Zibeline n°68 novembre 2013
Zibeline n°68 novembre 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°68 de novembre 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 9,8 Mo

  • Dans ce numéro : comment l'État aide la presse ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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22 T H É Â TR E Benoît Paqueteau Transhistoire(s) Les Bancs publics nous font encore voyager et leur festival d’automne à eux, les Rencontres à l’échelle, 8 e du nom, ont déjà dessiné à mi-parcours quelques trajectoires qui pour être modestes n’en reflètent pas moins, sinon un état du monde, au moins une géographie tout intime. L’Algérie toujours, en face et en dedans, avec l’histoire en images aigres-douces du photographe de hasard et de nécessité qu’est Bruno Boudjelal, dont l’exposition Jours intranquilles (chroniques algériennes d’un retour) s’est terminée le 26 octobre : quête d’une identité longtemps noyée dans les secrets de famille, travail de reconstruction dans le pays d’origine au milieu d’une décennie bien noire (1993- 2003), et surtout le « je suis photographe » comme mensonge fondateur qui lancera la machine ; le flou, le fragment, le reflet, la transparence obturée et le cadré décalé sont autant de manières de dire « je » ; de petits cartons jalonnent simplement les étapes et dévident une histoire de tourments sans aucun pathos. Le Congo, ensuite ; pas celui de Tintin ni celui de Gide ou de Conrad et un peu tout cela avec Éric Vuillard dont Thomas Gonzalez a donné une lecture vive en crescendo sous la houlette de Julie Kretzschmar : désastres de la colonisation, cruautés distillées par des personnages d’opérette, grotesque des discours et scènes d’autosatisfaction pompeuse sont le fond granuleux et chaotique d’un récit surprenant. D’autres horizons -Egypte, Ethiopie, Iran- vont s’inviter dans ce festival de la Belle de Mai dont l’identité bien affirmée devrait être le garant d’une pérennité pourtant de plus en plus menacée ; fragilisation de la structure (baisse des subventions ; disparition programmée de l’esprit de Babel, la revue des cultures) et questionnements sur le devenir du lieu même dont Julie Kretzschmar, en bonne maîtresse de maison, semble craindre le déplacement à La Friche, préférant à la « clarification du paysage culturel » un ancrage actif dans un quartier qu’il est capital de ne pas déserter... MARIE JO DHÔ Deux drôles de zigotos dans la nasse de Tarkos La dernière fois que Christophe Tarkos nous avait éblouis, c’était avec L’Argent, mis en bouche par Stanislas Nordey et Akiko Hasegawa, éblouissants (Zib’56). C’est dire si notre attente était grande en découvrant la création du Cabinet de Curiosités, Au bord de la nuit#2, à partir d’extraits de Caisses, Carrés, Processe, PAN et Je veux être la fuite ! La sensation de faire corps avec la « pâte-mot » de Tarkos fut grisante grâce au bel équilibre entre la musique, la vidéo et les mots mis en scène et scénographiés par Alexandre Dufour, et à l’énergie totalement maitrisée des acteurs Mathieu Bonfils et Laetitia Vitteau. Tous deux invitèrent à une lente plongée dans l’univers textuel de Tarkos et l’imaginaire formel d’Alexandre Dufour, aquatique et sensoriel. Aux premières lueurs, raides comme un I au pupitre, en Les Rencontres à l’échelle se poursuivent jusqu’au 16 novembre au théâtre des Bancs publics et à la Friche de la Belle de Mai, à Marseille 04 91 64 60 00 lesrencontresalechelle.com smoking noir, ils déclament, sourire figé aux lèvres ; un jeu sobre, comme parfait contrepoint à la structure insaisissable des poèmes et à la folie des mots. On perçoit les blancs, les silences et même la ponctuation. Mais la plongée n’est pas de tout repos, les voilà embarqués dans un souffle puissant. Chacun avale les mots, en dedans, pour mieux les recracher. Des phrases décousues. Des glapissements, des cris, des jappements, vociférations, injures, exclamations, beuglements, leur corps pétri des mots de Tarkos. Ils jouissent de leur état de mot. Ils se balancent les mots à la face comme ils se jettent à l’eau. Et c’est trempé de la tête aux pieds (baptisés ?) qu’ils terminent leur course folle. Quinze jours seulement après avoir été imprégnés de son écriture : bravo, beau tour de force ! M.G.