Zibeline n°67 octobre 2013
Zibeline n°67 octobre 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°67 de octobre 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 9,0 Mo

  • Dans ce numéro : une culture citoyenne.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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'mM=1..111111111111111. - 18 T H É Â TR E Introspections libanaises Le théâtre de Lina Saneh et Rabih Mroué déconcerte. Tout en interrogeant, y compris sur le mode humoristique, la notion d’artiste et le rapport au corps, il parvient à décortiquer les mécanismes d’étouffement d’une société par la domination religieuse, institutionnelle ou médiatique. Dans Qui a peur de la représentation ?, l’action relève du jeu. Un homme et une femme assis à une table. Elle, ouvre au hasard un livre que l’on devine d’art contemporain et cite des noms de personnalités occidentales à la notoriété acquise en bousculant l’ordre établi. Lui, en arbitre, lui accorde un temps défini par la page de l’ouvrage piochée pour évoquer les artistes en question. L’actrice se positionne alors devant une caméra imaginaire et se lance dans la description de performances de body art plus ou moins provocatrices, où le sexe, la scatologie ou la mutilation sont de mises. Par intermittence, l’homme se lève à son tour et, dans sa langue maternelle, raconte le récit réel de la dérive d’un compatriote, Hassan Mamoun, dans la folie meurtrière. Ici, l’individu est, dans un cas, émancipé et valorisé ; dans l’autre, nié et manipulé. Dans le premier, la violence s’apparente à une prétendue modernité quand, dans le second, elle résulte de l’archaïsme d’un mode de pensée. Avec Appendice, le couple Saneh-Mroué s’attaque au tabou de l’incinération dans le monde musulman. Immobile, sur une chaise en fond de scène, Lina écoute, muette, son compagnon détailler l’absurde et hilarant scénario qu’elle a elle-même établi pour, d’amputation en ablation, brûler un à un ses organes et, au final, vaincre l’interdiction, délivrer le corps de toute emprise du sacré ou de la morale. Se sacrifier, au prix de la douleur physique, pour faire triompher la liberté d’action et de décision de l’individu. Le sacrifice, par le suicide, fut le choix, en plein printemps arabe, d’un jeune activiste libanais dont le geste fatal est au centre de la pièce 33 tours et quelques secondes. Entre théâtre-documentaire et installation. Sur les planches, pas de présence humaine mais le bureau du défunt. Fax, sms, flash télévisé, portable qui sonne en vain et, sur écran, la page Facebook du militant où apparaissent en direct les réactions passionnées de ses partisans comme de ses adversaires, provoquant une polémique dans tout le pays. Les combats politiques peuvent-ils survivre à ceux qui les ont menés ? Cela semble la préoccupation essentielle de Lina Saneh et Rabih Mroué. THOMAS DALICANTE Ces spectacles ont été joués les 2, 3 et 5 octobre, à la Villa Méditerranée, dans le cadre d’actoral Qui a peur de la représentation Houssam Mchaiemch Sad Sam Lucky, Matija Ferlin Nada Zgank Grand écart Avec le Sad Sam Lucky de Matija Ferlin, c’est la plongée dans un lac des signes, une expérience de la durée, du son et du mouvement. Tournant en rond dans une pièce délimitée par une scène de marbre semblable à un tableau posé au sol, un homme agrafe des pages indéchiffrables sur une table : « Beaucoup de travail m’attend, n’est-ce pas réjouissant ? ». Il les met en voix et en gestes, sous forme de bribes d’histoires : cris inarticulés et archaïques, monologues ébauchés, grincement inaudible et pourtant assourdissant d’une table qu’on déplace, mouvements des lignes que dessine la poussière noire sur le sol blanc… Autant d’esquisses qui semblent suspendre dans l’espace des trajectoires anecdotiques, des morceaux de vie. Ce que la formule, conçue sur la répétition hypnotique d’une tâche de scribe à la Bartelby, pourrait avoir d’expérimentalo-cérébral est désamorcé par la puissance, l’efficacité et le dosage parfait de précision et d’émotion d’une science du corps et du son à la fois conceptuelle, expressionniste et athlétique. Au minimalisme noir, blanc et gris du premier, succèdent les couleurs acidulées de La Vecchia Vacca de Salvatore Calcagno. Un jeune homme est à la fois nourri et tiraillé par les fantasmes de femmes qui sont autant de variantes de l’amour impossible voué à la mère. Les kitscheries pastel et les musiques des années 60 habillent des nudités barbouillées, fragiles ou brutales. Les femmes, à la fois gracieuses et avachies, sensuelles et veules, ont des voix tantôt d’anges et tantôt de pies jacassières, des seins à la fois lourds et creux : plénitude nourricière, désir, ou poches vides d’un pis qui a trop servi. Madone, ma maîtresse ! Entre l’éternel féminin et l’éternelle Italie, entre pasta et nutella, la jeune équipe de La Vecchia Vacca nous offre une proposition généreuse mais finalement convenue, où le poncif, pas toujours maîtrisé, manque son effet. Dans la programmation d’Actoral, ces deux spectacles se rejoignent d’une certaine manière : une attention portée au voyage cosmopolite entre les langues, ainsi qu’à la rencontre du théâtre et de la danse, à la richesse qu’apportent les approches graphiques et chorégraphiques. Mais de l’un à l’autre, mieux vaut savoir faire le grand écart. AUDE FANLO Sad Sam Lucky, de Matija Ferlin (24 et 25 septembre) et La Vecchia Vacca de Salvatore Calacagno (30 septembre et 1er octobre) ont été coproduits par le Théâtre des Bernardines, pour le festival actoral
