Zibeline n°8 juin 2008
Zibeline n°8 juin 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°8 de juin 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 10,8 Mo

  • Dans ce numéro : Jazz des cinq continents.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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60 LIVRES LITTÉRATURE Tempêtes dans un verre d’eau Le procédé est assez classique : suite à un assassinat, chacun y va de sa vérité, suppute, médit et même médite sur la relation humaine ; bref, règle ses comptes. Et ils sont nombreux, les comptes, dans ce vieil immeuble romain où se côtoient immigrés de l’intérieur (natifs de Turin ou de Naples !) et ceux du vaste monde. À dire vrai, ce sont les petits comptes de petites gens ; des problèmes d’ascenseur, des rancunes linguistiques, des mépris sans objet. Tout ce qui fait le quotidien de pauvres gens obligés par l’histoire à cohabiter tant bien que Eros gagnant Si l’on en juge par son titre, L’enfant des ténèbres, et par son épigraphe tirée du Nosferatu de Murnau : « Et une fois franchi le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre », le nouveau roman d’Anne-Marie Garat semble placé sous le signe de la Mort, de la grande Faucheuse qui, dans son précédent opus, a fait le vide dans les tranchées et sur les champs de bataille, laissant l’Europe exsangue. Vingt ans plus tard, les canons se sont tus mais, dans l’ombre, les couteaux s’aiguisent. Tandis que la SDN échoue dans ses tentatives d’accords, les dictatures de tous poils s’affirment, les lois antisémites s’affinent, les ombres maléfiques ressurgissent, la main du diable s’étend à nouveau. La saga de Camille Galay et des siens se poursuit dans un crépuscule menaçant, où la Camarde mène la danse… Pourtant, dans cette obscurité, la lumière étincelle et, malgré « la mort qui marche », L’enfant des ténèbres est tout sauf un roman sombre. Dans une Europe livrée en pâture Hard rock à lire ! Enfin un portrait artistique, culturel et historique du « métal », courant musical comprenant entres autres le hard rock et le heavy métal Fabien Hein, sociologue et fan de ce style musical (rédacteur au sein de divers fanzines et anciennement bassiste du groupe Carn) dresse un portrait transcendant du genre ne pouvant que satisfaire les « métalleux » dans son livre paru chez IRMA, maison d’édition toujours soucieuse de publier des ouvrages de qualité sur les musiques actuelles. Le livre est construit de manière à ce que les néophytes s’y retrouvent facilement : chaque mal et à se supporter. Cet assassinat tombe bien, si l’on peut dire ; nul ne regrette le mort et tous sont d’accord pour innocenter le suspect numéro un dont le seul tort, mais majeur, est d’avoir brutalement disparu après le crime. En fait, c’est plus de cet Amedeo dont il va être question que du mort qui n’est là, somme toute, que pour faire parler de la personnalité hors du commun de son meurtrier putatif. Se dessine alors le portrait d’un homme meurtri pour qui les multiples petites querelles de voisinage ne sont qu’un dérivatif aux fauves, certains se mobilisent et ce sont eux les héros de ce livre foisonnant. Militants clandestins, passeurs de microfilms ou de savants en danger, de Londres à Budapest, en Toscane ou à Berlin, ces travailleurs de l’ombre organisent la résistance à la Barbarie. Orphées modernes, ces passeurs vont chercher jusqu’en Enfer ceux qu’ils aiment et, se jouant de la mort qu’ils osent regarder dans les yeux, ils les ramènent à la vie. C’est un hymne à l’amour et à l’amitié, au courage et à l’engagement, aux héroïsmes discrets que Garat signe ici, dans une fresque magistralement orchestrée, où tout prend l’épaisseur du mythe, du simple objet, bague ou broche, devenu talisman, aux noms symboliques, Julia Brighten la lumineuse, Lange le sauveur, Gabrielle, l’archange annonciatrice…. Le roman offre aussi une splendide galerie de portraits féminins, femmes-courage qui forment le socle du récit au centre duquel rayonne l’elfe Camille ; Camille au regard courant (black, thrash, doom, progressive, glam, death…) est représenté chronologiquement et historiquement. Les inspirations, l’environnement culturel élargi ainsi que l’influence des autres disciplines artistiques sur le métal s’entrecroisent au fil des pages (littérature, cinéma, BD, photo, art graphique). De ce fait il est important pour les groupes d’avoir une