Zibeline n°9 juin 2008
Zibeline n°9 juin 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°9 de juin 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 10,8 Mo

  • Dans ce numéro : politique culturelle... Marseille s'explique.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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56 LIVRES RENCONTRES Le pape, le roi et le grand moutardier, Pour son neuvième et dernier rendez-vous de la saison, last but not least, le département Art et Littérature de la BMVR a accueilli, en partenariat avec les éditions de l’Ecailler et l’association L’écrit du Sud, trois éminents spécialistes d’overlittérature, Henri-Frédéric Blanc (le pape), Gilles Ascaride (le roi) et André Not (le grand moutardier) La rencontre était animée par Serge Scotto, leur ami et complice en overlittérature. Autant le dire d’emblée, on s’est bien amusé et le temps a filé overvite. Car ces messieurs ont la langue aussi vive et bien pendue à l’oral qu’à l’écrit et, sous la direction de Scotto, ils ont donné le meilleur d’eux-mêmes. D’abord, qu’est-ce que l’overlittérature ? « Over », c’est la démesure, l’excès. Ce préfixe évoque aussi le « game over » bien connu de ces joueurs de flipper repentis, qui, bien que leur prose anticonformiste résiste aux définitions, en ont élaboré une de leur mouvement : « littérature marseillaise mondiale qui cultive l’impertinence, le L’Écailler sort en Boîte… Les rencontres de l’Écailler, ce sont aussi celles qu’organise le libraire Jacques Aubergy. Dans sa petite librairie, on serait serrés comme des anchois ; alors il a eu la bonne idée de réunir les amateurs de polar à La Boîte à Sardine, une poissonnerie-bar à huîtres située au bas du boulevard de la Libération. La formule, mensuelle et rôdée tout l’hiver, est séduisante : d’abord, on se délecte l’intellect d’une courte conférence, généralement suivie d’un débat pas trop long non plus ; ensuite, on poursuit la conversation de manière informelle en dégustant un apéro. Mercredi 11 juin, on n’a pas dédaigné le verre de vin qui venait arroser l’exquise anchoïade maison. Le petit blanc de la côte varoise après le petit bleu de la côte ouest. Car il s’agissait ce soir-là de rendre hommage à un GRAND de ce qu’il est convenu d’appeler le néopolar : Jean-Patrick Manchette, dont le Journal vient de paraître aux éditions Gallimard. Le rôle de conférencier est échu au traducteur et amateur Emmanuel Pailler, qui s’est brillamment acquitté de sa tâche. Il a rappelé, extraits lus et commentés à l’appui, la rigueur stylistique, le mauvais goût assumé, voire une forme d’obscénité ». L’overlittérature se veut littérature d’idées et d’humour, « satiridéconnante », selon Gilles Ascaride. Et littérature urbaine, aux deux sens du terme : polie (dans son impolitesse), et citadine. Ancrée à Marseille, dont elle entend refléter la liberté de ton et la vitalité linguistique, mais surtout pas ethnique ni régionaliste. Et éditée par l’Écailler, dans une collection vert vif et noir, qui publie « l’impubliable bon » et lui permet d’exister. Les trois overconférenciers ont régalé le public de leurs formules-chocs, de leur rage aussi, qui les pousse à se révolter contre un système qui formate les genres, les mots, et surtout la pensée. b sens du décalage et de l’humour à froid qui faisaient la marque de ce graphomane désabusé, amer, mais jamais désespéré, et qui le rendent aujourd’hui, plus de 20 ans après sa mort, tellement actuel. Jacques Aubergy a résumé avec talent et enthousiasme certains de ses titres préférés ; Gilles Del Pappas, présent dans le public, est intervenu également pour rappeler le caractère engagé et très libertaire de l’écrivain. Grâce à eux, Manchette était là. Alors merci à la librairie de l’Ecailler et rendez-vous à la rentrée prochaine, avec la même exigence de qualité, littéraire et gourmande. F.R. overconférence Juliette Lück Car ils luttent, les bougres, et refusent de se soumettre. Aux contraintes commerciales, aux dérives d’une ville haïe autant qu’aimée, à une politique élitiste de l’éducation… L’over alors fait tilt. Et les extraits lus, overexpressifs, permettent de mesurer, au-delà de la galéjade, la force subversive et poétique de cette voie littéraire atypique. À découvrir d’urgence par les temps qui courent. FRED ROBERT Juliette Lück Quelques titres dans la collection « overlittérature » H-F. Blanc : Discours sur l’universalité de l’esprit marseillais ; L’art d’aimer à Marseille ; Mise au ban. G. Ascaride : Attention centre-ville ; Le sultan est dans l’escalier. A. Not : Chroniques d’un gardien de phares. Il est à noter que Blanc et Ascaride ont aussi beaucoup publié chez d’autres éditeurs. Afin de mieux connaître J-P. Manchette, on peut dévorer tous ses Romans noirs, dans la collection « Quarto » de Gallimard. Si on préfère le lire à doses plus homéopathiques, ses polars sont édités en Folio policier, L’Affaire N’Gustro, Fatale et Le Petit Bleu de la côte ouest, par exemple.
