Zoom Japon n°48 mars 2015
Zoom Japon n°48 mars 2015
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°48 de mars 2015

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Éditions Ilfunet

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 9,9 Mo

  • Dans ce numéro : Japon - France... un esprit bien partagé.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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ZOOM DOSSIER personnes âgées qui habitaient toujours la maison leur appartenant et qui n’ont pas l’habitude de payer un loyer, le refus à cette obligation soudaine de payer un loyer est fort et le taux d’occupation de ces logements sociaux reste encore faible au bout d’un an. Face à cette situation, de nombreux habitants critiquent les sinistrés qui ont des fonds nécessaires, mais qui manquent d’autonomie. Evidemment, pour ceux qui ont perdu leur maison, des aides ont été accordées dans le cadre du budget de reconstruction de même qu’un système de crédit gratuit ou un effacement des prêts immobiliers contractés pour leur maison avant le séisme. Mais malgré tout cela, puisque rien ne rendra gratuitement la situation exactement pareille qu’avant le séisme, il est demandé, en principe, à chacun ses efforts pour rester autonome et être capable d’évoluer. En entrant dans l’étape de la renaissance, les plans d’aménagement de quartier se sont concrétisés, et depuis l’an dernier, des travaux ont débuté dans certains quartiers. Prenant en exemple le centre-ville d’Ishinomaki où les logements publics pour les sinistrés ont été construits ; les habitants et commerçants de la rue de la Mairie ont créé un “Comité de quartier”. Comme il s’agit d'élever un quartier entièrement nouveau, avec les conseils et les aides du bureau d’études d’aménagement urbain de l’Université Nationale de Yokohama et d’une entreprise spécialisée implantée à Ishinomaki, ce comité a établi et présenté à la mairie un plan d'action concernant les échanges entre anciens et nouveaux habitants, le confort de la vie quotidienne du quartier, les animations et la sécurité. Celui-ci devrait prendre fin en mars 2018. Mais pourquoi ce centre-ville d’Ishinomaki a subi de tels dégâts ? C’est parce qu’il n’y avait pas de digues le long du fleuve qui coule le long de la ville. Cette absence s’explique par le fait qu’historiquement, ce fleuve Kyû-kitakami faisait fonction de port. Dès 2011, il a été décidé d’ériger Un des rares bars ouverts, nommé “Résilience” des digues de protection vers l’embouchure du Kyû-kitakami comme moyen de sécurisation. Ces digues devraient avoir une hauteur maximum est 8,7m, sur une longueur de 10 km environ (10 km sur la rive droite, 9,1km sur la rive gauche). Le plan de construction des digues une fois acquis, la ville a organisé à plusieurs reprises des réunions d’explications auprès des habitants, et avançait le projet en tenant compte des avis et des demandes de chacun. Les travaux ont finalement débuté et, l’année prochaine, ces digues, sous l’aspect d’une promenade, devraient être achevées. Certes, face à un bouleversement total du paysage, il y a toujours des voix qui s’élèvent pour critiquer. “On a l’impression de vivre entouré de murs”, “Ce serait encore plus dangereux de ne pas pouvoir voir l’eau qui arrivera !”, etc. Concernant la zone côtière où les dégâts ont été les plus importants, le déplacement groupé des quartiers d’habitation et la construction de briselames sont prévus. Le quartier de Minami-hama qui fait face à la baie d’Ishinomaki, la plus proche du centre-ville, n’est aujourd’hui qu’un vaste terrain vague, semblable à d'autres quartiers. Actuellement, les travaux de remblaiement y sont partiellement en cours. Le long de la mer dans cette zone où il y a eu le plus grand nombre de décès et les dégâts les plus importants, l’Etat et la préfecture projettent de créer un parc pour commémorer toutes les victimes du séisme et s’y recueillir. Au nord, à l’intérieur des terres, se trouve le mont Hiyori, où beaucoup d’habitants s’étaient réfugiés. Au pied de cette montagne, se trouvait l’école élémentaire Kadonowaki, où aucune victime n’a été dénombrée malgré le séisme, le tsunami et l'incendie grâce aux mesures d’évacuation qui avaient été prévues. A la fin de 2014, un comité composé d’experts intérieurs et extérieurs de la ville a proposé de conserver le bâtiment de cette école aujourd’hui en ruine comme un message, une leçon pour le futur. Mais, parmi les sinistrés, certains ne désiraient plus voir cette ruine leur rappelant de douloureux souvenirs. Des voix se sont fortement élevées pour demander son démantèlement. En plus du démantèlement partiel et de l’entretien, 300 millions à un milliard de yens seraient nécessaires pour une conservation partielle ou totale. La décision reste en suspens. Compte tenu de la concentration des travaux de reconstruction en zone sinistrée, on a constaté que la main-d’œuvre et les matériaux de construction viennent à manquer et que les prix augmentent. A cause de cela, les demandes d’offre pour les travaux publics ne fonctionnent pas et l’on observe des retards dans l’avancement des travaux déjà engagés qui se répercutent dans la reconstruction de la ville entière. Parallèlement à Tôkyô, de grands travaux se mettent en route pour les J.O. de 2020. Entre passé, présent et avenir, le Japon se doit désormais déployer ses vraies capacités d’opération. KOGA RITSUKO Koga Ritsuko Koga Ritsuko Des visiteurs viennent rendre hommage au quartier de Minami hama. Au fond à gauche, l’école élémentaire de Kadonowaki en ruine couverte de filets de protection. 6 ZOOM JAPON numéro 48 mars 2015
