Zibeline n°69 décembre 2013
Zibeline n°69 décembre 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°69 de décembre 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 10,8 Mo

  • Dans ce numéro : Méditerranée, mer de notre avenir.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Le MuCEM est aussi une cité culturelle qui fabrique de la réflexion programme tous les jours, sauf le mardi, des conférences, rencontres, d et des expositions. Littéraires, scientifiques, historiques, et tous de haut Le cycle qui a commencé sur l’Algérie s’annonce passionnant… (voir la pro Retour sur quelques moments remarquables par leur variété, et leur perti 76 R E N C O N T R E S Pas de printemps pour les femme Dans le cadre des Mercredis du genre, Sophie Bessis était invitée au MuCEM pour évoquer ce qu’elle a préféré intituler « les féminismes dans le monde arabe ». Brosser un tableau détaillé de la situation actuelle des femmes et des mouvements féministes Sophie Bessis X-D.R dans tout le monde arabe en moins d’une heure tenait de la gageure. L’historienne spécialisée dans l’économie politique du développement a cependant brillamment relevé le défi. En évitant les raccourcis et les généralisations hâtives, en s’autorisant même quelques détours par le passé et des digressions maîtrisées, elle a passionné le public, hélas fort clairsemé. Après avoir réaffirmé l’importance des mouvements qui ont eu lieu dans le monde arabe depuis deux ans, « une nouvelle séquence historique incontestablement », elle a insisté sur la contradiction fondamentale actuelle des sociétés de la rive sud : des désirs d’émancipation de plus en plus puissants y coexistent avec des menaces de régression de plus en plus lourdes. Les femmes ont été des actrices importantes des soulèvements ; puis sont arrivés au pouvoir, en Égypte et en Tunisie tout du moins, des partis islamistes qui visent à les « renvoyer à leurs casseroles ». La question de la femme est visiblement au cœur de celle de la modernité dans le monde arabe. Sophie Bessis a d’ailleurs rappelé que des revendications protoféministes avaient vu le jour dès le début du XXe siècle en Égypte, Tunisie et Syrie et que toutes portaient déjà sur le lien entre politique et religion, la norme religieuse ayant toujours été utilisée pour renforcer l’inégalité hommes/femmes. Si pendant les années 60-70, c’està-dire juste après les indépendances, il y a eu peu de luttes spécifiques des femmes, celles-ci ont commencé à réclamer l’égalité des droits dès le milieu des années 70. Or parallèlement aux mouvements féministes, les mouvements islamistes politiques se sont eux aussi développés pendant cette période, en réaction à l’évolution évidente des femmes. Selon l’historienne, les printemps arabes arrivent dans ce contexte. Celui de « sociétés qui entrent collectivement dans un processus d’individuation du sujet », où les populations sont unanimes quant à la nécessité de se débarrasser des dictateurs, mais où il n’y a pas d’unanimité sur le projet sociétal. Les conflits actuels naissent des aspirations contradictoires entre désir de démocratisation et identification à une nouvelle norme. D’où l’existence aujourd’hui Le président et le dictateur b Au MuCEM les conférences historiques se succèdent, sans trouver encore leur public, ce qui ne saurait tarder vu la qualité des intervenants. Le 21 novembre, c’est le professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Cagliari Luciano Marrocu, traduit en direct par le poète Marc Porcu, qui est venu parler de Mussolini. Soulignant l’importance du mythe de la Rome Antique dans l’idéologie fasciste, qui « utilisait l’archéologie comme une science politique », il a montré à quel point le Duce puisait dans un passé prestigieux pour inciter le peuple italien à édifier un empire méditerranéen, une civilisation nouvelle. Jusqu’à son accession au pouvoir, la Rome classique était plutôt l’apanage de la bourgeoisie, une culture enseignée dans les lycées cossus. Mussolini a voulu la populariser et la projeter vers la modernité. Sur une série de photographies d’archives très révélatrices, on perçoit le rôle de l’architecture d’alors, les grandes avenues dessinées pour lui permettre de défiler à la tête de ses armées. On le voit aussi montrant avec fierté à Hitler en visite une statue romaine. En un jeu de regards, tout est dit : sa façon de « considérer les réalisations antiques comme sa propre production », et « son complexe d’infériorité vis-à-vis du dictateur allemand ». Sur une autre image prise au moment de sa chute, il garde les mâchoires serrées. Aucune remise en question personnelle : le dictateur rendait le peuple italien responsable de son échec, déplorant qu’il soit « si difficile de transformer des agneaux en loups ». Le 25 novembre, Emmanuel Laurentin accueillait dans le cadre de son cycle Le temps des archives Henry Laurens, professeur au Collège de France, pour évoquer les accords de Camp David. Signés en 1978 par Anouar el-Sadate, le président égyptien, et le Premier ministre israélien Menahem Begin, ces accords constituent une première mondiale, un grand succès diplomatique orchestré par le président américain Jimmy Carter, et leur ont valu le prix Nobel de la Paix. S’appuyant sur les archives audiovisuelles de l’INA, Henry Laurens dévoilait les enjeux incalculables de la politique menée par Sadate à cette époque, qui change d’alliance géopolitique en passant de l’URSS aux USA, et reconnaît officiellement l’existence d’Israël malgré la désapprobation de son propre camp. Pour l’Arabie Saoudite notamment, il est « le traître absolu, qui a fait passer les intérêts de l’Égypte avant ceux du monde arabe », allant à l’encontre du panarabisme de son prédécesseur Nasser. L’historien a Luciano Marrocu et Marc Porcu Gaëlle Cloarec A1FtJ55a4rv 4 : 166 t t rappelé qu’avant de mourir assassiné en 1981, il semblait décidé à prendre sa retraite politique. « S’il l’avait fait, cela aurait constitué un exemple important pour les autres dictatures arabes » … et qui sait si la face du
partagée : le musée ébats autour des films vol. grammation p.13). nence. s de deux grands types de mouvements féministes dans le monde arabe : l’un qui vise à la sécularisation de la société (à la laïcité), l’autre qui propose une lecture progressiste du Coran, plus favorable aux femmes. Le film qui suivait la conférence, Millefeuille du Tunisien Nouri Bouzid, malgré son caractère quelque peu caricatural, avait le mérite de montrer lui aussi les contradictions de la société tunisienne actuelle et le combat difficile qu’y mènent les jeunes femmes quotidiennement. FRED ROBERT Féminisme, femmes et printemps arabe et Millefeuille étaient proposés au MuCEM le 13 novembre dans le cadre de Féminin Masculin Questions de genres Rencontres et cinéma tous les mercredis jusqu’au 18 décembre 04 84 35 13 13 reservation@mucem.org www.mucem.org Babel ou « l’entre des langues » L’écrivain et traducteur Omar Berrada recevait le 18 novembre le poète plasticien et essayiste Camille de Toledo et l’écrivain et essayiste Abdelfattah Kilito sur le thème Je parlerai toutes les langues du monde. Le sujet s’avère vite complexe, se situant à la fois dans la problématique de la traduction, de l’écriture et du politique. Omar Berrada pose la question des langues dans le domaine de la traduction et de la transmission, relevant la fréquence du verbe « porter » chez ses deux invités. A. Kilito rappelle l’anecdote du retour des restes d’Averroès à Cordoue, transportés sur le bât d’un âne, ils avaient pour exact contrepoids ses œuvres. « Tout récepteur d’une histoire, d’un savoir est a priori un transmetteur -on se charge et on se décharge successivement-. » De Toledo reprend en soulignant à quel point notre époque est celle des commémorations, comme si l’on avait peur de se perdre, ou comme si nous étions chargés d’une culture qui n’arrive pas à abandonner les récits anciens, qui craint que quelque chose de nouveau ne survienne. Il ironise ensuite sur le devenir léger du livre qui passe dans le cloud immatériel de l’informatique. Contre le mythe de l’auteur maître de ses mots, il prône « une école du vertige, qui joue avec ses origines ». Puis il insiste sur son rapport polyphonique aux langues, et la conviction que le monolinguisme n’est que l’illusion d’un pouvoir sur le monde. Kilito sourit, « nous parlons toutes les langues grâce à la traduction », et cite Cioran : « Pour un écrivain, changer de langue c’est écrire une lettre d’amour avec un dictionnaire. » De Toledo modalise en interrogeant les dérives de la traduction, « qu’est-ce que l’on nie et qu’est-ce qu’on révèle de l’autre ? ». Le statut du traducteur n’est plus alors seulement celui d’un passeur, mais d’explorateur d’un no man’s land dans lequel se construit le texte traduit. Il insiste sur le combat de « l’entre les langues », expliquant combien il est difficile de concevoir un commun polyglotte lorsque la langue fixe le territoire, et se constitue en instrument de pouvoir. Et pourtant, on ne commence à comprendre une langue que lorsque l’on en parle deux ! L’autre existe à partir de la polyphonie. Kilito laissait la conclusion à Proust : « Les plus grands chefs-d’œuvre sont écrits dans une sorte de langue étrangère. » MARYVONNE COLOMBANI La conférence a eu lieu au MuCEM le 18 novembre 77 R E N C O N T R E S monde n’en aurait pas été changée ? GAËLLE CLOAREC Ces conférences ont eu lieu les 21 et 25 novembre au MuCEM, Marseille



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