Zibeline n°8 juin 2008
Zibeline n°8 juin 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°8 de juin 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 10,8 Mo

  • Dans ce numéro : Jazz des cinq continents.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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- - 62 LIVRES ESTHÉTIQUE ESSAI Le plastique c’est fantasmatique La notion de plasticité en jeu dans les arts plastiques n’est pas forcément celle conçue par le philosophe. Dans son livre L’Espace Plastique, le philosophe Michel Guérin nous entraîne jusqu’à la danse Michel Guérin est membre de l’Institut Universitaire de France, titulaire de la ChaireThéorie de l’art et de la culture. Il enseigne la philosophie et l’esthétique à l’Université de Provence où il dirige le Laboratoire d’Études en Sciences des Arts (LESA). Cette unité de recherche, en fédérant les disciplines d’enseignements spécialisés (arts plastiques, sciences de l’art, cinéma, théâtre, musique et médiation culturelle) s’intéresse aux différents champs artistiques et leurs croisements contemporains en particulier. Le laboratoire accueille régulièrement une quarantaine de doctorants, en liaison avec le Master Théorie et Pratique des Arts ; il est à l’initiative d’évènements comme les colloques Les Limites de l’œuvre, ou Contact dont les actes ont été publiés aux Publications de l’Université de Provence. Dans le domaine des arts plastiques, sa réflexion et ses propositions théoriques sont exposées en particulier dans : Qu’est-ce qu’une œuvre ? (Actes Sud, 1986) ; L’artiste ou la toute puissance des idées (Pup, 2007). Ces mêmes éditions ont publié sous la direction de Michel Guérin avec Pascal Navarro, Les Limites de l’œuvre. http://perso.orange.fr/michel.guerin www.univ-provence.fr/wpup Philosophe, professeur d’esthétique à l’Université de Provence, Michel Guérin a publié récemment plusieurs ouvrages intéressants les arts plastiques. Le plus récent, L’Espace Plastique, ne se limite pas à l’acceptation immédiate de l’espace du tableau peint, ou de l’œuvre dans les trois dimensions de l’espace, mais s’ouvre à des conceptions plus ductiles et subtiles. Jusqu’à considérer l’espace plastique comme une forme, un champ métastable, qui engage en même temps le geste, l’intention, le sensible et le sensé, la matérialité et le concept : « toute création dans l’espace est inséparablement espace de création et création d’espace. » Quelques auteurs antérieurs, comme Jean Paris ou Henri Van Lier 1, prenaient appui sur l’histoire de l’art et bon nombre d’œuvres. Michel Guérin s’engage par un tout autre biais sur le même sujet, et s’attache aux moyens et à l’acte de la pensée sur le sujet. Ductile et mobile, la pensée zigzague. Nous un peu aussi ! Zibeline : En vous intéressant à l’espace plastique, paradoxalement, vous renvoyez rarement dans ce livre aux œuvres d’art. Devant un tel sujet, peut-on en faire l’économie ? Michel Guérin : Je suis d’abord philosophe. Je travaille plus généralement au niveau des idées. Cela a donc une implication sur la réflexion esthétique. Dans mon livre Philosophie du geste 2, je montre par exemple que le geste est gouverné par une intentionnalité qui le précède, ce qui marque la spécificité d’une pensée plastique. Paradoxalement l’intention ne se découvre qu’après. Les mêmes concepts ne joueraient pas de la même façon en art et en philosophie ? Nous n’avons pas le même usage de l’idée. Mais l’idée garde une dimension plastique. Voir Duchamp, la Fontaine. Il existe un coefficient de déformabilité des idées, comme l’espace est complexe, métastable, fait pour être déformé dans une multiplicité à n dimensions. On peut comprendre la déformabilité en vue de la formalisation, la création. Nous sommes dans un paradigme de la vie. Ce serait une manière de désigner l’art, la nature d’une œuvre d’art ? Une œuvre comporte deux faces comme l’anneau de Möbius. Deux faces, c’est-à-dire qu’elle possède sa consistance propre et comporte aussi son audience. En ce qui concerne les œuvres d’art contemporain, ce qui les caractérise est un éclectisme qui rend l’art plus problématique. Il n’y a plus d’ontologie de l’art : en ce sens l’art contemporain, par rapport à l’art moderne, peut-être tout et n’importe quoi. Quels discriminants utiliser pour le travail de Fabrice Hybert ? Pour qu’il y ait œuvre d’art, il faut un ensemble de paramètres congruents : lieu, commentaire, homologation. Ce qui différencie à cet égard l’art moderne de l’art contemporain : pour l’un c’était le nouveau, le progrès, l’avant-garde, achever en beauté l’histoire ; pour l’art contemporain c’est l’inédit, l’immanence, c’est l’ici et maintenant, montrer le banal. On a atteint un niveau des limites de ce monde. Vous évoquiez la danse… une forme parmi les plus novatrice ? La danse c’est l’art premier, tout à la fois : l’outil, le matériau, l’espace. C’est la fête de la contingence ! Vos projets ? J’ai un projet avec François Méchain, un deuxième livre sur Nietzsche et Schopenhauer, et vient de sortir le travail collectif sur Le Mépris (voir cicontre). ENTRETIEN ET PHOTOGRAPHIES RÉALISÉS PAR CLAUDE LORIN (1) L’Espace et le Regard, Jean Paris, Seuil,1965 ; Les Arts de l’Espace, H. Van Lier, Casterman, 1971. (2) Philosophie du geste, Actes Sud, 1995.