Sans parole au Merlan Avec Ponts Suspendus, Gustavo Giacosa fait surgir intact un univers très personnel, fait d’hystéries plastiques, de quelque chose empruntant au baroque des films d’horreur, à l’esthétisation des joues creusées et des maquillages noirs, des contrastes. Les tableaux d’épouvante s’y succèdent, jouant des lumières léchées, d’une scénographie faite de passerelles entre l’ici-bas et l’au-delà, avec des musiques qui glissent et rythment, puis s’envolent vers le lyrique. Un travail dont il dit qu’il est en cours d’élaboration, et qui semble très fini, tant l’onirisme noir déchaîne de tempêtes froides, obstinées… The Pyre de Gisèle Vienne est tout autant mutique. Plongée dans un vortex, tourbillon de flashes incessants, de lumière blanche qui semble l’aspirer vers le fond ou la projeter en avant, elle bouge. Lentement. Dans un mouvement permanent, souple et fascinant. Les dix premières minutes sont époustouflantes d’autant que la musique bat sourdement, tout autant que la lumière, dans les oreilles. Puis on s’ennuie : la plasticienne ne semble pas mesurer le déploiement du temps théâtral. La deuxième partie reprend la première, un The Pyre Gisèle Vienne garçon est entré aussi, et progresse dans le sens inverse de la danseuse. Plus gourd. Un instant ils se saisissent, et c’est à nouveau très beau. Puis cela s’éteint, et on reste avec le sentiment étrange d’avoir vu la vie qui passe et brûle, comme une révélation qui aurait duré trop longtemps. A.F. Qu’est-ce qu’il nous fait Rodrigo ? On a l’habitude que les spectacles de Rodrigo Garcia dérangent : sa manière brutale de mettre en jeu un rejet primaire, instinctif, de la société de consommation (ou non) est une agression frontale, qui non seulement montre les excès, les débordements et l’absurdité de notre monde contemporain et de ses relations humaines, mais aussi comment on s’y complait. Comment le spectateur, là devant, et les acteurs, eux aussi, y sont plongés jusqu’au cou. Pas de lutte ou de dialectique, pas de révolution en vue sinon nihiliste, dans sa volonté d’anéantissement comme seule issue possible. Muerte y reencarnacíon en un cowboy va jusqu’au bout de cela. Version macho cinquantenaire. Tout y est décrit comme absurde. La famille, la consommation et le couple, la mort même. Cela commence d’ailleurs par cela, une très lente et très très bruyante agonie, avec des soubresauts et des réincarnations possibles, en danseuses, en corps gémellaires, puis en cow-boy. Pas un mot n’est échangé pendant plus d’une heure, puis une fois la transformation opérée, les deux hommes transformés en caricatures d’américains pseudos virils balourdent des slogans nihilistes, mettant à bas tous les plaisirs possibles de la vie, de la relation à l’autre, ne sauvant que la baise, et encore. Geisha, poussins, chat replet sans appétit, vache de rodéo ornent la scène ou les vidéos qui passent, comme autant d’artifices affirmés. C’est constamment glauque et assourdissant, et les spectateurs quittent la salle en grappes. L’impérialisme américain que l’auteur metteur en scène critiquait dans ses précédents spectacles semble ici parfaitement intégré. Crise de la cinquantaine ? Décidément, certains hommes ont du mal ! AGNÈS FRESCHEL Muerte y reencarnacíon en un cowboy a été joué à La Criée les 11 et 12 octobre dans le cadre d’actoral D Christian Berthelot Ponts suspendus et The Pyre ont été donnés au Merlan les 25 et 26 septembre et les 3 et 4 octobre dans le cadre d’actoral Et la cruauté, bordel ? a) On pourrait croire à un conte pour enfant. Puis les personnages de Mystery Magnet, un temps innocents, se révèlent des monstres. Affreux, sales, mais pas si méchants. Ça dégouline, ça régurgite, ça gicle, ça tranche et ça perce. Sauf que les immondices projetées le sont tel un feu d’artifice de couleurs. Comme si l’enfer était pavé d’un arc-en-ciel. Se dévoile alors un monde habité d’êtres à poils longs, de centaures au féminin, de pantalons géants qui se déplacent tout seuls. Quand une nuée de fléchettes s’abat sur cette cour des miracles, cela ressemble davantage à une pluie de sucres d’orge qu’à une attaque chimique. Un humour gore mais tendre ! Le spectacle de Miet Warlop et la compagnie Campo repousse les limites de l’imaginaire, réinterprétant les codes du surréalisme et du burlesque. T.D. Mystery Magnet a été joué du 8 au 10 octobre, à la Criée, dans le cadre du festival actoral Reinout Hiel 19 T H É Â TR E



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