Zibeline n°69 décembre 2013
Zibeline n°69 décembre 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°69 de décembre 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 10,8 Mo

  • Dans ce numéro : Méditerranée, mer de notre avenir.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Éclats de Croisette 14 D A N S E Frédéric Flamand a orchestré, lors des deux éditions du festival de danse de Cannes qu’il a dirigées, une partition éclectique et brillante autour des mythes qui traversent la danse contemporaine Les grandes ou très grandes jauges des théâtres Cannois, qui auraient pu induire des choix moins courageux, ont permis au contraire de faire venir un public nombreux vers des formes exigeantes, aux propos lisibles. On espère que le départ de Frédéric Flamand, remplacé par Brigitte Lefèvre (le festival de danse de Cannes ne se dirige que deux fois), ne rompra pas ce bel élan. Mais l’ancienne directrice de l’Opéra de Paris sait aussi programmer des formes novatrices dans des murs sacro-saints ! Les pièces de Marie Chouinard démontrent combien la chorégraphe québécoise est perméable aux univers qu’elle retrace : si les Préludes de Chopin sont d’un romantisme que la danse n’ose pas approcher, les Mouvements, calqués sur la poésie et les tâches d’encre de Chine d’Henri Michaux, sont fulgurants. Graphique, hurlante et écorchée sa danse, au rythme des formes qui défilent, explore toute l’expressivité des corps qui bougent… Juste avant, Hugo Pontès a dialogué autrement avec la musique, cherchant dans ses élans des prétextes à postures, ironisant joliment sur les clichés classiques, détournés en un ballet tout en souplesse, tranquille… et fascinant. Martin Harriague et Michel Kelemenis se partageaient un programme. Le danseur du BNM proposa un Black Pulp fait de jolis moments mais peu convainquant dans son enchainement de tableaux sans liens lisibles, et souvent peu brillants. Le Siwa de Kelemenis, même privé de décors, installait au contraire une vraie atmosphère, apologie de l’eau et de la lumière, du mouvement emporté par des élans simples, à l’écoute du Quatuor de Debussy interprété avec un lyrisme retenu par le quatuor Tana. Séquence naufrage avec la reprise de Titanic, une pièce ancienne de Frédéric Flamand dont le Ballet national de Marseille s’est emparé avec style et fougue. La pièce est un voyage -sublimement orchestré par la nostalgie des partitions de Schnittke ou de Charles Ives- qui emmène depuis la salle des machines vers le fond de l’océan glacé, et la renaissance d’un monde débarrassé de ses atours de classe, où le jeu mondain, l’affolement du naufrage, n’ont plus cours… Séquence retrouvailles avec Renée en botaniste dans les plans hyperboles de Système Castafiore, créé en 2012 au Théâtre de Grasse où la compagnie est artiste associée : à nouveau la sensation d’être en présence d’une forme hybride parasitée par une surcharge d’effets spéciaux, une avalanche d’images vidéo et de bavardages en off. Malheureusement, « l’objet artistique non identifié aux franges du rêve, de l’imaginaire et de la métaphysique » n’est toujours pas parvenu à nous faire décoller vers de nouveaux territoires ! Retrouvailles magiques, par contre, avec le duo Sharon Fridman-Arthur Bernard-Bazin qui, pour la troisième fois (première au festival Danza Cie Reveida Olivier Houeix Cie Reveida Olivier Houeix Henri Michaux Mouvements (interprète Lucy May) Marie Chouinard in Madrid en 2011, puis au Festival de danse de Marseille cet été), a fait se lever le public. Empreint d’une densité supplémentaire et d’une virtuosité technique accrue, Al menos dos carras était habité par la même fougue, la même générosité, la même idée d’un éveil au monde possible dans la fraternité. Séquence historique avec Drumming Live de Rosas & Ictus dont on ne se lassera jamais : la chorégraphie d’Anne Teresa De Keersmaeker, la musique de SteveReich et les musiciens du groupe Ictus ont trouvé dans les danseurs leurs instruments vivants qui jouent avec l’espace comme sur un échiquier. Drumming Live relève de l’exploit permanent tant le mouvement d’ensemble requiert une précision horlogère pour atteindre ce niveau d’excellence. Séquence découvertes lors d’un show case réservé aux jeunes talents des Alpes-Maritimes avec la maquette de la prochaine création de Nans Martin, Muô, qui ne semble pas assumer totalement le choix de la nudité féminine, aussi spectrale soit-elle ; le travail en cours de la Cie F, Stimmlos, à la lenteur graphique encore un peu pesante. Et une révélation, Corps se Tait, mais le Cors Sait Décorseter de la Cie Reveïda qui affirme un réel talent à décloisonner les genres (Olivier Debos est comédienclown-poète et Delphine Pouilly chorégraphe-danseuse), assumant avec humour d’être en tenue d’Eve, de croiser figures cocasses et poses allégoriques, de plagier la peinture ou se réapproprier les rituels religieux et mystiques. À leur sauce, bien sûr… Séquence hors catégorie avec De Anima de Virgilio Sieni qui, s’il décontenança une partie du public (costumes et décor cheap…), a fait montre d’une écriture maniériste baroque dont lui seul a le secret. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI et AGNÈS FRESCHEL Le Festival de danse de Cannes s’est déroulé du 19 au 24 novembre au Palais des Festivals, Théâtre Croisette et Théâtre de la Licorne
