Zibeline n°7 mai 2008
Zibeline n°7 mai 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°7 de mai 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 72

  • Taille du fichier PDF : 10,3 Mo

  • Dans ce numéro : Aix, Miramas... les nouveaux élus parlent culture.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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62 LIVRES MAI 68 Démystifier 68 « L’histoire des hommes est la longue succession des synonymes d’un même vocable. Y contredire est un devoir. » On pourrait reprendre cette citation de René Char pour évoquer Mai 68 tant la commémoration de cet évènement est principalement proposée, dans les médias, par ceux qui ont retourné leur veste, comme un vocable du reniement ; et aussi comme un vocable de l’individualisme, alors que cette révolution a permis l’apprentissage de la démocratie, des prises de décisions en assemblée générale. Débats et rencontres La première leçon de 68 est peut-être cette « prise de parole » comme l’analysait dans son livre Michel de Certeau : « on a pris la parole comme on a pris la Bastille. » En effet la circulation de la parole a construit une topographie nouvelle, qui a forgé le lien social dans des camaraderies imprévisibles et des compartimentations brisées. Dans la mythologie de 68 on évoque souvent le défilé des héritiers devant les grilles fermées de Renault Billancourt, symbole de la coupure entre étudiants et ouvriers ; on passe alors sous silence les débats à la Sorbonne, et plus encore à l’Odéon ou se côtoyaient et palabraient des personnes de milieux forts divers ; s’ils sont évoqués, c’est la plupart du temps sous la forme ironique d’une utopie vaine et dérisoire. Or, d’après de Certeau, « ces débats surmontaient à la fois la barrière des spécialités et des milieux sociaux et changeaient les spectateurs en acteurs, le face à face en dialogue. » Mai 68 rendait légitime la parole profane. Causalité On pourra étudier de plus près ces passerelles inédites construites en Mai 68 dans le livre de référence regroupant une trentaine de spécialistes : Mai Juin 68, aux éditions de l’Atelier. Ce livre décompose le passé en catégories d’intelligibilité, en séries distinctes, et ceci afin de briser toutes les mythologies associées à mai 68, en analysant ses diverses causes. Car ces mythologies, qu’elles célèbrent ou dénoncent l’événement, partagent toutes une inconséquence méthodologique grave : elles trouvent dans la réalité historique ce qui conforte des convictions préétablies et s’ajuste aux intérêts du moment. C’est bien par ses causes que l’événement 68 est méconnu : « sa dynamique propre, ses formes, ses ressorts, ses intrigues le constituent autant que ses causes ou ses suites » comme le souligne Boris Gobille dans son introduction. Ce texte est une belle leçon d’histoire et de compréhension de l’événement : il rappelle les métamorphoses intentionnelles duTiers État en 1789, et les interactions multiples et quotidiennes, les intrigues conflictuelles qui ont pesé sur la façon dont Michel de Certeau La prise de parole eI nattes 6c ius politiquc La Prise de parole Michel de Certeau Point Essais Mai Juin 68 Mai Juin 68 Ed de l’Atelier les députés ont conçu leur rôle, s’affranchissant de leur mission initiale pour devenir révolutionnaires. Par analogie, il devient évident qu’une situation de crise comme 68 ne saurait être réduite à ses conditions sociales et historiques de possibilité. Pour comprendre l’évènement il faut orienter l’étude vers les logiques d’action dans lesquelles sont pris ceux qui le font. Topographie et culturalisme Un des écueils quant à l’écriture de l’histoire 68 est tout d’abord la topographie légendaire qui retient le quartier latin, Nanterre, la Sorbonne et Renault Billancourt : on occulte ainsi « les grèves ouvrières, mouvement social sans lendemain mémoriel » écrivent Bernard Pudal et Jean Noël Retière, alors qu’on assistait à un moment singulier de l’histoire sociale où des travailleurs s’emparèrent de façon inédite de leurs luttes. Cet effacement du 68 ouvrier a été refoulé par un patronat désireux d’occulter la mise en évidence de sa vulnérabilité, et mis sous chape par une tendance culturaliste qui limite 68 à une révolution des mœurs. L’histoire de ces hétérodoxies, de ces métissages entre mondes de l’usine, mondes étudiants et mondes de la terre, métissages plus fréquents qu’on ne le croit, n’est pas évoquée, alors que leur reconnaissance aurait pu devenir le symbole de Mai. Les véritables héritiers L’effacement de tous ces liens inédits construit une mythologie de 68 : en enfermant le rapport des militants aux mondes populaires dans des registres qui peuvent conjuguer le picaresque, le pathétique et le naïf, on débouche sur le constat d’une nonconvergence, écrit Erik Neveu. Mais la mystification principale est celle de militants enfermés dans des références idéologiques inadaptées qui, ouvrant peu à peu les yeux sur leurs utopies, se rallient graduellement aux vertus raisonnables du libéralisme. L’enquête historique et sociale menée par Neveu montre que les protagonistes de 68 ont rarement les caractéristiques sociales et trajectoires des leaders devenus « people » : il enquête, 35 ans après, auprès de personnes qui à l’époque ont rompu avec l’héritage familial bourgeois, auprès aussi de trois fils d’agriculteurs attirés par le maoïsme et sa valorisation du monde paysan, et auprès de nombreux autres anonymes. Car c’est à l’histoire et à la sociologie de révéler ces parcours-là pour enfin comprendre ce qu’était 68. Et ce qu’il nous en reste. RÉGIS VLACHOS
