Zibeline n°70 janvier 2014
Zibeline n°70 janvier 2014
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°70 de janvier 2014

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 8,5 Mo

  • Dans ce numéro : 2013... l'heure des bilans.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Jouons z’avec les mots 68 R E N C O N T R E S Il n’y avait pas grand monde ce matin-là au P’titM pour le quarante-huitième rendez-vous (sur cinquante) de l’année Capitale. Dommage car le Détachement International Muerto Coco vaut vraiment le déplacement. Muerto Coco, qu’es aco ? Sous cette énigmatique appellation se cachent Raphaëlle Bouvier et Maxime Potard. Tous deux formés au Théâtre des Ateliers d’Aixen-Provence, tous deux passionnés de poésie contemporaine… et bien décidés à faire partager leur passion. Pourquoi ? Parce que, écriventils, « la poésie contemporaine est une discipline ludique, actuelle, bénéfique à tous » et qu’il leur paraît indispensable de « casser les préjugés à son égard ». Comment s’y prennent-ils ? C’est tout simple : ils proposent des Lectures z’électroniques pour deux humains et quelques machins. Les humains, ce sont eux. Les machins, ce sont les micros, la pédale sampler et surtout les jouets d’enfants qui servent de base musicale et sonore à la performance. Quant aux lectures, elles sont extraites de recueils des plus grands noms de la poésie d’aujourd’hui : Jacques Rebotier, Christophe Tarkos, Emmanuel Adély, Annabelle Verhaeghe… Chaque lecture-performance dure une vingtaine de minutes, autour d’un thème Aliette Cosset choisi. Ce matin-là, c’était vingt minutes de Lectures z’animales, accompagnées des sons artificiels d’un jardin d’éveil comme on en a tous manipulé. Cris d’animaux stéréotypés, sons de la vie quotidienne, petits mots et bisous un peu gnangnan, sous cette nappe sonore que le duo répète, amplifie, module, les mots des poètes, proférés au micro, forcent le passage, offrant une vision nettement moins « bisounours » des rapports homme/animal. Il y est entre autres questions de l’extermination des espèces sauvages et de « l’après-toi de ta bête » (l’animal domestique ou comment s’en débarrasser). Et si le décalage entre les textes et les sons prête à rire, voire à s’esclaffer, il n’empêche que la réflexion fait son chemin. C’est à cela que visent ces lectures z’électroniques, à faire réfléchir, à faire agir aussi. Car au terme de ces vingt minutes joyeuses et rondement menées, qui sait si certains des auditeurs-spectateurs n’auront pas envie d’aller lire les textes qui leur ont été proposés, de découvrir par eux-mêmes un nouvel univers littéraire, et pourquoi pas de se mettre à écrire à leur tour ? C’est en tout cas ce qu’espère le duo de choc, qui propose selon le même principe des lectures politiques, sexuelles, urbaines. Et à venir en 2014 des lectures super{z}héroïques et des lectures {z} magiques. Une façon inédite, et très astucieuse, d’offrir à tous des textes de qualité. FRED ROBERT Le Détachement International Muerto Coco a présenté 3 Lectures z’électroniques le 14 décembre au Pavillon M à Marseille Renseignements sur www.muertococo.jimdo.com ou auprès de Fanny Roques au 06 89 49 26 01 Drôles de verbes Connaissez-vous les verbes « libraire » (conjugué sur le modèle de « braire ») et « lièvre de martir » (qui se conjugue comme « partir ») ? Ces deux tables de conjugaison (complètes et présentées comme dans n’importe quel manuel) décoraient pourtant il y a peu les vitrines de la librairie Le Lièvre de Mars, rappelant aux passants le bon vieux temps de l’école, du Bled et du Bescherelle, et les invitant à retrouver le mot-source noté en rouge. Ainsi, « libraire » est-il infinitif, tandis que « lièvre de mars » devient présent (indicatif ou impératif, au choix). Autre exemple, qu’appécieront les Marseillais, le verbe « aller au lit », qui donne au subjonctif présent « que j’aille au lit » (aille au lit, aïoli, vous saisissez ?) Les libraires du Lièvre aiment les mots qui jouent, qui sonnent, qui s’affichent. Pas étonnant qu’ils aient invité dans leur antre pataphysicoulipien les deux créateurs de cet étonnant Précis de conjugaisons ordinaires. David Poullard est graphiste, Guillaume Rannou comédien. Tous deux ont commencé en traquant les locutions figées du langage usuel, sur les traces de l’« infraordinaire » cher à Georges Pérec. Ils ont eu envie de réaliser une collection de ce qu’ils appellent des « locutions verbives » c’est-à-dire des « formes considérables comme verbes ». De là sont nées leurs souvent désopilantes conjugaisons. Mais, comme ils le soulignent, il s’agissait de « se poiler, mais pas seulement ». La table de conjugaison leur paraît un objet « assez joli » en soi. Et puis certains verbes ont une puissance étonnante ; en témoigne ce « j’y suis j’y rester », inspiré par les actions de RESF. Ce Précis de conjugaisons ordinaires apparaît ainsi comme une « tentative d’étirement du français figé ». Une manière drôle et poétique de tordre la langue, de la renouveler. Fort de ce premier succès, le tandem a récidivé avec les Très Précis de conjugaisons ordinaires, de courts opus thématiques. Le premier, consacré au travail, offre entre autres les conjugaisons de « flux tendre », de « ressourcer humaines » ou de « préavivre de grève », tandis que le second, inspiré par certains titres de chansons populaires célèbres, propose de conjuguer « tater Yoyo » ou « antisocial perdre son sang-froid ».On attend avec impatience le troisième, sur le temps (il est prévu pour très bientôt). Ces inédites conjugaisons sont très amusantes à lire. Et encore plus à entendre. Ce soir-là, au Lièvre de Mars, Guillaume Rannou a régalé le public de la conjugaison intégrale du verbe « ne pas me quitter ». Lecture magistrale. Effet comique garanti. FRED ROBERT David Poullard et Guillaume Rannou étaient invités au Lièvre de Mars le 13 décembre Précis de conjugaisons ordinaires l'-abate éditions Xavier Barral, 20 euros Très précis de conjugaisons ordinaires tome 1 le travail tome 2 les chansons populaires éditions Monte en l’air, 6 euros chacun Er PRÉCiS 8C - COICA MISOHS ORDINAIRES.IIY3L11YI il.uMrlrr ! UAW Fill
Ascèse et désir Une fois encore la rencontre littéraire mensuelle du MuCEM était d’une très grande qualité, et a rassemblé peu de public. Espérons qu’Erri de Luca saura faire venir des foules de lecteurs (voir p.12) ! L’œuvre d’Albert Cossery (1913-2008), pourtant, mérite qu’on s’y attarde. Pour évoquer la figure de l’auteur « égyptien de langue française » comme il aimait à se définir lui-même, son éditrice et amie Joëlle Losfeld et sa traductrice américaine Alyson Waters ont rappelé l’histoire de la réception de ses romans, reconnus en partie grâce à Henry Miller, inscrits dans l’histoire littéraire de Saint-Germain-des-Prés marquée d’existentialisme, mais parlant toujours de l’Égypte. Très éclairante sur son mode de vie, l’éditrice a permis de comprendre la singularité de cet homme qui a toujours refusé de posséder quoi que ce soit même une adresse, une carte de crédit, et de travailler, d’entrer dans le jeu social et la relation d’autorité, parce qu’il voulait être absolument libre. Puis Nathalie Richard, souveraine et modeste, a offert une lecture de Mendiant et orgueilleux impressionnante, savamment nuancée et sans effet de manche, faisant découvrir les ambiguïtés d’un roman souvent présenté comme un appel au détachement ascétique, et de fait beaucoup Albert Cossery X-D.R Albert Cossery X-D.R plus complexe que cela. Car si le « héros » Gohar, professeur de philosophie, est devenu Mendiant par choix, abandonnant toute possession matérielle et tout rapport avec l’organisation sociale, s’il entraine dans son sillage un poète puis un policier homosexuel, il est aussi un homme orgueilleux, niant ses pulsions, qui l’ont amené à tuer une prostituée par un mélange de désir refoulé, de besoin de hasch et d’argent. La