Zibeline n°68 novembre 2013
Zibeline n°68 novembre 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°68 de novembre 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 9,8 Mo

  • Dans ce numéro : comment l'État aide la presse ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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8 A V E R R O È S Reconstruire l’horizon de paix Depuis 20 ans les Rencontres d’Averroès rassemblent un public toujours plus nombreux venu écouter intellectuels, chercheurs et artistes « penser la Méditerranée des deux rives ». L’édition 2013 sera particulièrement riche ! Bernard Latarjet le répète : les Rencontres d’Averroès sont depuis le début de la candidature un volet essentiel de la programmation de la capitale culturelle. Parce que l’événement est d’importance, mais surtout parce que MP2013 y a puisé son esprit : méditerranéen, et voulant élaborer une pensée. Thierry Fabre, créateur et directeur des Rencontres, précise que cette édition est exceptionnelle à plusieurs titres. Parce que, coproduite par MP2013 (à hauteur de 200 000 euros supplémentaires), la manifestation comptera 5 tables rondes au lieu des 3 habituelles, et qu’elles seront précédées de conférences introductives. Ensuite parce que cette édition « rétro-prospective » ne se centrera pas, comme chaque année, sur un thème, mais fera un point, et ouvrira des perspectives, sur les multiples questionnements qui depuis 20 ans ont permis d’affirmer la Méditerranée comme une échelle de pensée pertinente. Mais il ne s’agit pas pour Thierry Fabre « d’embaumer cette édition ». Il aime à affirmer que les Rencontres sont une « université populaire » même si le terme n’est pas à la mode, et que le public y a un talent fou. Les universitaires doivent sortir de leurs codes, dialoguer et exprimer simplement leur pensée complexe, ce qui est le plus difficile des exercices… Ainsi, Alain de Libera fera la conférence inaugurale (le 28 nov) et participera à la première table ronde avec entre autres Barbara Cassin, débat traditionnellement historique, portant cette année sur Athènes, Jérusalem, Cordoue, héritage partagé ou dénié ? (le 29 nov à 10h). À 15h la deuxième table ronde interrogera les fractures de ce « continent liquide ». Le lendemain, à 10h, Irène Théry introduira un questionnement sur Féminin/masculin, liberté ou/et domination, enjeu universel mais particulièrement pertinent autour du Mare Nostrum. Plus prospectives, les deux dernières tables rondes interrogeront l’impossible paix (le 30 nov à 15 h) et la Méditerranée créatrice, table ronde réunissant des artistes (le 1er déc à 11h). Un ensemble de questionnements riches, complémentaires, qui devrait permettre de faire le point sur l’ensemble des problématiques actuelles. En effet en présentant cette édition Thierry Fabre, désemparé et grave, soulignait combien le présent ressemblait peu aux horizons de paix que l’on imaginait en 1994, lorsque les accords d’Oslo et la Conférence de Madrid permettaient d’envisager un futur apaisé. Notre avenir est bien plus sombre : « l’Europe est devenue une citadelle imprenable, les Révolutions arabes n’ont pas les lendemains qu’on espérait, la Syrie est en guerre, l’Espagne et la Grèce sombrent et espèrent une Aube Frontières : un drame philoso La Méditerranée est-elle un monde ou un ensemble d’États ? Un patrimoine commun suffit-il à autoriser cette mer comme concept rassembleur ? Qu’est-ce qu’une frontière sinon l’envie de l’abolir, de rêver au cosmopolitisme, à une citoyenneté mondiale ? La frontière est ce qui divise, ruinant inlassablement tout espoir d’une citoyenneté mondiale et de mise à mort des nationalismes ravageurs. De plus son horrible origine est celle des fronts militaires. Et quelle horrible sentence que « reconduire à la frontière » ! Donc « frontières » ne devrait pas même exister en une époque moderne qui connaît parfaitement le globe terrestre et ses occupants contrairement aux pensées antérieures : comment en effet dans l’antiquité penser philosophiquement le monde sans le connaître géographiquement ? Le plus grand penseur du cosmopolitisme que fut Marc Aurèle n’envisagea jamais Rome comme possibilité d’un État mondial. (C’est certes dégager grossièrement toute pensée préscientifique, mais bon, c’est un article court). Pourtant, aujourd’hui encore, la frontière n’est pas une limite, elle est une borne nécessaire pour deux raisons. La limite concerne celui qui la pose et qui se pense comme ne pouvant pas aller plus loin… pour l’instant. La colonisation et l’impérialisme nous montrent qu’a priori rien n’empêche des États de considérer à terme l’ailleurs comme le leur. La borne, arbitraire, peut être déplacée. Mais les bornes qu’un sujet se fixe et les frontières d’un État sont-elles du même ordre ? Eh bien non ! Le sujet a des limites intellectuelles Penser la Méditerranée comme un continent liquide est une utopie qui met au jour des frontières non géographiques, dont il sera question lors des Tables Rondes : la fracture économique Nord Sud, la domination des hommes sur les femmes, et historiquement l’inégalité des « indigènes » des colonies, y compris dans l’utopie saint-simonienne. Et puisque la Méditerranée définit un ensemble, elle trace aussi une frontière avec ceux qui sont plus au sud. D’où l’absence des Africains des réflexions sur la colonisation et l’immigration, et la programmation culturelle régionale. De cela, il ne sera sans doute pas question. A.F. qui ne demandent qu’à être dépassées. On ne saurait dire la même chose d’un État : qu’il reste où il est ! C’est la condition de la paix, ou du refus du colonialisme. Ce sont les hommes eux-mêmes qui, dans leur pensée et leur déplacement, ne doivent avoir aucune limite ; pas les États. La frontière est nécessaire pour un État, mais ne doit pas empêcher la circulation des hommes. Or aujourd’hui seules les marchandises circulent librement : le libéralisme mondialisé est le nom actuel du colonialisme. La deuxième raison est liée à la détermination positive : être libre pour le sujet c’est accepter de ne plus être tout pour être quelque chose, et se
