Zibeline n°70 janvier 2014
Zibeline n°70 janvier 2014
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°70 de janvier 2014

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 8,5 Mo

  • Dans ce numéro : 2013... l'heure des bilans.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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70 L I V R E S Passionnément Bien que son œuvre ait été traduite en français dès la fin des années 1980, on connaît surtout Jeanette Winterson depuis l’énorme succès de son autobiographie Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? (récemment éditée en poche, coll. Points). Ce texte, une ode vibrante à la littérature, un hymne percutant à la liberté d’aimer, un pavé dans la mare bien-pensante, mérite largement cette célébrité. Couronné en 2012 du Prix Marie-Claire, il fait aujourd’hui partie de la sélection du Prix Littéraire des Lycéens et Apprentis de la région PACA et les lecteurs adolescents s’en délectent. Surfant sur la vague, l’Olivier vient de republier, dans une édition révisée, un des premiers romans de l’écrivaine britannique, paru en 1987. Excellente idée car La passion est un vrai bonheur de lecture. Située à l’époque napoléonienne, cette étrange fiction mêle habilement les genres (roman historique, Bari in London Autant commencer par la fin (Londres, première décennie du XXIe siècle) puisque les dernières lignes, on le pressent, pourraient facilement ouvrir d’autres horizons « Quand je me suis retournée vers Ali en essuyant mes larmes, lui aussi pleurait. » Que d’eau ! Que d’eau ! Roman lacrymal ce Princesse Bari ? Point du tout en regard des malheurs et calamités qui s’abattent sur l’héroïne dont le « je » exquis guide le lecteur. Naître fille, septième de la famille, en Corée du Nord dans les années 90 constitue déjà une catastrophe en soi et survivre à une telle condition relève du miracle. Hwang Sok-yong trouve avec son écriture poids plume -élégamment portée par ses traducteurs- la voie pour dire le gigantisme des forces à mobiliser pour vivre simplement une vie. L’auteur, qui a connu la prison et autres honneurs dont les pays conte fantastique, récit d’apprentissage, histoire d’amour…), les lieux (Boulogne-sur-Mer, Venise, Moscou…) et les registres (de la crudité la plus sordide à la poésie la plus émouvante), entraînant sans faiblir le lecteur à la suite des deux personnages-narrateurs principaux, Henri, un jeune soldat devenu cuisinier de Napoléon, et Villanelle, la fille d’un batelier vénitien, croupière au Casino et travestie à ses heures. Deux personnages troublants, dont les routes vont se croiser au fil de ce récit qui n’est au fond qu’une suite de variations sur le thème de la passion « quelque part entre la peur et la volupté ». Passion de la conquête, passion du jeu, passion amoureuse. Passion des histoires aussi, que la romancière égrène au fil du roman pour le plus grand plaisir du lecteur. FRED ROBERT totalitaires gratifient les gens de bien, dépose son expérience et sa culture (le chamanisme irrigue très naturellement le réalisme dans des pages oniriques parfois déconcertantes) en un personnage délicat et fort, Bari « l’abandonnée », qui lestée de son double de légende, la « princesse », accomplira la quête des migrants d’aujourd’hui en traversant fleuves et mer à fond de cargo. Des cadavres de la famine nord-coréenne aux corps pulvérisés par la prostitution ou sacrifiés au Djihad, le récit se déploie comme un conte philosophique sans l’ironie et le mordant des Lumières mais avec une tendresse tout aussi active pour l’humanité ; l’écriture en suspension semble flotter au dessus du désastre et ne s’y noie jamais. Belle consolation... MARIE-JO DHÔ Ma.x,:...