-G. Au bord de la nuit#2 a été donné les 5, 6, 7 novembre au Théâtre du Rocher, La Garde Un tel État de délabrement… Le 21 mai 1975 : première représentation allemande du Président de Thomas Bernhard à Stuttgart. Ironie du temps, le même jour s’ouvre dans la ville le procès de quatre dirigeants de la Bande à Baader… Quand le Président se planque par peur des attentats, la Présidente déclame haut et fort : « ambition, haine, rien d’autre ! », animée d’une folie qui lézardera sa vie. Au texte féroce, cinglant et corrosif sur la soif du pouvoir et des honneurs, l’aveuglement des élites, la corruption, l’asservissement des peuples, Michel Raskine répond par une mise en scène au couteau, et les acteurs Marief Guittier et Charlie Nelson par une interprétation magistrale. Bouche tordue par la haine, yeux injectés de sang pour elle, fausse bonhommie et lente gestuelle pour l’autre : chacun soliloque, chacun rit d’un rire répugnant, chacun entonne le chant du désespoir (le texte de Bernhard est une longue complainte faite de troublantes répétitions), leurs « monologues » faussement interrompus par leurs dialogues imaginaires avec des marionnettes, poupées de chiffon aussi muettes qu’inertes. Jamais elles ne pourront leur renvoyer à la face toute leur médiocrité, leurs bassesses et leur désir de vengeance ! La peur de guets-apens fomentés par les anarchistes les rend tour à tour hystériques ou apathiques, enclins aux jérémiades ou aux atermoiements, sans cesse aux aguets, surtout face aux artistes qui « sont aussi des graines d’anarchistes ! ». Ultime pirouette de la pièce, l’oraison funèbre du Président victime de l’attentat tant redouté : c’est sa marionnette que l’on met en terre devant sa veuve éplorée… MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Le Président a été joué le 18 octobre au CNCDC Châteauvallon, Ollioules Loll Willems ; 1. jaw
Clowns métaphysiques Cordula Treml En attendant Godot est un grand texte de théâtre. Qui demande de la modestie au metteur en scène, parce que les didascalies de Beckett sont si précises qu’elles laissent peu de place à l’invention ; exige une mécanique implacable des acteurs, parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils peuvent signifier ; laisse le spectateur pantelant, parce que ce monde est noir, malgré le rire, et que le réel jusqu’au langage y est constamment, et dès l’entrée, détruit. Un monde post-apocalyptique imaginé après la guerre, en proie à une déshérence métaphysique et pratique -les objets y disparaissent, et tout fait mal, des silences aux chaussures, et au temps qui ne passe pas. La mort y est la seule délivrance envisagée, avec la nuit, dans un paysage où les arbres sont nus et où un faux Dieu qui s’appelle Godot maltraite son berger et rate ses rendez-vous. La mise en scène de Marion Coutris respecte la lettre : la pierre, l’arbre, les quelques accessoires sont là, tels qu’on les attend, dans un espace presque vide est quasiment fermé. Les personnages sont des clowns, maquillés, dérisoires et mités. Mais la présence humaine de Christian Mazzuchini ajoute de la chair à Didi, et Serge Noyelle en Pozzo rage et fait ronfler ses phrases. C’est surprenant, et du coup des relations humaines se tissent entre eux, de la tendresse, de la domination et de la peur, des liens, et comme une psychologie, étrangère au texte, et là pourtant sousjacente. Une lecture inhabituelle, peut-être à contresens parfois, mais cohérente, et qui fait poindre l’espoir que l’humanité n’a pas tout à fait disparu… AGNÈS