Zibeline n°68 novembre 2013
Zibeline n°68 novembre 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°68 de novembre 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 9,8 Mo

  • Dans ce numéro : comment l'État aide la presse ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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14 É V É N E M E N T S Pierre Grosbois 29, v’là la crise Inaugurer les Plateaux de La Friche avec El Cachafaz de Copi est emblématique de l’esprit qui aurait dû régner en ce lieu… On ne sait ce qu’il adviendra du magnifique outil que sont ces salles de théâtre. Cela dépendra de la volonté des tutelles, de la capacité des compagnies de se fédérer, de la volonté de désenclaver ce quartier, et sans doute des élections municipales. Le départ de Catherine Marnas est programmé en janvier, et pour l’instant l’avenir de ce lieu magnifique reste dans un flou indissipé… Emblématique, El Cachafaz l’est par son succès public, et sa générosité : le plateau est occupé par la présence humaine de cent choristes amateurs qui chantent, bougent et jouent non comme des pros, parce que ce serait les réduire, mais comme des gens qui donnent tout, et remercient. Les quatre musiciens aussi, attentifs, les suivant, les rattrapant parfois, entrent dans la partition avec un plaisir visible, audible surtout : le violon de Marie Laurence Rocca est ample et déchirant, Jean Bernard Rière fait sonner majestueusement les solos de sa contrebasse, et si Magali Rubio est un peu moins souple à la clarinette, l’accordéon de Jean-Marc Fabiano pose avec constance les balises d’une musique surprenante. Car la véritable révélation de ce Cachafaz est le talent de compositeur d’Alain Aubin. Le chanteur lyrique, chef de chœur, avait jusque là arrangé des chansons populaires, écrit des musiques de scène… mais jamais il n’avait fait entendre son univers personnel, fait d’accents populaires alliés à une profondeur harmonique puissante, savamment agencé pour qu’aucun interprète n’y soit en difficulté, et que les nuances du texte soient soulignées. Les chœurs à trois voix prennent aux tripes, et imposent leur pathos dans cet univers déjanté… Car la pièce de Copi est folle ! En alexandrins espagnols, elle mêle avec une grâce unique un langage d’une crudité inenvisageable, où meurtres, bites molles ou dures, transsexualité, anthropophagie cohabitent avec une religiosité moquée et des âmes moralisatrices… Le texte, constamment drôle, surenchérit à chaque instant à ses propres excès qui deviennent comme naturels, portés avec noblesse par Alain Aubin époustouflant en transsexuel vocal danseur de tango sur talons aiguilles, Julien Duval qui joue tous les rôles annexes et chante comme un pro, Renaud Golo qui roule des mécaniques avec un parfait naturel. Catherine Marnas gère ce plateau en virtuose, fait bouger les groupes, danser les corps, trouver une justesse aux moindres inflexions, et laisse l’émotion et la drôlerie affleurer sans empiéter sur la gravité du message politique : El Cachafaz ressemble à un opéra de quat’sous sud américain et évoque la crise de 29 ; mais son univers où la faim, l’injustice de la loi et la misère poussent au franchissement de toutes les limites, évoque plus le nôtre. Le tapage du rire n’y est plus un rempart contre la mort. AGNÈS FRESCHEL El Cachafaz a été créé à la Friche du 19 au 25 octobre a À venir Catherine Marnas participe aux dramaturgies arabes qui se dérouleront à la Friche. Elle a passé commande d’un texte à Driss Ksikes, auteur marocain, pour 6 acteurs dont une Libanaise et deux Tunisiens. N’enterrez pas trop vite big brother parle de la jeunesse, de son rapport aux réseaux sociaux, de son besoin de changement, des menaces totalitaires, et du souvenir parti en fumée d’un immeuble où le creuset multiconfessionnel méditerranéen existait encore. Trois autres créations en arabe auront lieu à