Zoo n°63H6 nov/déc 2017
Zoo n°63H6 nov/déc 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°63H6 de nov/déc 2017

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Arcadia Media

  • Format : (230 x 300) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 10,7 Mo

  • Dans ce numéro : se barre à Zanzibar.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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8 Capitaine Tikhomiroff, de Gaëtan Nocq La première Capitaine Tikhomiroff zoom BEVERLY chose qui frappe en ouvrant lÊalbum est la remarquable qualité graphique du dessin de Gaëtan Nocq. Pour raconter lÊhistoire du capitaine Tikhomiroff, militaire de lÊArmée blanche fidèle au Tsar Nicolas II après la Révolution dÊoctobre 1917, le dessinateur déploie un style très séduisant. Les affres de la fuite du capitaine Tikhomiroff devant les succès militaires de lÊArmée rouge exhalent la peur dans un pays en pleine guerre civile. Tiré des souvenirs du fils de lÊofficier, le récit se tient aux côtés du militaire en déroute tentant de trouver une échappatoire. Une vision assez inédite du début de la fin de lÊArmée blanche. La Boîte à Bulles, 232 p.couleurs, 25,50 € THIERRY LEMAIRE Beverly, de Nick Drnaso La médiocrité ordinaire est au cflur des six histoires qui composent Beverly. Pour son premier album, Nick Drnaso met en scène le vide et la fatuité de la vie moderne, évoquant aussi bien Daniel Clowes que Bret Easton Ellis. Ses personnages sont des citoyens lambda qui ont intégré la nécessité de participer à la mascarade existentielle qui leur apporte sécurité et intégration. Jugulés par lÊordre social bien-pensant et les divertissements de masse, dÊauthentiques élans de vie subsistent pourtant, en particulier chez les adolescents. Mais ils peuvent tout aussi bien se traduire en envies de meurtres. Le regard quelque peu cruel de lÊauteur confine parfois à la virtuosité. Presque Lune, 136 p.couleurs, 22 € OLIVIER PISELLA Matricule 155, Simon Radowitzky, dÊAgustín Comotto ÿ Ushuaïa Ÿ nÊest pas quÊune marque déposée par notre ministre de la Transition écologique et solidaire  : cette pointe désolée du continent sud-américain fut aussi un lieu de détention des plus sordides en Argentine. LÊanarchiste irréductible Simon Radowitzky y fut incarcéré plus de 20 ans. Né en 1890 dans une famille juive au cflur de lÊUkraine, il milita dès lÊadolescence dans le mouvement ouvrier, dut sÊexiler à Buenos Aires et connaîtra, après son expulsion dÊArgentine, les geôles uruguayennes et même les camps que les Français vont réserver aux réfugiés républicains de la Guerre dÊEspagne, dans laquelle il sÊétait engagé. Ce récit de lÊincroyable vie dÊun véritable internationaliste fascine et émeut, malgré les faiblesses du dessin. Vertige Graphic, 272 p.bichromie, 30 € VLADIMIR LECOINTRE E n C ouverture TRUE DETECTIVES, TRUE INVESTIGATIONS Il suffit parfois de peu de chose pour résoudre une panne d’inspiration. Changer de point de vue, expérimenter, s’aventurer dans des formats inusités ou remettre en cause les conventions apportent des réponses là où il n’y avait plus que des impasses. L’exemple des séries télé en est la preuve et Christian De Metter s’en est inspiré pour réaliser l’une des meilleures bandes dessinées du moment. LE DÉTECTIVE ET SON DOUBLE Le cinéma dans son ensemble traverse une crise importante depuis le milieu des années 2000. Celle qui touche la bande dessinée est un peu plus récente. Dans les deux cas, on peut constater la multiplication de productions formatées et insipides. Si lÊindustrie cinématographique ne concocte plus que des clips vidéo indigestes, des comédies ÿ tartes à la crème Ÿ ou des catéchismes sociaux, la bande dessinée se complaît quant à elle de plus en plus dans des biographies, des lieux communs, des reboots et des adaptations inutiles de romans à succès, en attendant de toucher le fond. Les véritables faiseurs de mondes hollywoodiens ont déserté les studios depuis quÊils ont été priés dÊaller voir ailleurs sÊils y étaient. La faute en incombe au politiquement correct et à une volonté des producteurs de privilégier le spectacle au détriment de la narration. Fort heureusement, les scénaristes et les réalisateurs véritablement créatifs ont trouvé une terre dÊasile derrière le petit écran. CÊest dans cet espace confiné quÊils ont réinventé le concept de la série télévisée et quÊils se sont dotés dÊun support riche de possibilités. Depuis un peu plus de dix ans, en dépit de quelques navets sans aucun intérêt (Orange is the New Black, Under the Dome, Terra Nova, Z Nation...), les titres américains et britanniques font souvent preuve dÊinventivité et parfois de génie, même quand leurs dernières saisons sÊavèrent décevantes (Galactica, Dexter...). Dans le haut du panier, on trouve bien sûr Games of Thrones, mais aussi Black Mirror, Fargo, The Leftovers, Sherlock et lÊépoustouflant premier volet de True Detective. En France, pendant ce temps, lÊaristocratie qui sévit au sein de la culture, du show-business et des médias verrouille toute possibilité de changement. Les séries télé restent encore et toujours le pré-carré dÊun microcosme autosatisfait et bon à rien. HBO HBO L’HOMME DE NULLE-PART Fort heureusement, le neuvième art reste une terre de création encore à peu près libre. Sa popularité fait office dÊépouvantail et dissuade la plupart des tauliers de la culture dÊy faire main basse. Christian De Metter, à nÊen pas douter, connaît les titres des séries précédemment citées et les apprécie. LÊauteur semble avoir parfaitement décortiqué les mécanismes de ce nouveau format qui nÊa pas grand-chose en commun avec le feuilleton télé dÊantan. Avec No Body, lÊauteur réinvente lui aussi lÊidée de série de bandes dessinée en créant un univers où sÊentremêlent plusieurs types de narrations. Il ne sÊagit pas en lÊoccurrence dÊune suite de péripéties ou dÊune histoire qui sÊétale sur plusieurs albums, mais dÊun dialogue ponctué par des flashbacks. LÊéchange a lieu entre un ex-policier reconnu coupable dÊun crime abominable et Beatriz Brennan, une psychiatre De Metter/SOLEIL Cebe YOUS Sueetuan VOIS e CCUMSSE2 P0.5 LÉ 1,055iÉ. ? mandatée pour réaliser une expertise. Tout au long des épisodes qui composent la série, Christian De Metter développe la psychologie des deux principaux acteurs et décortique le parcours du prétendu tueur. ¤ lÊinstar de True Detective, la narration progresse au fil de lÊinterrogatoire à coups de révélations et de doutes quant à la véracité des dires de lÊancien policier. Beatriz exhume tout au long des épisodes les traumatismes de cet anonyme MOI ? OH JE SUISUN VRAI CLICHE SUE PATTES De Metter/SOLEIL De Metter/SOLEIL
De Metter/SOLEIL IlPen vrr GeuEle « A FAIT seeuer rierea HART ET en. s'est egSuiTE aeFul Au petit:ma. PAIS, w 41% e4con-r6 Bal" A DFCiDÉ. D'ÉLimil/Fe CE ePa. au parcours atypique. Elle reprend point par point son histoire en tâchant de découvrir à quel moment son vis-à-vis a basculé dans la folie. Après avoir été arrêté pendant un cambriolage, Nobody – appelons-le ainsi – sÊest vu proposer par le FBI dÊinfiltrer un groupe dÊactivistes opposé à la guerre du Vietnam et de les pousser au terrorisme afin de les neutraliser. Malgré lÊinjustice dont il a été le témoin et le principal acteur, Nobody a décidé