Zoo n°66 jui/aoû 2018
Zoo n°66 jui/aoû 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°66 de jui/aoû 2018

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Arcadia Media

  • Format : (230 x 300) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 8 Mo

  • Dans ce numéro : la fuite ou la vie.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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40 ‘e, - zoom ciné Chasseuse de géants Projet casse-gueule par excellence, cette adaptation du comic-book I Kill Giants de Joe Kelly et J. M. Ken Niimura avait de quoi rebuter, ne serait-ce que par la fragilité de son montage financier. Pourtant, le cinéaste danois Anders Walter saisit parfaitement la nature allégorique dans laquelle l'évasionésotérique se révèle une échappatoire à un drame intime insupportable. Sa réalisation élégante amplifie la performance remarquable de Madison Wolfe. Échec monumental au box-office américain, Chasseuse de géants vaut le détour pour son potentiel de film culte sur le spleen adolescent. Un Blu-ray Lonesome Bear Le Voyage de Ricky Si la richesse du cinéma allemand passé et contemporain n'est plus à prouver, force est de constater que le cinéma d'animation n'a jamais été le fort de nos cousins germaniques. Et Le Voyage de Ricky ne rebattra pas les cartes, loin s'en faut. Cette variante plumée et aérienne du Monde de Némo souffre d'un manque d'identité patent, d'une richesse visuelle laissant clairement à désirer (le gouffre avec les productions françaises est monumental) et d'un humour aussi lourd qu'un char Panzer chutant sur de la porcelaine de Saxe. Pire, cette édition DVD ne propose qu'un doublage français d'une qualité médiocre. ¤ offrir de préférence à son beau-fils en bas âge et odieux. Un DVD Orange Studio Mary et la fleur de la sorcière Lorsque Harry Potter rencontre l'esprit Ghibli, cela donne cette Mary et la fleur de la sorcière. Tout y passe, cette virtuosité du trait, ce character design et cette fluidité d'une animation virevoltante qui ne cessent de rappeler Le Château dans le ciel, Ponyo sur la falaise ou Le Voyage de Chihiro. Pourtant, cette production est estampillée Studio Ponoc, entité créée notamment par Hiromasa Yonebayashi (Arrietty⁄ et Souvenirs de Marnie), le disciple le plus prometteur de Hayao Miyazaki. Si, formellement, cette Fleur de la sorcière impressionne, notamment pour son prologue d'une beauté à se damner, il va falloir se démener davantage sur le fond à l'avenir pour espérer atteindre la richesse thématique du Maître. Un DVD Diaphana JULIEN FOUSSEREAU Koch Media GmbH La programmation de Have a Nice Day pour la compétition officielle du festival dÊAnnecy lÊannée dernière avant son retrait in extremis sous la pression des autorités chinoises visiblement agacées a contribué à forger sa réputation sulfureuse. ¤ se demander en quoi ce petit film dÊanimation au budget serré a pu provoquer le courroux du Bureau du Cinéma Chinois. Pas vraiment de mflurs dévoyées ni de violence débridée. La raison est peut-être à chercher dans son indépendance de ton et sa licence poétique à même de jeter un regard impitoyable sur ce que devient lÊEmpire du Milieu frappé par la modernité dÊune société combinant le pire des deux mondes, à savoir la cupidité du capitalisme dÊÉtat et la répression des aspirations aux libertés individuelles. DÊailleurs, le fait que le fil conducteur narratif entre les différents protagonistes de Have a Nice Day soit un sac rempli de fric devrait nous mettre sur la voie. MOROSITÉ EXISTENTIELLE C iné & D VD CHINA BLUES Précédé d’une réputation sulfureuse à faire grincer des dents les autorités chinoises, Have a Nice Day, film d’animation chinois de Liu Jian, sort enfin sur nos écrans et mérite d’être massivement découvert pour le regard cru et dur qu’il jette sur le no man’s land que devient peu à