Et la Méditerranée n’en finit pas de créer… 1. Dansema comme chaque année proposé un peu partout ses formes chorégraphiques généreuses de leurs risques, et riches en surprises Il y a quelque chose d’étonnant et déconcertant dans la performance au premier sens du terme proposée par le chorégraphe italien AlessandroSciarroni et ses danseurs dans l’étrange pièce Folks, will you still love me tomorrow ?, les 14 et 15 novembre au Pavillon Noir à Aix. Cela commence par une démonstration de la danse traditionnelle bavaroise et sud tyrolienne, le Schuhplattler (le batteur de chaussures), puis un pari lancé aux spectateurs : qui tiendra le plus longtemps entre les danseurs et la salle ? Martellements incessants, variations infimes, les corps deviennent instruments de percussion, on est à la fois fasciné par la maîtrise imperturbable des danseurs, leur humour et la tension de cette lutte. Sueurs, applaudissements du public cherchant à forcer la fin, danse jusqu’à l’épuisement des uns et des autres, il ne doit en rester qu’un ! Style highlander au Tyrol. Ajoutez de temps en temps une musique électro pour compliquer la chose, peu importe le monde environnant, la danse et ses rythmes perdurent ! On applaudit la résistance, la prouesse physique. En arrive-t-on à une indépassable frontière ? ou à un avant-goût de l’éternité. Peut-être un ordinateur peut-il faire office de partenaire de danse ? AlessandroSciarroni en a fait la démonstration les 19 et 20 novembre au théâtre de Lenche avec Joseph. De dos, il allume son écran projeté sur une grande toile blanche. Soudain, le danseur piège le public avec son application qui déforme la salle toute entière. Sur les mélodies western d’Ennio Morricone, musiques électroniques d’Aphex Twin ou les classiques de David Bowie, il enchaîne défis chorégraphiques ponctués d’effets numériques « miroir », « étirement » ou encore « tunnel lumineux ». Mêlant la technologie, la danse et le théâtre, il cherche, par tâtonnement, une esthétique de tableau. Faux vr-P -. déséquilibres, fausses désarticulations, AlessandroSciarroni explore le moindre mouvement de son corps avec humour et subtilité. Les effets lui permettent d’entrer en duel avec son avatar, alter ego créé par ordinateur, d’acquérir une souplesse illusoire et d’inventer des gestes irréalisables. Sa mise en scène, drôle et inventive, parfois inquiétante, se décompose en petit tableaux vivants abstraits et astucieux auxquels il convie le public, surpris… D’emblée oser rappeler qu’être deux est la condition nécessaire mais non suffisante pour faire un duo et c’est un peu de cette quête, d’une plus une, que nous parle L’Incontro entre Raffaëlla Giordano et Maria Munoz, la grande italienne filiforme et la petite espagnole trapue, si l’on veut à traits grossiers donner voix au corps. La scène des Bernardines, L’incontro, Maria Munoz et Raffaella Giordano Andrea Macchia du 2 au 7 décembre, n’est pas un drôle d’endroit pour cette rencontre puisque chacune des deux chorégraphes/danseuses s’y est produite à son tour déjà : les intensités croisées de Cuocere il Mondo (variations sur la Cène de Léonard) et du solo Bach de Maria galvanisant le Clavier bien tempéré laissent d’ailleurs des traces dans ce spectacle plus intime baigné de fragments musicaux, voix et paroles venus de l’un et l’autre monde. Sur le plateau, comme une page blanche largement étalée pour les premiers contacts, plane d’abord l’ombre écrasante de Pina Bausch ; puis comme sur une nappe de pique-nique, tout se dépose avec l’évacuation du sacré, et surtout soi-même, dans l’attente de l’autre ou à ses côtés, paisiblement ; tout peut alors commencer : blanc sur blanc un rideau de fond, une tenture, voile de navire ou de mariée offrira le plus beau moment du spectacle dans les plis portés de l’une à l’autre. Vestes, pardessus, jupes, pantalons, l’étoffe fait le lien et n’entrave pas les deux énergies au travail qui jamais ne se rejoignent vraiment ni ne fusionnent laissant un flottement dont on se demande au fond s’il est force ou faiblesse. Les mains de Raffaëlla et les pieds de Maria gardent définitivement les secrets de la conversation... MARYVONNE COLOMBANI, ANNE LYSE RENAUT et MARIE-JO DHO Le Festival Dansema eu lieu du 9 novembre au 14 décembre à Marseille, Aix et Arles'teeiF 15 DP OA NL SI ET I Q U E CULTURE L L E coNTnauez à Nome GraTuITé sur wwutir.KissKIsssaNKBaNK.coMieBrao10-7113euNe I iNTOrVEWS, rePOrTaOeS, cHroNCQUeS, BNTreTieNS, DéBaTS... VVeBraD « z1BeL1Ne, La raL7lo DU JoUI^Nà-lL oeuIVe



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