Zoom Japon n°56 déc 15/jan 2016
Zoom Japon n°56 déc 15/jan 2016
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°56 de déc 15/jan 2016

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Éditions Ilfunet

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 8 Mo

  • Dans ce numéro : biker un jour, biker toujours ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Jean Derome pour Zoom Japon ZOOM DOSSIER Fort d’une expérience de 20 années à moto, OKabaYashi michinori constate une diminution progressive de la population de motards. « Il y a certainement moins de motards qu’avant », affirmet-il. « Chaque année, le nombre de personnes qui possèdent une moto se réduit, en particulier chez les jeunes. Je suppose que la façon dont ils aiment passer leur temps libre et dépenser leur argent a beaucoup évolué. Il y a 20 ans, ils avaient moins de choix. Mais maintenant ils ont des ordinateurs et des smartphones pour les occuper. Toutes ces choses ont un coût. Une facture de téléphone s’élève à environ 10 000 yens par mois, ce qui signifie qu'ils ont moins d'argent pour d'autres choses. Posséder une moto n’est pas donné non plus. Il y a son entretien, le coût de la place de parking, puis tous les deux ans, il faut passer le OKABAYASHI Michinori envisage d’ouvrir prochainement une boutique en France. contrôle technique qui avoisine les 100 000 yens. » avec la baisse de la population japonaise, OKabaYashi michinori pense que les constructeurs japonais vont devoir chercher de nouveaux débouchés à l'étranger. « Il n'y a pas que les motards, mais la population japonaise dans son ensemble est en baisse sans parler du vieillissement », dit-il. « Même dans mes magasins, l’âge moyen de la clientèle se situe entre 40 et 50 ans. Je sais d’ores et déjà que dans 10 ou 20 ans, cette tendance va se renforcer. Nous devons planifier l'avenir et essayer d'introduire nos produits vers d'autres pays. Pour les constructeurs, la Chine et l'Asie du Sud-Est constituent des marchés très prometteurs. Dans mon cas, je prévois d'ouvrir une boutique à Paris, l'année prochaine, où je pourrai proposer de bons produits japonais. » Pour lui, la moto demeure l'une de ses meilleures expériences dans la vie. « J’ai parlé de l'influence de mon petit frère, mais je me souviens que lorsque j’étais enfant, chaque fois que je montais dans la voiture de mon père, j’adorais passer la tête par la fenêtre pour sentir le vent sur mon visage. Je retrouve cette sensation quand je fais de la moto. A cela s’ajoute l'odeur de chaque endroit traversé, comme les arbres sur une montagne ou la mer, le long d’une route côtière. Il n’y a que la moto pour vous procurer une telle sensation. » JEAN DEROME 12 ZOOM JAPON numéro 56 décembre 2015 CINÉMA Paroles de bôsôzoku Film rare, God Speed You ! Black Emperor de YANAGIMACHI Mitsuo témoigne d’une époque révolue. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la culture biker a été synonyme de jeunesse, de liberté et de rébellion. Le cinéma s’y est intéressé à commencer par L’Equipée sauvage (1953) avec marlon brando. La plupart des films produits au cours des deux décennies suivantes l’ont été principalement aux Etats-Unis, mais le Japon a commencé à rattraper son retard à la fin des années 1960 avec la série de films Nora neko Rokku [stray cat Rock] sur un gang de motards féminins qui a lancé la carrière de l'actrice KaJi meiko. alors que ces films mettaient en scène de jolies jeunes femmes sur fond de violence stylisée, la vie réelle dans les rues du Japon était gouvernée par un tout autre genre de gangs de motards, les bôsôzoku, souvent engagés dans des affrontements entre des bandes rivales ou des affrontements avec la police. Yanagimachi mitsuo, le célèbre réalisateur, a dépeint ces délinquants dans son premier longmétrage emblématique God Speed You ! Black Emperor. Réalisé en 1976 pour la société de production de Yanagimachi, gunro Films, à une époque où les bôsôzoku étaient à leur paroxysme, ce documentaire indépendant doit son titre au nom du gang que le cinéaste a suivi et dont il a interviewé les membres. Les bandes de motards étaient alors tristement célèbres à l'époque pour leurs luttes sanglantes et leurs expéditions pour terroriser la population avec des sabres de bois, des tuyaux métalliques et des battes de base-ball. Elles les utilisaient pour vandaliser des voitures et elles étaient généralement considérées comme une nuisance pour la société. Les black Emperor en dépit de leur nom grandiloquent sont plutôt calmes. Leur comportement asocial et contre le pouvoir s’exprime par le biais des croix gammées présentes sur leurs vêtements et d’autres expressions de ce type. mais ils se montrent plutôt polis face à la police et la seule violence à laquelle est confronté le spectateur s’exprime quand un des membres reçoit une dérouillée pour avoir dérobé l’argent d’une collecte… ce sont des enfants qui revendiquent fièrement d'être des sansabris, mais qui, une