Zoom Japon n°56 déc 15/jan 2016
Zoom Japon n°56 déc 15/jan 2016
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°56 de déc 15/jan 2016

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Éditions Ilfunet

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 8 Mo

  • Dans ce numéro : biker un jour, biker toujours ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 10 - 11  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
10 11
ZOOM DOSSIER Pour les touristes étrangers, la moto peut être un moyen tout à fait original de découvrir l’archipel. Une agence française Air Moto Tours (01 30 85 09 68, http://airmototours.com) s’est spécialisée dans ce type de voyage. Vous pouvez la retrouver au Salon de la moto, bâtiment 6, alléeC, stand 67. largement les bôsôzoku de mon époque, c'était beaucoup plus sain. Dans votre chronique, vous écrivez souvent sur des phénomènes de société, quel est le message que vous voulez adresser aux lecteurs de Hotbike ? I. S.  : Juste une réflexion. Il y a vingt ans, avec notre argent de poche, on achetait de l'essence pour nos motos ou des pièces de rechange, des disques ou des guitares. Mais je vois que maintenant les jeunes dépensent tout leur argent dans leur abonnement de téléphone portable, ça me déprime beaucoup. Il semble que le portable soit devenu l'instrument unique de communication et de loisir. Je ne sais pas en France, mais ici, non seulement on se voit de moins en moins en direct, mais on ne s'appelle presque plus, tout passe par message et par chat ! On vit dans un monde de l'instantané, avec des informations sur le monde en un clic, toutes les actualités en quelques lignes sur son portable mais ça ne nous amène pas à la connaissance du monde réel. La moto peut être un élément libérateur pour les jeunes qui se détachent de la réalité ? 10 ZOOM JAPON numéro 56 décembre 2015 I. S.  : Oui, car la moto incarne le monde réel, contrairement au monde fantaisiste des mangas et des jeux vidéos. Enfourcher sa moto, c'est sentir la morsure du soleil, du vent, du froid, c'est physique. Un jour, un jeune biker américain m'a dit que la moto était dans son sang. Il avait tatoué sur son épaule « Pain is my friend », la douleur est mon amie. C'est souvent la difficulté qui donne la joie de vivre. Vous avez édité dans un numéro récent votre tour du Japon à moto. Pensez-vous que ce soit un bon moyen de découvrir le Japon pour les touristes français ? I. S.  : En tout cas, c'est un moyen original qui permet de voir autre chose. On n’économise pas vraiment sur le prix d’un billet de train à grande vitesse, car les péages d'autoroute sont chers, mais on peut conduire tranquillement sur les nationales. De Tôkyô à Kyôto, c'est tout droit en longeant la mer ! Pour les petits budgets, dormir dans un sac de couchage à la belle étoile ne présente aucun danger au Japon. Sinon, il y a les innombrables business hotel ou « love hotel » avec un très bon rapport qualité-prix et l'occasion de découvrir les motels à la japonaise ! Je peux informer, sur ma page Facebook les motards français qui voudraient essayer. Vous avez créé un deuxième magazine en 2000 intitulé Tabigaku, mot à mot « apprendre en voyageant » ? I. S.  : Tabigaku est écrit par des voyageurs de tout bord. Il n'y a pas uniquement le back-pack, mais beaucoup d'autres manières de voyager. Personnellement, je n'ai jamais été fan de back-packing, car on n’a pas besoin d'économiser systématiquement chaque centime. On peut voyager à moto, à chameau, à dos d'âne ! Quand j'ai découvert l'Inde, j'ai reçu une décharge électrique. Je me sentais cent fois plus à l'aise qu'au Japon ! Je n'avais pas besoin de faire des salamalecs pour demander une cigarette, les gens avaient l'esprit ouvert. Ça a remis en place tout mon système de valeurs. Et ça m'a libéré de ma timidité. Je pouvais enfin aller partout sans avoir peur. Finalement, après toutes ces années sur les routes, j’ai fini par me dire que j'étais enfin devenu un biker ! Propos recueillis par ALISSA DESCOTES-TOYOSAKI Jérémie Souteyrat pour Zoom Japon
ZOOM DOSSIER EXPÉRIENCE Savoir négocier le tournant La culture de la moto évolue dans le pays. Elle doit s’adapter au vieillissement de la population. Pour beaucoup d’étrangers, la moto au Japon est souvent associée à deux choses  : les Grands prix et les bôsôzoku. Cependant, beaucoup de choses ont changé. Zoom Japon a eu la chance de parler à OkaBayashI Michinori, propriétaire de la chaîne de magasins Motorimoda, qui nous a expliqué comment la culture des motards dans l’archipel a évolué au cours des vingt dernières années. OkaBayashI Michinori est aujourd’hui âgé de 41 ans. sa passion pour les motos remonte à ses 18 ans « C’est mon plus jeune frère qui m'a initié aux joies de la moto », raconte-t-il. « Quand j’étais lycéen, je ne m’y intéressais pas du tout jusqu’au jour où il a acheté sa première moto. J’ai vu qu'il prenait un tel plaisir que j’ai