Zoo n°64 jan/fév 2018
Zoo n°64 jan/fév 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°64 de jan/fév 2018

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Arcadia Media

  • Format : (230 x 300) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 10,4 Mo

  • Dans ce numéro : l'homme gribouillé.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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22 Lehman et Peeters/DELCOURT j'etveiS gfeinZ-VouS AVEC Mea. Au SQurie. E n C ouverture L’HOMME GRIBOUILLÉ réactualise les mythes 320 pages de secret de famille, de maître chanteur, d’ogre et de golem, d’échos de la Résistance, d’homme à six doigts, de créature corbeau, qui se lisent avec gourmandise, c’est L’Homme gribouillé, de Serge Lehman et Frederik Peeters. Le duo trois étoiles embarque le lecteur dans une intrigue qui remonte à la nuit des temps. Nerveux, ample et captivant. Tout comme le scénario de LÊHomme gribouillé, la genèse de lÊalbum remonte un peu à la nuit des temps. 2012 précisément pour la rencontre entre Serge Lehman et Frederik Peeters. Le scénariste vient de lire la série RG que le dessinateur a réalisée avec Pierre Dragon. Sa façon de dessiner Paris, lieu important dans lÊhistoire en gestation, le frappe. Le duo se forme en une soirée, après une discussion à bâtons rompus sur le projet. Mais celui-ci prend racine encore plus tôt, dans les années 1990, lorsque Serge Lehman imagine lÊhistoire du dernier ogre dÊEurope. CÊest en 2015, après que Frederik Peeters eut terminé la série Aâma, que les deux hommes se lancent fitiec DES tRcuS peRÉÉ.S OMS LE CouYERcLE tele PEtite selsRLIRE opEkée. dans lÊécriture. Le scénariste réalise alors un synopsis détaillant la totalité du récit, sans dialogues ni découpage, tenant compte des remarques du dessinateur. Puis chacun écrit alternativement une scène (celle du bar pour Frederik, celle du dîner chez Maud pour Serge et ainsi de suite) en créant les dialogues et un squelette de découpage, Frederik se réservant le travail de mise en scène au moment de mettre en images. Résumer lÊintrigue sans trop en dire est délicat. LÊhistoire se déroule à Paris en 2015 et concerne un noyau familial soudé, composé de trois générations de femmes  : Clara la fille, lycéenne, Betty la mère, maquettiste dans une maison dÊédition, et Maud la grand-mère, écrivaine. Tout bascule lorsque Maud fait un AVC et tombe dans le coma. Frappe alors à sa porte un curieux et inquiétant personnage, à lÊallure de corbeau. Un certain Max qui réclame un paquet que devait lui apporter la vieille dame. Betty et Clara vont devoir démêler lÊécheveau dÊune famille pleine de secrets et se rendre au fin fond du Doubs pour venir à bout dÊune menace immémoriale. Thriller fantastique, LÊHomme gribouillé mêle enquête, toile de fond mystique, surnaturel, dessin et découpage remarquables, dans un Paris rincé par des pluies diluviennes puis un village ravagé par des DR Bohl ! nus% Dit SegékeE Pit ciÉ ! 11110111M glissements de terrain. Mais la fiction est-elle si éloignée de la réalité ? Deux mois après avoir ficelé le scénario, une crue de la Seine inonde la capitale. Quelques semaines après avoir rendu les planches, un village est partiellement détruit par un glissement de terrain à la frontière italo-suisse. Où est le hasard ? ENTRETIEN AVEC FREDERIK PEETERS Quelle est votre touche dans cette histoire à quatre mains ? Serge apporte les choses les plus compliquées, lÊâme, un arc narratif hyper efficace, les personnages. Ce que jÊapporte, cÊest le côté burlesque, comme dans les films des Marx Brothers ou les premiers Cary Grant. La scène de la station-service, le début avec le crapaud sont des exemples de ces petites touches de comédie que jÊai pu ajouter par crainte de faire quelque chose de trop pontifiant. Et puis jÊapporte aussi lÊidée de faire un manga européen, dans le rapport à lÊécoulement du temps. Lehman et Peeters/DELCOURT
