Zibeline n°9 juin 2008
Zibeline n°9 juin 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°9 de juin 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 10,8 Mo

  • Dans ce numéro : politique culturelle... Marseille s'explique.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 62 - 63  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
62 63
62 LIVRES LITTÉRATURE ARCHITECTURE La vie la plus belle est celle que l’on s’invente Le titre évoque un roman d’espionnage, la guerre froide ou quelque obscure intrigue politique… Les histoires, elles, ressemblent à la vie. À des fragments de vie ou à des vies entières dont on ne retiendrait que des moments, parfois les plus intenses, souvent insignifiants. En fait tous les romans sont par nature fragmentaires : choix des instants, du quotidien, des temps morts, de l’infini vague qui sépare deux moments forts. Voilà ce que répondrait l’auteure questionnée, pour la énième fois, sur la structure de son texte. Elle aurait tendance à mettre l’accent sur une continuité que le lecteur cherche, un peu dérouté par la succession de ces petits textes (100 au total, dûment numérotés, ce qui n’aide en rien…) qui chacun développe un morceau, un temps. Parfois le narrateur dit « je » –mais est-ce le même ? -, parfois une troisième personne prend en charge la narration. De grandes lignes se dessinent ; des histoires de femmes, de départ, d’abandon et de retrouvailles fantasmées ; des figures se construisent. Celle d’un ancien espion qui souffre de confusion d’identités, celle d’une jeune femme, Sylvette, bien décidée à brouiller les pistes, celle d’une noble polonaise, celles d’enfants… La trame romanesque est lacunaire, de quoi donner à Not for over Une des vocations de la collection verte de L’Ecailler, dédiée à l’overlittérature, est de « publier l’impubliable bon » (voir page 56). Les Chroniques d’un gardien de phares d’André Not, recueil de textes d’humeur aujourd’hui accessibles aux lecteurs, ont leur place à ce titre dans une collection ouverte à l’écriture et à la pensée buissonnières. Sur la couverture de Melchior Ascaride, on voit s’abîmer dans la mer la tour de la fac des Lettres d’Aix. Le ton est donné. André Not, professeur de littérature française à l’Université de Provence, jette un pavé dans la mare universitaire. La préface de Gilles Ascaride le confirme ; l’opus tient du pamphlet. Du coup de gueule salutaire, qui crie là où ça fait mal, et a le mérite de dénoncer un ordre des choses inadmissible dans le monde de l’enseignement supérieur. Nizan, dès l’épigraphe, étend sur le recueil son ombre d’éternel « chien de garde » ; c’est de lui et de son refus des lauriers hypocrites de Normale Sup’que Not se réclame. Lui, le « gardien de phares » entend faire autre chose que de les garder, ces phares, justement. Foin de la conservation élitiste des « chefsd’œuvre » ; faudrait voir à les faire connaître à tous, à les partager solidairement. Ce que ne fait pas l’université, qui exclut tant d’étudiants d’origine modeste dès le premier semestre de cours, surtout la fac de lettres, la fac « des enfants de pauvres ». rêver au lecteur. C’est lui qui reconstruit les récits, à partir des éléments dispersés. Histoires en forme de puzzles, mosaïques en partie détruites par le temps. La mission du lecteur, s’il l’accepte, est stimulante. C’est lui le véritable Agent de liaison de ce texte, et la vérité a de nombreux visages. SYLVIA GOURION EL ENE FRAPPAS l'AGENT DE LIA L’Agent de liaison Hélène Frappat Editions Allia 9 euros Pour ce petit-fils d’« hommes de lettres » -un grandpère facteur, l’autre typographe-, qui a grandi dans un quartier défavorisé de Toulouse, l’école a joué son rôle d’ascenseur social. Las, aujourd’hui, ce type de promotion est terminé, et c’est ce qu’à juste titre il ne supporte pas. Alors, entre deux textes de souvenirs d’enfance nostalgico-comiques, il l’écrit haut et fort. Au risque (assumé) de paraître cracher dans la soupe. Pour qu’on entende sa colère et que peut-être les choses changent… FRED ROBERT Chroniques d’un gardien de phares André Not Editions de L’Ecailler, collection overlittérature, 5 euros Itinéraire azuréen Un très beau livre sur l’Architecture des années 20 et 30 sur la Côte d’Azur donne des envies de week-ends prolongés. Il s’agit de l’actualisation d’une publication de 1999 qui concerne le bâti de l’entre-deux-guerres et permet la réappropriation d’une part négligée de notre patrimoine architectural. Finie la Riviera rococo et décadente des princes russes ou des anglaises éthérées ! La Côte d’Azur se démocratise avec les congés payés, la mode vestimentaire libère le corps et ce corps doit se sublimer par la nage, le sport et le soleil. Désormais c’est l’été que l’on fréquente le bord de mer ! À travers les pages, vous irez d’Hyères avec la villa Noailles de Mallet-Steven (1924-1930) au domaine du Rayol de Guillaume Tronchet (1927), vous admirerez le « paquebot » de Georges-Henri Pingusson à Saint-Tropez (1932), grand hôtel revendu en appartements en 1948. Vous retrouverez le même Pingusson à Cannes avec la villa Romée (1929) sauvée de la ruine par des architectes cannois qui en ont fait la Maison de l’Architecture de leur ville. Vous découvrirez les deux maisons d’Eileen Grey, celle appelée E-1027 à Roquebrune (1926-1929) et la villa Tempe a Pailla, plus modeste, véritable maison de poupée, à Castellar à quelques centaines de mètres de l’Italie (1932)... Vous aurez ainsi effectué un tour passionnant sur la Côte, assurés de ne pas bronzer idiot ! CHRIS BOURGUE Côte d’Azur : Architecture des années 20 et 30 Charles Bilas et Lucien Rosso photographies de Thomas Bilanges Les éditions de l’Amateur, 35 euros
