Zibeline n°9 juin 2008
Zibeline n°9 juin 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°9 de juin 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 10,8 Mo

  • Dans ce numéro : politique culturelle... Marseille s'explique.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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50 CINÉMA CINÉCOLE Nuit blanche… noire, noire à Cannes Si « le cinéma est un regard qui se substitue au nôtre pour nous donner un monde accordé à nos désirs », on peut se demander ce que désiraient les quelque 250 profs et la centaine d’élèves rassemblés les 25 et 26 mai dernier, pour le traditionnel week-end de CINECOLE, dans la salle du Miramar à Cannes ! e En effet, les treize films qui leur ont été présentés étaient sombres, très sombres. Sans doute à l’image du Festival de cette année. Malgré tout, ils sont restés, ravis d’avoir été retenus et plus de 150 ont passé la nuit entière à regarder ces films, issus de la compétition officielle, d’un Certain Regard, de la Semaine de la Critique, de La Quinzaine de réalisateurs, tous choisis par une équipe d’enseignants de l’Académie de Nice. Cinéma et école Cinécole est une initiative de l’Académie de Nice, de Cannes Cinéma et de la Ville de Cannes ; une programmation sur deux jours de plus d’une douzaine de films. Une ouverture sur l’actualité cinématographique internationale, proposée aux enseignants et aux étudiants. 2008 était la vingtsixième édition. À partir de 2003, un prix de L’Éducation Nationale a été décerné chaque année par un jury composé de professionnels du cinéma, d’enseignants et d’élèves. En 2007, présidé par Bernadette Lafont, le jury l’avait attribué au film roumain Quatre mois, trois semaines et deux jours de Cristian Mungiu, pour son intérêt cinématographique et pédagogique, ses qualités artistiques et culturelles. Ce qui d’ailleurs avait déplu à M. Darcos qui, dans un premier temps, avait refusé que ce film qui parle d’avortement soit proposé aux enseignants avec son accompagnement pédagogique ! Cette année, c’est Tulpan de Sergey Dvortsevoy qu’a récompensé le jury présidé par Robin Rennuci. Un film « qui porte un regard totalement neuf sur le Kazakhstan, poétique et politique » comme l’a précisé l’acteur et réalisateur corse, qui a ajouté qu’il ne fallait pas se contenter de parler de l’art, qu’il fallait le pratiquer. Des paroles très applaudies par la salle au moment où des menaces sérieuses pèsent sur l’art à l’école. Noir, c’est noir ! « Cinécole, c’est comme si on montait dans un train sans savoir où il va, s’il faut aimer l’aventure, la découverte, les sentiers qui ne sont pas battus et le temps qui passe », déclarait André G. enseignant à Marignane : les spectateurs qui ont accepté de monter dans ce train durant 27 heures, n’ont eu que très peu d’occasion de rire ou de rêver. Ils ont pris de plein fouet la misère, le chômage, la peur, la dislocation sociale et surtout la violence. La violence des rapports sociaux, la violence entre les sexes, la violence entre jeunes, la violence des jeunes avec les vieux, la violence de la guerre et de l’oppression. Le marathon a commencé avec le superbe Valse avec Bashir de l’Israélien Ari Folman. S’il n’a, hélas, rien obtenu au palmarès officiel, il a été le premier coup de cœur du public de Cinécole. Nul ne pourra oublier les premières images du film, une meute de 26 chiens hurlants, dans les rues d’une ville, le cauchemar récurrent de l’ami d’Ari Folman, ni ce rivage où il se voit se baigner nu avec deux amis prés d’une ville embrasée, ni les images finales qu’on vous laisse découvrir. Souvenirs douloureux retrouvés de Sabra et Chatila… Les spectateurs de Cinécole ont aussi particulièrement