Zibeline n°7 mai 2008
Zibeline n°7 mai 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°7 de mai 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 72

  • Taille du fichier PDF : 10,3 Mo

  • Dans ce numéro : Aix, Miramas... les nouveaux élus parlent culture.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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12 THÉÂTRE GYMNASE CRIÉE Les corps à l’œuvre Luc Bondy a présenté au Gymnase un Marivaux épatant… Luc Bondy David Baltzer/ZENIT Marivaux est surtout délicieux par sa langue ; la finesse de ses analyses psychologique, sociologique, philosophique aussi, transparaissent à travers les échanges verbaux, et souvent à l’insu des personnages, comme des surgissements d’inconscient. Ainsi dans La Seconde Surprise de l’amour le philosophe est-il discrédité par son langage amphigourique (tout autant que par son attitude vénale), le comte par sa syntaxe surannée, tandis que les serviteurs, malgré quelques tournures grossières, sontsauvés par leur franc-parler… Quant aux personnages principaux, modernes dans leurs références comme dans leurs tournures, ils emploient cependant le langage comme un masque de leurs sentiments… Ainsi, souvent, l’intelligence d’une mise en scène de Marivaux, ou de tout théâtre de langue, consiste essentiellement à comprendre les finesses du texte, et à diriger les comédiens pour qu’ils les fassent entendre… Luc Bondy les fait voir dans les corps : rarement un Marivaux a été aussi visuel. Le serviteur fait le fier-à-bras à vélo, la veuve se mouche, s’emberlificote, la servante est une pile électrique au rire et à l’énergie naturelle, et le chevalier… est extraordinaire. Il faut dire que Micha Lescot est un comédien peu commun : immense par la taille, il est habillé d’un costume trop court, étriqué, qui l’engonce et dont il joue avec une maladresse hilarante. Il suffit qu’il penche la tête, qu’il entre le bout du pied en dedans, et toute la timidité, le malaise amoureux, la honte de s’y laisser prendre, éclatent à nos yeux. Le traitement de l’espace est, quant à lui, symbolique de l’évolution de l’ordre social : les serviteurs sont en bas, les maîtres sur une scène rehaussée, et leurs deux maisons se rapprochent jusqu’à s’épouser, s’imbriquer ; quant au philosophe il passe de l’espace des serviteurs à celui des maîtres, jusqu’à être expulsé de la scène, dans le parterre… Le Happy End prend donc un goût particulièrement amer. Car ce n’est pas la vérité du cœur qui l’emporterait sur des préjugés ou des promesses inconséquentes : si les amoureux se sont débarrassés de leurs masques langagiers, ils n’ont obéi qu’à leur désir inconscient, à leurs corps. Seront-ils heureux ? AGNÈS FRESCHEL La Seconde surprise de l’amour a été jouée au Gymnase du 31 mars au 5 avril À venir au Gymnase La Cantatrice Chauve Eugène Ionesco mes Daniel Benoin jusqu’au 29 avril La première pièce de Ionesco : cette parodie de théâtre bourgeois naturaliste dit tout l’étonnement de l’auteur devant l’absurdité des conversations, et les fonctions référentielle et phatique du langage. Aujourd’hui les dialogues des sitcoms sonnent parfois aussi pauvrement que ceux de ce couple qui ne se reconnaît pas. Mais les dialoguistes ne font pas exprès ! Débats 74-81 : Giscard et Mitterrand Jacques Weber a eu une drôle d’idée : faire de dialogues véritables, qui ont eu lieu, un spectacle de théâtre. Il faut dire que les débats entre les deux hommes étaient presque de la fiction, tant ils furent mis en scène. Mais incarner Mitterrand et Giscard, même quand on est Jean-François Balmer ou Jacques Weber, est une drôle de gageure… Que nous apprennent ces débats aujourd’hui, à l’heure où toute pensée politique semble pétrifiée, et où tout débat paraît misérable ? du 13 au 17 mai Confidences trop intimes (voir page16) du 23 au 31 mai Théâtre du Gymnase 0 820 000 422 www.lestheatres.net Petit manuel pratique de O v communisme de dialectique historique, et de distanciation brechtienne On en avait presque oublié que Brecht était un théoricien. Qu’il défendait un théâtre épique, propre à soulever les foules et à convertir le spectateur en s’adressant à son intelligence, en lui permettant de comprendre l’économie du monde, et le marxisme. Le retour en force de Brecht sur nos scènes s’accompagne rarement de tout son attirail théorique (pancartes, songs, adresses explicatives au public, refus de l’identification, mise à distance de l’émotion, analogies ironiques avec les mythes chrétiens…) : il faut dire que le texte brechtien est souvent plus émouvant que ne le laissent entendre ses écrits théoriques… et qu’il semble aujourd’hui un peu absurde de vouloir convaincre en refusant l’émotion que suscite l’identification. Jean-Louis Benoit, avec La Mère, a choisi la plus édifiante des pièces de Brecht. Écrite d’après Gorki, romancier bolchevique officiel jusqu’à son assassinat du temps de (par ?) Staline. Le metteur en scène monte la pièce avec une fidélité absolue à la doxa brechtienne : cela tient presque de la reconstitution, avec les songs d’Eisler en allemand, un chœur de jeunes comédiens (remarquables) qui chantent (remarquablement), les noms des lieux marqués à la craie et la description objective, tableau par tableau, de l’éveil d’une conscience révolutionnaire, jusqu’en 1917. Et le résultat est édifiant. Il prouve que non seulement Brecht était un dramaturge génial, mais aussi que ses théories étaient en adéquation avec son propos politique. La Mère donne envie de lutter contre l’aliénation, éveille la conscience de classe, dynamite la religion, interdit l’ignorance, fustige la soumission. Et, en plus, le spectacle étant réglé au millimètre, procure un vrai plaisir esthétique… La Mère a été jouée à la Criée du 13 au 30 mars À venir à la Criée Le Nom sur le bout de la langue Pascal Quignard mes Marie Vialle jusqu’au 26 avril 04 91 54 70 54 www.theatre-lacriee.com Le Nom sur le bout de la langue Thierry Chassepoux
