Zoo n°69 jan/fév 2019
Zoo n°69 jan/fév 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°69 de jan/fév 2019

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Arcadia Media

  • Format : (230 x 297) mm

  • Nombre de pages : 60

  • Taille du fichier PDF : 49,2 Mo

  • Dans ce numéro : la paix ou le chaos.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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4 Audrey Dufer E n C ouverture SOS SOCIÉTÉ EN DÉTRESSE Plutôt que de regarder les journaux télévisés, lisez No War, une série d’Anthony Pastor qui décrit la déliquescence de la société vuklandaise, située sur un archipel imaginaire au sud du Groenland. Ce polar écologique d’anticipation vous informera peut-être sur notre futur proche. Glaçant, au propre comme au figuré. Après deux albums ancrés dans la réalité de l’entredeux-guerres (Le Sentier des reines et La Vallée du diable), Anthony Pastor revient à ses premières amours avec une fiction contemporaine que les plus pessimistes nommeront peut-être bande dessinée documentaire, tellement les parallèles avec le monde réel sont nombreux. « Ma tendance naturelle va vers ce genre de récits, précise Anthony Pastor. Les albums historiques étaient une parenthèse qui correspondait à mon changement d’éditeur et à l’envie de m’exercer sur autre chose. Fondamentalement, je suis un auteur de fiction. Ça me permet de parler de la réalité avec une grande liberté. » Ce n’est pas non plus la première fois que le dessinateur invente un pays pour cadre de son intrigue, mais jusqu’à présent, il avait choisi des régions chaudes et désertiques rappelant le Mexique. Dans No War, l’action se déroule au Vukland, un archipel imaginaire au sud du Groenland qui possède un certain nombre de points communs avec l’Islande, et notamment sa capitale Numak City, dont les rues sont fortement inspirées par celles de Reykjavik. « Je me suis transporté vers cette partie du monde par goût, par envie de dessin du moment. Elle concentrait à la fois la nature, les espaces, la neige et le côté urbain. Et c’était également cohérent avec mon idée de créer un pays riche dont beaucoup d’habitants se replient sur eux-mêmes, effrayés par l’idée d’être « envahis ». Ces deux cadres géographiques, hispanisant et nordique, correspondent aussi à mes origines. Je suis moitié espagnol, moitié savoyard. » En revanche, c’est la première fois qu’Anthony Pastor se lance dans une série. Les trois premiers tomes de No War sont quasiment achevés (pour le scénario en tout cas) et l’ambition, si le public est au rendez-vous, est de faire vivre l’intrigue et les personnages sur au moins dix albums. Un pays au bord de la guerre civile Pour ce faire, Anthony Pastor déroule une intrigue à tiroirs, qui repose sur plusieurs fils narratifs. Le premier, qui inaugure l’album, est une sorte de polar écologique. Un cadavre est retrouvé sur le territoire des Kiviks, les natifs de l’archipel, à l’endroit où un barrage s’apprête à être construit et à recouvrir un lieu sacré. « La nature est une de mes préoccupations premières. Elle est au centre de l’histoire. Pour autant, je ne voulais pas avoir un discours didactique. L’enquête me permet de traiter le sujet de manière plus indirecte. Au tout début de mon écriture, je pensais même placer le Vukland au centre du déclenchement de la 3 e guerre mondiale. Et puis finalement, j’ai pris le parti de revenir à une période bien antérieure à cette guerre. » Une période où la situation sociale dans le Vukland est loin d’être au beau fixe. L’ambiance dans le pays est électrique, les communautés se dressent les unes contre les autres. Le président nouvellement élu, à quelques voix près, provoque dans les rues des manifestations violentes de l’opposition. Le Vukland est en ébullition. « Je me sers beaucoup de l’actualité. Quand j’ai commencé à écrire l’histoire, l’actualité parlait de Trump, des ZAD, des black blocs. Tout ça m’interpelle. Je me sens engagé politiquement, et pourtant je ne parviens
