Zibeline n°70 janvier 2014
Zibeline n°70 janvier 2014
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°70 de janvier 2014

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 8,5 Mo

  • Dans ce numéro : 2013... l'heure des bilans.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 74 - 75  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
74 75
74 L I V R E S Le journal de Patrick ZachmannLa traversée de Mare Mater 1 est chaotique, et donc inconfortable. L’imposant volume de 312 pages conjugue tous les styles : album de famille, journal intime, récit de voyages et reportage avec, en toile de fond, une histoire familiale et une histoire universelle. Celle de la séparation inéluctable de Patrick Zachmannavec sa mère Juive d’Algérie, « très âgée et malade », et celle des migrants clandestins qui franchissent « la mer au péril de leur vie pour gagner l’Occident ». Plutôt que de choisir une mise en regard objective de l’une et l’autre, en deux chapitres distincts, l’auteur-photographe croise images et textes dans un long carnet de route, depuis ses premiers repérages en février 2011 à Marseille jusqu’au… lundi 21 janvier, jeudi 14 février et samedi 30 mars 2013 ! Trois dates qui clôturent son périple et correspondent à trois textes que seule la couleur différencie : le fil de l’itinérance des migrants en noir, l’histoire reconstituée de sa mère en orange et quelques réflexions personnelles consignées durant sa mission en gris. Les fils se croisent, parsemés de photos en vignette ou brandies comme des étendards en double page, pêle-mêle. Heureusement, l’ouvrage stipule en page 41 une liste des « personnages principaux » que le lecteur, quelque peu désorienté, rencontrera sur sa propre route, ainsi que le code couleur qui le guidera. Sauf qu’avant de s’élancer, il devra lire le texte de François Cheval, On ne devrait jamais quitter sa mère du regard, dont le titre à lui seul balisera son chemin : « Mare Mater est un tout indissociable ». MARIE GODFRIN-GUDICELLI 1 Édition et exposition au MuCEM réalisées dans le cadre d’une mission photographique de Marseille-Provence 2013 Hommage aux artisans d’art Avec Istanbul, Les derniers artisans on ne quitte plus les rives du Bosphore ni Ara Güler dont on avait apprécié le recueil de nouvelles et de photographies Arrêt sur images (Zib’67). Cette fois, « l’œil d’Istanbul » signe la préface du nouveau livre d’images de Damien Guillaume, fin connaisseur de la Turquie 1. « En regardant ces photos, j’ai l’impression d’examiner une radiographie. Et je découvre des gens, qui sont les miens, leur vie fait partie des fragments de ma vie. On dirait que ces photographies nous ont saisis à jamais. » Si Ara Güler a la sensation d’une « révélation », c’est dire si le lecteur, lui, découvre la densité du travail photographique comme celle de l’homme au travail ! Voici un hommage sans affectation à ceux qui perpétuent les traditions dans la chaleur de leur atelier ou la pénombre de leur échoppe, bien souvent réduite à « une lucarne au ras du sol, une caverne, un labyrinthe ». À ceux qui redoutent leur éviction ou leur disparition : « Le métier a changé, nous sommes les derniers, faute de clients, faute d’argent, bientôt… demain, des hôtels 5 étoiles nous chasseront aux périphéries… » Grâce à Damien Guillaume, l’incessant va-et-vient des mouvements de l’ébéniste, du ferblantier, du bourrelier, du tisserand ne tombera pas dans l’oubli, son appareil ayant su s’immiscer entre les maitres (usta) et les apprentis (kalfa) penchés sur l’établi et révéler à l’ignorant un détail, le galbe d’un objet, l’usure d’un outil. En contrepoint des clichés colorisés, le texte de Jean-Michel Belorgey trace brièvement l’histoire des images d’ateliers dans l’Empire Ottoman jusqu’aux photos « de l’ethos industriel, de la France au travail » … Et ose un parallèle entre la sensibilité du photographe « aux charmes ambigus de la déréliction » et la réapparition aujourd’hui « du goût des ruines, des inachèvements et de l’abandon ». M.G-G. 1 Damien Guillaume a publié Regards croisés, Besançon, nature intime du temps et Voyage au cœur de la Turquie avec Nedim Gürsel, et La Turquie biblique avec Sébastien de Courtois Visitons les artistes ! Le 3e volume des films Instants d’Art a été projeté à la Maison de la Région. Noble tâche de l’association Contre vents et marées que de mettre en lumière les artistes de la Région PACA, les faire connaître aux publics de proximité, mais aussi favoriser les contacts nationaux et internationaux. Alain Puech, actuel président, tient à préciser que l’association se tient à l’écart des phénomènes de mode et respecte une parité absolue… Dix femmes et dix hommes sont présentés dans ce DVD (cela met à 60 le nombre d’artistes depuis le début de l’opération) avec peintures, sculptures, dessins, gravures, volumes. Le réalisateur Jean-Michel Pérez présente sa démarche : « Chaque artiste est présenté en fonction de sa voix. La première fois je n’enregistre que du son. Ce n’est qu’après que je filme et travaille le montage. Deux minutes pour chacun, le temps d’une chanson... Un moment de rencontre précieux. » Méthode originale pour approcher au plus près de l’artiste : donner l’envie d’en savoir davantage, aiguiser notre curiosité. Chaque séquence commence par un plan fixe sur la porte de l’atelier avec le bruit de la sonnette ou les coups frappés à la porte. Et tout de suite la voix du plasticien. On aperçoit très peu son visage, on voit ses mains qui caressent les papiers ou les toiles. Les vues sur l’atelier créent une atmosphère qu’on pourrait qualifier de recueillie. Chaque séquence est ponctuée par des bruits de pas qui descendent l’escalier. CHRIS BOURGUE Mare Mater Photographies et textes de Patrick Zachmannpréface de François Cheval Actes Sud, livre-DVD, 39 euros Istanbul, Les derniers artisans Photographies de Damien Guillaume, texte de Jean-Michel Belorgey, préface de Ara Güler Empreinte Temps présent, 19,90 euros ICFill ; li ILU Instants d’Art DVD produit par Contre vents et marées et les Films de Némo 10 euros
L’art de l’immersion Il n’est pas rare de nos jours que le visiteur d’une exposition d’art contemporain, en quelque point du globe, ne soit pas invité à faire l’expérience d’une installation. Mais quelle est vraiment la nature de ce médium ? Quelle est son histoire ? En quoi se différencie-t-il pour le spectateur, comme pour l’artiste, des autres formes artistiques ? Comme on regarde un tableau, une installation se vit. Dans un langage accessible Alain Alberganti, Docteur en esthétique, ne se contente pas de faire le tour de la question. Avec la rigueur et l’érudition du spécialiste, d’un bout à l’autre son livre nous fait littéralement éprouver son sujet, plus particulièrement ce qu’il appelle l’installation immersive qu’il différencie de l’installation-sculpture. En adoptant une démarche systémique, l’auteur reprend le cours de l’histoire de l’art depuis l’époque des classiques avec la question de l’espace perspectif (par le détour de l’antique), revisite dans le détail le moment fondamental des révolutions esthétiques du XXe siècle, portées plus précisément dans le théâtre et les arts plastiques, peinture et sculpture surtout, les arts visuels ne se contentant plus de la finalité de la représentation. « Il a fallu toute la première partie du XXe siècle pour libérer l’espace plastique de l’emprise du cadre, du socle et de la scène. » Pour nombreux créateurs il s’agit de concevoir et proposer un autre rapport à l’œuvre, qui en appelle davantage au corps et à une participation du visiteur en l’immergeant dans un espace singulier. La forme installation, principalement immersive, se joue dans la porosité des divers champs artistiques, de l’art du spectacle et de l’architecture. Regardeur, visiteur, spectateur, acteur, participant... sont tout autant et variablement sollicités dans le dispositif esthétique. «... L’installation immersive n’est pas une oeuvre-objet mais une oeuvre-espace. » Si de nombreux artistes sont référencés, et certains étudiés plus avant ainsi Sarkis, J.Turrell, R.Serra, D.Buren, Y. Kusama, H-W. Müller, on aurait aimé -pour davantage ancrer le propos- élargir les références et bénéficier de reproductions afin de visualiser ces créations spécifiques, tant leur mise en vue peuvent être variées de Soto à Thomas Hirschhorn jusqu’aux dispositifs multi média interactifs. Un index des termes et concepts aurait été aussi bienvenu. Complexe, passionnant, indispensable pour comprendre finement une part désormais familière de l’art d’aujourd’hui, tant la question de l’appropriation de l’espace reste une problématique fondamentale des êtres humains. CLAUDE LORIN Le JT fabrique l’info Dans la collection L’ordre des choses Agone édite une analyse du sociologue Jérôme Berthaut, d’une rigoureuse et implacable justesse. Chercheur, maitre de conférences, spécialiste de l’ethnographie des médias, Jérôme Berthaut s’est penché sur l’émergence et l’évolution des sujets « banlieues » dans le « 20 heures » de France 2 depuis 2001. Interviews, analyse des émissions et des carrières des journalistes révèlent comment la télévision fabrique l’opinion publique par ses choix de sujets, ses habitudes transmises et les inflexions de ses lignes éditoriales. Ainsi l’émergence et l’importance croissante du faits divers, l’invention d’une spécialisation banlieue, la contamination du mode de traitement de ces sujets y compris dans la politique internationale ou le sport, la fréquence du rapport créé entre Islam, violence et banlieue, sont finement