Zibeline n°67 octobre 2013
Zibeline n°67 octobre 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°67 de octobre 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 9,0 Mo

  • Dans ce numéro : une culture citoyenne.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Je n’ai pas peur de 6 P O L I T I Q U E CULTURE L L E l’héritage Entretien avec Olivier Py, le nouveau directeur du In ! Zibeline : On sent beaucoup d’attentes de la part des Avignonnais que vous avez rencontrés hier soir… Olivier Py : J’en suis effectivement assez impressionné… on fera ce qu’on peut ! On sait que Corsetti ouvrira l’édition à la Cour avec le Prince de Hombourg, vous invitez Emma Dante, Nathalie Garraud… que pouvez-vous nous dire de plus sur la programmation ? Y aura-t-il de la danse ? La programmation est faite à 95%, mais je garde quelques effets d’annonce pour le mois de mars. Je vous confirme qu’il y aura toujours de la danse, du théâtre, et de l’indisciplinarité. On fera également une programmation jeune public dans un lieu défini, avec 2 ou 3 spectacles pour enfants de tous âges. Nous réduisons le nombre de spectacles, il y en aura une trentaine, et allongeons la durée du Festival, pour qu’il comprenne quatre week-ends. Pourquoi réduire le nombre de spectacles ? Nous voulons augmenter la jauge, c’est-à-dire le nombre de places mises à la vente, non le taux de fréquentation qui est déjà à 95%. Le problème du Festival aujourd’hui n’est pas le remplissage de salles, mais l’accessibilité et la disponibilité des billets. Donc plus de lieux, moins de spectacles mais avec plus de représentations. On ne changera pas le public si on ne travaille pas ça. Vous engagez une réelle volonté de travailler avec le Off ? Oui, une volonté de dialogue… mais le Off n’a pas véritablement besoin du In. Vous dites le In ? Vos prédécesseurs répugnaient à cette dénomination… Oui, le Festival d’Avignon... Mais le Off existe non ? Il faut pouvoir le nommer. La chose la plus saillante que nous pouvons faire pour le Off, c’est de flécher des institutions, des artistes ou des pièces que l’on aura vus, et pas seulement sur une feuille volante, détachée de notre programme. Vous flècherez aussi du théâtre privé ? Non ! Je me sens en solidarité avec le théâtre public, je n’ai pas de devoir vis-à-vis du privé. Nous flècherons les productions des CDN (Centres Dramatiques Nationaux,ndlr), ce qui se crée dans le théâtre public et passe dans le Off. Je ne peux pas cacher qu’il y a un Off, ça serait un déni de réalité ! On aura aussi des échanges avec les théâtres permanents avignonnais bien sûr. Certains candidats socialistes, à Marseille, veulent établir un lien avec la programmation d’Avignon. Des choses prévues ? Je n’ai pas de projet tout de suite… j’ai discuté avec Macha Makeïeff récemment… Quant à la région… Ce qui se passait à Avignon jusqu’à aujourd’hui n’est pas un modèle de décentralisation de proximité. C’est-à-dire ? Je voudrais des spectacles d’intervention pendant le festival, qui débordent de la périphérie d’Avignon. La région Paca est la seule région, avec l’Ile de France, où on a tourné la trilogie d’Eschyle (voir Zib 63), avec les ATP d’Aix puis la scène nationale de Cavaillon. On a tourné dans les établissements scolaires, essentiellement. Ce serait une bonne idée de trimballer Othello de Nathalie Garraud dans une région qui risque de voter FN à 50% ! Toutes les salles vont-elles continuer à fonctionner ? Les lieux historiques, comme la Carrière de Boulbon, continueront bien sûr. D’autres non. Je ne peux pas m’avancer totalement mais il y aura aussi trois ou quatre nouveaux lieux. À budget constant ? Je n’ai pas demandé de budget supplémentaire pour ça, je vais me débrouiller. Je trouverai des sponsors… mais pour le coût de fonctionnement de La FabricA, pour que ça ne soit pas pris sur le budget artistique. Mes prédécesseurs avaient budgétisé 300 000 euros, c’est un budget purement technique nettement insuffisant. Vous parlez beaucoup du projet social de La FabricA, qui n’était pas vraiment prévu au départ. Va-t-elle devenir un lieu permanent d’Avignon ? Ça n’est pas une salle de spectacles, c’est un lieu de répétition et de création. Mais les artistes ont dans leur cahier des charges d’y mener aussi une action sociale, notamment avec les gens des quartiers. La plupart des artistes aujourd’hui sont d’ailleurs en demande de ça. On fera des répétitions ouvertes, des stages, des ateliers. Le volet social m’importe particulièrement, c’est vrai, mais les quartiers, la banlieue, c’est une question mondialisée, qui concerne tout le monde aujourd’hui. Mais comment fait-on du théâtre populaire ? La notion du théâtre populaire a changé. Faivre Olivier Py Agnès Mellon d’Arcier avait une rupture à créer après Paul Puaux (successeur de Jean Vilar,ndlr). Pour moi l’héritage est plus facile. Et je ne peux pas raconter l’histoire du Festival à des gens de 30 ans qui ne connaissent pas Vilar ! Vilar ce n’est pas la figure du commandeur mais plutôt un grand mécano. Il arrivait à faire venir 2% d’ouvriers… si j’arrive à avoir 2% de gens des quartiers, j’aurai gagné puisqu’aujourd’hui c’est eux le « non-public ». Vilar n’était pas obsédé par les ouvriers, il s’adressait aussi aux commerçants, aux bourgeois. Le théâtre populaire c’est ça, sinon c’est du théâtre prolétaire, celui que Sartre demandait à Vilar, même si lui même créait ses pièces à Paris dans le privé. Voulez-vous convertir le public, populaire et non prolétaire donc, dans cette région qui vote massivement FN ? On peut effectivement augmenter le public local et régional. Quand on dit que le Festival est fréquenté par des « parisiens », ça m’amuse : ils ne sont que 25% pour l’Île de France, les autres régions c’est 30%, les étrangers 9%. Par contre, le Vaucluse et les BDR à 18% et Avignon à 14%... il faut vraiment améliorer cela. Mais pour cela il faut avoir des billets à vendre, donc augmenter la jauge ! Aurez-vous une attention particulière aux artistes régionaux ? Oui, c’est le cas avec Nathalie Garraud, et il y en aura d’autres. Mais avant de parler de la région, il faut souligner qu’il n’y avait pas beaucoup de théâtre de l’hexagone dans les précédentes programmations. Avignon doit être un reflet et un relais de ce qui se crée en
France. Le spectacle de Corsetti c’est l’histoire d’Avignon en 68, ça m’intéresse qu’on revisite l’histoire. Je n’ai pas peur de l’histoire, ni de l’héritage ! Programmerez-vous des femmes ? On vous a reproché leur absence lors de votre première saison à l’Odéon. Je suis homosexuel, donc… (rires). Non, sérieusement, avant que je prenne la direction il n’y avait pas de femmes programmées à l’Odéon, j’ai toujours veillé à ce qu’il y en ait. Je ne dis pas qu’à Avignon on sera paritaires, mais il y a déjà Nathalie Garraud, Emma Dante, Marie José Malis… La place des femmes dans le spectacle vivant va bouger… En danse il y a moins de chorégraphes femmes qu’avant, à l’opéra n’en parlons pas… Oui, des femmes chefs d’orchestre il y en a deux, Equilbey et Gibault, ce sont des postes de pouvoir. Une telle domination numérique des hommes pose des questions… Il y a un plafond de verre, dans ma génération, on était 15 mecs pour 2 nanas, c’était évident. Mais je ne crois pas que ce soit dans la relation entre le spectacle et le public qu’est le problème, c’est dans le renouvellement des pouvoirs. Il y a un sexisme nondit d’une génération, la nôtre, qui a reproduit la domination du mâle blanc et une homophobie. Le théâtre est en retard par rapport au cinéma où les femmes se sont imposées. Au théâtre, j’affirme que c’est générationnel. Quand on a fait le festival Impatience à l’Odéon, consacré à l’émergence, on ne s’est pas posé la question et on s’est retrouvé avec une parité. Donc c’est générationnel. Vous voulez accorder une place à l’émergence et réduire le « In dans le In » en arrêtant l’idée d’artiste associé. Oui, pas de In dans le In, ni de Off dans le In. Si on programme des jeunes gens dont le nom n’a pas circulé partout, ça sera à égalité. De même si on travaille avec des amateurs, ce qui est dans les tuyaux pour 2014 avec certains Avignonnais. Quid de votre création pour 2014 ? Je ne peux pas encore en dire grand-chose… il faut que j’écrive, mais ça s’appellera Orlando et ses pères. Ça devrait être une comédie. Et vous allez avoir le temps ? En général, j’écris un an avant la création et je donne aux acteurs 3 mois avant. Ils sont libres ? Je les ai prévenus ! Quand j’écris je sais toujours