fois leur virée avec les copains terminée, rentrent à la maison pour un petit-déjeuner bien mérité. Un seul d’entre eux semble plus dur que les autres jusqu’au moment où il est arrêté comme suspect dans une affaire de taxi vandalisé. alors qu’une date d'audience constitue une référence pour chaque voyou qui se respecte, ce gamin a trop peur d'affronter seul le juge et supplie presque sa mère de l’accompagner au procès. D’ailleurs, les seules femmes qui apparaissent face à la caméra de Yanagimachi sont les mères de ces voyous loufoques. malgré leur machisme ostentatoire, ces jeunes sont tout simplement trop timides pour discuter avec des filles. ils passent une bonne partie de la journée dans des bars pour réfléchir à des opérations comme le ferait un groupe de scouts. nous sommes très loin des motards en veste de cuir dépeint juste un an avant par ishii Teruo dans Detonation ! Violent Riders, un film mettant en vedette l’élégant chiba sonny en bôsôzoku. Les motards de Yanagimachi qui défilent sur l'écran portent de simples vêtements de rue au lieu des coûteux tokko-fuku, ces uniformes des unités spéciales de l’armée impériale, richement brodés de kanji (caractères chinois) et symboles impériaux qui font partie de la mode bôsôzoku. Les seuls éléments qui les rapprochent des bôsôzoku sont les bandeaux hachimaki et leur coiffure gominée qui les fait ressembler à une bande de yakuza en herbe. Pour être un délinquant motorisé, il faut de l’argent. car les motos coûtent cher et leurs transformations plus encore. Le facteur économique est cité comme l'une des raisons du déclin, apparemment irréversible, des gangs de motards au cours des 20 dernières années. selon l'agence nationale de la Police, en 2011, on n’en comptait plus que 9 064 contre 40 000 à leur zénith. Un grand changement par rapport à l'époque où les gangs étaient responsables de 80% des crimes commis par des jeunes. L'autre facteur majeur de la disparition des bôsôzoku  : les policiers eux-mêmes qui semblent enfin avoir perdu patience. Dans le documentaire de Yanagimachi, les flics passent la plupart du temps à suivre les jeunes, les réprimandant calmement et les avertissant des dangers de la moto. aujourd'hui, le ton a complètement changé. avec les lois adoptées en 2004, il est plus facile de les arrêter, et avec la multiplication des caméras de surveillance les membres de bandes de motards n’ont plus besoin d’être pris en flagrant délit pour être condamnés. Les autorités ont seulement besoin de recueillir suffisamment de preuves pour identifier les motards. ils les arrêtent tranquillement et leur retirent leur permis. Le film de Yanagimachi, malgré l’absence d’images choquantes, demeure un document fascinant sur certains aspects de la société japonaise que les spectateurs étrangers ont eu rarement l'occasion de voir. malgré ses imperfections techniques et l’impression de revoir plusieurs fois la même scène en raison de la durée du film (90 mn) qui reste très honnête. si vous avez envie de voir des motards circulant à toute vitesse dans la nuit, cela vaut vraiment le coup d'œil. J. D.
MANGA Sur les chapeaux de roue Depuis les années 1960, la moto occupe une place non négligeable dans l’univers de la bande dessinée. Comme tout fan le sait, les mangas sont célèbres pour couvrir tous les sujets possibles et imaginables, souvent de manière inattendue. La moto ne fait pas exception. L'histoire d'amour des mangaka avec les deux roues a commencé dans les années 1960, et l'une des œuvres les plus réussies de cette période s’intitule Wild 7 (1969-1979), une histoire extrêmement violente d'une équipe secrète antiterroriste à moto dont les membres sont tous d’anciens taulards. Probablement inspiré par le film de Robert Aldritch, Les 12 salopards (1967), ce manga reflète ce moment particulier de l'histoire japonaise, lorsque les étudiants affrontant régulièrement la police et les politiciens corrompus faisaient les premières pages des journaux. Comme d'autres mangas de la même période, comme Golgo 13, l'histoire comporte beaucoup d'actions, et les héros doivent souvent enfourcher leurs motos équipées de lance-missiles. Wild 7 a terminé sa course en 1979 au moment où la moto a commencé à connaître son âge d'or dans les mangas au début des années 1980. Futaridaka (1981- 1985) [Les deux faucons] qui a été récompensé, raconte la rivalité féroce entre deux coureurs. Même HARA Tetsuo, connu pour Hokuto no Ken (Ken le Survivant), a réalisé une courte moto. série sur les courses de motocrossintitulée Tetsu no Don Quijote [Don Quichotte de fer] juste avant de se lancer dans son projet le plus célèbre. Cependant plus que les courses sur circuit, ce qui attirait surtout les jeunes à cette époque, c’était les courses illégales qui se déroulaient dans les rues comme l’a très bien dépeint Kaido Racer Go [Street Racer Go]. Il raconte les courses de vitesse dans les rues, ou sur les autoroutes métropolitaines embouteillées de la