Zibeline n°69 décembre 2013
Zibeline n°69 décembre 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°69 de décembre 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 10,8 Mo

  • Dans ce numéro : Méditerranée, mer de notre avenir.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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10 R E N C O N T R E S A V E R R O È S Partager l’héritage Cette année, pour accéder aux Rencontres d’Averroès, il fallait traverser la Méditerranée, au sens propre : une carte grand format de Sabine Réthoré était déployée sur le sol devant l’Auditorium du parc Chanot. Méditerranée symboliquement sans frontières, laissant la place aux voies de circulation routières et fluviales, soulignant les ports. On a vu le public s’y arrêter, s’étonner de l’orientation renversée de la carte, montrer du doigt une destination, une étape connue. Si cette édition s’est avérée particulièrement chaleureuse, selon les termes de Thierry Fabre, le maître d’œuvre des Rencontres, nul doute que cette façon de relativiser les distances dès le seuil y aura contribué ! Autour des tables rondes (voir p 8), la programmation culturelle constituait un contrepoint parfait aux temps forts de ces quatre journées. On retiendra en particulier deux spectacles donnés au Palais des Arts le 29 novembre : Problème technique, une performance de Yalda Younés et Gaspard Delanoë, et la lecture de La maison, texte de Arzé Khodr, par les élèves de l’École régionale d’acteurs de Cannes. La première œuvre, créée en 2011 dans le cadre de la Biennale de Lyon, met en scène une jeune conférencière s’exprimant avec douceur et intensité en arabe. Si elle semble dire des mots d’amour, son interprète à oreillettes livre une traduction affectée, compte-rendu bureaucratique d’une conférence européenne sur le développement. Le bilan économique des printemps arabes étant déplorable, il préconise des solutions pour construire un modèle rentable : l’usage de slogans plus positifs (type « Vive le fonds maghrébin de stabilisation financière ! »), et le développement d’un concept de révolution à l’amiable, avec sortie en douceur des autocrates pour de longues vacances en Arabie Saoudite. Performance de Yalda Younès et Gaspard Delanoë Espaceculture_Marseille-2013 Provoqué par l’humour caustique du texte, le plaisir anticipé éclate lorsqu’à la toute fin il s’avère qu’un problème technique nous a privés... du fameux monologue de Molly Bloom, extrait de l’Ulysse de James Joyce. Le texte interprété par les étudiants de l’ERAC -au terme de 6 semaines de préparation sous la houlette de Nadia Vonderheyden- traite quant à lui du deuil et de l’héritage, situant à Beyrouth une histoire universelle. Deux sœurs qu’oppose une vision antagoniste de ce que chacun doit à la famille, un frère qui ne veut pas prendre parti, une maison qui les unit autant qu’elle les sépare : toute l’ambivalence des rapports affectifs était portée au paroxysme par ces jeunes acteurs déjà maîtres de leur art. La programmation audiovisuelle était également de grande qualité, avec la projection de nombreux documentaires, très courus du public des Rencontres. Lequel n’a pas manqué non plus la présentation du projet MED-MEM, réalisé par l’Institut National de l’Audiovisuel. Près de 4000 documents d’archives (radio ou télévision), replacés dans leur contexte historique et culturel, sont mis à disposition sur le site www.medmem.eu. Pour prolonger l’expérience de penser la Méditerranée au XXI e siècle avec les Rencontres d’Averroès, il sera sans aucun doute utile de se plonger dans ces mémoires audiovisuelles, qui forment un patrimoine précieux, où l’on peut puiser aussi bien un dessin animé égyptien évoquant le temps des pyramides, qu’un reportage sur la visite de Che Guevara à Alger en 1963. Il est à noter que toutes les vidéos sont exportables, partageables aisément sur les réseaux sociaux, et que les notices explicatives sont disponibles en français, arabe et anglais... en