Zibeline n°8 juin 2008
Zibeline n°8 juin 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°8 de juin 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 10,8 Mo

  • Dans ce numéro : Jazz des cinq continents.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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12 THÉÂTRE TOURSKY DAKI LING MONTÉVIDÉO MINOTERIE Les angoisses du calamar Il est seul sur scène dans sa blouse blanche de scientifique. La retraite prochaine sonne comme une libération ; enfin, loin de cet asile de fous dont il a été le directeur et médecin chef ! … Mais il est hanté par un calamar géant, qui, à l’instar du cœlacanthe de Borges, focalise l’angoisse existentielle, l’horreur de la mort, du néant. Décor sobre, une chaise, un étrange arbre « à ordonnances », une longue bande transparente à l’angle de l’avant scène… et nous sommes emportés par les mots. Richard Martin entre en scène, l’espace prend vie, s’anime, se peuple de signes. Le temps s’efface, le spectateur est transporté dans l’univers de cette parole si raisonnable d’abord, établissant une connivence de bon aloi entre un public de gens « normaux » et un docteur, rangé de par son statut, dans la catégorie des personnes sensées, « certifiées conformes ». Mais le langage dérape, sournoisement, lapsus, confusions, puis s’emballe, accumulations éblouissantes, bonds excentriques d’un sujet à un autre, jeu sur les paronymes, concaténation, nous sommes conviés à une fête énorme, un feu d’artifice géant. Tous les registres sont au rendez-vous, le comique, l’absurde, le tragique, dans une partition profondément jubilatoire. Le texte est un costume de haute couture taillé sur mesure pour un virtuose. La bande sonore, composition de Phil Spectrum, ainsi que le diaporama de Matthieu Mulot s’orchestrent parfaitement dans le jeu de lumières subtil de Richard Psourtseff. La mise en scène met en relief cette frêle distance entre folie et normalité ; car, si les fous de la pièce se révoltent, les démons intérieurs du personnage central le prédisposaient au dérapage final, sorte de « rhinocérite » à l’envers. La folie qui permet de tout dire, d’énoncer les vérités que la raison sait si bien cacher, est ici libératrice de sens, force de poésie, c’est-à-dire de création. Écho au Journal d’un fou, joué il y a 38 ans par Richard Martin dans ce même théâtre, la pièce de Henri- Frédéric Blanc prend une saveur particulière : chaque spectateur, fou pris à témoin, y est sensible, et c’est une salle debout qui ovationne l’acteur. Et, « crotte à la logique ! À bas les forçats de la raison ! La saveur de la vie est pour les fous ! » MARYVONNE COLOMBANI La Révolte des fous a été créée au Toursky les 25 et 26 avril 0 Figures de la bêtise D Une porte légèrement de guingois, une estrade qui suit la même pente, un monde où les perspectives se faussent, où la logique de l’angle droit se tord… Cadre prémonitoire de l’échec pour Bouvard et Pécuchet, ces greffiers de la bêtise, disciples zélés du savoir, enthousiastes jusqu’au ridicule dans leur quête effrénée de la connaissance, tâcherons studieux, lamentables dans leur pratique… Guy Pion et Jean-Marie Pétiniot campent les « héros » de Flaubert et réussissent à donner un rythme sans faille à un texte auquel ils restent fidèles. L’incapacité chronique des personnages à prendre du recul, à se livrer à la moindre analyse, leurs pitoyables recherches, leurs élans aussi prompts que leurs phases de découragement sont rendus avec un tempo, une allégresse, qui parfois manquent au roman inachevé. Et si Pécuchet, dans une parodie d’Héraclite, s’exclame « Tout passe, tout croule ! », le spectacle est quant à lui remarquablement mis en scène par Michel Tanner : c’est vivifiés, revigorés que les spectateurs repartent, amusés et touchés à la fois. Car, s’ils sont ridicules, les deux personnages sont aussi profondément humains. M.C. Bouvard et Pécuchet a été joué au Toursky les 29 et 30 avril X-D.R Jeunesse vermoulue La sélection France Sud de la Biennale des jeunes créateurs a surpris, très largement, par la qualité de ses propositions plastiques variées, toutes extrêmement personnelles et techniquement très accomplies (voir Zibeline 6 et 7). Il n’en est hélas pas de même pour les deux travaux théâtraux présentés à Montévidéo : la lecture du texte de Jihane El Meddeb fut ennuyeuse, même si parfois, dans un tissu d’anecdotes et de choses vues très subjectives, un état de conscience et de parole intéressant semblait se dessiner. Mais enfin l’exercice ingrat de la lecture à table nécessite des textes particuliers, sans doute plus « adressés » que ce flot de conscience qui laissait les auditeurs les plus attentifs à l’extérieur, malgré la beauté des sourires entendus de la comédienne. Le Hamlet exhibition de Thomas Gonzales était à la fois nettement plus accompli, et moins prometteur : il s’agissait d’une série de tableaux lents, répétitifs, à la Roméo Castellucci quand il travaille à la va-vite et manque d’inspiration plastique. Et sans la cruauté. Les figures qui entourent Hamlet se succédaient lentement, en répétant en boucle chacun une réplique ; puis on entendait le monologue d’un enfant qui semblait dit de dos par un acteur au micro, mais était en fait diffusé. Bref, du déjà vu cent fois, qui se prend pour de l’avant-garde. Péché de jeunesse ? A.F. Hamlet exhibition et la Lecture ont été créés à Montévidéo les 25 et 26 avril, en avant-première de la Biennale des jeunes créateurs
