Zibeline n°9 juin 2008
Zibeline n°9 juin 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°9 de juin 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 10,8 Mo

  • Dans ce numéro : politique culturelle... Marseille s'explique.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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66 PHILOSOPHIE LA MÉMOIRE ET L’ART Penser la vérité et la mémoire sans référence à l’histoire serait stérile. Mais cette pensée manquerait de force sans le souffle de l’art. Cette force, nous l’avons trouvée dans les sons et les mots aiguisés par le rap électro de Duval MC. Il est très rare d’entendre une telle précision, érudition et virulence du verbe ; et très rare que cela puisse faire danser, balancer. Quand la musique donne à penser, à éprouver et à bouger, cela étonne ! Duval MC Sigrun Sauerzapfe Musique, mémoire, histoire,vérité Duval MC sort son album (voir page 34), sortie fêtée par un concert exceptionnel au Balthazar le 16 mai. Le lendemain Zibeline avait quelques questions à poser à l’artiste sur la vérité et la mémoire. Zibeline : Je voudrais partir du début de ce morceau, Mémoire mauvaise ; juste ces mots : « amnésie lâche collective… » Qu’est-ce que ça veut dire ? Duval MC : Ce sont les horreurs commises dans le cadre de la colonisation il y a des dizaines d’années, des siècles. On occulte ça, on fait comme si c’était loin, non pas parce qu’il faut tourner la page, regarder vers l’avenir, mais parce que ça continue. Le morceau mémoire mauvaise c’est justement ça, ça joue avec les mots autour du passé et du présent. Ce qui est mauvais dans notre mémoire c’est notre lecture du présent. Je vais retomber sur les paroles : « jamais nous ne pourrons le réaliser, ni même envisager de cicatriser tant que les mensonges du présent seront enfouis dans notre… mémoire mauvaise. » En fait, on ne peut pas prendre conscience de ce qui se passe en ce moment en Afrique entre les puissances industrielles et les populations, la façon dont on organise le pillage en règle des ressources premières, de la force de travail etc., si on n’a pas conscience de ce qu’étaient la colonisation, l’esclavage et les massacres coloniaux. Au Cameroun par exemple, ce que les Français appelaient les rebelles, les Bassas et les Bamilékés, c’était des civils ; et les Français en ont exterminé plusieurs centaines de milliers ; même les femmes et les enfants. Le prétexte était que les bébés seraient des rebelles quand ils seraient grands, et les mamans enfantaient des gens qui s’opposeraient aux intérêts de la France un jour. Ce raisonnement mène droit à la culture du génocide. C’est une culture qu n’est pas propre à l’Allemagne nazie, mais qui est partagée par l’histoire de France. Les Allemands, ça ne leur a pas pris d’un coup de faire un génocide, ils ont repris les méthodes coloniales d’Afrique : les colons se copiaient dans l’horreur. Pas très longtemps avant l’holocauste de la deuxième guerre mondiale, les Allemands avaient massacré un peuple qui s’appelaient les Hereros, en Namibie ; plusieurs dizaines de milliers de morts ; et ils les avaient massacrés dans des camps de concentration. Donc ils avaient déjà inauguré l’expérience. Certaines affirmations sont étonnantes pour qui n’est pas familiarisé avec l’histoire de la colonisation. Quelles sont tes sources ? Je le sors de gens qui ont passé leur vie à étudier ça : il y a Jean-Pierre Chrétien, Mongo Beti, Verschave, Rosa Plumel Uribe qui a écrit un livre que j’aime beaucoup : La férocité blanche. Beaucoup d’auteurs qui sont spécialistes de l’Afrique des grands lacs. Je me sers de leur travail. Je pense qu’ils avaient très envie que ce soit repris d’une manière ou d’une autre par des enseignants, des artistes, des cinéastes, des gens qui seraient petit à petit capables de vulgariser des choses compliquées. Mes sources sont recoupées : à force de voir traiter ces infos dans différents ouvrages, des documentaires, je suis en mesure de dire qu’à telle époque ça s’est passé comme ça avec tels acteurs. Comment se fait-il que ce ne soit pas la vérité officielle ? Qu’est-ce que qui empêche cette vérité d’émerger ? Rien ne l’empêche ; on n’est pas à un stade où il y a des obstacles, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de négation, pas d’historiens qui aient établi le contraire. Il peut y avoir des différences sur la synthèse ou sur la lecture globale d’une période, mais quand on rentre dans les faits, les témoignages, les analyses, surtout sur une histoire si proche que celle-là, il n’y a pas d’antithèse…