analysés. De même les rapports de connivence et de collaboration entre la police et les journalistes sont amplement démontrés, ainsi que leur influence sur le traitement de l’info, du scoop, de l’exclusivité. Le métier de journaliste, y compris dans les émissions de reportages, y apparait comme peu reluisant ! Managés par des rédactions pour qui l’efficacité ne se mesure qu’en termes d’audience, les journalistes reproduisent et accentuent des comportements caricaturaux, emploient un langage aussi stéréotypé que les concepts préfabriqués qu’ils trimballent, oubliant d’interroger ce qu’ils filment, et ne ramenant que les images qu’ils sont venus chercher. L’enquête est édifiante, précise, répétitive par endroit dans ses démonstrations appuyées, mais expliquant pas à pas comment le JT trafique le réel pour le faire entrer dans des cases et des formats qui influencent fortement l’opinion publique, et fabriquent un lieu commun plus que dangereux pour notre société : la banlieue, c’est-à-dire la périphérie des grandes villes, c’est-à-dire de Paris -le JT de 20h est fabriqué essentiellement à partir du Parisien- sont pauvres, musulmanes voire islamistes, violentes, en proie au trafic de drogue, d’armes, aux tournantes et au meurtre. Il resterait à confronter cette fabrique médiatique d’un lieu commun avec la réalité sociologique des périphéries des grandes villes : si les banlieues ne ressemblent évidemment pas à cette image fabriquée pour vendre de la peur, mesurer l’écart avec le réel reste à faire. Car les journalistes de télévision ne fabriquent pas seulement l’info, et le mal va plus loin : en décrivant des comportements délinquants à partir de leur caricature, ils induisent chez les « jeunes de banlieues » des attitudes mimétiques. C’est la fiction qui aujourd’hui invente le réel : les faits divers les plus sanglants de ces dernières années ont largement été inspirés par les reportages orientés de nos télévisions, et la violence de nos fictions. AGNÈS FRESCHEL.,r. nE LIRt s* i'anstsuateon eEpaliliderain t De l’art de l’installation, La spatialité immersive Alain Alberganti L’Harmattan, 39 euros La banlieue,, du or 20 heures) r PLiaipphir d.L. prduNlan OM Lit iMIIFJM1 w.+M1I LLI4F La banlieue du « 20 heures » Ethnographie de la production d’un lieu commun journalistique Jérôme Berthaut Agone, 23 euros 75 P L OI VL RI ET SI Q U E CULTURE L L E



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 1Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 2-3Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 4-5Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 6-7Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 8-9Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 10-11Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 12-13Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 14-15Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 16-17Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 18-19Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 20-21Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 22-23Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 24-25Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 26-27Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 28-29Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 30-31Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 32-33Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 34-35Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 36-37Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 38-39Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 40-41Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 42-43Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 44-45Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 46-47Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 48-49Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 50-51Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 52-53Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 54-55Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 56-57Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 58-59Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 60-61Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 62-63Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 64-65Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 66-67Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 68-69Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 70-71Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 72-73Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 74-75Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 76-77Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 78-79Zibeline numéro 70 janvier 2014 Page 80