13 Les bonnes âmes sont égarées ! Madame, c’en est fait Britannicus expire La Minoterie a proposé à la suite deux pièces très différentes de Brecht : La bonne âme du Se-Tchouan, considérée comme un chef-d’oeuvre du théâtre épique, date de la fin des années 30, et La noce chez les petits bourgeois, oeuvre de jeunesse de 1919 ; le thème du mariage, présent dans les deux oeuvres, sert de fil conducteur à ce projet de résistance : monter Brecht à seize comédiens, quand on vous démolit et que l’État partout démantèle les compagnies, n’est pas un geste anodin. Dans les deux pièces, l’humanité n’apparaît pas sous un jour amène : l’hypocrisie, la jalousie, la noirceur règnent en maîtres sur l’humanité. La bonne âme se trouve être la prostituée Shen Té qui offre l’hospitalité aux « inspirés », c’est-à-dire à la trinité des dieux qui, à vélo, sillonnent la Chine pour récompenser une bonne personne. Shen Té y gagne un bon pécule lui permettant d’acheter une boutique. Ce n’est qu’au prix d’un travestissement du corps et de l’âme qu’elle parviendra à échapper à tous ceux qui veulent en profiter. La scénographie choisie par Haïm Menahem, avec des palissades transformables, est intéressante théoriquement mais, dans les faits, la répétition de leurs déplacements alourdit et ralentit l’action. Certaines scènes sont pesantes, et les comédiens ne sont pas à la hauteur du texte brechtien. Pour le projet de reprendre La bonne âme du Se-Tchouan Philippe Houssin les deux pièces avec une troisième l’an prochain, il faudrait resserrer l’action, les manipulations du décor et approfondir les personnages. Mais cela est sans doute difficile dans le contexte de démolition que vit la Minoterie. Cette résistance, le spectateur est convié à la ressentir entre les deux pièces, sur scène, en partageant quelques agapes avec les comédiens qui ont ainsi le temps de revêtir les costumes des Noces. Ce sont trois couples de mariés qui vont s’affronter et les invités se déchirent au milieu de meubles mal conçus qui s’écroulent. Le vernis bourgeois s’écaille et la jeune marée est enceinte, ce qui déchaîne la vindicte. On ressort assez éprouvés de la bataille générale, et pas vraiment convaincu, dans un lieu qu’on aime tant pourtant ! CHRIS BOURGUE D La première partie du triptyque Brecht s’est jouée à la Minoterie du 22 avril au 17 mai ou plutôt il est mort déclare Burrhus. À moins que le coup de dés qui préside à la distribution de la parole (en lieu et place de Racine) n’ait attribué cette fatale réplique à la virtuelle et virevoltante image vidéo d’Albine ou à la marmoréenne mais bien présente Agrippine ? La Cie Alzhar n’a pas eu, pour cette deuxième proposition de travail sur Britannicus, la main très légère et un soupçon d’égarement saisit parfois le spectateur... La « traversée des monuments » (c’est le titre du projet qui a déjà touché au Misanthrope avant d’aborder Oedipe) est un exercice périlleux et la mise en scène/mise en pièce(s) de Jeanne Poitevin multiplie les risques sans affronter vraiment les monstres de la tragédie : la lectrice au micro qui relaie d’abord les acteurs puis prend pratiquement en charge le texte d‘une voix inexpressive dompte le vers racinien. Mais quel est le sens de cette victoire ? Les masques (de belles créations, troublants à souhait) que portent les personnages de l’outrescène sur les images vidéo sont-ils destinés à tenir lieu de terreur sacrée ? Le visage densément éclairé, Néron dit bien mieux la violence du simplement humain. Pourquoi la jeunesse de Britannicus et de Junie, revendiquée par Racine dans ses préfaces comme étant un moyen d’exciter la compassion, est-elle niée par un jeu qui entrave les acteurs dans leurs élans ? Il est vrai que « beaucoup d’amour, beaucoup de cœur, beaucoup d’innocence » c’est lourd à incarner... mais l’on reste perplexe face à une forme qui se veut questionnement d’un texte, mais ne propose au fond qu’un brouillage de pistes essoufflant. MARIE-JO DHÔ e Britannicus a été créé au Daki Ling les 30 avril et 1er mai X-D.R



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