Zibeline n°7 mai 2008
Zibeline n°7 mai 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°7 de mai 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 72

  • Taille du fichier PDF : 10,3 Mo

  • Dans ce numéro : Aix, Miramas... les nouveaux élus parlent culture.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 54 - 55  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
54 55
54 LIVRES BD Autobiographique Autrefois, la fille a violemment désiré la mort de son père. Autrefois, le père s’est montré violent envers sa femme, ses enfants et il les a quittés. Aujourd’hui, le père et la fille se sont retrouvés et travaillent ensemble. De leur collaboration est né, entre autres, ce roman graphique qui retrace leur parcours vers La réconciliation. Tous deux ont écrit les textes, mais c’est Théa, la fille, qui a dessiné, dans un beau camaïeu de gris, cette BD où il est question bien sûr de la réconciliation d’une fille avec son père, mais aussi de celle de cette fille avec elle-même et avec le monde qui l’entoure. Sept chapitres structurent ce voyage long et douloureux vers l’acceptation de soi et des autres, sept étapes obligées d’une thérapie, dont elle sort apaisée. Une narration qui va de l’individuel à l’universel, de l’examen de soi à la leçon de vie, et qui se met en scène au sein de la fiction, c’est ce que l’on trouve ici, comme dans tout bon récit autobiographique. Cette maîtrise narrative se La Réconciliation Théa et Charles Rojzman éd. J.C. Lattès, 14,90 euros double d’un grand talent graphique. Le trait, expressionniste, révèle les pensées les plus secrètes, les fantasmes, laisse leur place aux rêves et aux bribes du passé. Un habile jeu de disproportions au sein des vignettes et de variations des dimensions et des cadrages sur les pages offre de la réalité un prisme déformant. Une représentation visuelle très pertinente de la subjectivité à fleur de peau de la narratrice-dessinatrice. Autobiographie toujours… où les mots souvent épousent les contours de l’image, comme pour mieux l’accompagner. L’album, d’une grande intelligence et d’une créativité plastique évidente, semble porté par la force de conviction et d’espoir de ses deux auteurs. C’est d’ailleurs ce qui peut agacer, cette volonté affichée de porter la bonne parole à ceux qui sont restés dans le noir, de faire, mine de rien, la leçon. L’entreprise n’aurait sans doute rien perdu à se parer d’un peu d’autodérision. FRED ROBERT Au détour du conte Jeune, marseillaise, à la fois dessinatrice et scénariste, Lisa Mandel est déjà bien connue des lecteurs préados et ados, qui se délectent de sa chronique familiale déjantée, Nini patalo. Elle termine d’ailleurs actuellement le cinquième tome de cette série, avis aux amateurs. Son nouvel opus devrait, s’il en était besoin, lui assurer la reconnaissance de la profession et des lecteurs adultes ; en effet, Princesse aime Princesse est édité chez Gallimard au sein de la très intéressante collection Bayou que dirige, excusez du peu, YoannSfar, le brillant créateur du Chat du Rabbin. Ce roman graphique aux tons acidulés, dans une dominante de fuschia, orange et aubergine, revisite avec bonheur le conte merveilleux, et en particulier le thème de la princesse endormie et séquestrée dans la plus haute tour du château. La princesse, c’est Végétaline de Brillance, qu’on dit malade pour mieux la tenir enfermée. La sorcière qui la retient prisonnière, c’est sa mère, une richissime industrielle avide de toutepuissance, sur sa fille comme sur tout ce qui l’entoure. Quant au prince charmant, c’est… une princesse, Codette, jeune rousse rondelette au grand cœur et à la détermination sans faille. Une première rencontre de hasard, un baiser de conte de fées, et c’est l’Amour. Codette n’aura alors de cesse de délivrer sa bien-aimée, aidée dans sa quête par une équipe de Biomen loufoques et par son arme magique, un téléphone cellulaire aux fonctionnalités inouïes. Au terme d’une course-poursuite échevelée dans la tour infernale et d’un duel au sommet, tout finira bien, évidemment. C’est un conte, n’est-ce pas ? Fraîcheur du dessin, caractère enfantin de l’écriture cursive dans les bulles, arcen-ciel des couleurs, tout est pourtant loin d’être rose dans cet univers. Lisa Mandel a pris le parti de la légèreté, de la poésie et de l’humour, pour aborder des sujets graves. Princesse aime princesse parle des premiers émois, de l’homosexualité, de la nécessaire et difficile conquête de l’autonomie par les adolescents ; cet album évoque aussi l’exil, les deuils, les délicates relations entre parents et enfants. D’un trait dynamique et ingénu, vif et délicat… comme le sont les jeunes héroïnes de l’histoire. F.R. Princesse aime Princesse Lisa Mandel éd. Gallimard, Bayou, 16,50 euros À découvrir également la série Nini patalo éd. Glénat, 9,40 euros Vogue le spleen Ils ne sont pas très en forme les personnages de ce récit, et pourtant deviennent vite attachants. Vincent, la trentaine, balade son mal de vivre entre son salon de coiffure hérité de son père et son intention, sans cesse repoussée, de couper le cordon ombilical avec sa mère qui habite l’étage au-dessus ; sa mère, justement, qui ne sort plus et manipule son entourage -à commencer par son fils- à l’aide d’un petit théâtre empli de marionnettes qui lui servent à expier ses fantasmes. Il y a aussi le cousin, créateur de figurines érotiques et amateur de belles femmes ; et Rosalie Blum, épicière de son état, que Vincent croise un jour et qu’une impression de déjà-vu va bouleverser, créant une obsession croissante et perturbatrice. Premier volume d’une trilogie dont le deuxième tome est annoncé en mai, Rosalie Blum est l’œuvre d’une jeune illustratrice, auteur de livre pour la jeunesse, qui parvient avec ses dessins non cadrés mais fourmillant de détails (elle dessine d’ailleurs tout à cette échelle), des couleurs vives et une écriture manuscrite, à nous embarquer dans son histoire pleine de promesses. SARA LYNCH Rosalie Blum 1. Une impression de déjà-vu Camille Jourdy Actes Sud BD, 18 euros