FRESCHEL À noter En attendant Godot se joue jusqu’au 23 novembre. Prolongation probable… Théâtre Nono, Marseille 04 91 75 64 59 www.theatre-nono.com Des hommes ordinaires Michel Schweizer a une façon bien à lui d’envisager le spectacle vivant, et les champs disciplinaires qui s’y réfèrent habituellement. Pour déjouer les attentes préconçues, et construire un espace de création qui désacralise la représentation, il réunit sur scène des savoir-faire, des compétences qui « redynamisent le public dans un degré de perception, de réflexion qui redonne à voir des fragments du monde […] ». Après avoir travaillé avec des chiens et leurs maîtres dans Bleib, des adolescents dans Fauves, il s’intéresse dans Cartel, dont la création a eu lieu au Théâtre d’Arles, à la danse classique. Et plus particulièrement celle qui a rythmé la vie de Cyrille Atanassoff et Jean Guizerix, deux anciens danseurs étoiles de l’Opéra Garnier, et de Romain di Fazio, jeune danseur de 21 ans en formation. Avec eux, pris dans cette dynamique propre aux spectacles de Michel Schweizer, une comédienne, Maël Iger, et une chanteuse lyrique, Dalila Khatir, sans oublier M. Schweizer lui-même, en directeur de plateau. Il ne s’agit pas tant ici d’une dernière danse, dont les pas esquissés, avec infiniment de délicatesse pour les uns et de fougue pour l’autre, racontent tout le talent passé Didier Olivré ; +1 et présent, mais plus « universellement » de transmission qui passera par l’échange qui va se créer sur scène. Il est question alors de « donner une mémoire » en dansant, du plaisir (ce qui donne lieu à une discussion savoureuse et animée entre les « anciens » et le « jeune ») d’être sur scène malgré (ou grâce ?) le travail quotidien répétitif et déplaisant, de rencontres avec les plus grands chorégraphes, de chant, de réflexions intimes et en même temps indubitablement générales sur les contraintes de l’âge… Cette communauté éphémère révèle alors un de ces « fragments du monde », avec beaucoup d’humanité. DOMINIQUE MARÇON Cartel a été créé au Théâtre d’Arles les 15 et 16 octobre L’Algérie sous toutes ses formes Le conte, la mort d’un père, le retour au pays de ses racines… Rachid Akbal a le don de retranscrire toutes les émotions vécues par un enfant, Kaci, coincé entre deux cultures, loin des clichés communautaires. Le premier volet de la Trilogie Algérienne, Ma mère l’Algérie, est un hommage vibrant à la « terre-mère ». Sur scène, Rachid Akbal plonge le public au cœur des montagnes Kabyles, à travers un conte traditionnel raconté par la mère de Kaci. Toutes les épreuves traversées par l’héroïne sont des fenêtres ouvertes sur l’Algérie, son peuple, ses traditions, ses paysages… Dans le deuxième volet, Baba la France, Rachid Akbal ne laisse aucune place à l’imaginaire, la réalité est celle de « l’arrivée triomphale » de Baba, père de Kaci, au « Pays de la chance », du travail harassant au Havre, de la guerre d’Algérie, des désillusions… La justesse du jeu d’acteur, mêlée à la beauté et aux détails du texte, co-écrit par Caroline Girard, abordent de manière subtile et émouvante le parcours semé d’obstacles d’un paysan kabyle venu travailler en France. C’est aussi toute la complexité du statut d’immigrant qui est habilement traité dans le dernier volet Alger Terminal 2. Accompagné par la musique et la voix de Margarida Guia, Rachid Akbal navigue tour à tour entre la jeunesse de Kaci en France, son travail forcé en Algérie, sa rencontre avec une belle prostituée... Le jeu du comédien prend de l’ampleur, ainsi que la mise en scène, grâce aux effets sonores et à la vidéo, un final tel un véritable feu d’artifice d’émotions dont on ne sort pas indemne… ANNE-LYSE RENAUT La Trilogie Algérienne a eu lieu du 4 au 10 novembre au théâtre de Lenche, Marseille Alger terminal Régine Abadia 23 P T HO LÉ ÂI T TR I QE U E CULTURE L L E



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