Zibeline n°69 décembre 2013
Zibeline n°69 décembre 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°69 de décembre 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 10,8 Mo

  • Dans ce numéro : Méditerranée, mer de notre avenir.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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68 L I V R E S Zéro négociation ! On se souvient de son exposition Cocotrope à la galerie Château de Servières en 2011 (Zib’41) comme de sa participation à Égarements au Château d’Avignon et au Festival des arts éphémères à Marseille en 2013. Mais c’est la première fois que l’on feuillette un ouvrage entièrement consacré à Caroline Le Méhauté, publié à l’occasion d’Art-O-Rama par les éditions Muntaner. Cette monographie est l’exact reflet de son travail : monumental par son ampleur, discret par ses moyens, chic par son silence. D’où le papier glacé qui glisse sous les doigts, le déploiement de pleines pages -voire de doubles pages- réservées à la reproduction des œuvres, l’irruption irrégulière et donc inattendue des textes. Dans Créer en creux, François Bazzoli se réfère au Petit Larousse illustré de 2007 pour commenter le titre de la série Négociation tandis que Marie-Louise Botella, en introduction à son entretien avec l’artiste, rappelle que « Les titres des œuvres imposent l’idée qu’elles sont le fruit de négociations préméditées par l’artiste, et proposées à notre sagacité ». Celui de Luc Jeand’heur, Au milieu, parmi, avec, entre, au-delà, après préfère visiblement rester obscur ! Heureusement le graphisme a préféré l’épure à la fioriture qui aurait étouffé dans l’œuf une œuvre qui éclot discrètement dans l’atelier et fait sensation dès qu’elle met le nez dehors (collections publiques, résidences, espaces publics…). À chaque page l’émotion ressentie face à ses installations est intacte : on est pris de court par leur mystérieuse réalisation, l’imaginaire poétique, la maitrise de matières réputées indomptables, plumes d’oie, épines de pin, sable, tourbe de coco… MARIE GODFRIN-GUIDICELLI La mnésie de la peinture À travers la reprise de textes édités précédemment, certains en partie remaniés, et grâce à des inédits pour la présente édition dont un édifiant avant-propos, Michel Guérin part en quête de la nature profonde de la peinture, par là où on ne sait plus justement se souvenir : ce qu’il désigne par l’immémorial. « Qu’appelons-nous immémorial ? N’est-ce pas cela, objet paradoxal reconnu et sans identité, dont la mémoire, justement, s’est perdue ? » Ne nous méprenons pas sur la signification première du titre. Ceci n’est une énième histoire de la peinture. Les cent quarante pages, y compris le petit cahier iconographique central, n’y suffiraient pas. En examinant les autoportraits de Rembrandt, le Cézanne du paysage, un peintre d’aujourd’hui, Patrick Moquet, et quelques autres, le philosophe s’interroge sur la nature, l’essence de la peinture. Il nous suggère que, quelle que soit l’époque, les formes que puisse prendre l’œuvre, toute peinture se retrouve dans le geste originel, un acte premier, archaïque, mais toujours présent, anhistorique. « Le geste de peindre d’abord est parfaitement accompli au moment où les Paléolithiques le pratiquent. » Et nous serions tentés de le penser pour tout acte artistique. Dans son élan, Michel Guérin se donne l’occasion de requalifier quelques principes fondamentaux de la peinture : représentation/figuration/mimèsis, d’en appeler à Alberti, Diderot, Malraux ou Walter Benjamin entre autres. La méthode Guérin s’il devait en avoir une, se refusant à une visée totalisante, relèverait plutôt du principe du Petit Poucet : semer des questionnements, jouer de revirements, travailler le paradoxe, retourner les problématiques, appeler des figures emblématiques éclairantes. Reconnaîtra-t-on aussi la complexité de l’ensemble du propos malgré ce fil conducteur de l’immémorial. Cependant, au lieu de tirer de ce dernier un enseignement définitif, ou pis encore, dogmatique, l’auteur nous mène dans un double mouvement de Pavé dans la mer Se plaint-on que peu d’artistes de Marseille et sa région ont eu