Zoo n°68 nov/déc 2018
Zoo n°68 nov/déc 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°68 de nov/déc 2018

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Arcadia Media

  • Format : (230 x 297) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 17 Mo

  • Dans ce numéro : à la croisée des mondes.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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8 évènements Expo Art brut japonais II L’art brut, qui désigne les œuvres d’artistes sans formation ou culture artistique (malades mentaux ou marginaux), réserve de belles surprises. C’est le cas pour cette 2 e exposition consacrée au Japon, proposée par la Halle Saint-Pierre dans le cadre de Japonismes 2018 (ensemble d’événements parisiens sur la culture nippone à découvrir jusqu’en février 2019). L’art brut, souvent sombre et torturé, est ici également joyeux et coloré, les artistes n’hésitant pas à sortir du noir et blanc pour s’exprimer. Autre étonnement, les références aux spécificités du Japon sont rares, qu’elles soient patrimoniales (samouraïs, empereurs) ou contemporaines (mangas, technologie). Cela n’empêche pas une visite très plaisante, rythmée par des styles et des intentions diverses. Halle Saint-Pierre, jusqu’au 10 mars 2019, 9 € THIERRY LEMAIRE Expo L’Archéologie en bulles La Petite I, Ï L'ARC _0CrE —EN't1 -ES — ID c=e, 4 1.. Galerie du Louvre accueille chaque année une exposition associant une thématique avec les collections du musée. Après les mythes fondateurs, la danse et le théâtre, c’est la bande dessinée qui tient le haut du pavé, en lien avec l’archéologie. La facilité aurait été de faire le catalogue des apparitions de vestiges dans le 9 e art. Mais les commissaires ont plutôt choisi de prendre deux axes – le dessin et l’histoire (avec ou sans H majuscule) – et quatre moments – le départ, la découverte, l’analyse et l’interprétation – communs aux deux disciplines. Les liens sont parfois un peu ténus, mais vite éclipsés par la beauté fascinante des planches originales de maîtres de la bande dessinée. Musée du Louvre, jusqu’au 1er juillet 2019, 15 € THIERRY LEMAIRE y a un qualificatif que Tardi récuse, c’est bien S’il celui de référence pour sa vision de 14-18  : « Je ne suis pas historien. Je travaille à la hargne. Je peux être révolté par un fait, le faire remonter à la surface car il m’a rendu hors de moi. Je ne fais pas une étude précise comme un historien. Je n’ai pas de mission. » Quand Jacques Tardi s’est glissé dans la peau des B ande D essinée TARDI  : « JE NE SUIS PAS UN HISTORIEN DE 14-18 » Pour 14-18, Jacques Tardi est-il la référence incontournable en BD ? Il dit que non. En novembre 2018 se terminera la commémoration du centenaire de la Grande Guerre. Tardi revient sur sa remise en lumière du premier conflit mondial, puis du second, avec la fresque Stalag II B. Un tout indissociable à ses yeux. Poilus, c’est aussi parce que, familialement, comme chez beaucoup de Français, les souvenirs persistaient... Tardi est un homme libre indigné et pas très optimiste. Que va-t-il rester de 14 dans la mémoire collective ? « Je n’en sais rien. Je suis consterné par l’ignorance des gens. Mes interviews commencent toujours par « Ah, Tardi encore dans vos tranchées. C’est une obsession ? » Les gens n’ont pas compris que nous vivons les conséquences de cette guerre comme le découpage du Moyen-Orient. Si on ne sait pas que cela se passe en 1916 pour la Palestine, on ne peut pas comprendre notre présent. » « Une souffrance indescriptible » Avec beaucoup de pudeur, l’auteur de Putain de guerre ne se fait pas d’illusions sur l’impact de son travail  : « Mes images sont à des annéeslumière de la vérité vraie, une illustration relativement gentille par rapport à la souffrance indescriptible du soldat. Même la littérature ne peut en rendre compte. Je m’interroge toujours pour comprendre pourquoi ces types sont restés au front. » Est-ce que tout a été dit sur le conflit ? Tardi n’en est pas certain. « On retrouve dans des greniers des photos, des correspondances. J’en ai lu récemment où l’expression « putain de guerre » revient souvent. On trouvera encore des témoignages qui vont nous éclairer. Mais ce qui remonte, c’est ce qui a été masqué sous le joli maquillage de l’héroïsme  : des jeunes gens conscients qu’on les fait mourir pour des intérêts qui ne les concernent pas. » D’où une avancée, car c’est la Mission du centenaire qui a suscité ces découvertes épistolaires tardives. « Je crois que j’ai fait le tour » Tardi est précis sur cette Mission avec laquelle il aurait dû travailler  : « J’ai été contacté au tout début pour faire une fresque, un long panorama sous un chapiteau, cinq à six mètres de haut. Elle aurait raconté toute la guerre. Au moment où cela devait se faire, ils m’ont refilé la Légion d’Honneur. Je ne