peu la Chine moderne. Ce sac contenant un million de yuans (135 000 euros) appartient à Oncle Liu, un mafieux local dÊune petite ville dans le sud de la Chine et Xiao Zhang, une de ses chevilles ouvrières, a décidé de le dérober pour financer en Corée du Sud lÊopération de chirurgie esthétique de sa fiancée et apporter un correctif à la précédente, ratée. Bien évidemment, le plan déraillera à plusieurs reprises et Xiao enchaînera les mauvaises rencontres⁄ ¤ travers son unité de temps et de lieu, Have a Nice Day peut légitimement être comparé à Pulp Fiction (le distributeur ne sÊen est dÊailleurs pas privé). Pourtant, Liu Jian semble davantage sÊinspirer du cinéma de Jia Zangke dans son rapport au réel constitué de temps morts et dÊune compilation de banalités confinant à la morosité. Cette approche se voit magnifiée par le rendu dÊune animation minimaliste, dépourvue de profondeur et dÊombrages, dans des cadres paradoxalement détaillés. RÊVER AVEC ÉTROITESSE Loin dÊêtre un handicap, cette intention formelle tend à sortir Have a Nice Day des figures imposées du film noir pour casser lÊimage dÊÉpinal dÊune Chine éternelle et immense en un no manÊs land claustrophobe et générique regorgeant dÊicônes dÊune pop culture internationale dans un décorum dÊune laideur terriblement banale et jonché de détritus. Dans un univers dÊhôtels impersonnels et de cybercafés vides se débattent des personnages mus par des rêves affligeants de médiocrité consumériste et oisive. Le passage le plus emblématique demeure incontestablement lÊénonciation par un des personnages des trois niveaux graduels de liberté  : celle du marché de proximité, puis du supermarché et enfin celle ultime du shopping en ligne où le bonheur serait dÊacquérir ce que lÊon souhaite sans jamais avoir à se soucier du prix. Ce constat dÊune ironie terrible de Liu Jian semble résumer lÊétat des choses dans la Chine moderne  : la seule liberté qui prévaut est celle dÊacheter. Consommez, il nÊy a rien à voir. JULIEN FOUSSEREAU HAVE A NICE DAY de Liu Jian, film dÊanimation, 1h17 Actuellement en salles 2017 Nezha Bros Pictures Company Limited, Le-joy Animation Studio
Anne-Françoise Brillot C iné & D VD Comprendre BÉCASSINE Au cœur d’une époque multipliant les adaptations cinéma de bandes dessinées franco-belges qui pourrait s’apparenter à un cimetière, le projet Bécassine laissait craindre le pire. C’était sans compter le talent de Bruno Podalydès qui, avec son cinéma chargé en fantaisies indolentes, est un des seuls à transposer la ligne claire sur grand écran. Si le grand public tend à retenir de Bécassine lÊeffroyable chanson de Chantal Goya qui avait au moins le mérite dÊapporter un coup de projecteur à une silhouette iconique, il oublie souvent que la jeune Bretonne bizarrement fagotée dans sa longue robe verte et son bonnet blanc est une charnière dans lÊhistoire de la bande dessinée française. Pas forcément à sa naissance en 1905 avec ses parents Émile Pinchon et Jacqueline Rivière, mais bien huit ans plus tard avec lÊarrivée du scénariste Caumery qui la dote dÊune psychologie plus fouillée et dÊhistoires plus complexes que les simples strips chargés de mettre en avant sa naïveté et sa sottise. Ce rappel est essentiel pour comprendre quÊautour de Bécassine, se trouvent la petite Loulotte ou la Marquise de Grand-Air. LIGNE CLAIRE BUCOLIQUE Autrement dit, derrière sa candeur et son trait aussi rond que vif, Bécassine sÊinscrit dans une mythologie à appréhender pour ne pas tomber dans lÊentreprise cynique. En tintinophile chevronné, Bruno Podalydès était sans aucun doute lÊhomme de la situation car il avait réussi comme personne en France à délimiter le juste ton avec Le Mystère de la chambre jaune et Le Parfum de la dame en noir, deux adaptations de Rouletabille irradiées par le fantôme dÂHergé. Ainsi, Bécassine ! sÊinscrit