Zibeline n°7 mai 2008
Zibeline n°7 mai 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°7 de mai 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 72

  • Taille du fichier PDF : 10,3 Mo

  • Dans ce numéro : Aix, Miramas... les nouveaux élus parlent culture.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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60 PHILOSOPHIE Il faut tout d’abord reconnaître que le verbe résister n’est pas par essence philosophique, qu’il appartient avant tout au champ historique de contestation de l’occupation d’un territoire, et au champ social de contestation des régressions qui prennent le doux nom de réforme. Il n’est donc pas philosophique ; mais par un anachronisme assumé, voire contresens philosophique, nous pouvons le faire remonter aux premières pensées politiques qui ont tenté de penser les rapports humains autrement que sur le plan de la nature. Du monde au sujet Ceci est une brève tentative pour penser la résistance sur le plan macro philosophique de la liberté, puisqu’on la saisit au niveau politique c’est-à-dire des rapports collectifs. Mais une autre approche micro philosophique est nécessaire sur le plan du sujet : résister, est-ce prouver concrètement sa liberté ? Et toute liberté n’est-elle pas le fruit d’un désir de changement ? La liberté peutelle faire l’économie d’une pensée de la rupture ? « Faire ce que je veux » serait une réponse à ce qu’est la liberté ; on répondrait franchement qu’il n’est point Écho de 68 : pourquoi résister ou une initiation philosophique à la liberté Léviathan de Hobbes Du Contrat Social de Rousseau DU CONTRAT sOcJA L ou PRINCIPES DU DROIT POLIT IQUB. Po T.J-YevrAllorL.. h Grd..rt rolts. C3ta T14it-AiKe1F TIMC-AiKYIL ki. w=./DGC. Fait De Hobbes à Rousseau En bref, quand on a commencé à se dire que la manière dont les hommes vivaient n’était pas forcément naturelle, n’allait pas de soi, mais devait trouver un ancrage rationnel. Ce fut donc les théories du contrat social, dont Hobbes fut l’éminent représentant et inspirateur, en montrant par exemple que l’idée de chef n’était pas naturelle ; elle est le fruit d’une décision logique -implicite et hypothétique– des hommes pour sortir de ce misérable état de guerre qu’était l’état de nature dans lequel, pour simplifier encore, « l’homme est un loup pour l’homme. » La dénaturation était dès lors possible, mais pas la résistance à l’ordre ainsi établi puisqu’il faut soit admettre l’autorité toute puissante qu’est l’État, le Léviathan, soit accepter la guerre de tous contre tous. On sait qu’on doit à Rousseau de s’appuyer sur l’immense entreprise de Hobbes pour la prolonger : l’homme n’est pas violent ou méchant par nature, cette violence est déjà un effet des rapports sociaux par l’intermédiaire de la propriété : rien ne justifie alors l’ordre existant qui est celui de la domination d’une minorité. Rousseau, qui est l’ancêtre de toutes les tentatives d’émancipation et de résistance, résonne doublement aujourd’hui. Il n’est pas naturel qu’il y ait des riches et des pauvres puisque la propriété n’est pas naturelle ; il est donc permis de concevoir un ordre du monde, ou du moins un ordre social, qui penserait autrement la richesse et sa répartition ; n’est-ce pas par excellence le fonds commun de toutes les résistances contemporaines ? besoin de s’opposer. tre libre, c’est assumer l’infinité des possibles. J’ai des choix, je dois agir ! Mais cette pensée simpliste du libre-arbitre laisse l’homme seul et ignorant face à ses choix ; le sujet atomisé, isolé, n’a donc pas les moyens de connaître le monde qui l’entoure, ce à quoi il faut résister. En contrepartie de cette ignorance dans laquelle il est maintenu métaphysiquement et politiquement, lui est octroyé une liberté bien formelle : choix de consommer, choix des candidats aux élections… Si être libre c’est résister, il faut redéfinir la liberté comme l’a fait Spinoza : dans sa destruction du libre-arbitre ; si être libre c’est faire quelque chose sans y être contraint, c’est-à-dire sans qu’une cause ait déterminé l’action, nous ne sommes jamais libres : aucune action dans la nature, et l’homme fait partie de la nature, ne se produit sans cause. Le libre arbitre est une illusion qui amoindrit les capacités de l’homme, puisqu’il est tenu dans l’ignorance des contraintes qui pèsent sur lui. Résister consiste alors à élargir réellement le champ pratique de la liberté en l’extrayant de sa restriction dans le libre-arbitre ; c’est en fait connaître les déterminants qui pèsent sur soi pour mieux les combattre, les affronter. Résister c’est créer, et choisir c’est subir. Conscience et liberté Mais si ce sont des causes qui déterminent nos actions, comment se fait-il que la causalité ne soit plus suffisante aujourd’hui pour que les individus contestent l’ordre établi, alors que les causes ont été