Roller On retrouve votre goût pour les éléments un peu surnaturels. En revanche, on vous associe moins à toute la partie liée aux religions. Nous sommes athées tous les deux, mais jÊai été élevé dans une culture non religieuse alors que Serge est plus connecté à cette culture séculaire. CÊest un mystique, moi non. CÊétait un petit jeu entre nous en formalisant le scénario. Quelle distance avons-nous – et les personnages – avec les manifestations mystiques, paranormales ? Betty au caractère cartésien, cÊest moi. Serge, lui, avait envie dÊy aller à fond. Alors que de mon côté, jÊessaie de me convaincre que lÊirruption dÊun fantastique mystique dans un quotidien contemporain est ridicule. Si on se met à la bonne distance, on voit que tout cela est ridicule. Pourquoi avez-vous choisi le noir et blanc ? Parce que LÊHomme gribouillé est un manga européen gothique. Très vite le noir et blanc sÊest imposé. Je nÊai jamais visualisé lÊhistoire en couleurs. Et puis on nÊen a pas besoin. LÊaction se déroule pendant lÊhiver en France et parfois de nuit. En revanche, il fallait de la lumière, donc des niveaux de gris. Un moment jÊai eu le fantasme dÊutiliser de la trame comme dans les mangas, mais techniquement cÊétait trop long à réaliser et le livre comporte énormément de cases. Est-ce que ça a été un plaisir particulier de dessiner cette tribu de femmes ? CÊest un des arguments qui mÊa embarqué au début. Les personnages principaux et puissants sont des femmes, sauf Fabien le psychogéographe. Les hommes sont à la ramasse. JÊai envie quÊil y ait davantage de personnages féminins intéressants dans la bande dessinée. Mais attention, des protagonistes dont on oublie quÊils sont des femmes. Je ne veux pas que le personnage porte un drapeau. LÊantisexisme, cÊest de ne pas créer un personnage féminin uniquement pour sa nature de femme. ENTRETIEN AVEC SERGE LEHMAN Comment est venue lÊidée de LÊHomme gribouillé ? DÊune lointaine conversation avec lÊéditeur Patrice Duvic, sur la rénovation des grandes figures du fantastique – vampires ou zombies – qui avait lieu à lÊépoque. Je me suis rendu compte que lÊogre nÊavait jamais été modernisé. Je suis parti sur ça. Et puis à cette époque je travaillais avec des psychologues scolaires. La figure de lÊhomme gribouillé qui revenait souvent dans les dessins dÊenfants était la matérialisation de leurs peurs. Vous placez Guy Debord et la psychogéographie dans une bande dessinée. Chapeau. CÊest un sujet que je connais bien, et que jÊai déjà utilisé dans Masqué. CÊest un jeu poétique inventé dans les années 1950 par Guy Debord et les situationnistes. Une tentative de créer des cartes qui montrent les émotions ressenties à lÊintérieur des villes. Une manière de remettre de la beauté dans les lieux urbains banals. On voulait que les personnages dans le couvent ne soient pas des scientifiques mais des psychogéographes (donc plutôt des poètes) pour ne pas emmener le récit dans la SF pure. On voulait rester dans un registre plus ambigu. E n C ouverture Pourquoi ce choix de centrer le récit sur une famille uniquement composée de femmes ? En règle générale, mes personnages féminins sont plutôt meilleurs que les masculins, plus convaincants. Et puis ça collait bien avec le côté conte de fée noir de lÊhistoire. JÊai dÊailleurs moi-même été plutôt élevé par des femmes dans mon enfance. Avec LÊHomme gribouillé jÊai un peu retrouvé ces souvenirs. Enfin, Betty emprunte beaucoup de traits à ma femme. Ce livre est écrit pour elle. Le récit a beaucoup de fils rouges. Quelle est finalement la substantifique moelle de lÊintrigue ? Une grande partie de mon travail dÊécrivain a été dÊidentifier la rupture de transmission quÊa connue lÊEurope après la Seconde Guerre mondiale. Dans les années 1950, elle a fait table rase de son Histoire, après les traumatismes de deux guerres mondiales et un holocauste. Elle sÊest construite politiquement sans aucune allusion à son passé. En Europe, il y a quelque chose qui nous manque. En France, particulièrement, la tradition fantastique a été balayée par le cartésianisme au début du XX eC,HOMME GRIBOUILLÉ siècle. Les Anglo-saxons ont gardé ça. LÊidée de vivre dans un monde où la magie est encore présente sous le vernis du quotidien. Cette transmission du merveilleux a été interrompue. Mon travail, cÊest de retrouver ça dans mes récits. THIERRY LEMAIRE LÊHOMME GRIBOUILLÉ de Serge Lehman et Frederik Peeters, Delcourt, 326 p.n&b, 30 € Lehman et Peeters/DELCOURT * sT 11 EN PRÉSENCE - D'OLIVER STONE NE rAmE RIQuE EN 80 FILMS Forum des Halles 1 0 JAN forumdesirnages.fr 28 FEV. 2018 MAIRIE DE PARIS 23



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