l’ai pas acceptée. Plus de fresque. Après j’ai lu que je ne m’en sentais pas capable. C’était de bonne guerre ! » Pas de regrets pour Tardi. Si on lui demande s’il a lu d’autres BD que les siennes sur 14, il murmure un « oui mais ne me demandez pas lesquelles » car il leur reproche « le manque de documentation pour le dessin, le traitement. Je vois des dessinateurs qui ne savent pas dessiner le casque français. » Pour lui 14-18, c’est fini  : « Je crois que j’ai fait le tour, encore que ce soit impossible. Il faut arrêter, non ? Après 14-18, je suis passé à la suivante » avec les trois tomes de Stalag II B dont le dernier vient de sortir (lire l’encadré). Et après la guerre, que fera-til ? « Dans l’immédiat, et c’est peutêtre la première fois que ça m’arrive, je n’ai pas de projet. Il y a un Adèle Blanc-Sec que j’ai commencé. Je me demande si je le termine. » La boucle est bouclée. Au moins pour la Grande Guerre et la saga familiale. Ensuite, pas sûr car il a des idées d’adaptations de romans. Mais ce sera une, ou d’autres histoires. JEAN-LAURENT TRUC B ande D essinée Nurentber, la cap-trate idéologique'Cie HiHer, comme il le (Use- k i moi mteriiimi CELLE QUI ENSORCELLE Avec son Fréhel, JohannG. Louis remet en lumière une figure fondatrice de la chanson française dans une biographie inspirée et vibrante de tendresse. MOI RENÉ TARDI, PRISONNIER DE GUERRE AU STALAG IIB T.3 Du début du XX e siècle jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, Fréhel régna sur la chanson française. Elle déploya son talent d’interprète dans la rue et les bistrots, puis dans les cabarets et les salles de spectacle. Près d’un siècle plus tard, même ceux qui n’ont jamais entendu son nom doivent connaître les airs qu’elle rendit fameux. La Java bleue, c’est elle. Il y a trois ans de ça, JohannG. Louis tombe sur un article de presse de 1948 qui racontait comment Fréhel manqua de se faire embarquer par des policiers qui ne l’avaient pas reconnue et ne dut son salut qu’à la démonstration de ses talents vocaux. De cette anecdote, il fera l’ouverture d’un livre de plus 280 pages. « En général, je n’aime Après la guerre de 40, la captivité et la libération de son père en 45, Tardi raconte une autre époque, celle qu’il a vécue. Il fonctionne au souvenir, revient sur son enfance (il est né en 1946), l’Occupation en Allemagne. Tardi dévoile ses premières envies de dessin mais aussi sa tristesse face à une mère qui le culpabilise. Il revient sur les guerres  : 1870, 1914 et 1939, leur cortège de tragédies. Une conclusion et un vaste panorama émouvant, sensible, appuyé sur le quotidien du jeune Tardi qui avoue « j’aurais pu continuer, rebondir. Mais tomber dans l’autobiographie, c’est détestable. Raconter sa vie, je veux bien si vous avez chassé la baleine et passé quinze fois le Cap Horn. (Rires) » ➫ MOI RENÉ TARDI, PRISONNIER DE GUERRE AU STALAG IIB T.3 de Tardi, Casterman, 144 p., n&b, 25 € pas trop les biopics, ils sont souvent convenus, pédagogiques et ennuyeux. La lecture de Kiki de Montparnasse m’a cependant montré qu’en BD on pouvait faire quelque chose de passionnant. » nous révèle l’auteur à la terrasse d’un bistrot de Pigalle. Punk avant l’heure Attiré par les figures de stars déchues et par ailleurs très amoureux de Paris, il est naturellement tombé sur Fréhel, vedette populaire d’avantguerre, morte dans la misère en 1951. « J’ai fait énormément de recherches. Pendant trois ans, je passais mes journées avec Fréhel, je me couchais et me réveillais avec elle. C’était une femme libre et excessive, une véritable libertaire, une punk avant l’heure. Je voulais raconter ce pan de notre histoire, montrer aussi ce qu’était le Paris d’avant, le Paris des classes populaires. » Sans se laisser enfermer par la documentation accumulée, l’auteur parvient avec son trait vibrant et aquarellé, et par la verve gouailleuse qu’il recrée joyeusement, à rendre crédible un environnement urbain et un mode de vie aujourd’hui en voie de disparition. ➫ FRÉHEL de JohannG. Louis Nada, 29,90 € VLADIMIR LECOINTRE 9



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