La Friche lors des dramaturgies arabes, et de nombreuses lectures et performances. du 25 nov au 1er déc La Friche, Marseille 04 95 04 95 95 www.lafriche.org L’étranger à l’œuvre f) Présentée par Paul Rondin et Agnès Troly (directeurs associés du Festival d’Avignon) le 28 octobre, la Compagnie du Zieu de Nathalie Garraud et Olivier Saccomano a inauguré La FabricA dans sa fonction de lieu de résidence. Après 14 jours de travail, ils ont proposé, avant la création à Bagdad, un filage de L’Avantage du printemps, commandé dans le cadre d’un projet de coopération culturelle en scène sur les clichés Orient/Occident ; première partie du cycle Spectres de l’Europe autour de la figure de l’étranger, qu’ils poursuivront avec la forme itinérante Othello, variation pour trois acteurs 1. « Je suis l’Arabe qui annonce le printemps. Je suis le dieu qui dort dans vos banlieues… Je suis le spectre qui hante l’Europe, je suis la légende sous les photographies de vos journaux. Je suis Othello. » Marie et Omar (Mitsou Doudeau et Omar Abi Azar) seront Desdemone et Othello mais leur réalité d’acteurs, et d’étrangers l’un à l’autre, se confrontera aussi à Shakespeare et à l’Histoire. Les désillusions politiques de l’une, l’engagement d’interprète pour TF1 au Sud Liban pour l’autre, intercalés entre un extrait bégayant de Vladimir et Rosa de Godard, laissent ainsi apparaître leurs contradictions et le lien avec certains motifs d’Othello. Trahison, jalousie, menace des étrangers, la tragédie du Maure de Venise et son crime passionnel se frottent en filigrane au fantasme du non-européen. La Cie du Zieu sait mettre la question politique au premier plan et attend un public participatif. Ce soir-là le dialogue, sans médiation avec la salle, pourtant bien remplie et aussi de quelques têtes souvent « étrangères » au In, resta timide. L’acteur metteur en scène libanais donnera une conclusion clairvoyante face au reproche sur son jeu « antipathique » : « Mais le Libanais sympathique et gentil, c’est aussi un cliché ! Merci de vous en être aperçu. » DE.M. 1 au Massalia du 24 au 29 mars, au Bois de l’Aune du 31 mars au 4 avril, au Festival d’Avignon 2014 À venir Rencontre avec Thomas Jolly pour le projet en intégral d’Henri VI le 13 nov à La FabricA, Avignon Dramaturgie arabe contemporaine Le Syndrome Est-Ouest : L’avantage du printemps et Happinness of a Little Family (du chorégraphe égyptien MohammedShafik) le 30 nov à La Friche Filage l’Avantage du printemps, Cie du Zieu DE.M
Création et événements La saison du nouveau théâtre de la Joliette-Minoterie est lancée, et marche du tonnerre de Dieu ! Après Bleu ! de la Compagnie TPO qui a ravi le jeune public (voir p18), Marseille Objectif Danse s’installe dans les lieux avec la venue exceptionnelle de la Trisha Brown Dance company, pour une reprise et revisitation des Early works de la grande dame de la post-modern dance américaine (les 12 et 13 nov, voir Zib 67). Suivra la création de la Cie Provisoire, maîtresse des lieux. Haïm Menahem porte en lui ce texte depuis 2009, quand il a été traduit en français par Jörg Stickan : le récit d’Edgar Hilsenrath, écrit en 1980, est une logorrhée provocatrice, publiée d’abord aux États-Unis tant il s’apparente dans son impudeur à Bukowski, dans sa superbe à John Fante. Mais si le narrateur, double explicite de l’auteur, erre dans les nuits américaines au début des années 50, et s’affronte à la même misère sociale et sexuelle, il nous parle aussi d’autre chose : Edgar Hilsenrath revient des camps, juste après la guerre, et porte le lourd passé des Juifs d’Europe, qui ne s’efface pas dans le Nouveau monde. Cela s’appelle Fuck America, et pour ce solo Haïm Menahem sera accompagné aux saxos par David Rueff (du 21 au 29 nov). Un autre événement pour clore un trimestre décidément exceptionnel, juste avant DansemOrlando Frieke Janssens (voir p16) : la venue de