Zibeline n°67 octobre 2013
Zibeline n°67 octobre 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°67 de octobre 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 9,0 Mo

  • Dans ce numéro : une culture citoyenne.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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12 É V É N E M E N T S Le succès du musée continue de surprendre agréablement : loin de se tarir, le flot de visiteurs s’est encore accru en septembre, et en quatre mois 1 100 000 personnes ont franchi les passerelles et les portes pour une promenade, un spectacle ou une expo… Les entrées payantes affichent d’ailleurs un score considérable : si deux visiteurs sur trois se promènent dans les propositions gratuites, plus de 350 000 personnes ont déjà visité les expos, soit davantage que ce qui était espéré en un an… Mais les propositions du soir recueillent moins de succès dans la salle Germaine Tillion. Pourtant chaque jour des séances de cinéma, des rencontres littéraires ou historiques, des concerts, des conférences d’une grande qualité intellectuelles sont proposées. Mais les entrées fermant à 18h30, et le J4 désert la nuit, sont peu propices à garder le visiteur dans les murs ajourés… Il faut savoir qu’il s’y passe des choses la nuit ! Et si la fréquentation a été peu satisfaisante, la qualité des propositions était au rendez-vous. Qu’on se le dise : la cité culturelle est ouverte tous les soirs (sauf le mardi) en nocturne ! Le MuCEM Pourquoi ils écrivent Il est des heures précieuses. La première des rencontres littéraires organisée par le MuCEM le 16 septembre était un de ces moments rares. Tout y était parfait. Philippe Lefait qui interrogeait avec pertinence mais aussi une modestie presque naïve, riant de l’intelligence de ses hôtes ; Patrick Boucheron qui parla de la place de l’historien avec la pertinence d’un homme qui ne cesse de s’interroger et de construire ; Wajdi Mouawad qui sous les yeux des spectateurs émerveillés inventa des histoires, parla par métaphores longuement Wajdi Mouawad Jean-Louis Fernandez filées, avec un sens unique du récit inopiné, et symbolique. Ces trois-là ensemble tournaient, chacun à sa manière, autour des problèmes posés par l’écriture de l’histoire, fictionnalisée ou non. Patrick Boucheron : « Être médiéviste c’est une autre façon de chercher l’actuel, de pister les traces. […] L’histoire aujourd’hui ne se reconnait plus par ses certitudes, il faut pratiquer l’hygiène de l’incertitude et exhiber ses fragilités. » Car « le régime propre des historiens est de défendre la vérité mais le moyen pour ne pas faire de la littérature est de s’engager dans l’écriture, pour fortifier la frontière entre la vérité et sa transcription. » Wajdi Mouawad : « J’ai toujours pensé qu’écrire était un déclin par rapport à la parole, au théâtre. » Patrick Boucheron : « Au Moyen-Âge Scripta manent verba volent ne veut pas dire que les écrits perdurent et que les paroles s’évanouissent, mais que les écrits sont figés tandis que le verbe s’envole vers Dieu… » L’écriture est, pour chacun, une sorte de dévoiement de ce qui serait un absolu : la vérité historique pour Boucheron, les visions qui le visitent pour Mouawad. Et puis ils parlèrent encore de la difficulté de vivre dans un monde obsédé par le besoin d’être connecté. De combien il était plus difficile de s’adresser à une « audience élargie » qu’à un public de spécialistes -les brouillons les plus torturés de Duby sont ceux de ses émissions Le Temps des Cathédrales- du fait que ce n’est pas la guerre qui fait un écrivain, le traumatisme, Désir sans sentiments En écho à l’exposition Au bazar du genre Féminin/Masculin, le MuCEM a mis en place un cycle de documentaires et fictions chacun évoquant la sexualité, la virilité, la féminité… dont une double projection intitulée Fatalement féminines le 25 septembre. Chroniques d’un amour d’Antonioni et Loulou de Pabst ont été choisis pour interroger les représentations cinématographiques de la femme fatale. Le premier raconte l’enquête d’un détective sur Paola et son amant Guido, le second l’histoire d’une femme sensuelle, maîtresse du Dr Shön qui la désire mais ne la traite jamais comme une humaine. Loulou, comparée à Pandore, est victime du vice : le Dr Shön ne s’intéresse qu’à son corps, ses amis à son argent et Alwa, qui dit l’aimer, finira par les ruiner au jeu les condamnant à vivre dans les bas quartiers de Londres. Pabst lui-même, qui filme Louise Brooks avec fascination, VU affuble sa femme fatale d’un goût du luxe animal. Seule la Comtesse Anna Geschwitz, dont les sentiments pour Loulou sont aussi faits de désir, veut vraiment lui venir en aide. Mais lorsque Loulou tue en légitime défense, elle est accusée de meurtre : un homme de ce rang ne peut être un assassin. Vingt ans après en Italie le néoréalisme filme la femme autrement, mais elle est toujours aussi fatale aux hommes : traitée en objet elle n’a pas à s’exprimer. Enrico Fontana, mari de Paola, lui refuse une Maserati sous prétexte que cette voiture trop rapide, trop virile, « n’est pas faite pour une femme ». Paola ne peut vivre son amour avec Guido sans passer par le meurtre, tandis que lui n’a cure de la mort accidentelle de sa fiancée Giovanna, plus mystérieuse qu’elle n’y parait. Le désir reste lié à la mort. Cinéma parlant et film muet s’enchainent de