capitale sans oublier les défis lancés sur les routes étroites et sinueuses de montagne. Ce dernier sujet a été très bien couvert et avec succès par SHIGENO Shûichi dans Initial D (1995 -2013) bien que son manga portait sur les voitures, SHIGENO avait abordé les courses de moto illégales dans Baribari Legend (1983-1991). Cette histoire a effectivement de nombreux points communs avec son plus célèbre manga de voiture des années 1990. Apparemment, il a été blâmé pour avoir incité de nombreux jeunes coureurs à devenir rollingzoku, c’est-à-dire des casse-cou intrépides qui rivalisaient pour déterminer la vitesse la plus élevée à laquelle ils pouvaient aborder les courbes. Malgré la critique, le manga est devenu si populaire que l’éditeur de jeux vidéo Taito l’a adapté en 1989 pour le marché des consoles de salon. Alors que la culture biker était à son paroxysme au Japon dans les années 1980, elle faisait cependant les manchettes pour de mauvaises raisons. Il y avait les courses de rue illégales avec des gangs comme le tristement célèbre Mid Night Club qui empruntait la route entre Tôkyô et Yokohama à 300 km/h. Mais le phénomène le plus troublant était celui des bôsôzoku. Ces gangs de motards composés de jeunes délinquants comptaient plus de 40 000 Doko made ikeru kana ? et Wild 7 sont deux succès du manga sur la membres. Il était donc tout à fait logique que les mangaka s’en emparent et en fassent des anti-héros. Deux des mangas de ce genre les plus populaires sont Shônan Bakusôzoku (1982-1987) et Hot Road (1986-1987). En 2014, ce dernier a même été adapté au cinéma où il a connu une carrière honorable. Reste que les années 1980 ne se résument pas seulement à de la violence et des activités illégales comme le prouve Pelican Road (1983-1987), l'histoire d'un lycéen fou de sa Honda MBX50 qui monte un club de moto avec ses amis. Même si le héros doit affronter au milieu de la série un gang de motards et de voyous, ce récit porte principalement sur l’adolescence. La culture biker est devenue tellement omniprésente à cette époque qu’on la retrouve même dans des histoires qui ne sont pas centrées sur la moto. Sans doute la plus célèbre de toutes est Akira (1982- ZOOM DOSSIER 1990) dont la version animée (1988) a grandement contribué à la popularisation de l’animation japonaise en Occident. Évidemment, Akira est tout sauf une histoire de motards. Cependant, l'un de ses thèmes centraux est l'aliénation de la jeunesse et sa mobilisation contre l'autorité. Les deux principaux personnages, Tetsuo et Kaneda, sont membres d'un gang bôsôzoku. Tout commence par une bataille entre des gangs rivaux dans les rues de Neo-Tokyo. Plus récemment, un autre motard qui a gagné le cœur de nombreux fans de mangas et d'animés s’appelle Celty Sturluson, vedette dans Durarara ! ! (2009). Adapté d’un roman, l'histoire se déroule dans le quartier d’Ikebukuro dans le nord-est de Tôkyô. Il s’agit d’un mélange assez complexe entre guerre des gangs, romance et surnaturel, mais le personnage qui se distingue s’appelle Black Biker, un cavalier sans tête qui est en fait un Dullahan (une fée de la mythologie irlandaise) doté d’une force surhumaine et venu au Japon pour récupérer sa tête volée et dont la moto tua is ai ? Mi) 17j anb appnod (lai) Ipj osa 1Ted MO, ssod'Tins est en fait son cheval noir déguisé. Celty Sturluson est juste une nouvelle race de motards féminins apparue récemment dans le monde du manga. Fait intéressant, alors que le nombre de possesseurs de motos est en baisse constante depuis une vingtaine d’années, l'intérêt accru pour des personnages bien trempés a convaincu plus d'un mangaka que les jeunes filles mignonnes pouvaient faire vendre plus d’exemplaires que des machos. Le summum de cette nouvelle version du genre biker dans les mangas semble être Bakuon ! ! [Explosif], l'histoire d'un groupe de lycéennes fatiguées de prendre leur vélo pour aller à l’école s’intéressent à la moto et décident de rejoindre le club de moto de l’école. Les mangaka aiment mélanger des genres apparemment incompatibles et imaginer des histoires étranges sans beaucoup d'égard pour la narration traditionnelle. Ils peuvent être ainsi pardonnés de faire chevaucher les puissantes motos par de fluettes lycéennes. Après tout, déjà à la fin des années 1970, le protagoniste de 750 Rider (1975-1985) circulait sur une Honda CB750 Four alors qu'il avait seulement 16 ans (au Japon, il faut avoir 18 ans pour rouler sur ce genre d’engin). Puisqu’on parle de motard poids léger, il faut aussi citer le manga Doko made ikeru kana ? [Je me demande jusqu'où je peux aller] (2012) qui met en scène une femme d’une trentaine d’années, mère de deux enfants. Elle ne mesure que 1,50 met n’a aucune force, mais elle a relevé le défi de passer le permis pour chevaucher un 400cc de 200 kg. De quoi vous rendre accro aux mangas les plus dingues. J. D. décembre 2015 numéro 56 ZOOM JAPON 13



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