67 …sauf sur la responsabilité française dans le génocide au Rwanda Juste deux mots avant de parler du Rwanda. Je veux préciser ma réponse sur les obstacles : Quand je dis que rien n’empêche la vérité d’éclater, je veux dire qu’elle attend d’être défendue, d’être mise sur le devant de la scène, par moi, par nous, par des gens qui voudraient bien dire aux autres que ça c’est important. Je crois que l’idée que je me fais du militantisme, c’est de s’indigner pour les autres. Parce que les gens dans leur vie quotidienne, leur passion, ne sont pas amenés à s’indigner : on peut leur dire les choses crûment, ils n’auront pas les références pour s’indigner ; ou alors, ça leur viendra trop de nulle part. Ils pourraient aussi se dire que c’est pas vrai, donc on est là pour faire partager notre indignation, par compassion pour les victimes. Rappeler à la mémoire collective qu’il y a eu ça, ça me parait être la moindre des choses. Mais tu es animé par l’idée de compassion envers les victimes, de travail d’indignation, par un pur souci de vérité ? Les deux ! Oui il y a ce plaisir de dire la vérité, c’est vraiment la pure jouissance de mettre en lumière les parties les plus occultes de notre histoire commune. Je demande cela parce les noirs, à cause d’un certain racisme de la société française, peuvent ne susciter aucune compassion… mais ils peuvent éveiller un souci cartésien d’analyse chez certains Mais la compassion c’est l’état normal des choses ! Pour que quelqu’un se dise « c’est pas grave, ils se sont fait massacrés, mais ils sont noirs », c’est qu’il y a eu un long travail d’endoctrinement ! En 2008 l’écho d’un long endoctrinement raciste des consciences reste présent. À une époque, à l’école française on parlait à des minots de race supérieure, de pays colonisés, civilisés. On peut ainsi comprendre pourquoi des gens sont racistes ; il faut comprendre. On a cultivé en eux une représentation du monde. On ne peut pas poser ce problème de l’histoire sans faire l’histoire du racisme, comment il s’est construit. L’histoire du génocide rwandais serait intéressante pour des élèves, pour des adultes aussi bien évidemment. Intéressant de voir comment dans un pays où les mots race, ethnie n’existent pas -il n’y a aucun équivalent de ces mots-là en kinya rwandais, les colons allemands puis belges, très imprégnés de la culture raciste à une époque où c’était la grande mode de mesurer les crânes, la longueur des bras et de dire « ça c’est une race et ça c’est une autre race… » ça peut aller très loin, il peut y avoir 6 milliards de race ! Si on cherche des différences on trouvera toujours des différences entre les individus… Donc des gens ont voulu véhiculer ça dans la société rwandaise, en se servant des différences qu’il y ont vues et ils en ont fait des races : les termes Tutsis et Hutus qualifiaient une appartenance sociale... Et encore… dès qu’on s’approche un peu c’est plus compliqué que ça… Voilà, ils ont fait des Tutsis et des Hutus des races. Ils ont inventé une histoire à ces Tutsis et Hutus parce que les colons n’étaient pas assez nombreux, ils ont du confier l’autorité à certaines personnes ; pour justifier cette autorité, ils ont dit aux Hutus qu’ils étaient supérieurs aux autres et donc plus à même de diriger. Tu es en train de dire que le génocide est impliqué par des concepts occidentaux petit à petit instillés… On peut fabriquer un génocide à partir de catégories occidentales ? À la base le but n’était pas de faire un génocide, mais de diviser pour mieux régner ; mais l’histoire a montré qu’on ne retourne pas comme ça ce qui a fait l’objet d’une propagande raciste industrielle. ENTRETIEN RÉALISÉ PAR RÉGIS VLACHOS PHOTOS : Sigrun Sauerzapfe/www.siggi-s.blogspot.com Album en vente sur le site Duval MC http://pagesperso-orange.fr/duvalmc et à la librairie Jeanne d’Arc, 41 bd Jeanne d’Arc, 5e 04 91 92 52 65



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