prose si musicale d’Albert Cossery, le souffle de la comédienne, font entendre ce surgissement du désir et de la pulsion de meurtre, très étrangers au détachement prôné… et agissant comme chez Sartre -la racine dans La Nausée- ou Camus -le couteau dans L’Étranger- au titre d’une épiphanie qui vient contredire le chemin tracé et en révéler le mensonge. Albert Cossery, réédité régulièrement par Joëlle Losfeld, vaut vraiment d’être relu. Parce que cent ans après sa naissance on peut mesurer à quel point il est singulier : parlant lorsqu’elle n’était pas à la mode de la « Méditerranée », et ancré dans le grand courant français qui a marqué l’histoire littéraire mondiale. AGNÈS FRESCHEL Cette rencontre-lecture a eu lieu le 16 décembre au MuCEM, Marseille 69 R E N C O N T R E S Le poème comme adresse Au MuCEM, une rencontre-lecture titrée Mahmoud Darwich, Le Galiléen suivie d’une projection évoquait l’œuvre de Mahmoud Darwich Mahmoud Darwish, et la terre comme la langue de Simone Bitton Simone Bitton présentait son film, Mahmoud Darwich, et la terre comme la langue, seul documentaire sur le poète, dans la collection 100 écrivains du XXe par FR3 qu’il lui avait fallu convaincre, Darwich était « oublié » dans la liste ! On suit le poète dans son écriture - « même seul, j’ai le réflexe de cacher ce que j’écris... l’écriture a son rituel secret, je n’aime pas en montrer les étapes » -, et dans son histoire si intimement liée à la grande. Déplacé en 1948 avec sa famille, il évoque le retour impossible : son village natal est rasé par les occupants israéliens. Il « élit alors résidence dans le poème », soulignant l’homonymie entre le vers et la maison, même mot en arabe, bayt. La poésie devient résistance. La relation entre son œuvre et son parcours était évoquée avec pertinence et tendresse, par Farouk Mardam Bey, directeur de la collection Simdbad chez Actes Sud et Elias Sanbar, ambassadeur de la Palestine auprès de l’UNESCO, écrivain et traducteur de Mahmoud Darwich en langue française. Ils mirent en évidence le déchirement « entre la tentation de l’enracinement et celle de l’ailleurs », les influences poétiques, entre autres, de Ritsos et surtout Lorca, une défiance atavique de la mer, et pourtant une profonde imprégnation de la richesse culturelle méditerranéenne, dont le lyrisme épique traverse son œuvre. Trois figures émergent, récurrentes, celle du dieu Tammouz, du Christ (Galiléen comme lui), et du Phénix. « En tant que poète, je suis né une dizaine de fois, à chaque recueil de poèmes s’ouvre un nouveau monde. » La musique particulière de sa poésie affleure jusque dans la prose souligne Elias Sanbar. Dominique Devals, accompagnée de F. Tortiller et P.Lacarrière, interprétait quelques textes. Une envie : se replonger dans une poésie qui au contraire des habitudes confidentielles que nous connaissons, suscitait un immense enthousiasme populaire dans tout le monde arabe. MARYVONNE COLOMBANI a Cette rencontre a eu lieu le 19 décembre au MuCEM, Marseille BD en escale Pour leurs premières Escales en librairie de l’année, l’association Libraires Marseille fait la part belle à la bande dessinée en accueillant deux auteurs qui ont chacun fait paraître un ouvrage en 2013. Le belge Benoît Jacques est illustrateur et auteur, dont la BD La Vallée enchantée vient de paraître aux éditions Benoît Jacques Books ; il sera présent le 13 fév à 18h30 à la librairie Le Grenier d’Abondance, à Salon-de-Provence (04 90 58 36 40), et à la librairie Le Lièvre de Mars, à Marseille (04 91 81 12 95), le 14 à 19h. L’américain Derf Backderf prendra le relais quelques jours plus tard pour présenter Mon ami Dahmer (Jeffrey Dahmer, le serial killer !), paru aux éditions Çà et Là, le 17 fév à 17h30 à la librairie Book in Bar à Aix (04 42 26 60 07), et le lendemain à 18h à La Réserve à bulles, à Marseille (09 73 62 11 47). Do.M. www.librairie-paca.com



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