Permis d’exhumer C’est à une exhumation que se livre Marie Cosnay, au cours de ce récit singulier où la narratrice tente de tirer André des Ombres. André, c’est son arrière-grandpère, dont elle ne connaît que quelques dates, quelques scènes relatées par d’autres, quelques fils d’une existence marquée par le secret et le silence. Trois moments cruciaux de la vie de cet aïeul forment les volets du triptyque : 1915, la guerre et l’horreur des tranchées ; 1919, le départ pour l’Ethiopie où André rejoint un cousin devenu imprimeur du roi ; 1939, l’attente d’une nouvelle mobilisation, à l’imprimerie de l’Atlantique dans la déchéance et l’alcool. Ces points d’ancrage de la mémoire s’entrelacent, se répètent, et résonnent dans d’autres temps, ceux des légendes éthiopiennes, de la reine de Saba et du roi Écrire : un acte de foi Le sujet du dernier livre de René Frégni ne surprendrait pas ses lecteurs si l’auteur n’était le personnage principal de la dramatique aventure qu’il relate : « comment décide-t-on un beau jour de supprimer un homme ? ». Cet homme, objet de la haine de l’écrivain, est le juge « Second » qui, dans l’espoir d’une vaine célébrité médiatique, n’a pas hésité à couvrir l’écrivain d’infamie ; pour avoir ouvert un restaurant avec un ancien détenu rencontré dans l’un des ateliers d’écriture qu’il anime en prison, le romancier s’est vu avec stupeur et effroi accuser d’appartenance au milieu du grand banditisme. Dans le labyrinthe où il se trouve brutalement pris au piège, René Frégni Salomon, mais aussi des époques plus récentes des descendants d’André. « Je trouvais des temps parallèles, souples. De l’un à l’autre des fils élastiques du temps, j’allais. » La narratrice navigue entre ces strates temporelles, comme elle tisse des liens entre les noms. Litanies de prénoms, d’états civils, de généalogies aux allures bibliques. Leitmotiv de scènes récurrentes et d’images frappantes aussi. Le récit progresse par ressassements concentriques, comme pour cerner les silences d’André et des siens, pour trouver le fin mot de l’histoire de celui qui « n’a jamais rien dit ». Lui donner une parole posthume, en quelque sorte. Mais la plongée ne va pas sans mal, et la narratrice, telle les héros mythiques, devra descendre jusqu’au « pays des ombres gardé par le chien aux têtes multiples », afin de Henri-Frédéric Blanc 0. LA THÉORIE A DE LA PAELLA GÉNÉRALE 11i3Brla 63 rapporter l’histoire perdue. Biographie, roman, enquête, introspection, fable ? On ne sait trop, et pour l’auteure, là n’est pas la question. Ce qu’elle cherche à faire, à l’inverse de la Parque antique, c’est à « ravauder fil à fil les accrocs d’oubli », à suturer la plaie béante de la mémoire qui file. Pour prendre sa place dans la lignée. FRED ROBERT André des Ombres Marie Cosnay éditions Laurence Teper, 14,80 euros Et l’étrangleur à la chaussette inventa le silence… Je vous le dis tout net : la bien nommée Prune Sauvage m’agace. Cette adolescente de presque 15 ans a le don de vous vriller les nerfs au bout de deux pages d’une logorrhée intarissable (pléonasme ?) dans laquelle elle vous balance, pêle-mêle, ses angoisses existentielles, ses problèmes de surcharge pondérale (elle se bourre de sandwichs au camembert, sous prétexte que c’est le seul fromage vivant ; considère que le remède vraiment efficace à la vie est la crêpe à la myrtille et programme de se suicider, telle une héroïne de La Grande Bouffe, avec de la paella refroidie), ses démêlés phantasmatiques avec la gent masculine, sa poitrine « généreuse » jalousée par ses copines aux plats nichons, ses malheureux parents dépassés, excédés mais qui tiennent quand même le coup, son désir éperdu d’absolu… Bref, elle ressemble furieusement à une ado en crise (pléonasme ?) qui aurait un sacré vocabulaire et un débit proche d’un laser à neutrons (à moins que ce ne soit à protons ? -disons un truc capable de bombarder des particules à une vitesse supersonique). Certainement me direz-vous, chère Sylvia (car vous êtes des lecteurs courtois), j’ai la/le même à la maison ; entre 15 et 26 ans, boutonneux, anxieux, casse-c…, paresseux, plein de rêves et de drames… À la différence près que le vôtre, ou la mienne, traverse des expérimente malgré lui le parcours d’un hors-la-loi, d’une terrifiante garde à vue dans les caves de l’Evêché à Marseille jusqu’à la liberté sous contrôle judiciaire ; déchéance qui l’amène à faire de son récit un