Zoo n°68 nov/déc 2018
Zoo n°68 nov/déc 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°68 de nov/déc 2018

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Arcadia Media

  • Format : (230 x 297) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 17 Mo

  • Dans ce numéro : à la croisée des mondes.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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4 E n C ouverture L’ADAPTATION DE ROMANS EN BD, UN TRAVAIL DE SCÉNARISTE ? Pour La Tour des Anges, Stéphane Melchior se replonge dans l’univers de Philip Pullman, accompagné au dessin de Thomas Gilbert qui succède à Clément Oubrerie. Il nous parle de son travail d’adaptation. Best-seller international, la trilogie À la croisée des mondes de Philip Pullman fait l’objet d’une transposition en bande dessinée aux éditions Gallimard. L’adaptation du premier roman, Les Royaumes du Nord, étalée sur 3 albums dessinés par Clément Oubrerie, avait obtenu le Fauve jeunesse pour son premier opus. L’héroïne de douze ans, Lyra, y poursuit des kidnappeurs d’enfants, accompagnée de son daemon, une créature magique liée à chaque personne de cet univers de fantasy. Changement de dessinateur et de décor pour l’adaptation du deuxième roman intitulé La Tour des Anges, avec cette fois Thomas Gilbert. Ce nouveau cycle de BD s’ouvre sur un autre monde, le nôtre, où vit le jeune Will Parry capable de passer d’un univers à l’autre… Il ne tardera pas à rencontrer Lyra dans ce volume dont le scénariste Stéphane Melchior signe à nouveau l’adaptation. Mais au fait, adapter un roman en bande dessinée, en quoi cela consiste-t-il ? Entretien Comment êtes-vous arrivé sur le projet d’adaptation de la trilogie À la croisée des mondes ? Stéphane Melchior  : L’initiative est venue de Clément Oubrerie. Il voulait faire une adaptation de roman et se tournait plutôt vers des récits de science-fiction, mais un éditeur chez Gallimard a attiré son attention sur cette série de romans réputée difficile à adapter. De mon côté, je venais de publier une adaptation de Gatsby le magnifique [avec Benjamin Bachelier au dessin, N.D.L.R.]. L’éditeur m’a proposé de lire les romans de Philip Pullman et de donner mon ressenti en vue d’une adaptation. La puissance d’écriture et l’originalité des thèmes m’ont enthousiasmé ! J’ai rédigé une note d’intention en expliquant comment je pensais capturer l’esprit de l’histoire ; j’ai expliqué les parallèles visuels qui me semblaient pertinents, en donnant des exemples dans la peinture, la sculpture ou l’architecture. Le film À la croisée des mondes  : La Boussole d’or vous a-t-il influencé ? Le film est réussi du point de vue visuel et porté par un excellent casting, mais il fait l’impasse sur trop d’éléments importants du roman, peut-être en raison d’une durée trop courte. Cette analyse m’a conduit à demander, si on me confiait cette adaptation, de pouvoir développer
l’histoire sur un nombre d’albums assez important  : pas moins de trois par roman, pour qu’on ait le temps de développer les intrigues et de s’attacher aux personnages. J’avais peu d’espoir, car je répondais positivement mais en imposant un projet très ambitieux. Pour mon plus E n C ouverture grand plaisir, tout le monde m’a dit d’accord, y compris Philip Pullman, qui avait pourtant annoncé qu’il n’accepterait plus jamais d’adaptation de son œuvre ! Pourquoi un changement de dessinateur pour adapter La Tour des Anges, la suite des Royaumes du Nord ? Clément Oubrerie adore cet univers, il l’a montré par la générosité de son dessin. Mais il avait déjà passé trois ans sur Les Royaumes du Nord. Il a d’autres univers et d’autres scénaristes, je comprends qu’il n’ait pas eu envie de s’engager sur la production de 10 tomes, puisque c’est la longueur prévisionnelle de l’adaptation en BD de la trilogie de Philip Pullman. Vous avez participé au choix de Thomas Gilbert comme dessinateur de La Tour des Anges ? Oui, une fois que Clément a confirmé son intention de ne pas continuer, j’ai très vite proposé le nom de Thomas Gilbert. C’est quelqu’un avec qui j’avais des relations amicales, et dont j’appréciais les albums. Thomas s’est montré très vite enthousiaste, même si passer après Clément Oubrerie n’est pas évident. Il s’est décontracté et a développé son propre style. On part ensemble pour au moins trois albums. Je ne sais pas si un troisième dessinateur interviendra pour le troisième roman  : ça n’a pas été pensé comme un principe. Dans l’esprit du public, le travail du scénariste qui pose son nomentre celui du romancier et celui du dessinateur est quelque chose d’un peu obscur. En quoi consiste-t-il ? Philip Pullman écrit comme écrit un romancier. De mon côté, je n’écris pas pour être publié, mais pour produire un document utile pour le dessinateur. Il y a des façons de faire progresser un récit, dans les romans, qui ne sont absolument pas adaptées à la bande dessinée. Il faut trouver des solutions et parfois réinventer des scènes. Je produis un document technique, qui est aussi une proposition artistique  : un découpage case à case très précis, avec un langage qui se rapproche de celui du cinéma. J’y ajoute des suggestions de plans, des recherches d’architectures, de costumes, d’objets… L’adaptation est un exercice délicat quand on veut le faire bien. La bande dessinée n’a pas vocation à se substituer au roman, elle est une autre façon de raconter l’histoire. Alain Damasio écrivait  : « On ne juge pas la valeur d’une adaptation à sa fidélité au support original ; on la juge à la qualité de sa trahison. » J’ai déjà entendu ça. Mais je n’aime pas cette idée de « trahison ». On peut s’approprier légitimement un univers, sans trahir ni les personnages ni l’auteur original. J’ai une approche qui me semble respectueuse des univers dont je m’empare. Je le fais par amour, la plupart du temps parce que je suis totalement fan et admiratif des histoires d’origine. Quand je fais une adaptation, je ne me demande pas comment je vais bien la trahir mais plutôt comment je vais bien la servir. Vous choisissez de conserver certains aspects des romans, d’en laisser d’autres de côté. Pouvez-vous avoir des regrets ? Il y a mille choses qu’on voudrait pouvoir mettre dans la bande dessinée, mais on se fait une raison car ce n’est pas raisonnable de toutes les y mettre. De toute façon, il ne s’agit pas de remplacer le roman. Si vous voulez retrouver toute la beauté de l’écriture de Pullman, lisez ses livres ! Je ne suis pas dans le regret, mais plutôt dans l’excitation des difficultés à surmonter. Par exemple, quand Lyra fait fonctionner la machine conçue par une chercheuse pour traduire le langage de la poussière, le roman n’exprime pas cette scène en termes d’effets visuels. C’est donc à nous d’imaginer quelque chose qui se substitue au texte de M. Pullman, pour que cela devienne spectaculaire visuellement  : un écran gigantesque, un casque futuriste et rétro à la fois, et pour le rendu de la poussière un mélange de dessins et de fractales… Pour moi, le travail d’adaptation, ce n’est pas la frustration de la renonciation à certaines scènes, c’est au contraire le côté très stimulant de la recherche de solutions pour créer des émotions qui n’existaient pas forcément dans le matériel original. Je fais des choix positifs, des choix qui transforment, qui enrichissent, qui proposent. Je vois ce travail d’adaptation comme une valeur ajoutée. PROPOS RECUEILLIS PAR JÉRÔME BRIOT LA TOUR DES ANGES T.1 de Thomas Gilbert & Stéphane Melchior, d’après Philip Pullman Gallimard, 96 p., couleur, 17,80 € 5



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