61 suffisantes en Mai 68 ? En bref, n’y a-t-il pas plus de raisons de résister aujourd’hui qu’hier ? Certes la réponse n’est pas que philosophique et il faut sur ce point l’analyser sociologiquement sur le plan de la « crise du consentement et des ruptures d’allégeance » comme l’analyse Boris Godille dans Mai Juin 68 aux éditions de L’Atelier. Cependant, la réponse n’en intéresse pas moins une nouvelle redéfinition de la liberté qui arrache l’homme de la nature -donc non soumis à des causespour le resituer comme pure conscience, c’est à dire comme projet. C’est la subtile analyse de Sartre dans L’être et le néant : l’homme est avant tout conscience et liberté, et être conscient, ou être libre, c’est se projeter. Ce qui signifie que pour qu’une situation devienne insupportable, et que nous décidions de résister, les causes ne suffisent pas puisqu’elles n’existent pas : elles n’existent que dans la projection du sujet pensant dans un autre état de choses qui lui fait réaliser sa situation comme insupportable ; et dans le même mouvement trouver les causes comme mobile de l’action. Je me projette dans une situation où je ne souffre pas, donc je réalise que je souffre, et je trouve par là-même les causes de ma souffrance ; ou alors vouloir tuer son chien et donc l’accuser de la rage : le projet est premier, les causes secondes. Ce que signifie l’expression « se trouver des raisons. » Sociétés sans projet Cette analyse permet de comprendre qu’aujourd’hui ce ne sont pas les causes motrices de la résistance qui sont insuffisantes, mais bien les projets d’une société meilleure qui sont absentes de l’imaginaire collectif. Les constructions politiques se soumettent à la naturalité de notre monde tel qu’il va. On ne saurait être vraiment humain sans penser, à savoir sans dépasser l’ordre existant, afin de construire les causes qui nous donnent vraiment envie de résister, c’est-à-dire d’être libre, concrètement. RÉGIS VLACHOS L’Éthique Spinoza, Folio essai Pur bijou Voilà un livre déjà sorti en novembre 2006, un petit bijou de littérature. Certes on pourra s’attarder sur le fond : des électeurs d’une capitale votent blanc à 83% ; stupeur du pouvoir, en décalage complet avec le sens de cet acte civique massif, et incompréhensible. Il y a là une véritable critique de nos démocraties formelles : dans la lucidité, le peuple a mal voté, et on va le punir. Cela rappelle, indéniablement, le vote de 2005 en France au sujet de la Constitution européenne, vote qui fut l’objet d’un rare débat démocratique populaire… Mais il ne faudrait cependant pas exagérer la portée politique de ce livre : c’est un roman et ce qui en fait un bijou est son style, l’intelligence des digressions ; le style Saramago c’est l’ambiguïté si plaisante, et merveilleuse à la lecture, de la ponctuation, des styles directs et indirects, des conditionnels et des futurs… on se rend compte peu à peu que le héros imaginait, que ce n’était pas l’autre qui parlait mais lui-même qui changeait de perspective. C’est étonnant, bien vu et surtout fascinant. Et puisque ce livre pratique l’ironie quant à nos démocraties, on est souvent pris de fous rires face aux interventions de l’auteur dans son roman -les mises en abyme on dit-, par ce qu’il fait dire et penser à ses personnages, par ses expressions et associations d’idées, d’une hilarante inventivité. Pur bijou littéraire, on vous disait. R.V. it La lucidité La Lucidité José Samarago Point Seuil 7,50 euros À quoi bon croire ? Le projet de ce livre est de montrer en quoi la vérité ouvre des brèches possibles à la croyance ; mais on s’aperçoit bien vite que ces brèches n’ont en fait pas à être comblées et qu’il faut « souffrir de la faim de l’âme par amour de la vérité » Or nous voilà déjà dans une première foi, celle en la Vérité ! Bouveresse assume totalement cette croyance, à condition de rappeler que toutes les convictions ne se valent pas, même si elles présentent le même aspect formel et relèvent d’un désir d’assentiment : qu’est-ce qui rend supérieure la croyance aux électrons à la croyance aux anges ? La foi en la science. Mais cette croyance comporte une différence de taille avec celle en dieu : elle ne présuppose pas l’adhésion en chaînes à des absolus quelconques. Car ce livre est en fait un geste de colère contre les philosophes, Debray en tête, qui s’ingénient à rehausser le besoin du spirituel pour présenter comme une religion la laïcité, susceptible des mêmes abus. Ce n’est rien de moins qu’un combat contre l’esprit des Lumières, qui est dans l’air du temps. Pour des raisons politiques certes, mais par une logique propre à l’évolution des rapports entre Vérité et Science. En effet cette dernière rétrécit progressivement son univers intellectuel, abandonnant, heureusement, toute prétention face aux questions métaphysiques et théologiques ; et puis, chaque avancée dans la science, rappelait Russel, nous amène à en savoir moins que nous ne croyions savoir. Même si nous parcourons avec allégresse ce livre de combat, aux références multiples, on ne peut que conclure classiquement avec Freud que « l’ignorance est l’ignorance, aucun droit de croire ne peut en être déduit ». Ce livre est en fait le développement de cette sentence salutaire. Peut-on ne pas Emits ? Sur Sr WM4 la avow b&fi _-'now MK Peut-on ne pas croire Sur la vérité, la croyance et la foi Jacques Bouveresse Agone 24 euros



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