pour qui, c’est mon mode de fonctionnement. Et quand trouvez-vous le temps d’écrire ? J’écris 20 minutes tous les jours. Ça vient comme ça, le matin ? Non, plutôt au coucher ! Et ça ne vient pas toujours ! Vers la fin j’ai besoin de passer du temps pour structurer et tout revoir alors je m’isole et je ne fais plus qu’écrire. Mais il faut écrire tous les jours sinon… Ça rouille ? Oui ! Donc trois au quatre mois avant le festival ça vous suffit pour mettre en scène ? Je répéterai avril-mai à la FabricA, puis 3 jours de répétition pour remettre en route, mais je laisserai la FabricA aux autres. Je ne créerai pas à la Cour, c’est mon premier Festival, je devrais m’occuper de beaucoup de choses. Vous parliez hier de recréer les grandes heures du Verger… Oui pour des débats avec le public, des rencontres avec les artistes, un lieu de prise de parole, un lieu politique, on en a besoin. Pouvez-vous nous éclairer sur cette idée de quartier numérique à La FabricA, que certains hier soir ont qualifié de Vilar 2.O ? (Sourires). L’idée de ce quartier qui serait organisé avec un accès numérique, c’est pour attirer les jeunes à la lecture et permettre une meilleure médiation. Je ne peux pas en dire plus pour l’instant. Vous poursuivez les rencontres mensuelles, par exemple le 28 octobre à la FabricA ? Oui, les rencontres publiques, ce n’est pas le plus difficile à faire. Notre présence à Avignon sera effective durant l’année, avec le théâtre d’intervention, les répétitions ouvertes, les générales. J’en ferai une début mai, pour les Avignonnais. Allez-vous continuer à mettre en scène des opéras ? Je vais arrêter pour un temps, j’ai déjà annulé beaucoup de choses, Berlin, Amsterdam. J’en referai plus tard. Donc uniquement de la mise en scène de vos écrits ? Oui, pour l’instant. Je ferai une création à chaque festival d’Avignon. Entretien réalisé par DELPHINE MICHELANGELI et AGNÈS FRESCHEL Tous d’accord ? Le 9 octobre, la fondation progressiste Terra Nova 84 invitait au débat Olivier Py et les têtes de liste des municipales Jean-François Cesarini, président de l’antenne Vaucluse, rappelait que « l’impact sur la ville et la dimension sociale du Festival » restait l’une des préoccupations du cercle de réflexion composé de citoyens et politiques de tous horizons. Olivier Py a présenté les grandes lignes de sa philosophie et son projet, émettant le souhait de renouveler le public (mise en place d’un abonnement de 4 spectacles pour 40 euros) et rassurant une salle comble et captive : « le théâtre populaire, ça veut dire que je dois ce que je suis au public d’Avignon ». Décentralisation et théâtre public (« des mots consubstantiels ») furent également les axes de son discours, fluide et passionnant, et trouvèrent des adhésions spontanées chez tous les candidats présents : la tête de liste UMP, Bernard Chaussegros, manquait à l’appel. Ainsi l’implantation de La FabricA au cœur du quartier populaire Monclar, son projet social, et l’idée d’« un nouveau lieu culturel d’éducation » apparut pour les Avignonnais comme le sujet-phare, et très politique en temps de campagne électorale. Michel Bissière (Avignon Renouveau), ne pouvait encore dévoiler de projet culturel mais demandait que le Festival « multiplie les contacts et partenariats avec ceux qui travaillent à la culture toute l’année » ; André Castelli (Front de gauche), très attaché au terme « populaire » et à « une plus grande cohérence pour la Ville qui souffre du syndrome de pont cassé », formulait son engagement pour « une activité culturelle émancipatrice » ; Cécile Helle (PS) donna trois clés pour relever les défis -urbain, public et temporel- liés au Festival. À savoir la mobilisation des acteurs permanents de la ville « et des compagnies qui manquent de lieux alors que nombre de théâtres équipés sont fermés 11 mois sur 12 », une place pour l’émergence, et la création d’un pôle de lecture publique avec un réseau de bibliothèques dans les quartiers périphériques. « Olivier Py veut un festival populaire, vibrant, vivant et humaniste… c’est ce que je veux pour la Ville ». DE.M. 7 P O L I T I Q U E CULTURE L L E Olivier Py, J.-F. Cesarini, Cécile Helle De.M 1{ice*Priésiden e de tif



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