image propre, susceptible « d’illustrer une musique ». C’est le cas d’Iron Maiden et de sa non moins célèbre mascotte Eddie the head créée par Derek Riggs, pour ne citer qu’un seul mais édifiant exemple. De plus, Fabien Hein à la souffrance intérieure. Une histoire donc, dont le mérite réside essentiellement dans la truculence des personnages, dans la justesse des remarques ; on sent que l’écrivain a pris le temps d’observer le genre humain…. Enfin, et c’est la moindre des choses lorsqu’on s’appelle Lakhous et que l’on vit à Rome, l’ensemble est narré à l’italienne et n’est pas sans rappeler le meilleur du cinéma néoréaliste ; bien souvent le rire cache les larmes. À moins que ce ne soit le contraire. SYLVIA GOURION aigu et lucide, Camille l’amoureuse, Camille la passionnée, dont on suit avec émoi l’éveil et les souffrances. Et puis, au cœur de l’intrigue, mais aussi dans sa trame, il y a toujours l’amour de l’art, de la littérature, du cinéma, de la photographie. L’ombre de Virginia Woolf plane sur le récit, celles de Gide et de Cocteau aussi, et tant d’autres encore, qui évoquent les scintillantes années 30. Alors on se laisse emporter au souffle puissant de cet univers mouvementé, riche en péripéties, riche également de tout le passé des personnages, de l’immersion dans leur conscience, de la violence de leurs émotions. On voyage dans l’espace, on voyage dans le temps, on embarque dans le train de la vie ; de la vie malgré les ténèbres ; de la vie envers et contre tout. Un palpitant périple au cœur de l’humain ; une belle flambée d’amour dans la nuit. FRED ROBERT propose un repère discographique utile et représentatif, correspondant aux différentes branches et sous-branches du métal. Un livre complet qui manquait et qui suscitera certainement l’envie de compléter sa discothèque… Une première apologie du métal ! SONIA BENSAAD Choc des civilisations pour un ascenseur PiazzaVittorio Amara Lakhous traduit de l’italien par Élise Gruau éditions Actes Sud, 18 euros L’enfant des ténèbres Anne-Marie Garat éditions Actes Sud, 24 euros. A lire également Dans la main du diable ; Babel n°840, 12,50 euros À noter : A.-M. Garat sera l’invitée des Jeudis du Comptoir le 19 juin à 18h00, au 43 rue Thiers, au Bouchon marseillais, nouvelle adresse de ces rencontres. Hard rock, heavy metal, metal, histoire, cultures et pratiquants Fabien Hein éditions Mélanie Seteun/irma, collection musique et société, 15 euros
61 Culture amplifiée Tête de pont de l’Afrique, port tourné vers l’Europe, Tanger n’en finit pas d’inspirer penseurs et créateurs. Dernièrement, Eva Doumbia mettait en scène le texte de Salim Jay, Tu ne traverseras pas le Détroit (lire Zibeline 6) ; La pensée de Midi vient de consacrer un numéro spécial à la ville (voir Zibeline 7) ; le Centre International de Poésie Marseille y installe de nouvelles résidences de création poétique (à lire p59). Tanger, ville où échouent les chimères, bout de terre où convergent les aspirants à une vie meilleure, où prospèrent les trafiquants de tout poil. Tanger, lieu de cristallisation des relations nord-sud. Antonio Lozano lui aussi ancre son premier roman dans sa ville natale. Harraga, littéralement « ceux qui brûlent », relate l’ascension fulgurante et la chute vertigineuse d’un jeune Marocain, Khaled ; un de plus qui s’est brûlé les ailes aux flammes de l’argent facile et d’une existence dorée. Dans L’IRMA, centre d’information et de ressources pour les musiques actuelles mais également maison d’édition, soigne particulièrement ses lecteurs avec cet ouvrage de Gérôme Guibert paru dans la collection musique et société. Que vous soyez néophyte ou spécialiste, ce livre est un outil indispensable à la connaissance des musiques dites amplifiées en France. Cette véritable bible du XXème siècle regorge de détails et anecdotes économiques, sociologiques, historiques et naturellement musicaux. Développant son propos en renant appui sur la musique populaire des siècles précédents, l’auteur analyse l’arrivée du music-hall, l’essor du jazz et l’explosion du rock’n roll en regard de l’impact d’inventions majeures telles les différentes étapes de l’enregistrement, le poids des majors, des producteurs, des éditeurs… ou encore l’évolution des droits d’auteurs, notamment face aux pratiques alternatives et aux nouveaux courants musicaux ayant émergés au cours du siècle. Par ailleurs et à titre