attendant la traduction intégrale des documents. GAËLLE CLOAREC Rachid Taha, tout en hommage Comme un besoin inconscient de gagner dans son pays d’adoption ses galons d’enfant du rock qu’il est indiscutablement. Rachid Taha, invité pour clôturer les 20 e Rencontres d’Averroès, a multiplié les clins d’œil aux icones du rock’n roll. De Lou Reed, auquel il a rendu hommage avec Take a walk on the wild side en ouverture du concert, à The Clash, dont il a immortalisé Rock the Casbah en 2004. En passant par une reprise de Johnny Cash ou encore sa version arabe de It’s now or never, du king Elvis, issue du somptueux dernier album de Taha, Zoom. Depuis Douce France qui l’a révélé à Ya Rayah qui l’a rendu populaire, l’ancien chanteur de Carte de séjour a toujours su s’approprier les morceaux des autres avec un talent certain d’arrangeur. Au sommet de sa forme sur scène, ce qui n’est pas toujours le cas, Rachid Taha a réussi à chauffer et déchaîner une salle austère, assise et clairsemée. À se demander pourquoi les organisateurs des Rencontres s’entêtent à programmer des concerts de musiques amplifiées dans un lieu dont le rendu sonore est désastreux, alors qu’une salle comme l’Espace Julien (sur la même ligne de métro que Chanot) serait en tout point de vue plus appropriée. Et comme un concert du Franco-algérien n’est pas complet sans un coup de gueule, c’est le film La marche qui, ce soir-là, en a pris pour son grade. Taha rappelant le parcours dans les ors de la République d’un certain nombre de dirigeants de SOS Racisme de l’époque. THOMAS DALICANTE Rachid Taha s’est produit le 30 novembre, dans l’auditorium du Parc Chanot, Marseille Rachid Taha Espaceculture/Marseille-svz-2013 Rachid Taha Espaceculture/Marseille-svz-2013
Rencontres Capitales 2013 intervenants Claude Acket, Bruno Goffé, Didier Roux et Jean- Louis Schilansky Gaëlle Cloarec Fausser la donne Les Rencontres Capitales 2013 ont rassemblé énormément de monde au Palais du Pharo, dont une grosse proportion de jeunes attirés par le thème « Devons-nous changer de société ? », et la perspective de pouvoir s’entretenir avec de nombreuses personnalités sur des questions cruciales. Notamment environnementales, car la façon dont ils vont s’approprier l’encombrant legs de leurs aînés sera déterminante pour l’avenir. Malheureusement ceux qui espéraient trouver un terrain favorable à leurs interrogations, un exposé clair des enjeux, et surtout des pistes stimulantes pour agir en assistant à la table ronde intitulée Gaz de schiste, nucléaire, énergie renouvelable : comment créer un modèle énergétique durable ? ont dû repartir très déçus. Sur le plateau, quatre hommes, tous manifestement pro-nucléaire et gaz de schiste. Pour Jean-Louis Schilansky, président de l’Union Française des Industries Pétrolières, la question ne se pose même pas : « la sortie du nucléaire est impossible en France », et « un jour il faudra changer nos modèles de consommation énergétique, mais personne ne sait plus quand » ! Ni Claude Acket (retraité d’AREVA), ou Bruno Goffé (CNRS), ni Didier Roux (Académie des Sciences) ne le démentent. Lorsque l’animatrice pose cette question ahurissante en soi : « Est-ce qu’on doit demander leur avis aux français sur la question du gaz de schiste, ou les scientifiques doivent-ils décider ? », il répond sans sourciller : « L’opinion publique s’est exprimée très clairement sur ce sujet. La France et la Bulgarie sont les seuls pays à avoir interdit la fracturation hydraulique dans le monde... Nous proposons à l’État une expérimentation pour changer d’avis. » Devant l’absence totale de place laissée au débat contradictoire, un membre du public s’interroge : faut-il aller directement se pendre ?, récapitulant ainsi en une formule lapidaire les charmantes perspectives laissées à l’assemblée par ces messieurs. … et pourtant ! À ceux qui n’auraient pas été totalement écœurés par l’unilatéralité du propos, restait la possibilité le lendemain d’assister à la table ronde Climat, biodiversité, préservation de l’eau : quelles sont les solutions pour protéger notre terre ? Heureusement bien plus équilibrée, elle donnait lieu à un échange fourni, éclairé en particulier par la présence de Valérie Masson-Delmotte (climatologue, lauréate du prix Joliot-Curie la désignant comme « femme scientifique de l’année 2013 »). Pour Ghislain de Marsily (hydrologue), les dirigeants politiques ont une vision à court terme des questions environnementales, or « il faut donner l’exemple, comme dans le cas de l’esclavage, supprimé pour la 1 re fois en 1833 au Royaume Uni, en 1848 en France, et seulement en 1963 au Qatar ! » Valérie Masson-Delmote renchérit : « il est vital de construire une culture générale » de l’écologie, pour que tous, industriels comme individus, en tiennent compte. D’après Philippe Maillard (Groupe Suez), « reconquérir la qualité de l’eau en France est possible à 30 ou 40 ans, à partir du moment où l’on prend des mesures contres les pesticides ». Qu’est-ce qui inquiète ces intervenants ? Les famines, la croissance démographique, et surtout selon Gilles Escargel (paléontologue de l’Université de Lyon), l’inconscience environnementale, « le fait de se croire tout puissant dans un monde sous-contrôle ». Qu’est-ce qui les rend optimistes ? « La prise de conscience de ces enjeux depuis 20 ans ». Voilà qui permet de nuancer le jugement porté sur les débats organisés par les Rencontres Capitales. On ne saurait trop suggérer aux organisateurs d’inviter à l’avenir un peu plus de personnalités comme Pierre Rabbhi (présent lors de l’édition précédente), qui ont des propositions concrètes à faire, par exemple en matière d’agro-écologie... et un peu moins d’experts préférant s’enferrer dans des « solutions » ayant prouvé leurs capacités destructives. GAËLLE CLOAREC Les Rencontres Capitales ont eu lieu du 14 au 16 novembre au Palais du Pharo, Marseille aK4. Ouvrir (ID des portes… Avec son patronyme du bout du bout de l’alphabet, Jean-François Zygel a toujours dû se trouver en queue des listes, à l’école ou ailleurs… Hasard des choses, signant d’un énergique Z de la pointe de ses doigts au clavier, c’est au bout du bout des Rencontres Capitales 2013, après quelques 130 personnalités censées « changer le monde » et « imaginer celui de demain », qu’on a pu l’écouter à l’Auditorium du Pharo le 16 novembre. Entre une demi-douzaine d’improvisations, exercice où le musicien excelle, le sympathique et surdoué pédago-musico de la lucarne médiatique s’est prêté au jeu des questions, a tenté d’y répondre… avec nuances… et prudence ! De « l’avenir de la musique classique au XXI e siècle ? » méritait de fait une définition… pas si facile que ça à circonscrire dans ses conceptions temporelle, stylistique… Quant au « danger de sa disparition ? », Zygel a défendu la nécessité d’éviter la routine, de favoriser la circulation des énergies avec d’autres arts, les musiques populaires, « actuelles » ou « du monde », pour attirer les jeunes au concert, mais sans facilité ni démagogie, loin du « tout se vaut », de repenser la forme figée du concert où l’on aime entendre les œuvres « du répertoire » qu’on connait déjà. De fait le mélomane devrait retrouver son appétence à la nouveauté, l’improvisation, qui caractérisait le public du passé, comme celui d’aujourd’hui pour la danse ou le théâtre… L’air du temps n’étant plus aujourd’hui à « l’approfondissement », l’inévitable « effort » que demande la préhension de la musique classique, ses développements, au-delà du plaisir immédiat et de l’émotion, nécessite des moyens pour éduquer le goût et l’oreille et une prise de conscience politique du besoin vital de l’immatériel, au cœur de l’humain… et d’« ouvreurs de portes », comme monsieur Zygel, au quotidien ! JACQUES FRESCHEL La rencontre avec Jean-François Zygel s’est déroulé le 16 novembre au Palais du Pharo, Marseille 11 P É OV LÉ NI ET MI QE UN ET S CULTURE L L E



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