Zibeline n°67 octobre 2013
Zibeline n°67 octobre 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°67 de octobre 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 9,0 Mo

  • Dans ce numéro : une culture citoyenne.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 26 - 27  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
26 27
26 M U S I Q U E Verdi à l’optique C’est avec plaisir qu’on retrouve la belle mise en scène d’Aïda signée Charles Roubaud, après Marseille en 2008 et Orange en 2011. Pour l’ouverture de la saison imaginée par Maurice Xiberras, on assiste derechef à une féerie de projections d’images, en fond de scène ou sur les côtés, à même les pans de décor ou sur des tombées de rideaux servant d’écran, simulant des colonnes, parois en bas-relief, pyramidales et statuaires, fleuve mouvant de reflets lunaires, défilé militaire amplifiant le « triomphe » aux « trompettes » stéréophoniques… C’est un habile emboîtement d’effets d’optiques, travelling cinématographiques du plus bel effet... Jusqu’au final où, suivant le livret, le tombeau s’ouvre sur un ciel nocturne… et nous laisse la tête dans les étoiles ! Sur le plateau, Zoran Todorovitch (Radamès) donne le meilleur de lui-même en dépit d’une forte laryngite (le 27 sept) entravant sa puissance naturelle, la justesse des aigus... mais la voix tient, par miracle… jusqu’au bout… Ouf, on a frôlé l’annulation ! Michele Capalbo est une Aïda puissante, au Charme baroque Au XVIII e siècle, Haendel est un compositeur « européen » qui synthétise les influences stylistiques de son temps, à la fois par l’étude des partitions de maîtres allemands, français, italiens, anglais, que par l’imprégnation culturelle de pays où il vécut. Le Saxon a une vingtaine d’années lorsqu’il arrive à Rome où l’on interdit les représentations d’opéras. Durant près de trois ans, il compose de la musique religieuse, dont les joyaux qui furent joués par l’Ensemble RosaSolis au Théâtre du Jeu de Paume le 2 octobre. Dans un pur style baroque, un théâtre qui se prête à des répertoires qu’on n’apprécie guère dans des salles trop spacieuses, les archets des violons ont rebondi, virevolté au-dessus d’un excellent continuo (violoncelle & orgue positif ou clavecin). Deux Sonates (op.2) se sont intercalées entre les pièces vocales interprétées par une diva svelte, souriante, dans sa robe d’apparat : Magali Léger. De sa voix chaleureuse et rondelette, ses aigus vibrants, elle est passée d’un Alléluia rieur (Coelestis dum spirat) à la tendresse du Salve Regina chanté sur le fil de soupirs haletants et de cordes soyeuses. Condensé d’émotion, le Gloria in excelsis Deo a frappé l’auditoire par l’ardeur de vocalises lancées en trapéziste, comme par les dissonances douloureuses illustrant le « miserere nobis ». Aucune faute de goût, si ce n’est d’accord, récurrent, entre deux violons dont la projection sonore s’est avérée déséquilibrée. J.F. Christian Dresse timbre large comme son vibrato, elle séduit particulièrement dans les aigus filés pianissimo. Marco di Felice se taille une bonne part du succès avec son beau baryton dans le rôle d’Amonasro, quand Amneris (Sonia Ganassi) émeut à la fin de son ultime cri de désespoir. Les rôles de la Grande Prêtresse (Ludivine Gombert) ou Ramfis (Luiz-Ottavio Faria) sont bien distribués Dans la fosse, Fabrizio Carminatiest dans son jardin avec Verdi : il connait tous les recoins d’une partition qu’il mène d’une baguette sûre. Magali Léger Christian Jungwirth Et ce sont les scènes de foule qui marquent les esprits, comme le ballet « afro-guerrier » de Laurence Fanon, largement plébiscité… et toutes les parties des Chœurs de l’Opéra (dir. Pierre Iodice), comme ses appels puissants à la « Victoire » ou ses « sotto voce » sensibles. JACQUES FRESCHEL Raphael Pidoux G Christophe Fillieule Aïda a été donné à l’Opéra de Marseille du 21 septembre au 3 octobre Sous le soleil Raphael Pidoux Christophe Fillieule e Elle signe à la pointe de sa baguette son nom d’un double Z, Zahia Ziouani, chef « e » au royaume des chefs, chacun de ses zestes gorgés de soleil et emplis de lumière rappelant ses origines méditerranéennes. Et ces couleurs d’Orient, exotisme de façade comme chez Saint-Saëns dans sa Danse Bacchanale, lumière tamisée comme dans le superbe Poème pour violon et orchestre op 25 de Chausson, douce violence de tons ocrés dans la Danse extraite de la Vie brève de De Falla... Zahia les distille avec une énergie solaire dirigeant l’Orchestre Symphonique Divertimento comme un peintre manie