RENCONTRE A fleur de peau ZOOM DOSSIER I Les blessures liées à la catastrophe restent vives. Il faut les soigner pour tourner la page. Nous avons pris un taxi sous la pluie dans la ville d’Ishinomaki. Le chauffeur a marmonné : “Ici, de la pluie, on n’en veut plus”. D’après lui, après le séisme, les terrains se sont affaissés de 1,2 m au maximum à Ishinomaki. Aussi à la moindre pluie, les eaux débordent de partout encore aujourd’hui. Comme cela, malgré quatre ans passés, la ville est confrontée encore à divers problèmes empêchant ses citoyens d’avoir une vie comme avant, y compris dans leur cœur. Il est à craindre que des blessures demeureront sans avoir été soignées. “Tout juste après le séisme, dans la confusion totale, on a beaucoup glorifié la patience et le courage des habitants de la région du Tôhoku qui ont fait face à la catastrophe en silence, mais en réalité, en taisant les souffrances subies, les séquelles psychologiques sont prégnantes”, affirme AKIYAMA Yuhiro, journaliste à l'Ishinomaki Hibi Shimbun. Nous avons alors interrogé TAKEUCHI Hiroyuki, ancien journaliste, devenu directeur de “kizuna no eki” (Station de liaison), un lieu créé pour que les gens puissent se réunir et échanger (voir Zoom Japon, n°40, mai 2014). “Ceux qui viennent ici se lâchent et se plaignent. On entend des mots qui ne sont pas sortis devant les journalistes avec leur calepin et leur crayon. Angoisses concernant la vie quotidienne, instabilité psychologique de ceux dont les membres de la famille sont portés disparus. Ceux-ci ne peuvent être traités de la même manière que les morts. Ces familles ne savent où se placer psychologiquement. Il leur faudra faire le deuil à un moment donné. Ces jours-ci, je pense souvent au terme "syndrome post-traumatique". J'ai l'impression que le nombre de personnes atteintes par ce genre de problèmes ne cesse d’augmenter. C’est très inquiétant. A mon avis, on peut dire la même chose des enfants qui reçoivent une éducation qui les incite à être courageux sans se plaindre”. Mme ÔHTA Tomoko qui habite à Sendai, a créé l’association “Kids Media Station” dans le but d’encourager la prise de parole de ces enfants, et de transmettre leurs messages plus largement dans le futur. A Ishinomaki, elle forme des “kodomo kisha” (graines de journalistes). Les enfants se rendent sur les zones sinistrées pour réaliser des enquêtes et rédiger des articles en se basant sur leurs propres impressions. Les frais nécessaires sont pris en charge par diverses organisations soutenant la reconstruction ou par des dons individuels ou d’entreprises. Peace Boat Center, actif sur place dès le début du séisme, accueille toujours des bénévoles de l’extérieur de la préfecture en les A la Maison des souvenirs, témoignages de la gravité de la catastrophe subie en mars 2011. mettant en contact avec les endroits qui le nécessitent. Depuis octobre 2011, cette association publie aussi le bimensuel Kasetsu Kizuna Shimbun (Journal de liaison des habitants des logements provisoires) afin de fournir des informations aux habitants de logements provisoires. Le journal y est distribué directement et donné de la main à la main en les sortant ainsi de leur isolement et en prévention des suicides. Les dépenses sont assurées par de rares publicités des commerçants du quartier et une subvention de l’association américaine, AmeriCares. Peace Boat Center accueille encore des bénévoles venant de différentes régions de l’archipel. L’association Mirai Sapôto Ishinomaki (Support pour le futur Ishinomaki) a mis en place au centre-ville Tsunagu-kan (Maison des souvenirs à transmettre) où ils exposent des panneaux montrant l’état des sinistres, et organisent des rencontres pour écouter des sinistrés raconter leurs expériences personnelles. Ils ont aussi développé une application pour smartphones et tablettes avec laquelle l’on peut voir les dégâts causés par le sinistre et découvrir le passé, le présent et le futur d’Ishinomaki ; l’utilisateur peut se promener en regardant la photo au moment du sinistre de chaque coin de la ville. Mais le futur de leurs activités est incertain. “Les activités de ce lieu sont financées par des subventions. Une fois la période de reconstruction intensive passée, la pérennité financière n’est pas assurée. De plus, il y a des gens qui sont contre le fait que le séisme devienne l’objet de tourisme. Nous, nous pensons simplement que ces activités sont nécessaires pour préserver des vies humaines”, raconte NAKAGAWA Masaharu, le représentant de cette organisation, qui est arrivé ici de Kyôto comme bénévole et qui est toujours là. Après le séisme, la ville a accueilli au total 280 000 bénévoles en un an. Malgré la situation chaotique du début, un système d’aide supérieur s’est mis en place très tôt. C’est le résultat d’une collaboration étroite entre l’administration (y compris les Forces d’autodéfense), le Centre de Bénévolat qui accueillait les volontaires individuels et le Comité de coordination des associations en plus de l’Université d’Ishinomaki Senshû qui a offert ses locaux comme base d’activités de bénévoles. Aujourd’hui, dans les zones sinistrées, il y a encore des habitants qui vivent dans l’angoisse à cause d’une vie quotidienne précaire. Tout autour de cela, des gens travaillent pour l’avenir de ce lieu comme nous venons de voir, le pays qui définit le budget, et les communes qui ajustent entre ces parties. Pour que la renaissance puisse avoir lieu dans les meilleures conditions, il est indispensable que toutes les parties tissent des liens forts visant le même but, sans oublier de veiller sur ce qui est invisible. KOGA RITSUKO KOGA Ritsuko KOGA Ritsuko mars 2015 numéro 48 ZOOM JAPON 7



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