témoignage contre la barbarie de conditions de détention voisines des geôles de Midnight express et contre l’arbitraire d’un pouvoir qui l’a injustement séparé de sa fille. Le monde bascule, les paysages provençaux, colorés, lumineux, cèdent la place aux profondeurs souterraines aveugles où remuent vaguement des fantômes sans âme. Face à une mécanique inquiétante, l’écriture apparaît bien comme l’ultime recours : les mots sont glorifiés, phases de dépression mutique qui sont une vraie bénédiction ! La Prune, elle, ne s’arrête jamais ! Car, quand elle ne parle pas, elle écrit. Jugez de mon désarroi… Je vous le dis moins nettement ; j’ai bien aimé le psychopathe (comment avouer un tel penchant ?). Cet homme est attachant ; le pauvret, ivre de vengeance face à un destin qui l’a rendu inodore, incolore mais pas indolore, a trouvé une vieille chaussette avec laquelle, tel un moderne cavalier de l’Apocalypse, il rend justice à tous les mâl(es)-baisant et là, il y a du pain sur la planche. Pour ce faire, il étrangle les jeunes femmes dont le cul lui semble par trop suggestif… Bon, très bien pour la motivation à tuer, si rare de nos jours, mais ce n’est certes pas ce qui me le rend sympathique : il me rappelle un vieil amour de jeunesse, un certain San-Antonio qui remplissait des pages et des pages de ses élucubrations métaphysiques et misanthropes. De mon bien-aimé, il a la verve et le regard désabusé. Sa sombre vision du genre humain me fait rêver à une belle et définitive explosion nucléaire qui nous débarrasserait enfin de nousmêmes. Mais la ressemblance s’arrête là car mon beau commissaire avait trouvé une autre façon de se venger de la vie, nettement plus agréable pour ses victimes… véritable fil d’Ariane pour obtenir de haute lutte une pleine réhabilitation, « face à la lumière, au vent, à la mer ». Un réquisitoire courageux qui ne peut laisser indifférent. ÉVELYNE BART Tu tomberas avec la nuit René Frégni Editions Denoël, 15 euros Quel rapport entre ces deux personnages me direzvous, perplexe et vaguement agacé. Pour le savoir, il faudra vous taper, comme je l’ai fait moi-même, les déblatérations de la donzelle aux hormones en folie et les considérations mystico-politico-philosopho-érotico (car rien ne nous sera épargné…) déjantées de notre susceptible tueur. Je vous le dis quand même ; vous pourriez tomber sur pire comme lecture de tram ! Il ne nous reste qu’une chose à espérer ; que l’étrangleur à la chaussette règle enfin son compte à l’insupportable drôlesse. Et je ne crains qu’une chose… que ce ne soit le contraire ! SYLVIA GOURION La théorie de la paella générale Henri-Frédéric Blanc éditions du Rocher, 16 euros



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 1Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 2-3Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 4-5Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 6-7Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 8-9Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 10-11Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 12-13Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 14-15Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 16-17Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 18-19Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 20-21Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 22-23Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 24-25Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 26-27Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 28-29Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 30-31Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 32-33Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 34-35Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 36-37Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 38-39Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 40-41Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 42-43Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 44-45Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 46-47Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 48-49Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 50-51Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 52-53Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 54-55Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 56-57Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 58-59Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 60-61Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 62-63Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 64-65Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 66-67Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 68-69Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 70-71Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 72-73Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 74-75Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 76-77Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 78-79Zibeline numéro 9 juin 2008 Page 80