i dorée fasciste, Israël s’enferme dans son colonialisme… ». Et lorsqu’on lui demande s’il croit que l’élaboration d’une pensée, le débat, le dialogue, peuvent encore être des armes pour éviter le pire il soupire. « Que faire d’autre ? Il faut arrêter le Méditerranisme qui met tout à la sauce du jour et revenir à ce qui nous lie et ce qui nous sépare. Pour combattre la montée du Front national et les horizons de guerre, il faut apprendre de l’histoire, et écouter l’autre. Faire assoir à la même table Israélien (Denis Charbitndlr) et Syrien (Salam Kawakibi) va aujourd’hui de soi lors des Rencontres. Cela n’a pas toujours été possible, et seuls ces chercheurs peuvent poser ensemble les bases intellectuelles qui pourront peut-être construire des avancées politiques. » On l’espère, encore. AGNÈS FRESCHEL phique ? déterminer par ses choix. Que serait l’identité d’un peuple d’un État sans frontières ? Les usages seraient-ils communs, les lois seraient-elles fondées sur une justice universelle et une égalité de fait ? Toute philosophie, surtout sur ce concept de frontières, se heurte au réel, à l’histoire, au social : le socialisme dans un seul pays de Staline est un contre exemple superbe et terrible… La frontière ne sépare pas, elle définit, détermine et identifie ce qui est en son sein. Ainsi entendue en cette positivité, elle peut prévenir toute homogénéisation d’un grand marché libéral, et susciter le désir d’aller vers l’autre, et non vers toi qui manges le même hamburger que moi. RÉGIS VLACHOS Entre les tables La programmation culturelle des Rencontres d’Averroès a pour cette 20 e édition été resserrée autour des quatre jours de tables rondes, de façon à éviter les redondances avec les propositions de MP2013 Les Rencontres d’Averroès ont un programme spécifique destiné au public scolaire, depuis 2005. Cette année, les jeunes générations sont de surcroît conviées à un prologue Averroès Junior, ouvert à tous les publics : le 28 novembre à 14h, rendez-vous est pris dans l’Auditorium du Parc Chanot avec la réalisatrice Samia Chala, qui présentera son film documentaire sur les chanteurs du groupe Zebda : Mouss et Hakim, origines contrôlées. Fouad Didi, Sylvie Paz, Malik Ziad et Bruno Allary, membres de la Cie Rassegna, donneront ensuite un concert mêlant influences espagnoles, algériennes et provençales. La jeunesse pourra évidemment décider de rester pour le lancement officiel de ces 20 e Rencontres, avec -après la conférence inaugurale- une soirée consacrée Aux sources de l’Andalousie : Federico Garcia Lorca et le cante jondo (création de Jesus Mendez, à la fois concert, lecture et performance le 28). Le 30, ils seront sans doute encore plus nombreux à célébrer le retour de Rachid Taha sur scène, reprenant en chœur sa fameuse reprise du tube d’Elvis Presley It’s now or never… Et le 1er décembre, jeunes et moins jeunes se lanceront dans l’Odyssée pour violoncelle et chœur imaginaire de Sonia Wieder-Atherton. Des pauses musicales seront également proposées les trois premiers jours entre les tables rondes, avec le groupe Les Camineurs emmené par Guylaine Renaud, troubadour et conteuse hors pair. Au Palais des Arts se succèderont les élèves de l’ERAC (École Régionale d’Acteurs de Cannes), qui donneront une lecture, le 29 novembre, de textes sélectionnés dans le cadre du projet de Dramaturgie arabe contemporaine porté par la Friche, et la projection entre le 28 et le 30 de documentaires (Voyages d’affaires en Méditerranée de Vassili Silovic, La force des femmes de Ruth Zylbermann, À la recherche du goût perdu de Jean-Paul Fargier, Une jeunesse en révolte d’Antoine Le Rove, Al Intihar de Mario Rizzi, et A house for Bernarda Alba de Lidia Peralta Garcia). On y verra également une performance sur les aléas de la traduction de Yalda Younes et Gaspard Delanoë, Problème technique (le 29). Enfin, le 29, le projet de l’INA intitulé Med- Mem : Partager les Mémoires audiovisuelles de la Méditerranée sera présenté. Des bornes de consultations seront mises à la disposition du public durant le temps des Rencontres, avec accès à plus de 4000 documents d’archives (radio et télévision). GAËLLE CLOAREC Jesus Mendez, soiree du 28 nov JL Duzert Les 20 e Rencontres d’Averroès du 28 nov au 1er déc Parc Chanot, Marseille 04 96 11 04 61 www.espaceculture.net À lire Rencontres d’Averroès n°19 La cité en danger ? Dictature, transparence et démocratie Sous la direction de Thierry Fabre Éditions Parenthèses, 12 euros Un enregistrement des tables rondes de la 19 e édition réalisé par mativi-marseille.fr est également disponible en DVD 9 AP OV LE RI RT OI QÈ US E CULTURE L L E



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