apprécié le film d’Emily Atef, projeté le dimanche matin, l’Etranger en moi, superbement interprété par Suzanne Wolf (Semaine de la Critique). Un film qui peut déranger puisqu’il aborde le thème peu traité de l’amour maternel, un amour que ne ressent pas Rebecca à la naissance de son petit garçon, pourtant désiré, qu’elle « oublie » même, un jour, à une station de tramway. Troisième coup de cœur du public Tulpan de Sergey Dvortsevoy pour le cinquième film de Kiyoshi Kurosawa, Tokyo Sonata, (Un Certain regard) qui rompt avec le fantastique de ses films précédents. On est dans le Tokyo contemporain, dans sa dure réalité sociale : des cadres en costume mangent à la soupe populaire pour ne pas avouer à leur famille qu’ils ont été licenciés. On assiste à la déchéance du père qu’interprète à la perfection Tennyuki Kagawa ; aux progrès stupéfiants de son fils, Kenzi, Valse avec Bashir de Ari Folman
51 qui étudie le piano en cachette ; à la fugue de la mère avec celui qui est venu la cambrioler… À ces trois films, certains ont préféré Adoration d’Atom Egoyan où le jeune Simon « recompose » son passé sur Internet. Ou le premier long métrage de la jeune Valeria Gaï Guermanika, Ils mourront tous sauf moi, (Semaine Internationale de la Critique) qui a obtenu la mention spéciale Caméra d’or. Un regard porté sur une adolescence rebelle, violente où la caméra portée à l’épaule suit Katya, Vika et Zhanna, trois collégiennes de la banlieue de Moscou dans l’apprentissage de la vie. Dur, terrible… Durant la nuit, les spectateurs auront voyagé du Chili, avec Tony Manero de Pablo Larrain, en Argentine avec Alba qui récupère son fils de six ans qu’elle ne connaît pas pour l’emmener à El Bolson, « la vallée mythique de la Patagonie argentine, la Mecque des hippies dans les années 70, El Bolson (le gros sac) qui enferme les illusions de ceux qui plongent les chercher. » Salamandra de Pablo Aguero nous montre une Patagonie très sombre à laquelle on ne s’attend pas. Quant au premier film macédonien sélectionné à Cannes, Je suis de Titov Veles de Teona Mitevska, il met en scène trois sœurs, dont la plus jeune, Afrodita, ne parle pas. Son interprète, la sœur de la réalisatrice porte le film à travers ce personnage qui vit dans ses rêves, que la dure réalité rattrape et qui ose, un jour, détruire l’armoire de la mère, dernière chose qui la relie au passé. Un grand regret, l’absence du film de Laurent Cantet, Entre les murs, au cœur de l’école… Mais la Palme d’Or sera bientôt sur tous les écrans ! « Fais apparaître ce qui sans toi ne serait peut- être jamais vu » disait Bresson. Les participants à Cinécole auront vu à travers des films, oscillant parfois entre documentaire et fiction, un monde… bien noir ! ANNIE GAVA Ils causent ils causent, les profs de Cinécole… « Le cinéma est « une fenêtre ouverte sur le monde » disait encore récemment Jeanne Moreau. Justement, c’est bien du monde qu’il s’agit et de son écroulement dans la violence. -Violence sociale où les dures lois du marché font d’un cadre japonais un candidat à la soupe populaire (Tokyo Sonata) ; -Violence des rapports parents-enfants lorsque l’autorité paternelle s’écroule ou lorsque certains enfants tombent sous les coups des pères (Tokyo sonata, Ils mourront tous sauf moi) -Violence des rapports hommes-femmes : viols, fellations et premiers rapports plus ou moins consentis (Quatre nuits avec Anna, Je suis de Titov Veles, Ils mourront tous sauf moi). De corps en pièces, malmenés sous les coups et les shoots, à bout de course, à plat ventre, la sélection de cette cuvée 2008 n’en manque pas. Les corps tombent, s’écroulent dans les immondices pour mieux se relever (Tokyo Sonata), ou dans un coma éthylique (Ils