pas à matérialiser cet engagement. Je pense qu’on est beaucoup dans ce cas là. Je parle de ça dans No War. Et de la complexité des prises de position. L’opposition contre le président et celle contre le barrage sont deux engagements qui paraissent identiques. Néanmoins, on peut s’engager pour l’un et pas pour l’autre. C’est plus complexe qu’il n’y paraît. » Roman noir plutôt que roman policier Les frontières sont en effet très poreuses dans No War. Sur le papier, les groupes antagonistes – Kiviks, skinheads, groupes d’extrême gauche, milieux politiques et économiques, etc – sont bien définis, mais en réalité, il y a beaucoup d’interpénétration. Des liens parfois inattendus se créent entre les différentes communautés. « C’est tout l’intérêt de ce genre de scénarios. Je ne suis pas un auteur manichéen. Ce qui m’intéresse au niveau des personnages, ce sont les transfuges. On n’est jamais tout blanc et tout noir. Pour cette série, j’ai eu plus de temps pour écrire l’histoire et ça m’a permis de construire quelque chose de plus complexe. » Le premier volume, qui constitue une sorte de scène d’exposition géante pour la série, est représentatif de cette complexité. Pour pouvoir donner le plus d’informations possibles, les fils narratifs sont juste esquissés. On pense que l’histoire s’installe dans un polar écologique, perdu dans la nature sauvage des territoires kiviks, puis elle dévie sur une atmosphère de quasi guerre civile dans la capitale du Vukland. Le lecteur devra attendre le deuxième tome pour en savoir plus sur les circonstances de JE TE DEMANDE JUSTE De PARLER À Toni P € RE, CEST PAS Si coMPLiQué. Ce5T L'iNablieuR RAaNAR, Ceux'Que TOUT LE MONDE RECHERCHE SuR LA côte DePui5 unie 5eMAinle,., E n C ouverture la mort de l’ingénieur qui travaillait sur la construction du barrage. « Je suis plutôt dans le roman noir que dans le roman policier. L’enquête n’est pas une fin en soi. Ça permet d’avancer dans l’histoire. La série est centrée sur l’écologie, la politique, le rapport entre la grande Histoire et la petite histoire de chacun, la violence du monde et des gens. Le polar est un peu un prétexte. » Le nombre des personnages principaux est suffisamment important pour complexifier un peu plus la mise en place de la série. Run, un jeune métis kivik et vulko (surnom péjoratif pour les habitants non-natifs du Vukland), son oncle policier Oruk, sa mère Valka, son père Georg responsable de la construction du barrage, le chef des services de renseignement, sa fille Jo, Brook un jeune artiste de rue, Kas un ami de Run, Kim une jeune skin, tout t_ui A Tie De55u5 ! fs> FAIS-Lui COMPRENDRE Que SDN PROJET De 6ARRAae EST unIE TRAa € DiE PouR NOTRE PEUPLE. ce beau monde est pris dans le maelström des troubles causés par l’élection du président Pürsson. Une série qui veut plaire aussi aux ados Si Run, le héros de la série, est un adolescent, ce n’est pas un hasard. « J’ai écrit No War pour parler aux plus jeunes. Mon questionnement c’est  : que veulent-ils faire du monde de demain, eux qui sont à un âge qui respire l’énergie et les utopies ? C’est pour ça que Run est un ado, et que j’ai choisi le thème des délaissés, de ceux qui ont contre ceux qui n’ont pas (j’avais même envie de partir sur une histoire jeunesse, mais je suis plus un auteur adulte). Ça m’a forcé à simplifier, à synthétiser. J’ai d’ailleurs expérimenté sur mon fils aîné de 11 ans pour voir s’il comprenait tout. Le challenge de cette série, c’est de réussir à plaire à toutes les générations. » Pour ce faire, Anthony Pastor va chercher l’inspiration dans des œuvres haut de gamme comme le roman Millénium de Stieg Larsson et toute une pléiade de polars scandinaves, ainsi que les séries télé The Wire et plus récemment Top of the Lake, de Jane Campion. Le dessinateur fait également une sorte de retour aux sources graphique avec un dessin beaucoup plus lâché que pour ses deux derniers albums. « Ce que je poursuis depuis le début de ma carrière, c’est d’arriver à une écriture narrative. Trouver des solutions pour mettre une histoire en images le plus efficacement et le plus PAPA DiT, Qu'Au coNTRAiRE, C'EST unie GRANGE PouR NOTRE PAYS simplement possible. Avec Bonbons atomiques, en 2014, j’ai eu l’impression de simplifier trop vite. J’ai eu besoin de revenir à un dessin plus fouillé chez Casterman. Avant de repartir aujourd’hui sur la synthèse. En prenant également en compte l’enjeu temps, car les albums vont sortir rapidement. » Au rythme d’un volume tous les six mois, on comprend bien l’impératif de rapidité dans la réalisation. Sans pour autant sacrifier à la qualité d’écriture, eu égard à la longue maturation qui a présidé à la conception du scénario. No War s’annonce à coup sûr comme une des séries à suivre de ces prochaines années. NO WAR T.1 THIERRY LEMAIRE d’Anthony Pastor Casterman, 130 p., couleur, 15 € 5



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