55 Impitoyable Dans sa préface au livre 1 de la trilogie Sans pitié, intitulé Mistral noir, Didier Daeninckx écrit : « …ce n’est pas un hasard, mais un signe, si la planche d’ouverture montre un tueur au repos lisant Deuil dans le coton de Jim Thompson, un des auteurs les plus désespérés de la Série Noire. » Ce premier volume se termine sur une planche quasi semblable. Tout l’album est ainsi pris dans une gangue de noirceur et de violence, dont le déluge qui noie Marseille au début de l’histoire est une autre métaphore. Abondance de scènes de nuit ou d’obscurité pour une intrigue complexe. Trafic de drogue et contrôle du marché par les caïds locaux, flics véreux et indics, jeunes paumés pris malgré eux dans la tourmente d’intérêts qui les dépassent, ou manipulés par des truands bien plus forts qu’eux, on retrouve dans le scénario de Bruno Pradelle et de Pascal Génot les ingrédients habituels du polar, et ses inévitables interrogations. Qui est ce tueur sans pitié ? Un mercenaire ? Un justicier ? Que deviendront les deux jeunes amoureux Nawel et Manu ? Et Axelle ? Et son frère Frak ? Le premier livre s’achève sur un coup de théâtre, qui donne envie de lire les autres. Une écriture elliptique et un montage rythmé donnent à cette BD des allures de film noir. On apprécie aussi la précision du dessin et la beauté de Marseille sublimée par des plans plongeants ou panoramiques, par une utilisation subtile des couleurs. Les échappées en plein soleil font entrer l’air et la mer dans ces pages obscures. Les aléas de l’intrigue révèlent la ville et ses quartiers, que le dessinateur Olivier Thomas aime et connaît bien. Et si l’on se perd un peu dans les méandres de cette sombre histoire, on se promène avec plaisir sur les quais, sur les terrasses et dans les escaliers, dans les rues et sur les rochers. Un peu d’air avant la suite, qu’on imagine sans peine tout aussi noire… F.R. Mistral noir Premier volume de la trilogie Sans pitié Génot, Pradelle et Thomas éd. Emmanuel Proust, 12,60 euros Blessures de sortie Chauffeur de taxi à Tel-Aviv, Kobi Franco laisse aller sa vie, entre son oncle et sa tante qui veillent sur lui et réciproquement, une sœur qui vit à New York et un père quelque part dont il n’a plus de nouvelles. Un jour, Nomi, une jeune femme militaire surnommée « la girafe » du fait de sa taille, le contacte et lui explique que son père pourrait être la victime non reconnue d’un attentat récent, celui de Hadera, le restoroute. La réaction de Kobi est à la mesure de son détachement par rapport à l’absence de son père, un détachement apparent qui laisse Nomi seule avec ses questions. Mais le doute va s’installer, et propulser les deux protagonistes dans une enquête passionnante, une quête personnelle dont l’issue n’est pas forcément celle que sous-tend l’histoire. Au-delà du côté actualité et reportage sur un pays en conflit, Exit Wounds s’arrête surtout sur les rapports amoureux, improbables, et humains, plus généralement. Ce roman graphique, d’allure classique, bénéficie d’un travail remarquable sur la couleur, les différentes palettes illustrant un moment particulier, « coupant » par le changement de teintes le fil du récit. Le côté minimaliste des dessins peut cependant déconcerter le lecteur et le faire décrocher. Mais dans un pays où les éditeurs de BD sont inexistants et les magasins très rares, Exit Wounds est un document indispensable. À noter que la BD a obtenu cette année le Prix France Info de la Bande Dessinée d’actualité et de reportage, et a été primée au festival international de la Bande Dessinée d’Angoulême, dans la section des Essentiels. S.L. Exit wounds Rutu Modan, traduit de l’hébreu par Rosie Pinhas-Delpuech Actes Sud BD, 20 euros Bagout et des couleurs Il a du bagout Nadir, il est cultivé et aime son métier, et la nuit, dans son taxi, il se réapproprie Paris. Et refait le monde. Romain Multier et Gilles Tévessin l’ont vraiment rencontré, en 1991, le premier l’écoutant avec attention distiller ses histoires, le second n’en perdant pas une miette par la fenêtre. Ce n’est pas un reportage, plutôt une succession de morceaux choisis, d’anecdotes, drôles ou pas, qui, dans leur ensemble, donnent une vision rafraîchissante d’un métier et d’une vie souvent dénigrés. Les images de Gilles Tévessin se jouent de la nuit trop sombre, donnant profondeur et relief aux personnages et décors grâce à un travail à la gouache et au crayon qui n’est pas sans rappeler certains dessins de Voutch. Et lorsque de pleines pages nous aguichent, l’œil se délecte de mille petits détails réjouissants. Dans sa préface, Emmanuel Guibert écrit qu’« en parlant [les personnes à bagout] font une œuvre ». C’en est un beau rendu. S.L. Un taxi nommé Nadir Romain Multier – Gilles Tévessin Préface d’Emmanuel Guibert Actes Sud BD, 22 euros T.. ml. l 1 l AH I, A1u1É NADIR



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :