Zibeline n°8 juin 2008
Zibeline n°8 juin 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°8 de juin 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 10,8 Mo

  • Dans ce numéro : Jazz des cinq continents.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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66 PHILOSOPHIE GYMNASE NUIT DE LA PHILO Le théâtre, la télé, le politique Qu’y a-t-il de théâtral, au sens noble du terme, à mettre sur scène un débat télévisé sans la distanciation de la réécriture, sans mise en scène, dans la stricte platitude de sa reproduction réelle ? Quel intérêt a le théâtre à reproduire à l’identique un réel que tout le monde connaît, un film, un livre, un écrit ou une émission de télévision ? Le théâtre en tant qu’art ne doit-il pas, forcément, sublimer la matière brute ? Jugeons sur pièce Dès le début de Débats, on sait à la fois que nous ne sommes pas au théâtre, simplement transposés 34 ans en arrière, dans une machine à remonter le temps... Un exercice assez curieux se déroule devant nous qui tient du pèlerinage historique et de la performance d’acteurs : reproduire sans imiter, voilà l’intérêt ! Balmer et Weber sont impressionnants ! Mais ils auraient aussi bien pu prendre les Lettres de mon Moulin ou l’entrevue entre le Che et Sartre. Le seul intérêt théâtral du remake sur scène de ces débats est la mutation effectuée à l’orée du deuxième débat par Weber ; comment la présence d’un acteur, par la seule disposition de deux mains écartées sur le bureau, la stature du dos sur la chaise, peut évoquer sept ans passés, un bilan, un vieillissement ; tout ça en une subtile posture ; grand moment de théâtre en fait, l’espace de dix secondes, dans l’immobile attente des questions du présentateur. Re-voir Mais l’engouement suscité par cette pièce réside ailleurs, dans la réalité nostalgique à laquelle le DVD aurait pu suppléer (ce qui n’aurait pas eu le même écho promotionnel que deux hommes en chair et en os) : nostalgie de débats qui opposaient arguments et DunnMeas DunnMeas contre-arguments systématiques, permettant de juger en temps réel l’excellence de la répartie ; nostalgie à l’aune de ces pitoyables exercices de 2007 où la liberté d’argumenter consistait à pouvoir dire n’importe quoi et où, dépolitisation aidant, consigne était intégrée de ne pas attaquer le bilan de l’ancien ministre de l’intérieur. Un autre intérêt de ces Débats réside dans l’adaptation de Mitterrand aux règles de l’image : alors que le tribun de 74 était maladroit, il renversa en 1981 l’ordre de l’autorité de Giscard, accablé par son bilan… La scène donne un contraste supplémentaire à ce déséquilibre, lui offrant toute une ampleur, scéniquement, subtilement. Ce renversement, redoublé par l’intervention du présentateur qui ose enfin l’impertinence en 81 en questionnant, donne à penser au contrechamp narratif qu’a opéré la télévision : les acteurs politiques se sont glissés en son sein, pour ensuite y déshabiller complètement l’essence du politique, et enfin y dévoiler jusqu’à la subjectivité de leur intimité, sans lien aucun avec le réel. Mais quelque chose s’est passé dimanche 10 mai chez Drucker, confiait Weber après la représentation, avec le surgissement sur un plateau de paroles ouvrières brisées par des licenciements honteux, ouvrant la possibilité d’une synthèse dialectique de l’ère du politique show. Pour enfin aboutir, à la renaissance d’une parole politique à la télé ? RÉGIS VLACHOS Jankélévitch et le pardon La 6 e Nuit de la philo, manifestation organisée à Aix par le Centre Darius Milhaud, consacrera cette année ses débats à Vladimir Jankelevitch, et à l’idée de pardon Les ambitions de philosophie morale sont difficiles à réaliser : ses flottements discursifs sur les eaux troubles de l’idéalisme anhistorique et du formalisme apparaissent lorsque les faits font hurler leur présence et leur urgence. Le pardon peut alors être le paradigme de ces ambitieuses contraintes comme le soulignait Jankélévitch : « Le pardon ! Mais nous ont-ils jamais demandé pardon ? C’est la détresse et c’est la déréliction du coupable qui seules donneraient un sens et une raison d’être au pardon. Quand le coupable est gras, bien nourri, prospère, le pardon est une sinistre plaisanterie. » Comment alors concilier cette plaisanterie avec le critère fondamental du pardon qui est justement de pardonner l’impardonnable ? Et comment l’accorder, aussi, avec le fondement de la conscience humaine qu’est la mémoire ? « Est-ce bien à moi que toutes ces choses sont arrivées ? La mémoire n’est rien d’autre que la protestation morale de l’homme contre cette ambiguïté. » R.V. Nuit de la Philo Institut d’Etudes Politiques 25, rue Gaston de Saporta, Aix-en-Provence le19 juin de 19 h à minuit 04 42 27 37 94 www.centredariusmilhaud.org Vladimir Jankélévitch X-D.R Débats a été joué au Gymnase du 13 au 17 mai