comme une origin story qui font florès depuis une décennie dans les adaptations de super-héros Marvel ou DC, celle dÊune petite Bretonne plutôt volontaire dont le but, à mesure quÊelle pousse, est de quitter ses vertes prairies pour tenter lÊaventure dans la grande ville. Mais cÊest sans compter les penchants bucoliques de Bruno Podalydès. De fait, Bécassine ! se révèle être un chemin de traverse. Et cÊest tant mieux. UNE SAISON BRETONNE Un peu à la manière de Comme un avion, sa dernière comédie hilarante qui était une ode aux plaisirs simples et à la nécessité de prendre son temps, Bécassine ! prend nonchalamment ses quartiers dans le château de la Marquise de Grand-Air pour devenir en quelque sorte une unité de lieu, un théâtre de petites saynètes où le temps passe tranquillement et où chacun peut déployer à sa guise sa folie douce, quÊil sÊagisse de lÊoncle de Bécassine, traîne-fusil tendre et roi du camouflage, ou dÊun triangle amoureux loin dÊêtre isocèle entre la châtelaine frivole, son comptable coincé et un marionnettiste filou. Car Bruno Podalydès a toujours été un cinéaste de la périphérie quÊil aime explorer tant et plus. QuÊil jette son dévolu sur lÊingénue Bretonne, reine des tranches de vie où les petits riens font toute la différence, était au final dÊune grande évidence. JULIEN FOUSSEREAU BÉCASSINE ! de Bruno Podalydès, avec Émeline Bayard, Karin Viard, Michel Vuillermoz... 1h31, actuellement en salles Anne-Françoise Brillot zoom ciné Paranoïa de Steven Soderbergh Tourné en dix jours avec un iPhone 7, Paranoïa marque le retour de Steven Soderbergh dans les expérimentations formelles et libératrices. Paranoïa alterne avec délice entre le cauchemar psychologique de l'internement contre sa volonté et le thriller de série B dans la mesure où l'héroïne doute de sa propre réalité depuis qu'elle a été traumatisée par un harceleur. Malgré un épilogue tout à fait dispensable, Paranoïa démontre que l'inventivité n'est pas incompatible avec le manque de moyens, surtout quand il devient une métaphore saisissante de la libération de la parole féminine face aux abus. Sortie le 11 juillet De Palma Que l'on aime ou l'on déteste l'fluvre de Brian De Palma, il est difficile de ne pas être fasciné par le personnage qui a toujours été à l'aise dans l'exercice de l'interview. De Palma, documentaire long format de Noah Baumbach et Jake Paltrow revenant sur la carrière du papa de Phantom of the Paradise, Carrie et Blow Out, délivre, certes, foule d'anecdotes tantôt amères, tantôt hilarantes. Mais il dresse également le portrait d'un esprit libre, content de partager son savoir de mise en scène, qui aura toujours préféré dire ÿ merde Ÿ que de se coucher face aux producteurs les plus ignares. Lorsque ce grand monsieur quitte sa chaise à la toute fin pour marcher péniblement avec son dos voûté, l'émotion affleure. Un Blu-ray Carlotta Black Panther Que reste-t-il de Black Panther après l'emballement médiatique et son carton mondial au box-office ? Pas grand-chose, si ce n'est une sacrée poudre aux yeux tant le film de Ryan Coogler apparaît dans sa fatuité la plus élémentaire. Si l'on sauvera vite fait les quelques designs afro-futuristes et une place importante accordée aux personnages féminins, on ne peut qu'être atterré par cette accumulation hollywoodienne des clichés les plus navrants sur l'Afrique noire. Quant à la soi-disant émancipation de l'Homme noir, elle est bien sélective quand elle ne concerne que l'Africain d'ascendance noble d'un royaume aristocratique dictatorial à tendance éclairée. Le traitement de la question raciale, toujours plus urgente aux États-Unis en particulier, tape totalement à côté. Black Panther, ou le cynisme à l'état pur. Un Blu-ray Walt Disney Home Ent. JULIEN FOUSSEREAU Twentieth Century Fox 41



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