Guy Cassiers (du 5 au 7 déc). C’est la première fois que le grand metteur en scène flamand, habitué du Festival d’Avignon mais aussi de la scène nationale de Martigues, mettra les pieds à Marseille. Avec Orlando, adapté du roman de Virginia Woolf, mais à peine : on y entend tout le texte (en néerlandais sous-titré). Le travail de Guy Cassiers est ailleurs, dans la scénographie époustouflante qui transforme l’espace, la distance au corps de la comédienne, à sa voix, androgyne. Car Orlando, personnage inspiré par les travestissements Shakespeariens, traverse les siècles et change de sexe, visitant l’histoire et les mœurs, et imposant sur le monde le regard décalé et si ému de l’écrivaine. Et celui de la comédienne Katelijne Fuck America Philippe Houssin Damen, incroyablement malléable, au regard extatique, dont on regrette seulement de ne pas comprendre la langue… AGNÈS FRESCHEL 04 91 90 07 94 www.theatrejoliette.fr Grand Siècle e`, _.. Xavier Marchand et sa compagnie occuperont deux scènes marseillaises en novembre 2013 et janvier 2014 avec les « pièces romaines » de Racine, Britannicus et Bérénice. Le metteur en scène éclaire son choix de cette belle ambition en diptyque Zibeline : On connaît votre travail avec des auteurs parfois loin du théâtre (le récent Germaine Tillion), et voici Racine au programme ? Xavier Marchand : J’ai le goût des œuvres non dramatiques qui intègrent une oralité à vivre sur scène, mais la grande écriture de Racine s’est imposée à moi dans des circonstances signifiantes : une lecture dans la chaleur estivale des Pouilles, à l’ombre d’oliviers peut-être contemporains de l’auteur ; je ne pouvais qu’entendre la couleur des voix, la richesse des intentions, la force de l’actualité -même si « contemporiser » la tragédie est une erreur-, la précision de l’écriture pour faire résonner l’universel. Mais alors pourquoi pas Phèdre ? Le hasard des lectures transformé en nécessité : Britannicus et Bérénice ont été écrits à un an d’intervalle ; on a dit que le rôle de Titus consolait de celui de Néron et les deux tragédies entretiennent des rapports étroits ; Titus, élevé à la cour de Néron était le meilleur ami de Britannicus et aurait goûté au poison ; l’état d’esprit de Racine au moment de l’écriture est bien connu : projet de carrière contre Corneille avec la première pièce dont atteste la préface de la seconde, écrite en pleine aventure amoureuse avec la Champmeslé ; et enfin malgré une structure différente -événementielle et violente pour Britannicus, calquée sur les mouvements intérieurs du « malgré lui malgré elle » pour Bérénice-, les deux pièces ont comme schéma de départ un acte déjà posé. Le travail actuel consiste à en révéler les aspects dans la mise en scène et le jeu des acteurs. Ces liens entre les deux pièces expliquent-ils le choix d’une même distribution ? Il nous a semblé intéressant, en écho modeste aux quatre Molière de Vitez, de retrouver l’idée de troupe et de privilégier un travail de fond de l’acteur sur des personnages parfois aux antipodes ; ainsi Anne Le Guernec jouera Agrippine et Bérénice. Les personnages ne sont pas univoques et comportent tous ombre et lumière ; les comédiens auront à porter un « gigantisme » auquel a pu être confronté un empereur de 19 ans ! Quant au décor, il sera sensiblement le même, entre labyrinthe et souvenirs presque effacés de mises en scène antérieures. Incarner, toucher, sont les axes de notre travail et je dirais qu’un spectacle réussi est celui qui n’a pas d’autre existence que celle de la mémoire du spectateur… ENTRETIEN RÉALISÉ PAR MARIE JO DHÔ Britannicus du 20 au 28 nov La Criée, Marseille 04 91 54 70 54 www.theatrelacriee.com Bérénice du 28 au 31 janv Théâtre Joliette-Minoterie, Marseille 04 91 90 07 94 www.theatrejoliette.fr 15 P É OV LÉ NI ET MI QE UN ET S CULTURE L L E



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