Zoo n°69 jan/fév 2019
Zoo n°69 jan/fév 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°69 de jan/fév 2019

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Arcadia Media

  • Format : (230 x 297) mm

  • Nombre de pages : 60

  • Taille du fichier PDF : 49,2 Mo

  • Dans ce numéro : la paix ou le chaos.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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12 R etrouvez-les au F estival d'Angoulême SUNNY  : LES FOYERS D’ENFANCE VUS DE L’INTÉRIEUR Le Festival d’Angoulême accueille une exposition consacrée au mangaka Taiyou Matsumoto. Un artiste atypique dans la bande dessinée japonaise et dont le manga Sunny s’avère être la clé de voûte de toute son œuvre. Un manga qui donne à voir avec une vérité et une universalité troublante, celle du quotidien des enfants placés en foyer. Un enfant aux cheveux blancs, un regard dur, voici la couverture du premier tome de Sunny paru chez Kana en 2014. Le ton est immédiatement donné. On parlera de gamins abîmés. Haruo, Sei, Kiiko, Taro, Junsuke et Megumu, entre autres, seront les témoins de vies qui se caractérisent par une absence, celle des parents. Une vie vécue par l’auteur lui-même, dont on peut reconnaître certains traits dans le personnage de Sei. Vivant seul avec sa mère à Tokyo, il a été placé par elle de 7 à 14 ans dans un orphelinat à Yokohama. Sunny présente la vie d’un foyer japonais, accueillant des mineurs de tous âges. Deux professionnels s’occupent d’un petit groupe d’enfants au sein d’une grande maison, dans un fonctionnement très inspiré du modèle familial. Les aînés aident à s’occuper des plus jeunes. Des pratiques des années 70 qui ne correspondent plus vraiment aux orphelinats actuels, devenus des lieux d’accueil de masse, hébergeant parfois, selon Human Right Watch, jusqu’à une centaine d’enfants. L’accompagnement tout en proximité décrit au fil des six tomes par l’auteur, est de moins en moins une réalité au Japon, contrairement à la France qui privilégie de plus en plus placements en familles d’accueil et « foyers » de petite capacité d’accueil. Des enfants qui touchent au cœur Très différentes, les cultures française et japonaise n’ont que peu à voir au niveau des règles éducatives et des attentes de la société sur la parentalité. Pourtant, Sunny recèle une vraie part d’universalité. En tant que travailleur social français, on devine systématiquement comment chaque arc narratif individuel va se terminer. Ces histoires sont vraies et les relations parents-enfants sont les mêmes dans nos sociétés - industrielles modernes. Les parents défaillants, voir toxiques dans leur relation à leur progéniture, répondent aux mêmes manques de chaque côté de la planète. La mère d’Haruo, qui lui demande de ne plus l’appeler maman mais par son prénom, tout en lui offrant un lien symbolique par l’entremise de pots de crème Nivea, correspond parfaitement à ses mères incapables de s’attacher pleinement à leur enfant mais empêchées aussi de l’abandonner. La mère d’Haruo, tous les éducateurs en ont rencontrés une. Et chaque histoire que donne à lire Taiyou Matsumoto va venir toucher le lecteur avec la même force. Jusque dans les réactions des autres enfants -eue- face aux gosses de foyer. Les peurs des enfants, les manquements des parents, se font écho d’un bout à l’autre du globe. Une œuvre clé Sunny est donc une œuvre majeure du manga. « C’est aussi une œuvre clé de Matsumoto », selon Xavier Guilbert, commissaire de l’exposition avec Xavier Beaujean. Elle aura donc une grande place parmi les 200 œuvres originales du mangaka, exposées selon une approche thématique  : « Une partie porte sur les enfants et leur regard, une autre de la comparaison entre mondes réels SUNNY 2011 - Taiyou MATSUMOTO/SHOGAKUKAN et imaginaires chez Matsumoto. On y traite aussi des effets de narration et de style dans son œuvre, ainsi que des motifs spécifiques qui s’y cachent. » Mais pour Guilbert, Sunny est clairement un achèvement. « C’est un manga qui éclaire de manière évidente son œuvre, de Straight jusqu’aux Chats du Louvre et en dégage tous les fils d’interprétation. Elle sera centrale. » À retrouver donc, au musée de la BD d’Angoulême, du 24 janvier au 27 mars 2019 et à relire sans modération. YANECK CHAREYRE ➫ TAIYO MATSUMOTO  : DESSINER L’ENFANCE Musée d’Angoulême – Salle temporaire Du 24 janvier au 10 mars 2019 SUNNY (6 volumes disponibles) de Taiyou Matsumoto Kana, 220 p.env., 12,70 €