ENTRETIEN LIVRES 57 Enfant de mai Jérôme Harlay, né en mai 68 à Marseille, publie aujourd’hui chez Belfond son premier roman, Le sel de la guerre. Cet ancien de la FEMIS, dont il est sorti avec un diplôme d’ingénieur du son, continue de collaborer à de nombreux films pour le cinéma et la télévision. L’écriture semble cependant l’occuper de plus en plus. Zibeline : Qu’est-ce qui vous a poussé vers l’écriture ? Jérôme Harlay : J’ai toujours eu une relation avec l’écriture. Il faut dire que j’ai été élève à l’école Freinet. Au centre de cette pédagogie, il y a le journal : chaque élève en tient un ; c’est une écriture libre, sans évaluation d’aucune sorte, qui stimule la créativité. Ensuite, j’ai gardé une pratique régulière de l’écrit, pour moi, pour le journal du lycée… puis j’ai collaboré à des scénarios. J’ai longtemps écrit sans projet d’édition. Comment est né Le sel de la guerre ? J’ai commencé à l’écrire comme ça ; c’était juste une ébauche. La difficulté d’un livre, en tout cas du premier, c’est de savoir si on va tenir le projet jusqu’au bout ; j’en ai été convaincu tardivement, après en avoir rédigé une bonne partie et l’avoir fait lire. C’est à ce moment-là seulement que j’ai pensé que ça valait la peine de contacter un éditeur. Vous avez contacté Belfond tout de suite ? Non. J’ai procédé de façon classique, et naïve ; j’ai envoyé mon manuscrit aux grands éditeurs français, en ciblant particulièrement les maisons qui publient des polars. Échec complet. Alors je me suis adressé à un agent, Pierre Astier, qui a un statut très particulier car c’est un ancien éditeur. Il connaît bien le milieu. Il savait à qui il fallait adresser le texte pour avoir une chance d’être publié. Trois ou quatre maisons ont répondu positivement et c’est Belfond qu’on a choisi. Je ne le regrette pas car je trouve qu’ils suivent I i4tyi z !, A615F- " Jérôme Harlay X-D.R avec beaucoup de sérieux leurs auteurs ; je les ai rencontrés souvent, pour des échanges constructifs. Pourquoi avez-vous choisi d’écrire un roman policier ? Sans doute par conformisme au goût de l’époque (rires) ; mais aussi en souvenir de très bons moments de lecture, d’auteurs américains surtout. James Ellroy bien sûr, mais également Donald Westlake, Dennis Lehane. Je ne lis pas énormément de littérature policière. Mais j’ai un ami, Xavier-Marie Bonnot, qui a écrit quatre policiers, dont le prochain sera publié par Belfond lui aussi. J’ai lu tous ses manuscrits, il a lu le mien, on a souvent parlé de ce qu’on faisait ; c’est sans doute parti de là. Mais mon roman, en dépit de son sous-titre, n’est pas un vrai polar. Je n’ai pas donné la place centrale à l’enquête ni au flic dans mon histoire ; je ne voulais pas suivre les conventions du genre, que je trouve réductrices et ennuyeuses. Ce qui m’intéresse dans le polar, c’est une ambiance ; c’est cela que j’ai privilégié. Est-ce pour cela que vous situez une grande partie de l’intrigue en Camargue ? La Camargue est une image vivante et forte de mon enfance. Et, dans cette histoire, j’avais besoin de la Camargue comme univers opposé à celui de Marseille. Des lectures m’ont sans doute aussi inspiré : Le désert des Tartares, Le rivage des Syrtes et En attendant les barbares de Coetzee. Je voulais montrer ces deux espaces en contrepoint l’un de l’autre : la ville grouillante, directement confrontée à la guerre, et cette espèce de désert aux confins d’un empire en décomposition. Pourquoi avoir choisi cette époque, 1944 ? L’histoire de la police à cette période-là me semble très riche. Ce service de l’état était à cette époque en pleine schizophrénie et il m’a paru intéressant de l’évoquer dans le roman. Et puis, je n’avais pas envie d’utiliser une fois de plus la pègre marseillaise. J’ai peu de goût pour le folklore marseillais en général, et pour celui du milieu en particulier. Avez-vous déjà d’autres projets littéraires ? Oui, un projet de roman qui ne sera pas policier. Il se situera à l’époque contemporaine, à Marseille, et il n’est pas exclu qu’il nous emmène jusqu’en Russie… Mais vous n’en saurez pas davantage ! ENTRETIEN RÉALISÉ PAR FRED ROBERT Contre vents et marais Les éléments se déchaînent dans ce roman et dès le début, la neige s’abat en tempête sur Aigues- Mortes. En cet hiver 1944, c’est la débâcle. Dans ce climat d’« agonie générale », l’inspecteur Simian mène l’enquête sur le meurtre d’une jeune prostituée dont on a retrouvé le cadavre enfoui sous une camelle de sel, à Salin-de-Giraud. Tout semble accuser Louis, un adolescent étrangement mutique, que sa mère, bizarre elle aussi, surprotège maladroitement. Trop évident pour être vrai. Mais difficile de démêler la vérité dans l’entrelacs des silences, des secrets, des mensonges. Entre l’univers camarguais, sauvage, violent, et Marseille où l’Occupation vit ses derniers moments et où les comptes commencent à se régler au sein des services de la police et dans certaines familles, Simian va, vient, s’acharne, longtemps en vain. D’autant qu’affleurent une autre époque, d’autres crimes plus anciens, qu’un justicier solitaire est venu venger sur ces terres désolées. Il y a du western dans ce roman, de l’histoire aussi. Et surtout une atmosphère, un climat, que le style ciselé et poétique de Jérôme Harlay rend palpables. On sent qu’il connaît bien la région qu’il évoque, qu’il l’aime. Au point parfois de donner l’impression que le personnage principal de l’histoire, c’est la nature rebelle de la Crau et des marais de Camargue. Au fil de l’intrigue, on assiste d’ailleurs à une véritable hécatombe. Comme si les humains n’étaient que les fragiles figurines du grand jeu de massacre organisé en ces périodes troubles. Troubles et saumâtres comme les eaux de la lagune. F.R. Le sel de la guerre Jérôme Harlay éditions Belfond, 21 euros



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