le soir mais le désir d’écrire et l’admiration pour les livres… mais qu’on fait avec ce qu’on a vécu, « ce que vous avez sous la main. J’ai donné la parole à ceux qu’on m’a appris à détester. Ma mère me disait que je n’étais ni juif ni arabe ni rien, mais un Phénicien. C’est-à-dire le membre d’un peuple mort. » Interrogé sur ce qui fait l’identité, et sur comment la dépasser, l’historien répondit comme un écrivain : « Bien sûr l’identité nationale est une fiction, mais on ne croit qu’aux inventions. La nation française a été inventée et alors ? On y croit. » Mouawad : « On se met à inventer des histoires, du théâtre en particulier, parce qu’il faut inverser une somme de bêtises. J’ai eu envie d’écrire du théâtre en lisant Hamlet, parce que les jeunes gens y étaient tous victimes des luttes des pères qu’ils devaient endosser. Il faut que les jeunes aient le droit à l’indifférence, et il faut inventer les mots de la riposte. » La rencontre se termina par la question toute simple d’une enfant d’une dizaine d’années : « Comment écrit-on du théâtre de l’intérieur ? » L’auteur acteur respira longuement, et raconta l’histoire d’un frère qui a tant souffert qu’il n’a plus de mots en lui, et pour lequel on les invente, lui rendant la parole. L’empathie était palpable, et le respect, profond. AGNES FRESCHEL Cette rencontre a eu lieu le 16 septembre au MuCEM dans le cadre des rencontres littéraires (un lundi par mois) manière fluide : ces histoires sentimentales sont à la fois théâtrales et très abstraites dans leur traitement, particulièrement Loulou réalisé au moment où l’expressionisme influençait le cinéma allemand. Mais aujourd’hui le point de vue apparaît doublement masculin : si les personnages exercent une domination qui va jusqu’au bestial (Loulou finit égorgée par Jack l’Eventreur, scène qui avait été censurée en 1929), les réalisateurs fascinés par leurs actrices en font aussi des représentations du mal. La sexualité féminine est perçue par des hommes qui « créent » des êtres désirables plutôt que de laisser parler leur désir. Un sujet encore tabou ? le public n’est pas venu nombreux au MuCEM, qui pourtant programme du cinéma de répertoire enfin accessible à Marseille, autour de questions passionnantes. ALICE LAY Crise et pétrole au JT L’animateur de La Fabrique de l’histoire sur France Culture Emmanuel Laurentin a inauguré son cycle Le temps des archives au MuCEM le 23 septembre. Il accueillait le spécialiste des questions d’énergie Alain Beltran, à propos de la crise du pétrole survenue en 1973. Ce dernier proposait une contextualisation bienvenue : le gâchis usuel lorsque le baril valait à peine 1 €, les signes avant-coureurs, le basculement du rapport de force entre les pays arabes producteurs et ceux qui dépendaient d’eux, les relations entre bloc communiste, USA, Israël et Europe post-décolonisation... Le tout ouvrant sur un nouvel ordre économique mondial, avec les avatars que l’on connaît, du nucléaire au gaz de schiste. La grande force de cette formule est de s’appuyer sur les documents audiovisuels mis à disposition par l’INA, qui plongent immédiatement le spectateur au cœur du processus historique. Procédé intéressant à plus d’un titre : les journaux télévisés de l’époque, avec des sujets de fond traités en plus de 10 minutes (luxe inimaginable aujourd’hui !) servent tout autant à l’histoire des médias qu’à celle de la crise du pétrole. Gageons que le Temps des archives saura trouver son public lors des prochaines sessions, le 21 octobre avec 1982, la Marche des Beurs, et 1978, Les Accords de Camp David le 25 novembre. GAËLLE CLOAREC Symphonie architecturale Maison Latapie, Floirac Philippe Ruault. Maison Latapie, Floirac Philippe Ruault. Maison du peuple Jeremy Gravayat. Maison du peuple Jeremy Gravayat. « Le bâtiment est un instrument qui s’ignore, il faut le révéler » explique l’artiste Nicolas Maigret, membre du collectif Art of Failure. Le 20 septembre, dans l’auditorium Germaine Tillion du MuCEM, il présentait Résonant Architecture, une installation vidéo documentaire des plus étonnantes. Depuis 2006, il réalise des expériences dans le monde entier sur des bâtiments atypiques : la tour Freitag à Zurich formée de 17 conteneurs, La Maison du Peuple à Clichy composée de « mur-rideau » ou encore la maison Latapie à Floirac protégée par des tôles ondulées transparentes. À l’aide de haut-parleurs vibrants, il active à basse fréquence toute la structure du lieu pour en révéler une acoustique unique. « Cette technique permet de dévoiler la sonorité particulière des lieux étudiés et donne un rapport différent à l’architecture. L’œil se tourne vers des détails qu’il n’aurait peutêtre pas détecté en regardant simplement le bâtiment. » Pendant une heure, le spectateur est plongé à l’extérieur comme à l’intérieur des lieux étudiés. Les vibrations varient en fonction de la structure, du matériel utilisé mais aussi de l’environnement : « Des captations naturelles ont été ajoutées grâce à l’installation de micros à proximité du bâtiment » ajoute Nicolas Maigret. En associant l’image et la résonnance d’un lieu, le collectif Art of Failure modifie subtilement la perception d’une œuvre d’architecture. Ils ajoutent d’autres dimensions pour développer des sensations encore inconnues. Pour prolonger l’expérience, une installation vidéo sous forme de triptyque a été installée dans l’espace forum du MuCEM jusqu’au 30 septembre. ANNE-LYSE RENAUT L’installation vidéo Résonant Architecture a été projetée le 20 septembre à l’auditorium Germaine Tillion du MuCEM 13 P É OV LÉ NI ET MI QE UN ET S CULTURE L L E



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