BLAME ! Tsutomu NIHEI/KODANSHA LTD R etrouvez-les au F estival d'Angoulême UN AUTEUR À NE PAS NIHEI Tsutomu Nihei nous abreuve d’une science-fiction sombre, énigmatique et taciturne depuis une vingtaine d’années maintenant. Alors que le Festival d’Angoulême lui rend hommage avec une rétrospective exceptionnelle, retour sur le parcours d’un mangaka à l’œuvre grandiose et cohérente. À une époque où sortent en France Cat’s Eye, Les Chevaliers du Zodiaque et Slam Dunk, Glénat frappe un coup magistral en publiant Blame ! premier titre de l’auteur. Une détonation aux alentours des années 2000 qui marquera durablement une génération de lecteurs. Le titre est percutant, son personnage principal laconique, son environnement gargantuesquement claustrophobique. Killy, cyborg avare de ses mots, erre dans les méandres d’une mégastructure enchevêtrée en quête de solutions. L’humanité s’est évaporée, les tuyaux ne sont pas sûrs. L’œuvre est très cryptique. Tsutomu Nihei expliquera avoir imaginé Blame ! par à-coups, en recherchant à s’exprimer plutôt qu’en manufacturant une histoire millimétrée. À ce stade, l’auteur préfère suggérer plutôt que de révéler. Un silence d’or Le succès de Blame !, qui intrigue énormément, lance Nihei définitivement. La rapide propagation de sa renommée internationale lui permettra même de rapatrier le temps d’une histoire Wolverine, le mutant américain aux griffes rétractables, dans Snikt, qui paraît en France en 2004 chez Panini. Tout Nihei y est perceptible. Wolverine n’est pas loquace, les environnements sont titanesques et les monstres-marionnettes étrangement similaires à ceux de son histoire précédente. S’enchaînent ensuite Abara et Biomega, séries en respectivement 2 et 10 tomes qui révèlent que Nihei s’affine extrêmement vite. Les lecteurs y découvrent aussi que son genre de prédilection lui permet d’imbriquer discrètement toutes ses histoires dans un continuum discret, affirmé par de nombreuses petites pointes conceptuelles. Blame !, vitrine cruciale des ambitions de l’auteur, est rapidement raffiné. S’en extraient de nombreuses idées présentées dans un écrin visuel en constante recherche d’éclaircissement. Un peu plus près des étoiles Au fil des séries, Nihei mûrit sa façon de raconter en se rapprochant d’une narration plus industrielle. En résultera Knights of Sidonia, une série que l’auteur aura réfléchie différemment avec un impact visuel consciemment plus grand public et des étapes scénaristiques bien déterminées. Aux grandes explosions de noir succède l’envie de détailler. Knights of Sidonia marque la rupture pour un auteur qui ne dessine dorénavant plus pour lui-même mais pour une audience. Aposimz consolide cette logique. Le nouveau titre de l’auteur réutilise et renverse les habitudes de son créateur. Nihei y atteint un juste milieu très efficace, équilibrant une histoire résolument shônen et un univers qui lui est dorénavant très intime. La planète artificielle Aposimz est en bout de course  : une grande partie de l’humanité s’est vue refoulée à la surface inhospitalière de l’astre de métal. Elle survit péniblement depuis 5 000 ans dans un environnement glacial gangréné par une épidémie qui transforme les malades en poupées-zombies. L’ambiance est froide, enneigée, propice à la vengeance et aux actions d’éclat. Nihei aux nues Accompagnée de masterclass et dédicaces de l’auteur en personne, l’exposition qui prendra place lors du 46 e festival d’Angoulême cristallisera une période éditoriale très riche pour Nihei en France. La réédition Deluxe de Blame ! débutée en novembre fait honneur à la démesure de ses environnements, l’artbook Blame and so on étoffe son univers, notamment en plaçant l’auteur face à ses idoles et sa nouvelle série, Aposimz, démarre sur les chapeaux de roue. Le moment idéal pour découvrir ou approfondir ses connaissances sur un auteur qui mérite sa place dans le club très prisé des auteurs nippons qui se sont fait mondialement un nom. ALEX MÉTAIS ➫ TSUTOMU NIHEI, L’ARPENTEUR DES FUTURS Espace Franquin Du 24 au 27 janvier 2019 ➫ APOSIMZ VOL.2 de Tsutomu Nihei Glénat, 182 p., n&b, 7,60 € ➫ BLAME ! VOL.2 de Tsutomu Nihei Glénat, 386 p., n&b, 14,95 € ➫ BLAME ! AND SO ON de Tsutomu Nihei Glénat, 152 p., couleur, 24,90 € Tsutomu NIHEI/KODANSHA LTD 13



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