Zibeline n°68 novembre 2013
Zibeline n°68 novembre 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°68 de novembre 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 9,8 Mo

  • Dans ce numéro : comment l'État aide la presse ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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66 L I T T É R A T U R E Saisir le réel Les Littorales ont offert une programmation et des rencontres d’une grande qualité Sous le chapiteau principal place d’Estienne d’Orves des auteurs prestigieux sont venus parler de « l’invention du réel ». En fait, plutôt que d’« inventer » le réel au sens habituel, il s’agit pour eux de le saisir en le nommant pour l’ordonner, le donner à voir et en faire un objet littéraire. L’inventio serait ainsi à comprendre dans son acception rhétorique ; la fiction deviendrait alors organisation d’une réalité « bruyante mais muette » … Revisiter C’est ainsi que l’a présenté Jean-Christophe Bailly. Son dépaysement, récit d’une déambulation dans le paysage et dans le lexique, avec « prélèvements à différents endroits du territoire » se veut « un livre pour apprendre à voir le réel dans sa profondeur ». De même, Pierre Patrolin avec La traversée de la France à la nage livre « un ouvrage de pure fiction où quasiment rien n’est inventé », « une plante étrange qui se nourrirait du terreau du réel ». Un roman d’aventures où il ne se passe presque rien, écrit « pour faire apparaître le monde en mots ». Jean Rolin, qui rappelle ce qu’Ormuz (voir Zib’66) doit à la lecture du livre de Patrolin, décrit ses textes comme des semi-fictions. Il fait partie de ceux que son collègue Christian Garcin appelle « les arpenteurs », dont l’écriture s’apparente au tracé, au parcours. Jean Hatzfeld, lui, revient dans son dernier roman (voir p.73) sur le siège de Sarajevo. « La même guerre mais racontée autrement », loin du présent des journalistes, avec le recul que permet l’écriture romanesque. Sous son pseudonyme Rebecca Lighieri (Husbands), Emmanuelle Bayamack-Tam rencontrait le dessinateur Jérémy Munoz (Un léger bruit dans le moteur) autour de leurs « polars » qui n’en sont pas, mais qui puisent dans un univers graphique et géographique singulier l’inspiration de romans noirs d’un nouveau type. Puis sous son vrai nom elle rendait hommage à l’esthétisation Olivier Douzou, Maya Michalon, José Parrondo et Frédérique Bertrand Libraires à Marseille Olivier Douzou, Maya Michalon, José Parrondo et Frédérique Bertrand Libraires à Marseille Jean Rolin et Baptiste Lanaspèze Libraires b Marseille Jean Rolin et Baptiste Lanaspèze Libraires à Marseille ironique de Baudelaire (Si tout n’a pas péri avec mon innocence), tandis que Nicole Caligaris (Le Paradis entre les jambes) faisait l’éloge de l’ombre de Tanizaki. L’une et l’autre ont en commun une éthique de la langue qui évite tout voyeurisme malgré la crudité, ou la cruauté, de leurs sujets. Stand des Ocrezs vagabonds et enluminures de Gilbert ToccoC.B Imager Au rayon BD, on a pu entendre Cyrille Pomès expliquer comment, à partir de photos et de vidéos, il a restitué les lieux emblématiques du Printemps des Arabes scénarisé par l’islamologue Jean-Pierre Filiu. Quant à Baru, il a rappelé qu’il avait une « tête plus sociologique que psychologique », d’où le soin presque maniaque qu’il apporte à la mise en place des décors qui doivent « rendre compte de ce que les personnages sont » et sa volonté de s’engager dans la manière dont va le monde, en donnant la parole à ceux qui ne l’ont pas. La littérature jeunesse était installée plus loin sur le Cours, dans un étincelant Magic Mirror. Olivier Douzou, directeur artistique des éditions du Rouergue, a retracé son parcours éditorial à l’occasion des 20 ans de la maison (voir Zib’61). Un livre marque l’événement, Forêt wood, hommage à tous les arbres des livres en duo avec José Parrondo... Frédérique Bertrand a expliqué la fabrication de la série Pyjamarama, livres animés qui reprennent une ancienne technique, l’ombro-cinéma. À l’Alcazar, parmi les éditeurs connus de la région on a particulièrement apprécié le livre objet Un tigre dans mon jardin d’Arno, dessinateur marseillais aux éditions Les apprentis rêveurs. À découper et coller. Les livres d’artistes s’exposaient dans le hall du Palais de la Bourse. Gantés de blanc, vous pouviez feuilleter les carnets de 80 participants français et étrangers, notamment des créateurs roumains. Mais aussi lire de la poésie et admirer les enluminures du marseillais Gilbert Tocco sur l’Orlando furioso de l’Arioste. FRED ROBERT, AUDE FANLO et CHRIS BOURGUE Le festival Les Littorales organisé par l’association Libraires à Marseille a eu lieu du 18 au 20 octobre 0