MINES DE GRÉASQUE HISTOIRE 67 invisibles d’une période qui a façonné toute une région. Il n’y a pas que le nord des Ch’tis ! Le massif de l’Étoile, les vallées de l’Arc et de l’Huveaune possèdent un important bassin minier dont l’exploitation s’est arrêtée en 2003 Chevalement X-D.R Un musée témoin Le puits Hély d’Oisel a été converti en musée dédié à l’histoire du bassin houiller de Provence, à l’évolution des mines et du travail des mineurs, et aux luttes qui, seules, ont permis l’amélioration de ces conditions de travail pénibles et dangereuses à l’excès. L’exploitation du charbon commença dans notre région vers 1443 pour s’achever le 31 janvier 2003 au puits Morandat à Gardanne. Le Puits Hély d’Oisel quant à lui a été en fonction sur une période assez récente, de 1922 à 1960. Le chevalement de ce puits a été classé par les Monuments Historiques en octobre 1989. Il domine de ses 25,5 mètres l’ensemble du site et en constitue le symbole. Qu’est-ce qu’un chevalement ? C’est l’installation qui permet de faire monter et descendre les charges dans la mine… Au XIX e siècle il y eut de grandes grèves pour obtenir que les mineurs les plus âgés puissent utiliser ce monte-charge plutôt que d’emprunter les 800 marches qui menaient à la mine ! … Et c’était en Provence ! Le visiteur apprend ce qu’est le chevalement, le carreau, le grisoumètre, le généphone, le tambour bicylindroconique… Un parcours le mène des maquettes installées dans le carreau à la salle des machines, la salle de contrôle, la reproduction d’une galerie de mine, la salle des objets outils, matériel propre au travail de la mine. Patrimoine minier La période des festivals va bientôt commencer. Le soleil s’installe. Bientôt les cigales reprendront leurs stridulations entêtantes, et les touristes déferleront sur la région. Ah ! le parfum des lavandes ! Ces champs lumineux et mauves écrasés de lumière, ces paysages aimés des artistes… magnifiés dans toutes les brochures… Silhouette mouvante de la Sainte Victoire, balades parfumées, bonheur de cet art de vivre si nonchalant, si tranquille… L’accent chante, et les siestes à l’ombre des oliviers… Quelle paix ! Sous terre l’eau monte. Les sombres boyaux suintent et se noient lentement. Faut-il que cette mémoire s’efface ? Celle d’une Provence ouvrière, aux luttes sociales rudes, celle des mines de charbon… L’Unesco définit le patrimoine comme « l’héritage du passé dont nous profitons aujourd’hui (et) que nous transmettons aux générations à venir ». Sous les cistes, les vignes et les champs d’oliviers subsiste le labyrinthe des galeries de mine. Les carcasses des machines-outils trop importantes pour être remontées y reposent, monuments Tout au long de la visite, il est guidé avec passion et érudition. Danger et solidarité Les quatre éléments chers à Empédocle sont tous porteurs de mort dans la mine, la terre qui menace sans cesse de s’effondrer, l’air qui, saturé de monoxyde de carbone, étouffe, le grisou qui explose à la moindre flamme, l’eau qui noie les mineurs. À côté de chaque équipe, il y a toujours un brancard… Le travail de mineur a toujours été, même aux dates les plus récentes, un métier des plus dangereux. Et ce, même si les mines de Provence, de par la disposition des filons de lignite, étaient moins sujettes à produire des poches de grisou. Pénible aussi, que ce soit au fond ou en surface, le triage du charbon se fait à la main, et les mains des femmes qui œuvrent sont en sang ; le conducteur à son poste subit le bruit permanent des machines, des appels : jusqu’en 1958 le moteur à vapeur était entendu à quinze kilomètres à la ronde, alors imaginez à côté !... La responsabilité de l’homme chargé du contrôle de la cage est énorme. La vitesse de descente ferait pâlir d’envie les parcs d’attractions modernes... La moindre variation, la moindre fausse manœuvre, la moindre hésitation est dangereuse, sinon mortelle. Le conducteur est garant de la sécurité de ses camarades. Sa vigilance ne peut, ne doit fléchir. Les équipes sont payées au rendement, avec l’exigence de ne pas excéder 10% de pierre dans la charge de la benne. Chacun est solidaire du salaire de l’autre. 15 ans 15 kilomètres 20 morts C’est le prix de la galerie de la mer, destinée à évacuer les eaux pompées dans les mines, qui relie Gardanne à Marseille. Son eau servit aux industries marseillaises, et c’est le dernier vestige des mines. Sa construction fit 20 morts. Elle fut renforcée avant la fermeture définitive, car elle permettra toujours d’évacuer le trop plein : si l’eau approchait trop de la surface, celle-ci serait fragilisée et dangereuse pour les constructions ! Car sous terre l’eau monte, inexorable. Ne la laissons pas engloutir le patrimoine industriel de notre région, patrimoine des luttes ouvrières, des évènements qui ont façonné et soudé toute une population. Passé de luttes que l’on voudrait visiblement occulter aujourd’hui. MARYVONNE COLOMBANI Musée de la mine Puits Hély d’Oisel, Gréasque Diaporama dans la Salle des Machines Exposition photos de Fabienne Barre 04 42 69 77 00 www.poleminier.com



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