décidé de suivre son exemple. J’ai passé mon permis et acheté ma première bécane, une Honda 250cc. » Le patron de Motorimoda est né dans la préfecture de kôchi, sur l'île de shikoku, où il a vécu jusqu'à la fin de ses études. kôchi est la plus grande, mais la moins peuplée des quatre préfectures de shikoku et à bien des égards, elle propose un environnement idéal pour quelqu'un qui possède une moto. « Entre les montagnes, la côte et la campagne, il y a beaucoup d'endroits où l’on peut prendre son pied à moto. Cela dit, je dois avouer que je préfère les balades en ville. Je sais que beaucoup de motards rêvent de quitter la ville pour laisser libre cours à leur machine sur les routes de montagne. Moi, c’est le contraire. Je préfère le trafic auquel les autres veulent échapper. La vitesse n’a pas d’importance à mes yeux, la moto en ville est également plus sûre », explique-t-il. alors que la première moto de OkaBayashI était une honda, il a plus tard acheté une harley Davidson. Il détient actuellement une MV agusta venue d’Italie. « Elles sont toutes très différentes », fait-il remarquer. « Les motos japonaises sont en général des machines de qualité qui mettent en valeur le souci des constructeurs pour les détails. Elles sont très fiables et leur esthétique est plus réussie. Quand j’ai acheté ma première moto, il était tout naturel que je me tourne vers une marque locale. Cependant, quand j’ai commencé à voyager en Amérique et en Europe pour mon travail, je n’ai pas pu m’empêcher d'être attiré par leurs produits. Une Harley Davidson, par exemple, est une puissante moto avec un gros moteur. Les motos européennes quant à elles sont d’une conception supérieure. Elles sont magnifiques, et leur mécanique est au top. Ma MV Agusta actuelle est équipée Il doit sa passion pour les motos à son plus jeune frère. d’un moteur de 750cc », ajoute-t-il. Il pense que posséder une moto au Japon a ses avantages et ses inconvénients. « Le plus gros problème aujourd’hui est de trouver une place de stationnement. Jusqu'à il y a quelques années, on pouvait se garer n'importe où, mais maintenant ce n’est plus possible. Non seulement vous risquez une amende, mais il est pratiquement impossible de trouver une place même illégalement. En Europe, certains espaces de stationnement sont réservés aux motos, mais au Japon, il n'y a rien de comparable. Donc, vous devez payer un parking privé. Côté positif, c’est qu’il est désormais possible à deux personnes de rouler sur la même moto sur une autoroute. Aussi bizarre que cela puisse paraître, c’était défendu, mais heureusement, ils ont changé les règles il y a environ 3 ou 4 ans. Ça reste cependant interdit sur les autoroutes métropolitaines, mais ailleurs c’est autorisé. Malheureusement, faire de la moto sur autoroute est relativement coûteux dans la mesure où une moto est taxée au même niveau qu'une voiture de petite cylindrée. » Beaucoup d'étrangers qui vivent au Japon se plaignent souvent des faibles compétences des Japonais en matière de conduite. OkaBayashI Michinori ne partage pas vraiment leur opinion. « Je ne sais pas, il y a des bons et des mauvais conducteurs partout », dit-il. « Si vous regardez les statistiques, en Italie, chaque année plus de 20 000 personnes perdent la vie ou sont blessées dans des accidents de la circulation. Au Japon, le nombre d'accidents est en baisse chaque année, et le chiffre actuel est d'environ 6 000, même si la population du Japon est le double de celle de l'Italie. Il semble donc que nous ne soyons pas si mauvais après tout », souligne-t-il en riant. Il a eu plusieurs fois l’occasion de faire de la moto à l'étranger, et a appris à apprécier la culture des motards en Europe. « Je connais surtout la France et l'Italie. Dans ces pays, les gens semblent avoir de nombreuses façons de profiter de leurs motos », raconte-t-il. « Comparés aux Japonais, les Italiens et les Français semblent prendre beaucoup plus de plaisir. Au Japon, la moto est avant tout considérée comme un moyen de transport pour se rendre d’un point à un autre, surtout en week-end ou pendant les vacances. Mais en France, un grand nombre de personnes choient leur moto. Pour eux, c’est un objet qu'ils peuvent personnaliser et embellir avec des accessoires. Une autre différence importante est que la plupart des Japonais associent la moto avec l’idée de passer un bon moment en roulant à travers le pays et en laissant leur vie quotidienne derrière eux pour pénétrer dans une autre dimension faite de liberté, de vitesse et d'aventure. Mais en France ou en Italie, la moto fait partie de la vie quotidienne. Beaucoup se rendent au travail à moto, et il est très fréquent de voir une femme en jupe sur son deux roues. Voilà exactement le genre de style de vie que j’essaie d'introduire au Japon. » décembre 2015 numéro 56 ZOOM JAPON 11 Jean Derome pour Zoom Japon



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :