Zibeline n°9 juin 2008
Zibeline n°9 juin 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°9 de juin 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 10,8 Mo

  • Dans ce numéro : politique culturelle... Marseille s'explique.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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68 HISTOIRE ET PATRIMOINE PONT DU GARD GROUPE F Dis-moi quelle est ton eau Sous les arches multiliées du plus beau des aqueducs se cache un passionnant Musée de France… En bas d’une volée de marches, sous les structures de l’accueil, une porte résiste à la poussée du visiteur. Un souffle de vent nous enveloppe un court instant. Aspiration de l’histoire ? Un couloir bordé de longs tissus qu’une respiration invisible anime… Nemausus, Augustus, Diana… clés magiques pour un parcours dont les méandres nous entraînent sur le chemin de l’eau, de sa domestication à ses multiples applications. Mercure, protecteur malicieux des voyageurs… Une fontaine publique, grandeur nature, ouvre la visite, décorée d’une tête de Mercure en bas relief. Mais surtout, le système qui l’alimente est mis en évidence. C’est ainsi que le musée est conçu : par delà les éléments visibles, tout est mis en œuvre pour aider à décrypter, comprendre les mécanismes, invitation intelligente à passer de l’autre côté du miroir. Plus de secrets dorénavant : nous sommes initiés aux arcanes des circuits hydrauliques de la Rome antique, de la captation des sources au robinet de bronze (1er siècle) qui permet de dispenser l’eau dans les maisons les plus fortunées. La paix, condition du progrès De grands panneaux historiques font le point sur la pax romana, condition essentielle du progrès et de la recherche du bien-être. C’est la paix qui permet la fabrication sereine de toutes ces vannes, siphons, robinets, canalisations de différentes tailles, jusqu’au chauffe-eau du II e siècle ou la pompe aspirante à forte pression qu’employaient les pompiers romains du III e siècle. Le nom de l’inventeur a survécu aussi : Ctésibios, savant d’Alexandrie. Mais c’est dans la matérialité des objets et des lieux du quotidien que perdure le génie romain, qui s’exprime par de multiples réalisations : thermes qui ne cessent de s’étendre (13 hectares pour ceux de Dioclétien !), lieux d’aisances publics… leurs reconstitutions, éloquentes par leurs proportions, permettent de s’imaginer physiquement dans ce passé : seule l’électricité semble y manquer ! Le système de chauffage par le sol dévoile ses dessous, et, correspondant à la chaleur des hypocaustes, les socques de bois semblent prêtes pour le caldarium… Les dés à jouer, une délicate épingle à cheveux, des aryballes de verre transparent, au col élancé, attendent, qui, leur élégante propriétaire, qui, des jeunes gens en veine de paris. Récits fondateurs… La vie de tous ces lieux est rendue sensible par la magie de textes lus au gré des visiteurs. Le brouhaha des bains publics que tout Romain fréquentait quotidiennement, nous est raconté, ainsi que diverses anecdotes. Ce sont des extraits du Satiricon de Pétrone qui évoque le jeu de balles, des Lettres à Lucilius de Sénèque, et la description du luxe effréné et de l’animation bruyante des thermes, des Epigrammes de Martial qui brocarde les parasites. Une allée de fauteuils propose même une pause radiophonique au visiteur, avec la reconstitution du dernier entretien (fictif !) de Cnaeus Domitius Afer et de son jeune neveu. Le personnage principal, stoïcien désabusé, évoque la construction de l’immense aqueduc de 34 Site du Pont du Gard-photo : J-L Mabit miles de long (50 Km), les problèmes d’argent, de corruption… Des écrans multimédia jalonnent le parcours, invitent à approfondir, à tester les connaissances exposées, entre les plans précis de la construction et toutes les représentations picturales et photographiques du Pont du Gard… Images fondatrices et récits entretenant les mythes, tel celui tiré du Pantagruel de Rabelais qui s’inscrit dans une tradition toute médiévale des maîtres d’œuvre ; ou l’histoire que rapporte Mistral (1876) : la femme y trompe le diable, seul capable d’édifier le projet titanesque, en jetant dans les bras du démon son tribut d’âme sous la forme d’un lièvre affolé ! …et fondations Si Frontin (curateur des eaux du premier siècle ap. JC) écrivait que les aqueducs étaient « les principaux signes de grandeur de l’empire », les cartes en présentent la preuve évidente. Au même titre que les routes qui sillonnaient l’empire, les aqueducs tissent une fascinante toile. L’eau parcourt tout le monde romain, Rome à elle seule comptait onze aqueducs ! Les constructions drainent une foule de corps de métiers, les géomètres et leur groma, perche d’arpentage, ou leur chorobate, instrument de visée permettant de Site du pont du Gard-photo : N ; Facenza calculer les différences d’altitude ; les tailleurs de pierre, les forgerons, les maçons, les peintres, les préposés à l’extraction de la roche, ceux qui charrient, lèvent les énormes blocs, ceux qui étayent les tunnels, qui creusent, consolident, tous se battent avec la matière la domptent, la modèlent… Quelques noms émergent, traces ultimes sur des stèles funéraires : c’est Amabilis du II e siècle qui travaille encore sur le bas relief armé de sa massette et de son ciseau, Bellicus, le forgeron, qui manie avec dextérité son marteau, pour l’éternité… Chantier en musée Quel chantier extraordinaire : 2500m² de musée ! Les étapes de la construction nous sont dévoilées, grandeur nature, peuplées des silhouettes des ouvriers, des maîtres d’œuvre. Et c’est la carrière, la levée des blocs pour les conduire au sommet de l’édifice, les travaux de soutènement, le percement de tunnels, le tout animé par les bruits du chantier qui se mêlent à ceux de la garrigue… Les paysages traversés par l’aqueduc défilent sur un large écran, parmi les pierres sauvages hérissant les herbes folles et les buissons, s’accoudant aux oliviers paisibles. Comment se douter que dans l’ombre fraîche des canalisations les 250 couches successives accumulées entre le I er et le III e siècle constituent une véritable mémoire solide de l’eau ! Car le pont ne constitue qu’une infime partie de l’aqueduc… 90% de la construction circule sous terre ! L’eau arrive enfin dans le castellum de Nîmes, suffisant important pour contenir l’équivalent de 25 mètres de canalisation… et le visiteur parvient au terme d’un parcours multiple : spécialisée dans l’étude d’un site particulier, cette exposition s’échappe vers d’autres horizons, et donne à voir la civilisation romaine. Car toute recherche poussée dans un domaine se lie aux autres pour laisser voir l’essence même des peuples disparus… MARYVONNE COLOMBANI
Vous avez dit ludique ? Littéralement, la Ludothèque, c’est le lieu où sont rangés les jeux. Au Pont du Gard les enfants y apprennent en s’amusant, selon le principe du docere ludendo Jeux On joue à la marchande, avec des sesterces et des as, des deniers si l’on est plus riche ; on pèse des légumes avec une balance romaine, combien d’onces ? de livres ? Douze onces, donc une livre, alors, 27,27g x 12… (gloups !) ; on compte en chiffres romains, on s’amuse à s’imaginer en écolier maniant tablettes de cire et stylet, déroulant le livre de papyrus, bien sages pour éviter la cruelle férule du maître qui n’accepte pas les rêveurs… On préfère alors la récréation, avec ses jeux de cachecache, de balle, de cerceau, d’osselets, de poupées en chiffon, de chevaux de bois. Mais il faut retourner en classe, s’appliquer au calcul, avec l’abaque, le boulier aux rainures inégales…. Les adages du tableau invitent au « carpe diem » (profite du jour) et à la prudence du « festina lente » (hâte-toi lentement) : l’écolier romain commençait l’école à sept ans, l’âge de raison… Vie quotidienne Affamés par vos efforts, vous allez piocher quelques recettes pour le moins étonnantes, tétines de truie farcies aux oursins salés, dattes fourrées aux noix et au poivre puis frites dans du miel… et des plats arrosés de garum, sorte de nuöc mam. Pas très nouvelle cuisine tout ça ! La vie quotidienne est ainsi abordée sous ses aspects les plus variés, coiffure, loisirs, petits métiers, activités sportives, le bonheur des thermes, repas, hygiène… Comment vous lavez-vous les dents ? la poudre de pierre ponce est idéale pour un sourire éclatant ! Et comment avoir une peau douce ? bien sûr en s’enduisant d’une crème de beauté à base de lait d’ânesse (merci Cléopâtre !) et… d’escargots écrasés… ! Et pour empêcher la repousse trop rapide des poils ? le fiel de hérisson mêlé à de la cervelle de chauve souris… Parce que vous le valez bien ! On rencontre dans le savant dédale des cloisons qui portent des jeux des énigmes, des informations, sur la belle et oisive Mila, richesse oblige ! Le jeune Titus qui, du haut de ses neuf ans et de son nom d’empereur, se rend à l’école… Reproduire des mosaïques ? Rien de plus facile ! L’art des tesselles n’a plus de secrets pour les petits visiteurs. Les apprentis archéologues, se retrouvent dans un atelier, pour venir à bout d’un puzzle en trois dimensions, avec un conformateur qui prend la forme des objets, des équerres qui en mesurent la largeur, une toise pour les hauteurs… Puis ils observent à la loupe les restes d’un repas gallo romain, pour en reconnaître la composition. La parole est au noyau, à l’arête, au reste rassis ! Bon appétit les fossiles ! Les jeux se succèdent, sollicitant sens de l’observation, esprit d’analyse, capacité de déduction. De la grotte préhistorique au bac à sable de fouille, la formation est complète. Et honnête : il y a des questions sans réponses, des avis différents, on accepte de ne pas comprendre, ne pas savoir… Fluide, essences et vers Si l’eau coule entre les doigts, on nous présente tout ce qu’il a fallu inventer pour la puiser, la transporter, la stocker, la distribuer. La vis d’Archimède (spécialiste des poussées de bas en haut) tourne et transporte l’eau vers les hauteurs. C’est simple et magique ! Et l’on joue encore à détourner des cours d’eau, à faire bouger les pales de minuscules roues à aube, à jongler entre les écluses qui interrompent la fuite de l’eau. Puis on sort pour découvrir la garrigue, les traces d’animaux, empreintes qui apprennent à pister et surprendre pic-vert, écureuil, blaireau, à reconnaître le scolyte, cette larve de la cigale, qui vit cinq ans sous l’écorce (notre rédactrice en chef refuse que l’on mentionne même la cigale, symbole de la sieste provençale et d’un tourisme par trop commercial… Sous forme de larve, elle stridule un petit peu tout de même pour conjurer les orages, et passer outre les foudres de cette ignoble censure…) Les différentes essences des arbres de la région sont exposées, du genévrier de Phénicie au chêne vert… Nous sommes prêts à partir en balade dans la garrigue, dont les 15 hectares sont consacrés à une approche de la nature domestiquée par la main de l’homme. Des explications claires jalonnent le parcours, évoquent les mûriers et l’industrie de vers à soie, les dix-huit variétés d’olives cultivées au fil des siècles autour du pont du Gard, l’importance vitale de la culture des céréales, les plantes utiles… Une heure et quelque d’une charmante et instructive promenade qui nous ramène au pied du Pont. D’autres découvertes à faire au Pont du Gard Le Languedoc Roussillon occupe son territoire avec des expositions autour des Paroles dégelées de Rabelais (voir page 13). Au Pont du Gard, depuis le 7 juin, des artistes contemporains exposent autour du thème de la Gorge pRofonde de Gargantua… nous y reviendrons dans le prochain Zibeline, ainsi que sur le film Vaisseau du Gardon… M.C. Site du Pont du Gard-photo : S.Barbier 69 Le Pont s’embrase… Tout naturellement, le pont du Gard inspire. Le groupe F en tire un parti spectaculaire avec La flamme de mes rêves, une saga dont le premier volet Lux populi a rassemblé 6 fois une foule immense… Le projet s’étale sur quatre ans, chaque année correspond à un nouvel épisode. Cette tétralogie est conçue comme un opéra qui revisite les mythes fondateurs. Dans Lux Populi on voit Al-Adam et Li-Light, image de feu, se lier et s’affronter. La dualité originelle avec ses réussites et ses déboires se module au cours des siècles, avec les personnages d’Apollo et de Fabulla, femme de l’eau, et leurs amours lunaires, puis Casa Nova et Anima pris dans les vertiges de la séduction, enfin, la Mariée Vive célèbre les amours multicolores d’Anima. Les spectateurs se pressent, les familles se massent, avec leurs pulls, les couvertures de survie, les nattes, les sandwiches, les bouteilles de vin, les canettes, les appareils photos qui testent les distances. Quelques « olas » créent de joyeuses vagues, ambiance de match dans l’impatience du spectacle. La nuit enfin daigne offrir une ombre suffisante. Les lumières s’éteignent, seul subsiste le croissant de lune, une barque porteuse de torches glisse sur les eaux étrangement silencieuses. La magie du feu peut commencer, avec ses effets énormes, ses personnages lumineux, ses marionnettes enflammées, ses êtres de lune qui s’envolent, arpentent le ciel au rythme des compositions électro-baroques de Scott Gibbons. Moments magiques où le pont devient théâtre, habité par des silhouettes qui hantent ses arches, où il s’ombre de bleu, fantomatique au-dessus des eaux, où il se teinte de rouges unissant les éléments contradictoires, feu et eau… L’ensemble constitue un spectacle énorme, à la dimension de son cadre, et même si les différentes histoires restent parfois obscures dans leurs transitions, Lux populi est une remarquable réussite du genre. M.C. Lux Populi a embrasé le Pont du 5 au 13 juin



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