63 Malléabilité Comme le titre ne l’indique pas, ce livre ne se réduit pas au seul champ des arts plastiques L’Espace Plastique est constitué de plusieurs parties issues de travaux, écrits et communications antérieurs, entre 1992 et 2003, remodelés par endroits de manière conséquente. Le philosophe poursuit ici son travail très singulier, parfois déroutant, en ce qu’il tend à l’interprétation mais n’explicite pas vraiment, et opère concomitamment comme le poète, de manière elliptique. Au point donc que certains de ses outils conceptuels comme la topoïétique sont délicats à circonscrire. Pourtant on le suit lorsqu’il suggère une représentation de l’idée de l’espace rapporté à l’œuvre telle que « …l’œuvre se met en œuvre (en place) en tant qu’elle s’approprie un espace qui ne lui préexiste pas mais qu’elle produit en se produisant L’ère du mépris On a du mal à qualifier notre époque. La gêne porte sur la forme : il faudrait trouver un mot qui ne prête pas le flanc à l’illusion rétrospective, celle qui pare le passé de vertus à l’aune du présent, ou juge le contemporain avec des outils anciens. Mais l’embarras vient du fond surtout : qu’y a-t-il à dire dans la profusion d’angoisse, d’informations, de mensonges, d’injustices aussi criantes ? Alors arrêtons-nous sur cela : la différence entre hier et aujourd’hui est que jamais le décalage entre dominants et dominés n’a été autant manifeste, révélé par les moyens d’informations ; et jamais la richesse n’a autant montré la possibilité de résorber ce décalage, par-delà les pâles arguments de l’écroulement du système si jamais on venait à l’égratigner. Le mérite de la dernière livraison de La Pensée de midi est de pointer le mot juste, le concept précis et pertinent dans toute sa définition puisqu’il est ce qui vient éclairer le réel, rajoutant de la clarté au sein de ses compossibles : Le elle-même. » Partant, l’espace n’est pas une exclusivité des arts plastiques et trouve selon l’auteur une de ses meilleures alliées dans la danse particulièrement. Mais l’espace est au travail dans d’autres figures : le comédien, l’artiste, l’image, le geste… Quant au second terme, le plastique, Michel Guérin y attribue trois discriminants : la motivation, la trace, la déformation. « Une entité est plastique, lorsqu’elle est animée par une énergie[…], qu’elle procède par traces […], enfin, lorsqu’elle se livre à la déformation et à la reformation au lieu de s’arrêter sur les contours d’une forme. » Cela évoque de très près la manière de penser particulière à l’auteur lui-même.C.L. mépris. Nuance conceptuelle entre l’indifférence et l’arrogance, le mépris est « l’indifférence abyssale doublée d’une suffisance du système à se prétendre sans alternative… Monde dans lequel l’idée de fin est en voie d’oubli et où la stricte logique des moyens s’applique sans limitation. » Très belle et surtout juste précision d’Ego et Guérin dans leur introduction. En effet poursuit Guérin le mépris est l’envers de l’ambition de la période romantique qui était « l’horizon d’accomplissement des subjectivités tourmentées par le goût de s’élever » ; c’est, précise Stiegler, l’absence de toute conscience de soi comme effet de la réalisation dans la rencontre de l’autre, trou noir des qualités de la motivation sur fond de l’arrogance de la conquête exhibée. Insidieuse stratégie du capitalisme à bout de force, qui fait glisser notre époque de la banalité du mal à la banalité du mépris. RÉGIS VLACHOS L’Espace plastique Michel Guérin Editions La Part de l’œil, 2008 18 euros La pensée de midi Le Mépris a,. c"._. Le Mépris Pensée de Midi n°24/25 Rencontres de Midi Rencontres avec les deux concepteurs du dossier, le philosophe Michel Guérin et l’écrivain Renaud Ego, ainsi qu’avec Thierry Fabre, rédacteur en chef de La pensée de midi. le 27 mai à 18h30 Cité du Livre, Aix-en-Provence en partenariat avec Les Écritures croisées 04 42 91 98 88 http://www.citedulivre-aix.com le 28 mai à 18h30, Espace Comédia, Toulon Théâtre de la Méditerranée le 14 juillet à Avignon en partenariat avec le Festival d’Avignon Anticipation et paresse S’il est un personnage dans le panthéon des artistes qui ont compté et comptent encore pour certaines formes de pensée et de travail en rupture (l’avant-garde ?) Marcel Duchamp en serait la figure tutélaire. En se référant copieusement aux écrits de l’artiste et de ses exégètes, Michel Guérin, dans ce court essai, s’intéresse à sa singularité, en démontrant qu’elle n’est pas une inscription dans le modernisme (elle n’obéit pas à la mode et au dictat de nouveauté permanente), ni dans une avant-garde (ni précurseur, ni éclaireur) : il regarde plutôt Duchamp comme un anticipateur. Nombre d’auteurs (Nietzsche, Mallarmé, Benjamin, Valery, Sartre…) permettent à Guérin de recontextualiser avec finesse l’esthétique de Duchamp. Elle serait du côté du « nihilisme actif » nietzschéen. Le principe du ready-made, le Grand Verre, Etant Donnés, le Nu descendant l’escalier entre autres sont ainsi revisités. Une attention est portée singulièrement au principe de paresse, valeur amorale retournée en action subversive puisqu’« …il ne s’agit pas d’une paresse d’esprit, mais bel et bien de l’Esprit de la paresse. » Michel Guérin attire notre attention, non pas vers la supposée radicalité de la table rase des idées, des propos et des œuvres duchampiennes, mais de manière encourageante, vers leur subtilité. Vers la quatrième dimension.C.L. Marcel Duchamp, portrait de l’anartiste Michel Guérin Lucie Editions, 2007



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