Pour inventer un festival littéraire Olivier Adam David Ignaszewski, Goboy, Flammarion L’invention du réel n’a pas tout à fait satisfait à son désir de transformer Marseille en ville littéraire. Il faut dire que la communication de MP2013 a été molle, que les Écritures Croisées se tenaient au même moment à Aix (voir p.68), que si Les Littorales (voir ci-contre) ont fait l’effort de coordonner leurs rencontres avec la programmation à La Criée certains événements se chevauchaient, et qu’Actoral venait tout juste de se finir… Bref la période était mal choisie pour lancer cet événement exceptionnel que l’on voulait pérenniser ! On y retrouvait un même esprit et beaucoup d’écrivains qu’aux Correspondances de Manosque (voir Zib’67) mais la recette magique n’a pas fonctionné à plein. Certaines soirées ont néanmoins démontré que, mieux préparés, nombre de Marseillais étaient prêts à faire la fête autour de la littérature : Laurent Gaudé et Charles Berling ont fait grande salle comble, ainsi que le trio acoustique d’Oxmo Puccimo. La lecture musicale d’Olivier Adam fut particulièrement réussie, livrant sans emphase mais avec émotion quelques bribes d’un passé douloureux remémoré lors d’un voyage dans le village natal… Florent Marchet, au piano entre autres, s’inscrivait simplement dans ses silences, soulignant parfois ses mots, aussi. La venue d’Hanif Kureishi, qui aurait dû être un événement, ne rassembla que quelques dizaines de personnes ! Pourtant l’écrivain fut lumineux (et bougon !), soulignant la nécessité que les immigrés écrivent enfin, parce que ce sont eux qui savent comment les sociétés européennes ont changé. Il parla avec passion de ce regard qu’il porte, en tant qu’Anglais d’origine indienne, sur ce qu’il voit de sa fenêtre. Et on écouta sa nouvelle, Courir, avec le même délice qu’on a vu My beautiful laundrette, goûtant son autodérision, sa justesse d’observation, et cette foi toujours présente dans la possibilité d’outrepasser les chemins tracés. Les Rues de la Méditerranée, avec Hiam Abbas et Jean-Baptiste Sastre, fut décevant : l’acteur, tout en force et en scansion, traita avec la même dureté la lumière de Maylis de Kérangal et les rues du souvenir de Boualem Sansal, aplatissant aussi Erri de Luca… Quant à Hiam Abbas elle lut, sans traduction, en Arabe et en Hébreu, faisant sonner la langue, mais nous privant du sens. La Méditerranée y apparaissait bien cloisonnée et impénétrable ! Franchement plus sympathique, le Bal littéraire donna l’occasion d’écouter et de danser ! Cinq écrivains réunis durant une journée avec une playlist ont écrit un récit, un peu tiré par les cheveux mais avec de beaux moments hétéroclites, intercalés entre les morceaux à danser. C’était gai, et créatif, et la formule peut s’améliorer encore ! Dans le hall et la mezzanine de La Criée des petites formes : les écrivains qui retracent en direct leurs impressions de visiteurs de la ville, sur tablette. Un manège de verre à cabines voyeuses, sorte de peep-show littéraire, où des comédiens livrent de courts récits intimes… Les propositions étaient riches et nombreuses, et on espère que ce temps fort littéraire et festif perdurera, et rassemblera des foules comme à Manosque ! AGNES FRESCHEL Bal littéraire Cédric Baudu Premier et dernier Velours rouge et grande salle de La Criée pour la lecture d’apparat du Premier Homme d’Albert Camus, son dernier roman largement autobiographique, inachevé malgré lui. C’est Charles Berling qui officie à la table toute modeste et porte haut une heure durant les mots déjà bien connus d’un public conquis d’avance. La naissance, le cimetière et la tombe du père, la classe de monsieur Germain… le découpage favorise la connivence et dès l’ouverture Berling a dans la voix « les gros et épais nuages qui filaient vers l’est dans le crépuscule » … les phrases ne retombent pas, flottent un moment et gardent une résonance un peu nasale créatrice d’une certaine intimité. La main gauche du lecteur s’anime régulièrement et ne mime rien d’autre qu’une intensité passagère ; quelques accrocs, de légers achoppements sauvent opportunément l’exercice d’un académisme sournoisement menaçant. MARIE-JO DHO Charles Berling lira également Le Premier homme lors de la fête du livre de Toulon (du 15 au 17 nov, voir Zib’67) D’outre-tombe ! Il s’avance au pupitre et lit, d’une voix posée, tutoie un fantôme, narrateur immatériel instruit de son propre sort tragique. À l’image d’une « Scène d’enfants » schumannienne, « Le poète parle », les cadences suspendues à leur résolution… On n’y coupera pas à la déflagration finale : quiétude morbide sur une chaussée béante… corps en poussières d’étoiles ! On écoute, yeux clos… silence ! Les héros modernes de Laurent Gaudé sont bien réels ; sa langue les enlumine. À la une, Falcone et Borsellino, juges siciliens luttant contre la pieuvre, sans relâche, prisonniers au quotidien de leur propre courage et de leur destin… On sort du Théâtre de La Criée, le 17 octobre, un temps passé avec l’écrivain lisant sa nouvelle Tombeau pour Palerme, parlant de son art, avec une envie : lire son œuvre. JACQUES FRESCHEL RA... is. r - Lt-es Otiviers r du Négus Les Oliviers du Négus Laurent Gaudé Actes Sud 67 P L OI LT TI ÉT RI QA UT UE R CE U L T U R E L L E



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