Douce France Cher pays de mon errance Les déplacés X-D.R Nacer Belhaoues a mis en scène avec beaucoup de sensibilité et de compassion une histoire particulièrement douloureuse écrite par Xavier Durringer. Celle d’une femme, mais aussi d’un voisin, d’un copain de classe, de l’épicier du coin… venus il y a bien longtemps dans ce pays dont ils ont tant espéré qu’il serait leur terre d’accueil. Arabe, marocain, musulman, berbère, tunisien, touareg, palestinien, kabyle, chrétien, algérien… Qui sont-ils ? « On n’y comprend rien ! » D’ailleurs, leur migration c’est une histoire dont il ne faut pas se souvenir, une histoire indigne des livres d’Histoire et des programmes scolaires. Dans un décor épuré, à l’image de la solitude et de la décrépitude, des personnages très convaincants (et franchement marqués par nos stéréotypes) parlent de leur quotidien, de leur espoir vaincu, de leur errance. Mais ils se remémorent aussi les faits, les paroles, les expressions odieuses qu’on leur a adressées. Tout ce qui est raconté est d’une cruelle proximité. Bien que le sujet soit pesant, dérangeant, militant, le spectacle reste divertissant (mais surtout pas léger !), parce qu’il est parsemé de pointes d’humour absolument irrésistibles agissant là comme des respirations nécessaires. Mais ces interludes burlesques et grinçants n’ont d’autre objectif que de faciliter une prise de conscience, sûre et en douceur. Pour que chacun se souvienne ! À vocation « Urbaine », la cie Organik2 se propose d’être l’interface, le lien social entre les femmes et les hommes, en prise directe avec l’actualité et la réalité d’un quotidien anxiogène. Un pari réussi à en juger d’après le succès de la pièce. CLARISSE GUICHARD Les Déplacés par le Théâtre Urbain, Organik2, a été joué les 3 et 4 avril 2008 au Daki Ling D À venir au Daki Ling Britannicus Racine Cie Alzahr mes Jeanne Poitevin les 30 avril et 1er mai Tendance clown (voir page 22) 04 91 33 45 14 www.dakiling.com 13 Traverser la mer La Cie l’Orpheline est une épine dans le pied est arrivée au terme de sa création. Une étape de travail, déjà fort accomplie, avait été montrée au public en novembre (voir Zibeline 2) : il s’agissait d’une exposition théâtrale, dans laquelle on déambulait comme dans un espace muséal, entre des cabas à carreaux, ces grands sacs colorés que les immigrés bourrent de présents pour leur proches, lorsqu’ils partent passer leurs vacances en Algérie. Car Oui ou non avons-nous traversé la mer est un spectacle documentaire, fondé sur des vidéos, des récits, des témoignages, des questions simples posées à des immigrés attendant le ferry, des textes complexes sur l’identité et l’intégration, des choses intimes mêlées à des choses publiques, des faits, des émotions, des fictions… Le tout formant une mosaïque qui questionne intelligemment un problème sociologique, mais aussi la forme théâtrale… AGNÈS FRESCHEL Oui ou non avons-nous traversé la mer Écriture et mise en scène Julie Kretzschmar et Guillaume Quiquerez Du 13 au 15 mai Les Bancs Publics 04 91 64 60 00 http://lesbancspublics.com X-D.R D Comédie philosophique C’est dans une atmosphère chaleureuse qu’a été accueillie la première pièce de Michel Dossetto, le 4 avril, au Théâtre de la Criée. Une création parrainée par la toute nouvelle Fondation Didier Parakian Devant un parterre garni d’éminentes statures ayant joué les têtes de listes aux récentes municipales phocéennes, le styliste Didier Parakian a annoncé son programme de soutien aux créateurs locaux, ainsi que la représentation théâtrale du jour : Le parallélisme des formes de Michel Dossetto. L’auteur, un avocat marseillais doté d’une belle plume et de réels talents de dramaturge, a imaginé une comédie philosophique narrant la remise en question intérieure d’un chef d’entreprise (Philippe Levy), archétype de l’homme moderne débordé, sportif en pleine réussite sociale… Un revirement provoqué par l’irruption fantastique, à son domicile, de son propre double (Fabrice Letertre Hamelin), alter ego égaré d’un temps parallèle ! Au fil d’un dialogue initiatique et didactique, les certitudes fondent et l’homme prend conscience de la vacuité de son existence… Aux sentences de l’intrus sur « l’Idée de Dieu », la nécessité d’acquérir une conscience personnelle ou « la mémoire des générations passées », le héros répondra, au final, pitoyablement abandonné par son dernier ami, par un appel expiatoire à la femme aimante (Claire Deffilippi) qu’il ne voyait pas… Au-delà d’un ancrage contemporain, de questionnements sur le déterminisme ou la liberté de l’individu face à son destin, la pièce prend la forme séduisante d’un dialogue philosophique hérité des Lumières, le tout mâtiné du thème romantique du double. L’auteur ménage une progression dramatique captivante, un élan émotionnel soutenu par l’habile mise en scène de Jean- Marc De Cesare (Théâtre du Millénaire) et les décors épurés de René Bonnal. JACQUES FRESCHEL Le parallélisme des formes est repris au Théâtre du Têtard les 2 et 3 mai à 20h30 et le 4 mai à 15h. 04 91 47 39 93/www.letetard.com Stéfan Hoareau



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