Zoo n°67 sep/oct 2018
Zoo n°67 sep/oct 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°67 de sep/oct 2018

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Arcadia Media

  • Format : (230 x 297) mm

  • Nombre de pages : 68

  • Taille du fichier PDF : 9,9 Mo

  • Dans ce numéro : cyberfatale...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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36 C inéma LE PARIS FANTASMÉ DE MICHEL OCELOT Avec Dilili à Paris, Michel Ocelot sort de ses théâtres d’ombre et de ses contes africains pour raconter une fable féministe au cœur du Paris de la Belle Époque. Si, plastiquement, le papa de Kirikou se révèle être toujours aussi impressionnant, la fête se voit un brin tempérée par la lourdeur de son didactisme. Le nouveau film de Michel Ocelot démarre sur un magnifique faux-semblant, celui d’un paysage africain luxuriant aux couleurs chamarrées que l’on croirait tout droit sorti d’un tableau du Douanier Rousseau. À mesure que la caméra dézoome, des kanaks s’affairent aux tâches de la vie quotidienne avant que le spectateur ne se rende compte qu’il s’agit d’une reconstitution grandeur nature au beau milieu d’un espace vert en plein Paris. Les vêtements des badauds agglutinés nous plongent dans la Belle Époque, celle où le bouillonnement culturel et artistique est proportionnel à l’absence de droits civiques pour les sujets de l’empire colonial français. Dans ce vivarium sinistre émerge Dilili, une petite ille métisse haute comme trois pommes, presqu’une cousine de Kirikou. Un jeune homme effilé comme un roseau du nom d’Orel s’approche d’elle et lui parle petit nègre. Et Dilili de lui répondre dans une langue de Molière parfaitement maîtrisée qu’elle souhaite en faire de même. C’est le début d’une amitié improbable dans un Paris tant mystérieux et fantasmé au sein duquel des petites illes sont enlevées par une société secrète… Modernisme esthétique Puisqu’il est question d’apparences trompeuses, il est permis de creuser davantage le sujet. En effet, en bon auteur/esthète rafiné qui se respecte, Michel Ocelot signe avec Dilili à Paris une parfaite synthèse de ses plus grands longs-métrages que sont Kirikou et la sorcière et Azur et Asmar. La parenté saute immédiatement aux yeux tant Dilili et Orel incarnent respectivement la naïveté fauviste tout en aplats et l’ode à l’attirance des contraires dans les volumes de l’animation infographique. Ainsi, Dilili à Paris s’envisage comme une fusion esthétique des précédentes œuvres de Michel Ocelot où la troisième dimension s’aplatit pour magniier des vignettes d’un Paris fantasmé de la Belle Époque… ou plutôt des photographies prises par le cinéaste pour être exact. Il se dégage de ce mariage d’images virtuelles et réelles (quoique lourdement retravaillées) une sensation de lottement au sein de laquelle émerge un conte africain moderne où la plume de Gaston Leroux croiserait les ombres de la cinéaste Lotte Reiniger ou le sens du rocambolesque de Louis Feuillade. Et sur ce point, Dilili à Paris est conforme à la ilmographie de son cinéaste par sa puissance d’émerveillement et sa capacité à atteindre d’authentiques moments de grâce. Lourdeur didactique Comme l’ensemble des précédents ilms de Michel Ocelot, il est question ici de rencontres. Et Dilili et Orel rencontrent d’innombrables personnalités des mondes artistiques et politiques du début du siècle dernier qui se substituent aux rôles tenus habituellement par les archétypes du conte. La cantatrice Emma Calvé se mue en une princesse élégante et racée tandis que Toulouse-Lautrec devient un compagnon de poursuite échevelée dans les rues sinueuses et pentues de Montmartre tandis qu’Erik Satie se permet un interlude musical avec ses Gnossiennes. À sa manière, Dilili à Paris est un cousin plus naïf, incarné et sincère du Minuit à Paris de Woody Allen. C’est pourquoi on reste d’autant plus sur notre faim lorsqu’Ocelot troque la douceur habituelle qui le caractérise pour véhiculer ses messages par un surlignage très maladroit du féminisme que défend Dilili à Paris. Si l’intention ne manque décidément pas de noblesse, surtout après les multiples retombées de l’affaire Weinstein, son martelage dans le dernier acte du ilm laisse un petit goût d’inachevé pour, au inal, assombrir un tantinet sa sublime carte postale, belle comme une ode à la fraternité et au multiculturalisme. JULIEN FOUSSEREAU DILILI À PARIS de Michel Ocelot Animation, 95 min, sortie le 10 octobre 2018