accès au chapitre MP13 ? Franck Pourcel fait partie de ces élus avec deux expositions concomitantes au FRAC PACA et l’autre, personnelle, à l’Abbaye de Montmajour (lire page 65), ainsi qu’une publication de Semaine chez Analogues, éditeur arlésien, et ce pavé de cent cinquante clichés commis avec les éditions Le Bec en l’air sises dans la cité phocéenne. Le projet a été entrepris il y a quelques années (voir supplément Zib mai 2012) et pris une ampleur particulière lorsque le photographe marseillais s’est emparé du projet Ulysses proposé par le directeur du FRAC, Eric Neveu. Des milliers de clichés, cent cinquante en noir et blanc et en couleur sont restitués ici, accompagnés d’un texte de Gilles Mora et un autre de l’auteur en postface. Il est remarquable de saisir comment les images de Franck Pourcel ne se réduisent pas à un style, leur signification à un genre. La multiplicité des postures photographiques construit une forme de diaspora iconique dont l’unité provient paradoxalement de la diversité. Treize voyages/constellations imaginées qui ont servi d’autant de fils conducteurs thématiques dans l’espace méditerranéen ; de la technique argentique avec deux boîtiers de terrain, Leica M4P et Canon AS1, qui confèrent cette nature graineuse du reportage ; du travail du regard pluriel sur ces mondes rencontrés dans leur permanence et leurs bouleversements aussi. Franck Pourcel avait inauguré l’exploration des rivages, plus proches, de l’étang de Berre, avec La petite mer des oubliés, mais c’est dans Au crépuscule, chez le même éditeur, que nous retrouvons d’avantage ce travail d’écoute visuelle comme autant de coups de sonde sur notre monde et celui des autres, si proches.C.L. Textes de François Bazzoli, Luc Jeand’heur, Marie-Louise Botella Éditions Muntaner, françaisanglais, 25 euros maïeutique, le sien, auquel on assiste et participe au fil de sa pensée, et le nôtre, qui s’élabore en propre, dans le même temps. CLAUDE LORIN michel guFrin originc dc la pcinturc. Origine de la peinture sur Rembrandt, Cézanne et l’immémorial Michel Guérin Encre Marine, 23 euros VWS Ulysse ou les constellations Franck Pourcel, photographies Gilles Mora, textes Le Bec en l’air, 36 euros
Cahoteux «... À sauts et à gambades je m’égare… » et c’est ainsi que prennent forme heureuse les Essais de Montaigne dont la subjectivité n’a d’égale que la tendre universalité du propos. Dans Marseille amor, le je de Loi (facilité adoubée depuis longtemps par l’auteur lui-même avec variantes phoniques) déploie en zigzag des ailes de géants qui l’empêchent de marcher... dans une ville qu’il arpente aux quatre vents, traversant avec plus ou moins de finesse le lieu commun qui n’avait peut-être pas besoin de lui pour faire littérature. De ses vingt ans à « nos » jours, les mêmes que les siens justement, Emmanuel Loi a fait un bout de route avec Marseille ; de ce compagnonnage heurté, ingrat, sans véritable découverte mais momentanément pacifié, témoignent 240 pages d’une prose inégale dont les dernières lignes pâtissent (pâlissent) franchement d’une proximité avec Camus.L.C. Les éditions Parenthèses ne sont pas à leur première publication sur Le Corbusier et son oeuvre. Alors que se poursuit l’exposition qui lui est consacrée au J1 sur la question du brutalisme (Zib’68), deux imposants ouvrages complémentaires sortent chez l’éditeur du cours Julien sous la houlette de Jacques Sbriglio, commissaire de l’exposition, dont l’interview est en ligne sur notre site. Le Corbusier et la question du brutalisme constitue le catalogue de l’exposition éponyme et son développement critique à travers la signature de plusieurs contributeurs. Tout ce que ne peut montrer une exposition malgré toutes ses qualités est ici développé et richement documenté, avec un corpus iconographique particulièrement important, dont les photographies réalisées par Lucien Hervé dans les années cinquante et celles, plus récentes, de Cemal Emden. Les quinze chapitres rendent compte principalement de l’architecte mais aussi de l’artiste, peintre, sculpteur, dont on pointe les champs d’interactions. Le corps de l’ouvrage couvre la période