` La passion Jeanette Wince r5en La passion Jeanette Winterson traduit de l’anglais par Isabelle D. Philippe L’Olivier, 20 euros Princesse Bari Hwang Sokyong Philippe Picquier, 19 euros Retour à K « Personne ne s’arrête bien longtemps à K. […] À la manière d’un auvent cachant le ciel, les collines barraient le regard. De quoi arracher un soupir. » Dès les premières lignes du huitième livre d’Eun Hee-kyung, le ton est donné. À K., il n’y a rien. Ou presque. Cette bourgade à l’aspect piteux est pourtant au centre de l’intrigue de Secrets, publié en Corée en 2005 et récompensé du prix Leesan. C’est à K. que Yeongjun et Yeonju, deux frères plutôt ennemis, ont grandi ; c’est de K. qu’ils ont dû partir lorsque l’entreprise de travaux publics de leur père a fait faillite ; c’est à K. qu’ils reviennent après la mort de celui-ci afin de s’acquitter de la mission qu’il leur a confiée : vendre la maison de leur enfance et donner le fruit de cette vente à une inconnue. Secrets porte bien son titre. S’y révèlent jusqu’à la fin non-dits et secrets de famille, tandis que ressurgissent les souvenirs du passé : celui de la Corée de leur jeunesse dans les années 1970, et plus loin de l’occupation japonaise, et plus loin encore, de la Corée ancestrale des légendes et des fêtes rituelles… Dans ce roman ample, chargé d’une poignante mélancolie, les époques se mêlent, comme s’emmêle l’écheveau des relations familiales. Et à travers l’évolution de la petite ville de K., où les centres commerciaux ont remplacé les champs et les maisons anciennes, à travers le personnage taciturne et sans attaches du fils aîné Yeonjung (devenu cinéaste à Séoul), c’est à une réflexion désenchantée sur les mutations de la Corée contemporaine que se livre la romancière. Un regard émouvant et très instructif sur un pays encore mal connu en Europe. F.R Eun Hee-kyung faisait partie des écrivains coréens invités à Aix-en-Provence au printemps 2012 Jar r : #s-. LSecrets Eun Hee-kyung traduit du coréen par Kim Young-sook et Arnauld Le Brusq Philippe Picquier, 19 euros
Miroirs déformants De l’aveu de son auteur, Arnaud Ryckner, ce livre s’est imposé à lui. Et ce n’était pas facile. Ce n’est pas un roman mais l’échange de deux voix, deux hommes qui ne se connaissaient pas. Le narrateur a reçu une lettre, « une bouteille à la mer », dans laquelle A., emprisonné, demande à rencontrer un directeur de thèse. Une longue correspondance s’ensuit. Arnaud Rykner a récrit les deux voix en gardant quelques extraits de A., mentionnés en fin de livre. L’expérience de la condamnation et de l’enfermement d’un enseignant de lycée qui a eu une pulsion de meurtre passionnel le renvoie à ses interrogations sur sa propre trajectoire. Qu’est-ce qui fait qu’à un moment tout bascule et que les murs de la prison ne s’écroulent pas, même « Pieds de poule » Les hommes aux pattes d’oiseau viennent de pongo par le pays de l’eau et c’est la catastrophe qui met fin à un ordre ancien fondé sur la solidarité, la paix forgée par la parole, l’horizon limité. Léonora Miano parle la langue du Mythe pour dire l’Histoire, celle de la traite négrière qui a décimé tout un continent portée par les affrontements tribaux et l’appât du gain des africains eux-mêmes : temps incertains après l’Amérique découverte (mais les protagonistes ne le savent pas, qui ignorent tout de l’existence d’un océan). Roman du basculement, du moment où tout chavire et laisse place au Mal, La saison de l’ombre peut s’installer ici et ailleurs dans une Afrique pré-coloniale de l’intérieur des terres, confrontée à l’avènement d’une modernité malheureuse qui prend la forme de l’esclavage. Le récit s’ouvre juste après le grand incendie et la disparition brutale, inexpliquée de douze hommes du village ; nous sommes avec celles dont les fils n’ont pas été retrouvés, groupe après la libération ? Car A. subit