l'entreprise. Grâce à ce succès, le constructeur pourra poursuivre son développement et proposer de grosses cylindrées, plus luxueuses et d'une finition irréprochable. Grâce à la moto, la jeunesse japonaise cherche à s’émanciper et à exploiter l’espace de liberté qu’elle procure. Elle devient aussi un moyen d’exprimer une certaine résistance au système social contre lequel une partie des jeunes se rebelle dans les années 1960. A défaut de pouvoir le faire en voiture, réservée à leurs parents, ils enfourchent leurs deux roues et s’affirment dans les rues. Ces groupes donnent naissance au bôsôzoku, ces gangs de motards qui sèment le désordre au cours de la décennie suivante au moment où la normalisation s’accélère après l’agitation étudiante de 1968-1970. Le phénomène est suffisamment important pour que les autorités décident d’intervenir et de réglementer plus sévèrement l’usage de la moto. Celleci cède donc sa place à la voiture qui exprime davantage la réussite sociale. Il ne reste aujourd’hui que quelques amateurs éclairés qui tentent d’entretenir une flamme qui semble prête à s’éteindre. ODAIRA NAMIHEI
Rédacteur en chef du magazine Hotbike Japan, IkEDa Shin se consacre à la culture de la Harley Davidson depuis 25 ans. Pourtant cet infatigable globe-trotter n'a pas toujours été un "biker". Né en 1962 à Nagano, ce quinquagénaire à l'air juvénile n'a d'ailleurs rien du motard tatoué qui parcourt les routes avec sa bande. Très timide, il a choisi la moto comme une échappatoire à la société japonaise déjà très codée des années 1970. Devenu la star des courses en Harley, il a parcouru les Etats-Unis, puis l'asie en tant que journaliste puis crée le magazine Hotbike, puis Tabigaku, qui se consacre aux récits de voyage les plus rocambolesques. Des bôsôzoku aux otaku en passant par les Hells angels, IkEDa Shin nous raconte son parcours et sa vision du Japon en tant que reporter, voyageur et motard. Votre amour de la Harley vous a amené à la création de Hotbike, mais avant cela, que faisiez-vous ? IKEDA Shin  : Comme tous les adolescents, je rêvais d'avoir une grosse moto, mais mes parents me l'interdisaient. J'avais 16 ans. J'étais passionné de vélo et quand je me suis acheté ma première Mopetto (Mobed), je me suis dit  : « Avec ça, je peux aller jusqu'au bout du monde ! ». Ça a été une révélation. après, je suis parti à Tôkyô pour mes études. J'ai passé en cachette mon permis pour les grosses cylindrées. a l'époque c'était extrêmement difficile de l'avoir et j'ai dû le repasser plusieurs fois. Et là, j'ai acheté ma première italienne, une Ducati. Je n'étais alors pas du tout intéressé par les Harley ! Dans les années 1980 à Tôkyô, vous apparteniez à une bande de motards ? I. S.  : Non pas du tout. En fait, j'étais pratiquement toujours tout seul à moto. J'aimais cette solitude parce que j'étais d'une timidité presque maladive. Je ne pouvais même pas entrer dans un restaurant tout seul ou demander un renseignement ! a moto, on n'a pas besoin de parler. a partir de mes 18 ans, je partais seul sur la route, avec juste un sandwich et mon sac de couchage. C'était effrayant des fois de dormir la nuit dans des temples ou des parcs, mais je préférais ça plutôt que d'entrer dans un hôtel. C'était l'époque des bôsôzoku, pouvez-vous nous expliquer ce que c'est ? I. S.  : « Bôsô » veut dire foncer, et « zoku », la tribu, la bande. C'est ce que faisaient beaucoup de jeunes motards à l'époque quand j'étais au lycée. Ils étaient en bande et fonçaient sur les routes en zigzaguant pour échapper à la police. Ils avaient une dégaine particulière, les cheveux décolorés avec des blousons de kamikaze et des 400 qu'ils avaient « choppées ». Ça consistait à ZOOM DOSSIER RENCONTRE La moto et le sens de la vie Pour IKEDA Shin, passionné de Harley, la moto a été un formidable moyen d’expression. IKEDA Shin est rédacteur en chef du magazine Hotbike Japan. La moto a d’abord été un moyen extraordinaire d’échapper à la pression de la société japonaise. enlever ou remplacer certaines parties de la moto pour la rendre plus rapide, plus belle, et ça devait faire un maximum de bruit pour réveiller les gens ! Les bôsôzoku sont considérés comme des voyous dangereux au Japon, mais beaucoup d'entre eux ont bien réussi leur vie après. Etre bôsôzoku, c'est d'abord une énergie. Dans la société décembre 2015 numéro 56 ZOOM JAPON 7 Jérémie Souteyrat pour Zoom Japon



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