C inéma ANIMER LES ZONES D’OMBRE DU RÉEL À partir d’une enquête sur la mort mystérieuse de son cousin survenue pendant la guerre des Balkans, la cinéaste Anja Kofmel utilise brillamment dans le documentaire Chris the Swiss l’animation pour donner chair à l’inexplicable. Chris Würtenberg était un reporter de guerre suisse présent dans une Yougoslavie en plein effondrement en 1992 lorsqu’il a été assassiné à vingt-sept ans dans des circonstances non élucidées encore aujourd’hui. Anja Kofmel n’avait que douze ans quand la mort tragique de son cousin a affecté son clan. Chris the Swiss se révèle être une opportunité pour elle de revenir sur le théâtre tragique de cet événement un quart de siècle plus tard ain de lever le voile opaque qui a recouvert cet homicide. Mais son parcours ne fera qu’épaissir un mystère quant à l’insaisissable personnalité de feu son cousin et de la nature de son dernier voyage, ou l’horrifique absurdité d’une guerre civile parmi les plus effroyables de la deuxième moitié du vingtième siècle. La quête de vérité animée Associer animation et documentaire a longtemps semblé inenvisageable tant les deux genres semblaient à l’opposé l’un de l’autre. Puis le succès de Valse avec Bachir d’Ari Folman a démontré qu’une vérité émotionnelle pouvait surgir sans crier gare de l’accouplement de la forme d’expression la plus travaillée, la plus calculé avec, celle, brute de décoffrage du médium cinématographique. Par son recours à l’animation, la parenté de Chris the Swiss semblait toute trouvée. Elle n’est pourtant qu’un leurre dans la mesure où son mouvement de balancier entre passé et présent s’illustre par un changement de régime d’images  : quand l’image réelle épouse toutes les facettes du documentaire, le passé supposé de Chris devient une recréation sous formes de séquences animées aussi belles que lugubres. Deuil cathartique Cette intention change en profondeur la donne car, au cours des impressionnantes séquences empreintes d’un gothisme monochrome de fort bon aloi, Anja Kofmel en vient à superposer régulièrement l’instabilité émotionnelle de Chris avec la confusion génocidaire gangrénant peu à peu la Yougoslavie. Bien que professionnel et rigoureux, Chris Würtenberg renfermait une part d’ombre qui l’a conduit à sortir de son simple rôle d’observateur pour rejoindre les rangs d’une armée paramilitaire emmenée par Eduardo Flores, un Bolivien formé par le KGB, qui aurait prétendument forgé des liens avec des groupuscules croates fascistes et reçu des fonds de l’Opus Dei… Ainsi Chris the Swiss répond à peu de questions factuelles mais afiche une réelle virtuosité à mettre en parallèle les chaos d’hier et d’aujourd’hui dans un territoire lointain amenant une jeunesse en plein vide existentiel à emprunter leurs chemins sinueux. Pour accoucher, in fine, d’un bel éloge funèbre à la jeunesse sacriiée. JULIEN FOUSSEREAU CHRIS THE SWISS d’Anja Kofmel Documentaire/Animation, 90 min, sortie le 3 octobre 2018 1 zoom Silent Voice de Naoko Yamada Adapté du manga éponyme, Silent Voice demeure idèle dans sa trame au cheminement rédempteur d’Ishida. Brute tourmenteuse de la jeune Nishimiya atteinte de surdité, il cherche à se racheter au lycée après une tentative de suicide avortée. Réalisateur prometteur d’animé, Naoko Yamada conirme une propension à l’esthétique léchée et des compositions méticuleuses. Mais la splendeur hallucinante de l’ensemble ne sufit pas à faire oublier les longueurs excessives et la dificulté majeure de s’identiier à un héros dont le désir de s’amender se heurte constamment à son manque de nuances. Film d’animation, 132 minutes, sortie le 22 août 2018 JULIEN FOUSSEREAU Comme un chien enragé de James Foley & Cocoon de Ron Howard Pour sa sélection estivale, l’éditeur Carlotta explore deux extrêmes du cinéma hollywoodien des années 1980  : le féérique à travers Cocoon contre l’âpreté de Comme un chien enragé. Après la niaiserie Splash, Ron Howard sonnait juste avec son mythe actualisé de la fontaine de jouvence en mode spielbergien quand, à l’opposé, James Foley partait du fait divers avec Comme un chien enragé pour disséquer les dysfonctionnements d’une relation père/ils polluée par le crime. Bide commercial à sa sortie, Comme un chien enragé a acquis depuis son statut d’objet culte mérité. L’un comme l’autre ont été bichonnés par Carlotta et son éditorial très souvent éclairant. Films disponibles en Blu-ray et DVD JULIEN FOUSSEREAU 37



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