une double peine, il est radié de l’Éducation Nationale. On ne sait pas ce qu’il deviendra après cette sorte de mort légale. En revanche la libération marque le désengagement du narrateur qui part à la dérive quittant sans explication sa femme, son domicile, après avoir envoyé une lettre d’insulte à sa hiérarchie. La relation de ces deux hommes se passe comme en un jeu de miroirs déformants où l’image et son reflet s’échangent. Le narrateur s’évade, mais sera-t-il libéré de ses fantômes ? La belle image rayée laisse la place au vide. Et nous suivons ce récit, le souffle court. CHRIS BOURGUE tragique d’où vont se détacher trois femmes dont la quête et surtout la traversée du chaos permettent la prise de conscience de ce nouvel état du monde qu’il faudra affronter « les yeux ouverts ». Enigmatique dans ses commencements, l’histoire se met en place à tâtons, par petites touches et avance pas-à-pas, toujours au plus près de personnages magnifiques, liés par l’appartenance à la communauté ancestrale, dans une prose concise, ciselée qui pèse chaque mot et génère paradoxalement un lyrisme puissant ; le récit se fait dévoilement de tous les sens que peut endosser le mot « ombre », du cœur des ténèbres jusqu’au matin qui vient, de l’absence à la présence en donnant forme et voix de sujets à des victimes souvent confondues dans le grand spectre de l’esclavage. L’écriture épouse à la perfection en les éprouvant de l’intérieur les affects et les surprises des personnages. Le roman a obtenu le prix Fémina et c’est justice ! MARIE-JO DHO la belle image saison {iC nrnbfc PRIX FEMINA I k iwwI I La saison de l’ombre Léonora Miano Grasset, 19 euros La belle image Arnaud Ryckner Le Rouergue, 15,50 euros 71 P L OI VL RI ET SI Q U E CULTURE L L E Le Prix littéraire a 10 ans ! Depuis 2004, le Prix littéraire des lycéens et apprentis de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, réalisé par l’Agence régionale du Livre Paca, propose à 1000 jeunes adultes de la région de découvrir le monde du livre, du côté de la création et du côté de ceux qui la font vivre. Depuis sa création en 2007, Zibeline accompagne le prix, critique les BD et romans, participe aux forums régionaux. Pour fêter ces 10 années d’aventures littéraires et graphiques, nous vous proposons de retrouver dans chaque numéro de Zibeline un peu de l’histoire de ce Prix : quelques témoignages inédits, écrits ou dessinés, des auteurs qui ont participé à cette traversée et nous livrent ainsi un peu de leurs souvenirs... Retrouvez des extraits de ces témoignages sur le site et le blog dédié : blog.prixpaca.com Zibeline et l’ARL PACA Le prix PACA, c’est l’aventure - qui fait voir du pays - qui fait briller les yeux - qui fait voyager les mots… LE PRIX PACA, C'EST L'AVENTURE - QUI FAIT VOIR DU PAYS - QUI FAIT BRILLER LES YEUX - QUI FAIT VOYAGER LES MOTS... C’est le souvenir de moments partagés, de mer embrasée par la lumière du C'EST LE SOUVENIR DE MOMENTS PARTAGÉS, DE MER EMBRASÉE PAR LA LUMIÈRE DU soir, de palmiers en contre-jour sur les autoroutes où il pleut, de jeunes visages (leur enthousiasme, leurs étonnements), de gâteaux au chocolat qui font des miettes dans les salles de classe, de paroles neuves. C’est le souvenir, qui habite un coin du cœur, de petites lumières et de grandes rencontres. SOIR, DE PALMIERS EN CONTRE-JOUR SUR LES AUTOROUTES OÙ IL PLEUT, DE JEUNES VISAGES (LEUR ENTHOUSIASME, LEURS ÉTONNEMENTS), DE GÂTEAUX AU CHOCOLAT QUI FONT DES MIETTES DANS LES SALLES DE CLASSE, DE PAROLES NEUVES. C'EST LE SOUVENIR, QUI HABITE UN COIN DU CIFUR, DE PETITES LUMIÈRES ET DE GRANDES RENCONTRES. Hélène Gestern, nov 2013 (Prix littéraire Pace 2012-2013A Hélène Gestern, nov 2013 (Prix littéraire Paca 2012-2013)



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