. ARCHIVES DÉPARTEMENTALES HISTOIRE 63 Coexistence médiévale Lampe de Hanouccah (XVIIIe siècle). Bibliothèque Inguimbertine de Carpentras, Fons Juif Un énorme cube laiteux posé au cœur d’un quartier qui se remodèle, voici les Archives départementales : proportions grandioses, ébauches de courbes se mêlant à la rectitude des droites, respiration d’un espace large, dédié à la conservation et la recherche. L’ensemble est baigné par la lumière naturelle grâce aux immenses murs de verre. Pourtant un espace plus intime, aux proportions plus réduites, s’y dissimule, dédiée aux expositions. Une lumière tamisée semble nous inviter au secret, au mystère ; la musique à peine murmurée -compilation (réalisée pour l’exposition) de différents morceaux de Moïse de Coucy, Le Grand livre des preceptes (Provence, deuxième moitié du XIVe siècle). Bibliothèque nat. de France, ms or. hébreu 375 romances judéo-espagnoles, de chants séfarades et de musique religieuse juiveest un contrepoint de la voix humaine qui perdure et accorde une âme aux objets exposés. Ces derniers sont peu nombreux, mais choisis avec discernement. Leur exposition suit un parcours précis, qui, tout en abordant les différentes facettes de la vie quotidienne et la chronologie, tente de donner la vision la plus juste possible de la vie des Juifs de Provence au Moyen-âge. Le parcours s’attache dans un premier temps à expliquer les origines du judaïsme provençal. Unique témoignage, une petite lampe à huile, dite d’Orgon, du premier siècle avant JC, sur laquelle se distingue une ménorah, chandelier à sept branches. Symbole fort, qui inaugure du cheminement dans cette histoire complexe… Cohabitation De larges panneaux fournissent les clés essentielles, des cartes, des dates autour desquelles le récit s’organise. Ainsi, 1348, date de la grande Peste Noire, marque un tournant dans l’habitat, les communautés se regroupent dans les grands centres par souci de sécurité. Les quartiers juifs aussi ont suivi une évolution particulière : si, au XIII e siècle en France la Juiverie devient un espace circonscrit et cloisonné, en Provence ces dispositions ne sont prises que vers le milieu du XIV e siècle et sans rigueur excessive, puisque des notables chrétiens y résident. L’exposition présente la vie des communautés juives, leur organisation juridique, la vie religieuse, à travers la présentation de livres de rituels de prières, manuscrits enluminés, ouvrages prêtés par la BNF, rouleaux déployés aux fragiles et délicates ornementations, exemplaires de la Torah, accompagnés de la main (le Yad) qui permet de désigner le texte sacré sans imposer de souillure au texte, objets rituels, lampes de Hanouccah… Mais c’est sans doute par la présentation de la vie familiale et professionnelle que nous disposons de la vision la plus juste de ces communautés. Nous les imaginons dans le commerce des amandes, fournissant les maîtres confiseurs d’Aix, ou exportant le corail de Sardaigne jusqu’en Chine… Les traités de médecine juifs montrent une autre facette de leurs activités. Là encore, la liaison entre les juifs et les chrétiens ne connaît pas de heurts en Provence, les médecins juifs soignent des chrétiens et réciproquement. Ainsi, un livre de comptes évoque la reconnaissance de dettes d’un prêtre chrétien à son médecin juif... Les actes notariés concernant les mariages, les testaments, constituent des sources fiables pour rendre compte de la vie de ces communautés. Le commentaire pertinent s’appuie sur ces témoignages pour faire vivre des personnages : ainsi celui qui fit procès pour une dot jugée insuffisante, ou la restitution du trousseau de Mayrone morte trop tôt, ou le testament de Boniaqua Salamias qui lègue sa fortune non seulement à sa famille mais à de nombreuses œuvres caritatives… Le cadre de datation chrétienne est mêlé à celui de la datation juive et les vocables hébraïques sont retranscrits par le scribe chrétien… L’énumération des livres lors de testaments ou d’inventaires après décès donnent aussi une idée de la vaste culture de certains personnages. N’oublions pas que tout lettré au Moyen âge possédait les quatre langues, latin, grec, hébreux, arabe… L’entente entre les communautés juive et chrétienne perdure en Provence bien plus qu’en France : le roi René s’institue protecteur des Juifs, le comté de Provence est terre d’accueil. Expulsions La dernière partie de l’exposition présente l’évolution des statuts et montre comment de la tranquille cohabitation, on est passé aux persécutions et à l’expulsion. Là encore, ce sont des actes notariés qui apportent les informations : les notaires en marge de leurs minutes notaient les évènements marquants ; ainsi, les émeutes de Manosque et d’Aix (1424-1430). Ce sont aussi les listes de convertis, moyennant finances, les listes de départ vers la Sardaigne… Ces listes ne sont pas sans écho, récents ou actuels : les Marseillais, chrétiens et juifs, s’inquiétaient des Juifs étrangers qui arrivaient en trop grand nombre du Languedoc… MARYVONNE COLOMBANI Juifs de Provence au Moyen-Age Jusqu’au 14 juin Archives départementales Gaston Defferre Bible hébraïque (originaire de Castille, XIVe siècle). BMVR de Marseille - L'Amcazar, ms 1626,t.1 al,4v'D,njpv ; inznp viswr,}'112'`f d { +. c t E ti [. P..'Ô f : n ;' ; n. Ar.y âi d r rLixt,uc,uu cu.4JL.:a:rc. : 1` ry Yi i ! Au Programme : Visite guidée tous les samedis à 15 heures Conférences le mardi à 18h30 Croyances minoritaires en Provence du Moyen Age au XX e siècle Le 29 avril : Hérésies et répression en Provence : des vaudois aux protestants Le 13 mai : la franc-maçonnerie à Marseille au temps des Lumières Le 27 mai : libre Pensée et religion en France du XIX e siècle à nos jours Le 10 juin : les figures de l’Islam marseillais au XX e siècle 04 91 08 61 00 www.archives13.fr



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