d’exemple instructif, l’industrie musicale à l’échelle départementale de la Vendée est l’objet d’une étude précise et complète. Dans le vif du Panier Si on le tient à la verticale, le livre a tout du bloc de croquis, avec sa couverture dont le grain rappelle celui du papier à dessin. De fait, ces Carnets du Panier sont comme des esquisses, instantanés de vie d’un quartier que Florence Pazzottu a bien connu, qu’elle a un temps habité, avant qu’on ne l’oblige, comme beaucoup d’autres habitants, à en partir, rénovation oblige. Ces « petits textes », ces « compositions d’après nature », dans la lignée de Georges Braque qu’elle cite en exergue, l’auteure les a écrits en 1990 ; elle les fait paraître aujourd’hui accompagnés des photographies de Giney Ayme, un autre observateur passionné de ce qu’elle nomme l’« intranquille quartier du Panier ». Textes et photos dialoguent, s’interpellent, cohabitent en bons voisins, dans une mise en page d’une grande beauté, qui laisse à chacun son espace, sa respiration, dans un rythme particulier, qui cultive l’inattendu, la variation, figure de l’entrelacs des ruelles du Panier. Tous deux disent la violence et la tendresse de ce quartier populaire. Sans complaisance, sans voyeurisme, sans misérabilisme non plus, car ils ont su trouver la bonne focale, la distance correcte qui donne sa « place au sujet ». C’est ainsi que l’on croise un aveugle qui prophétise, un veuf inconsolable, un amant abandonné, des femmes en colère, un À la croisée des mondes la cellule où il croupit, le narrateur se souvient. Le récit se construit sur deux séries de flash-back. L’une retrace le parcours de Khaled, sa volonté de quitter son existence misérable, ses retrouvailles avec Hamid, qui le fait entrer dans le trafic de drogue et de passagers clandestins, sa réussite dans le milieu, puis l’engrenage des catastrophes tragiques, qui l’atteindront jusque dans ses liens les plus intimes, jusqu’à son arrestation et à son internement. Déroulement fatal, et logique, d’un roman noir plutôt conventionnel quoiqu’habilement mené. La deuxième série de retours en arrière donne son épaisseur à la fiction. Ce sont des visions, que Khaled a lorsqu’il « ferme les yeux » ; des visites aussi qu’il reçoit en imagination. Ainsi défilent dans sa tête sa famille, son histoire, l’existence humiliée du père, le courage à toute épreuve de la mère, le premier grand amour ; l’indigence, mais aussi les bonheurs simples, que le narrateur Docteur en sociologie, chercheur, musicien et enseignant, Gérôme Guibert possède tous les atouts nécessaires à une telle entreprise. Il répondant dans ces lignes à une véritable nécessité de publications sérieuses dans ce domaine. FRÉDÉRIC ISOLETTA couple âgé, des amoureux et des enfants. Comme ailleurs, comme partout ? Pas tout à fait, car ici, dans ce quartier qui « n’existe pas » -c’est du moins ce qu’on a répondu à Florence Pazzottu lorsqu’elle est allée consulter les documents de l’enquête publique concernant la rénovation de Marseille- ici, tout prend une dimension symbolique, presque mythique. Aux textes poétiques, énig-matiques et émouvants de l’écrivaine répond le noir et blanc qui claque du photographe. Et c’est une grande tendresse pour le lieu et ses habitants qui se révèle. Dans sa splendeur modeste. FRED ROBERT se remémore avec nostalgie. L’autofiction permet également de dresser un bilan ; et là, c’est tout le système marocain, mais pas seulement, qui est mis en cause : corruption généralisée, inégalités criantes, islamisme rampant, on est loin des affiches des agences de voyages ! Ce roman militant dévoile la face sombre du pays, en révèle les dysfonctionnements. Il propose également une issue, à travers le personnage d’Amina, la jeune sœur de Khaled. Et si la solution passait par l’éducation, l’émancipation des femmes et la lutte sur le terrain ? Amina ne cède pas aux sirènes du départ, elle combat sans désemparer chez elle, à Tanger. Et si, au Maroc comme ailleurs, la femme était l’avenir de l’homme ? F.R. La production de la culture - le cas des musiques amplifiées en France Gérôme Guibert IRMA éd. Seteun, 20 euros www.irma.asso.fr La place du sujet, Carnets du Panier textes de Florence Pazzottu, photographies de Giney Ayme éditions L’Amourier, 19 euros Harraga Antonio Lozano éd de L’Ecailler, collection L’Atinoir, 12 euros



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