ses pinceaux. Construisant son programme comme ces délicieuses mignardises baignées de miel, elle nous amène progressivement au cœur de l’Orient dans la musique classique algérienne, puis dans les rythmiques claudicantes de la Grèce et de la Turquie, intégrant à son orchestre de superbes musiciens d’Orchestre de Palestine de Chypre et d’Algérie. Cette mixité, ce syncrétisme, ce métissage de styles et d’esthétiques, le public du GTP put l’apprécier pleinement dans deux œuvres de jeunes compositeurs, Olivier Pénard dans son Dyptique musical franco-algérien 1 re partie, suivie de la 2 e partie de ce même dyptique de Salim Dada. Ces deux œuvres, habilement construites et très bien orchestrées, d’un dynamisme vivifiant, furent à l’image de cette soirée haute en couleurs. Raphaël Pidoux, magistral, Jean- Marc Phillips-Varjabédian, violoniste élégant au jeu sans emphase à l’émotion brute, Rachid Brahim-Djelloul, altiste et chanteur algérien magnifique... autant d’artistes d’horizons différents réunis par cette femme majuscule, qui a réussi à montrer combien l’Art, et la musique en particulier, est un vecteur d’émotion, de connaissance mais également d’intégration. CHRISTOPHE FLOQUET Le concert a été donné au GTP le 11 octobre
Paroles de génies Elle est seule, devant l’orchestre, avec pour accessoires un fauteuil et un téléphone de brocante posé sur une table basse qu’elle décroche furieusement, enserre et câline au son de la « Voix », si dérisoirement « Humaine » de l’amant qui fuit, détourne et ment… culpabilise… n’aime plus ! Elle s’obstine à l’appeler encore « mon chéri… mon amour », simule le calme quand elle « devient folle », jusqu’au cri déchirant le théâtre ! Sa solitude l’étouffe, comme ce fil -il y en avait un en 1958 au téléphone- dont elle s’entoure le cou en écharpe suicidaire en murmurant « je t’aime » … Comme le monologue de Cocteau rend avec finesse cette tragédie du quotidien ! Et comme la musique de Poulenc souligne les tourments intérieurs, entrecoupe d’accords anguleux la communication brouillée, figure l’attente désespérée, s’épanche, lyrique, aux souvenirs heureux ! Mireille Delunsch, formidable comédienne, rend grâce au texte, incarne avec force le désespoir d’un être dont les ors ont passé et dont le chant, à la limite de la brisure, touche chacun(e) de nous ! Auparavant, les pianos jumelés des sœurs Momoyo & Mari Kodama ont marié puissance percussive et élégance lyrique dans leur réplique à l’excellent Orchestre Philharmonique de Marseille (dir. Lawrence Foster). Quel travail de précision réalisé dans la mécanique d’orfèvre imaginée par Poulenc : tout un dialogue Mireille Delunsch Aude Boissaye Mireille Delunsch Aude Boissaye pointilliste aux dissonances acides, clarté mozartienne moirées de couleurs automnales, matière brute ou serpent mélodique étiré… du mystère au burlesque ! Une semaine Poulenc qui a vu aussi deux spectacles créés au Grand Foyer les 8 et 9 octobre : sa « Correspondance » illustrée au piano par Edouard Exerjean et Histoire de Babar avec Maurice Vinçon (récitant) et des solistes de l’Opéra. JACQUES FRESCHEL La Voix Humaine et Concerto pour deux pianos de Poulenc, à l’Opéra de Marseille le 11 octobre, dans le cadre du cinquantenaire de la disparition de Jean Cocteau et de Francis Poulenc Souffle poétique Une « mer méditée, narrée », scandée par les sirènes, lesquelles ? Celles des bateaux qui entrent et sortent des ports, ou celles mythologiques qui enchantent les Ulysse arrimés à leur mât… Le Trio Méditerranée compose un immense poème d’amour qui réconcilie les rives opposées. Les instruments, les airs, trouvent des échos dans les formes abstraites ou non projetées sur le mur de fond, le tambourin devient un reflet de lune arraché à la nuit. Musiques arabo-andalouses, comme Ya rasha Ifattan, qui narre la souffrance amoureuse et prend à témoin la gazelle ou la branche de Trio Méditerranée X-D.R saule, poèmes, de l’Émir Abdelkader ou de Claude Crousier, improvisations, musique classique savante, airs populaires, textes iraniens, emportés avec finesse par le violon ou le oud de Fouad Didi qui interprète la plupart des chants suivant une ligne sobre qui ne cherche par l’ornementation à tout prix. Shadi Fathi interprète les morceaux avec délicatesse au setar, petit luth à trois cordes au long manche, au daf, grand tambour cerné de sonnailles, au zarb, instrument de percussion composé d’une pièce de bois creuse, et à la darbouka, toujours avec la même élégance. Les clarinettes de Claude Crousier dessinent