mouront tous... et Involontaire) ou par overdose (Better things). Et l’amour dans tout ça ? Difficile, voire impossible, non partagé et obsessionnel comme dans le très beau Quatre nuits avec Anna. Dans l’ensemble, peu de « happy end » dans le cinéma mondial en 2008 ! Muriel Benisty, Professeur d’anglais au Lycée Victor Hugo, Marseille Je ne parlerai pas de la qualité des films que nous avons vus durant les 15 projections, mais plutôt de la fascinante facilité avec laquelle j’ai pu me plonger dans les différents univers que nous avons parcourus. Malgré le rythme effréné de la succession des films, la balade fut aisée et, au-delà même, saisissante. Ce que je retiendrai de l’expérience cannoise Cinécole : au sortir des 26 heures de projection, lorsque je me suis retrouvé chez moi, j’ai eu un instant le sentiment de réinvestir mon corps. Je me suis alors rendu compte à quel point j’avais été déconnecté de moi et projeté dans un ailleurs. Cet oubli de soi au profit des passions de l’autre (ou des autres) est ce qu’on Tokyo Sonata de Kiyoshi Kurosawa appelle catharsis en théâtre, je crois. J’en connaissais le terme mais n’en avais jamais autant expérimenté le bienfait. Ce jeu intellectuel auquel participe le spectateur cinéphile est ici devenu une expérience de vie. Je fus autre 26 heures durant. Tantôt Russe, tantôt Macédonien, tantôt jeune fille, tantôt sosie, tantôt assassin. Et de cette richesse nouvellement composée, je suis revenu à moi, comme plus grand. Cyril Carret, Professeur d’espagnol au Lycée Thiers, Marseille Ce qui fait l’intérêt et l’originalité de Cinécole, c’est que le spectateur, contrairement à ses habitudes, ne choisit pas les films qu’il va voir, il plonge dans l’inconnu, s’y expose. Le risque n’est pas vital, mais, sauf dans les festivals, le spectateur en général mesure en quelque sorte les risques qu’il prend ; la renommée, la publicité, les critiques, le bruit qui court tracent la route qui conduit dans la salle obscure. À Cinécole, aucune route n’est tracée, ce ne sont que des découvertes, des surprises, des déceptions, des plaisirs, des irritations, des étonnements, des admirations. « Exquise contrainte » disait quelqu’un à propos d’autre chose. C’est comme si l’on montait dans un train sans savoir où il va, il faut aimer l’aventure, la découverte, les voyages sans cartes, guides, GPS, réservations, agences, les sentiers qui ne sont pas battus et le temps qui passe. André Gilles, Professeur de lettres classiques au Collège Brassens, Marignane Impression étrange, en regardant et en écoutant les palmarès dimanche soir, de ne pas avoir participé au même festival de Cannes. Pas une citation pour Valse avec Bashir, que pourtant toutes les critiques annonçaient nominé, et qui aurait mérité qu’on en parle. Mais c’est surtout le choix des films présentés à Cinécole, qui m’a étonnée ! L’absence du film de Laurent Cantet sur l’école que je n’ai pas vu et dont je ne sais a priori s’il mérite cette palme, mais qui aurait dû nous être présenté dans le cadre des films nominables pour le prix de l’éducation ! Peu de « grands » films « coups de cœur ou coups de poing » comme en 2007 ! Un instant, j’ai cru que nous allions revivre la même excitation quand les lumières se sont éteintes pour le premier film samedi matin, et que sur l’écran une meute hurlante de chiens s’est précipitée sur nous… J’ai aussi apprécié l’humour tendre et surréaliste des films Eldorado et 4 nuits avec Anna, mais beaucoup moins celui, pas tendre du tout, de notre Ministre M. Darcos, quand il a annoncé la… (non) suppression de poste d’enseignants de cinéma !!! Arlette Assante, ex professeur du Lycée Victor Hugo



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