Zoo n°74 nov/déc 2019
Zoo n°74 nov/déc 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°74 de nov/déc 2019

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Arcadia Media

  • Format : (230 x 297) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 10,5 Mo

  • Dans ce numéro : explorer les mondes cachés.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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40 C inéma THE BOYS VS LE CATÉCHISME DES SUPER-HÉROS Pas évident de se mesurer à The Boys, comics trash de Garth Ennis et Darick Robertson sur la face psychopathe de ces superhéros censés nous vouloir du bien. Pourtant, cette première saison chapeautée par Amazon Studios frôle le sans-faute. Si l’on devait résumer The Boys, comics originel écrit par Garth Ennis et illustré par Darick Robertson, par un biais comparatif de pop culture, ce serait Watchmen sans la plumeésotérique et philosophique d’Alan Moore, ni le goût pour le ludisme graphique de Dave Gibbons. C’est à dire, une critique britannique totale et impitoyable de la mythologie américaine des « vigilantes » costumés et autres super-héros aux pouvoirs incommensurables, à qui la société occidentale confierait le maintien de l’ordre. Un peu à l’image de l’œuvre de Garth Ennis mue par la hargne et la bestialité, The Boys offre à voir un monde gagné par la rapacité entrepreneuriale des conglomérats et la pourriture morale des âmes qui doit être combattue sans chichis quoiqu’à grands renforts de violences et de tripailles sur les murs. Publiée entre 2006 et 2012, cette saga de comics aura eu le mérite d’appuyer fort et juste sur les maux gangrénant l’Amérique post-11 septembre. De même, sa vision parodique et hégémonique des armées de super-héros investissant autant l’espace physique que mental des citoyens aura été prophétique avec la saturation du phénomène au cours de la dernière décennie et sa palanquée de films Marvel et DC. Une vision subversive à garantir L’approche subversive et sulfureuse de The Boys, que l’on qualifiera de crachat jubilatoire dans la soupe pseudo-héroïque, aura valu à la création d’Ennis et Robertson une aura vénéneuse, de celles qui font saliver les exécutifs hollywoodiens. De fait, un projet d’adaptation cinématographique a longtemps été dans les cartons avant d’être repris par le réalisateur Evan Goldberg et son ami, l’acteur Seth Rogen, en tant que série télévisée. Le goût prononcé des deux hommes pour le trash, l’outrance et le politiquement incorrect n’est plus à démontrer depuis les films C’est la fin et L’Interview qui tue !. Mais l’annonce du rachat des droits de la série par Amazon Studios et, in extenso, la sortie du projet hors des circuits classiques soumis à l’autocensure ont décuplé l’envie de s’intéresser au projet. L’adoubement de The Boys version série télé par Garth Ennis en personne a envoyé un signal très clair  : celui du respect d’une vision sanglante et acide de l’envers d’un décor où les stars sont des monstres de perversion sans foi ni loi, dissimulés derrière des costumes ridicules et au service d’un complexe militaroindustriel d’un nouveau genre. Une machine médiatique à abrutir Le format filmé de The Boys se perd beaucoup moins dans les lenteurs de la formation du groupe de mercenaires chargé d’éliminer les Seven, ce succédané néfaste de la Justice League of America. Les bases sont les mêmes  : un accident tragique perpétré par un super-héros au-dessus des lois allume un désir de vengeance irrépressible chez un jeune homme sans histoire. Mais le show runner Eric Kripke semble s’être intelligemment inspiré du regard cynique de Paul Verhoeven quand il mettait en scène la machine médiatique américaine aux relents fascistes et ultra-libéralistes dans Robocop et Starship Troopers. Et si cette première saison s’achève par deux épisodes en-deçà du portrait à peine déformé d’une Amérique contemporaine lobotomisée par le conservatisme en dégénérescence totale et le besoin d’une guerre permanente, elle reconduit le message le plus salvateur professé par Ennis  : le salut d’une société passant par des (super-)héros providentiels n’est qu’un leurre. Vivement la suite. JULIEN FOUSSEREAU THE BOYS (SAISON 1) d’Eric Kripke, Evan Goldberg et Seth Rogen 8 épisodes d’1 heure environ Disponible sur Amazon Prime
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