un orient rêvé. Mais le groupe ne se contente pas de transmettre un patrimoine précieux, il s’attache à la modernité en rythmant le concert de l’œuvre contemporaine de François Bousch, Sirènes, composé pour clarinette basse et sons fixés. Les architectures se complètent, apportant les unes aux autres de nouvelles grilles de lecture, d’écoute. Le public conquis ovationne ces beaux musiciens, les youyous répondent aux sirènes… MARYVONNE COLOMBANI Chants sacrés en Méditerranée, le 8 octobre au Comoedia, à Aubagne Oubliées… Fidèles à leur habitude de défrichage d’un répertoire méconnu du grand public, Claire Bodin et sa compagnie Les Bijoux indiscrets sont venus au Foyer Campra de l’Opéra de Toulon exhumer quelques trésors du répertoire baroque, tous écrits par des femmes. Alternant œuvres instrumentales et œuvres mixtes, le programme nous invitait à découvrir une fois de plus le talent méconnu de compositrices qui n’auraient pas eu à rougir de leur travail, comparé à celui de leurs homologues masculins. Dans les cantates profanes de Barbara Strozzi et Camilla de Rossi par exemple, on mesurait à quel point le dialogue amoureux restait, longtemps après l’Amour Courtois, un sujet de préoccupation tissé ici autour de savoureuses alternances de timbres vocaux. Le mélange d’une soprano et d’un alto, rendu avec un bel équilibre et beaucoup de connivence par Lina Yang et Julien Freymuth, mettait en évidence les tourments de l’âme, ces fameux affetti propres aux canons esthétiques de l’époque. La musique était alors au service de la voix, mais dans les œuvres purement instrumentales, la maîtrise de l’écriture n’était pas en reste et démontrait également l’expertise indéniable d’Isabella Leonarda et Mrs Philarmonica dans deux superbes Sonates pour deux violons et basse-continue. Grâce à une interprétation remarquable, l’auditoire en fut convaincu. À l’issue d’une telle prestation on ne peut que souhaiter voir ce préjudice totalement réparé. Vivement l’enregistrement… EMILIEN MOREAU Concert donné le 4 octobre à l’Opéra de Toulon Ensemble Les Bijoux indiscrets X-D.R. 27 MP UO LS I QT UI QE U E CULTURE L L E



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 1Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 2-3Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 4-5Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 6-7Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 8-9Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 10-11Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 12-13Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 14-15Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 16-17Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 18-19Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 20-21Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 22-23Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 24-25Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 26-27Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 28-29Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 30-31Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 32-33Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 34-35Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 36-37Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 38-39Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 40-41Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 42-43Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 44-45Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 46-47Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 48-49Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 50-51Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 52-53Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 54-55Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 56-57Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 58-59Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 60-61Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 62-63Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 64-65Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 66-67Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 68-69Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 70-71Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 72-73Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 74-75Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 76-77Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 78-79Zibeline numéro 67 octobre 2013 Page 80