suivant la seconde guerre mondiale, lorsque Un torrent de souvenirs Autour du corps de Tahar que l’on a débranché ce matin à l’hôpital, il y a « sa femme de silence, son fils de silence, son beau-père » et leurs pensées qu’il ne peut plus entendre. Aucun Algérien. Mais sa mort, c’est aussi celle de l’Algérie qu’il a quittée. Tout le roman de Fabienne Jacob, L’Averse, s’inscrit dans cette double culture, dans cet entre-deux France-Algérie. Il fait resurgir de sa mémoire les figures d’autrefois, extrêmement vivantes, au milieu de ses trois proches mutiques : Becker, le copain de chambrée à l’armée française où il s’était engagé ; Madame Bayeux, l’institutrice en robe légère qui « trace son nom d’une écriture anglaise sur le tableau noir » ; le vieil Ahmeddans son burnous crasseux ; le fils du colon Vialet, copain d’abord, fuyant ensuite… Fabienne Jacob n’a pas son pareil pour faire entendre les pensées flottantes de Tahar, son inconscience aux dernières lueurs de « On peut partir, revenir, ne pas avoir à subir. Recueillir au creux de sa paume un peu d’eau fraîche pour se désaltérer. Ouvrir les poings et les yeux. » Ce récit d’expérience présente au lecteur dérouté situations banales, gens et propos qui semblent n’être que le matériau d’une épopée de la parole emballée, traversée d’arrêts sur images pas loin du haïku, et qui somme toute n’intéresserait que l’auteur, « la mission prend de l’ampleur et je patauge toujours ; je n’ai pas trouvé mon timonier, un témoin tellurique de la cité… » Les pages les plus justes (une dizaine seulement), au coeur du pacte, sont évidemment celles qui glissent de l’amor de Marseille à la mort de la mère-miroir, à l’encombrement de la maison, au tri impossible mais aussi à « l’assurance-vie » qui dans la généreuse sécheresse du don n’offre plus rien à dire. MARIE-JO DHO émergent avec les nécessités de la reconstruction l’usage et son appréhension esthétique du béton brut de décoffrage. On peut suivre l’édifiante chronique du chantier marseillais et ses multiples malfaçons reconverties en qualités plastiques. « La splendeur du béton brut » selon l’expression de l’architecte lui-même est abordée dans le second ouvrage, consacré entièrement à l’Unité d’habitation de Marseille que nous connaissons sous le vocable erroné de Cité Radieuse. Complétant la rigoureuse collection Monographies d’architectures plutôt tournée vers les spécialistes, ce volume suit la genèse du projet détail par détail de ce qui deviendra le prototype d’autres utopies radieuses conçues pour « Monsieur tout le monde », pour certaines édifiées à Nantes, Briey-en-Forêt, Firminy et Berlin. Deux belles façons de relire le mythe de la cité idéale et de reconsidérer la place de l’un des penseurs majeurs de l’architecture et de l’urbanisme modernes, celui de « l’espace indicible ». CLAUDE LORIN sa vie, faisant remonter à la surface souvenirs, dialogues, rêves, détails réalistes, sensations et anecdotes. Elle a aussi cette façon particulière de faire parler les corps, dont celui de Tahar qui jouit de ses jouissances passées, dans la fièvre de ses conquêtes. Par petites touches, elle dessine sa femme, toujours en retrait, son fils « demeuré dans l’abysse des origines » et son beau-père qui adresse ses prières « à Dieu qui est aux cieux plutôt qu’à Marie pleine de grâce ». Avec, tapie dans l’ombre, cette guerre qui ne disait pas son nom et que seuls les enfants « flairaient au fond des ventres au fond des gorges ». Travaillant l’écriture comme une pâte onctueuse ou brisée, elle donne naissance à un roman inclassable et sensuel. C’est sans doute pour cela qu’il vient de recevoir le Prix des lecteurs du Var à la Fête du livre de Toulon. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Emmorvual Loi Marseille amor Marseille amor Emmanuel Loi Seuil/Fiction & Cie, 19,50 euros Le COr Y T Le Corbusier et la question du brutalisme, 29 euros L’unité d’habitation de Marseille, 32 euros Éditions Parenthèses 411 FRSl'SNIT et 1a qdü t gq # Muni. L’Averse Fabienne Jacob Gallimard, 12,50 euros/ER 69 P L OI VL RI ET SI Q U E CULTURE L L E



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