par la suite dÊintégrer officiellement les rangs du bureau fédéral. Au cours dÊune mission de démantèlement dÊun gang de motards, il assiste impuissant à lÊexécution dÊune jeune femme et mesure la corruption qui gangrène les forces de lÊordre. Le troisième tome aborde ses premières années comme lieutenant de police à Lafayette, dans lÊIndiana. Au cours dÊune enquête sur un tueur en série, Nobody fait la connaissance dÊune profileuse qui deviendra par la suite sa compagne. Au fur et à mesure que le temps sÊégrène, Nobody constate à quel point les apparences sont trompeuses et quÊelles dissimulent souvent une vérité tout en noirceur. Constat que Beatriz Brennan, réalise également de son côté. LOIN DE TOUTES LES ROUTES… De Metter a manifestement été très marqué par True Detective, comme lÊattestent les illustrations et les photogrammes avec lesquels nous illustrons cet article. La psychologie des personnages et leur dévoilement fonctionne un peu de la même manière. Il y aussi une appréhension commune – presque mystique – des ténèbres humains. Beaucoup dÊhommages pour la série de Nic Pizzolatto sont égrénés dans les tomes qui composent No Body. La plupart de ces citations sont certainement le fruit du hasard et de lÊinconscient, mais leur nombre peut déranger et faire naître une E n C ouverture suspicion inutile sur les intentions du dessinateur 1. Car en dépit de leurs points communs, les deux fluvres restent très différentes. Ce qui est sûr, cÊest que le traitement de lÊimage de Cary Joji Fukunag et les ambiances dÊAdam Arkapaw sont entrées en résonnance avec lÊauteur dÊEmma. De Metter a toujours revendiqué lÊinfluence du récit noir, du cinéma et des grands illustrateurs comme Dave McKean ou Bill Sienkiewicz. Deux créateurs versés dans une forme plus ou moins avouée de surréalisme et dont la technique se base sur la juxtaposition des plans, les transparences et la richesse des ambiances. Deux créateurs qui ont toujours excellé à travers des récits hors-normes⁄ Christian De Metter, conscient des limites de plus en plus étriquées dans lesquelles la bande dessinée est en train de sÊenfermer, a saisi lÊopportunité de cette crise pour adopter une démarche analogue à celle des showrunners anglo-saxons. Il en résulte une bande dessinée très typée où lÊintrigue prend le temps de se poser. Chaque tome explore un aspect différent du récit policier en accordant une place importante à la psychologie des protagonistes et au contexte historique. LÊexpérimentation de Christian De Metter est de plus en plus convaincante. Le troisième opus le prouve à travers une intrigue classique, mais qui se risque de temps en temps à quelques singularités. La séquence où Beatriz Brennam explique la folie de son père est à la fois sobre, anxiogène et délicatement mise en image. Cet exemple a été rendu possible parce quÊen amont, le format de la série moderne exige des protagonistes denses (à défaut dÊêtre totalement crédibles) et un travail en profondeur des ambiances. La réussite de True Detective, à lÊinstar de celle de No Body, démontre quÊil faut parfois remettre en cause le support ou les formats narratifs quand la machine créative est en panne. ¤ méditer, donc⁄ et à suivre. KAMIL PLEJWALTZSKY 1 Suspicion dont True Detective a fait lÊobjet en son temps à cause de dialogues ou de formules empruntés à lÊfluvre de Thomas Ligotti. NO BODY, T.3/4, SAISON 1 ENTRE LE CIEL ET LÊENFER de Christian De Metter, Soleil, coll. Noctambule, 74 p.couleurs, 15,95 € LES INCASSABLES EN 150 FILMS 20 SEPTEMBRE 31 DÉCEMBRE 2017 Forum des Halles forumtlesimages.fr 9



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