Zibeline n°65 jui/aoû 2013
Zibeline n°65 jui/aoû 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°65 de jui/aoû 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 17,6 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... économie et culture.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Du mouvement naît l’équilibre Rencontre avec Bruno Ulmer, qui propose dans le parcours d’exposition Plus loin que l’horizon, à la Villa Méditerranée, d’explorer le thème des mobilités marchandes et humaines en Méditerranée 08 V IL L A M ÉD I T E R R A N ÉE Zibeline : D’où vient cette proposition ? Estce vous qui avez imaginé cette thématique ? Bruno Ulmer : Non ! C’est une proposition de la Villa Méditerranée. Avant que je n’arrive, le 24 septembre 2010, il y avait déjà un comité scientifique pour ce projet d’exposition, déjà qualifié d’exposition permanente, constitué de penseurs et d’acteurs de la Méditerranée. Assez rapidement, ils se sont mis d’accord sur la question de la mobilité et de la jeunesse. Or, au PRIMED, j’avais gagné le prix des « Enjeux méditerranéens » avec un film documentaire produit par Arte, Welcome Europa, qui suivait le parcours de jeunes en migration dans les grandes capitales de l’Europe. Valérie Gerbault, membre du comité scientifique avait gardé le film en mémoire et, quand il a été question de faire appel à des narrateurs, Valérie a suggéré que ce soit moi. Je trouvais cela très audacieux de faire appel à un cinéaste pour transformer en images les propositions, souvent abstraites, du comité scientifique, à moi qui plus est, qui fais du cinéma plutôt radical, tournant autour de l’humain, du sensible, du caché, de la lucidité, sur la Méditerranée. On s’est très vite entendu avec Nathalie (Abou Isaacndlr) sur le cœur du projet : j’ai senti de sa part l’idée de casser les règles muséographiques et d’apporter un regard nouveau, un peu décalé, sensibilisant… Nous avons établi une liste des mobilités méditerranéennes possibles, à partir de laquelle nous explorons trois champs : le marchand, le touristique et l’humain clandestin. Comme le parcours est proposé aux visiteurs durant trois ans, un cycle de renouvellement va se mettre 1167° en place dès la fin de l’année ; probablement les mobilités matérielles qui concernent celles via les réseaux sociaux. Car j’aimerais réunir des bloggeurs de la Méditerranée qui ne se rencontrent aujourd’hui que virtuellement. On parle aussi d’une liaison culturelle entre Marseille et Alexandrie. Donc, après avoir défini votre projet, vous avez eu une totale liberté ? Une liberté absolue ! J’ai fait récemment un « droit de réponse » à Télérama car on a laissé entendre que Régis (Sauderndlr) et moi, on était un peu les faire-valoir de la Région, ce que je démens. On n’est pas du tout dans ce rapportlà ! On a une liberté totale, comme au sein de la Villa, il y a un respect de ce qu’on propose, un accompagnement. Mais si on est là, c’est qu’on adhère à une certaine vision politique de ce que peut être la Méditerranée. Il y a une chose que je tiens à dire : ici, il n’y a pas de cartels qui expliquent tout ; on fait confiance à l’intelligence des visiteurs ; on leur propose du sensible et non une surcharge d’informations. La scénographie y est pour beaucoup, avec ces espaces ménagés pour qu’on puisse s’arrêter, s’asseoir…. Bien sûr ! On veut montrer sans dire. C’est tellement insupportable quand on montre des images et qu’une voix off décrypte comme si on n’avait pas compris ! Le simple plaisir de regarder et de s’ancrer dans un imaginaire nous est interdit. Je veux prendre le contrepied de cela. Un bateau passe, prenez le temps de le regarder ; une silhouette d’un visiteur passe devant le bateau, interrogezvous sur le rapport entre les deux… À un moment vous allez voir des clandestins dans le même axe de regard, en gros plan, et si vous regardez un peu à côté, le port de Marseille en grand : vous vous rendez compte que les deux histoires sont en train de se relier… Donc, non seulement, on fait confiance à l’intelligence des visiteurs mais on convoque aussi leur histoire. On a un gros travail à faire, c’est Bruno Ulmer A.G le recueil des paroles, des récits pour les restituer dans les parcours. Comment le travail s’est-il fait ? On est un lieu de réflexion et de restitution. J’aime bien utiliser le terme « fab-lab » : le laboratoire et la fabrication mis en partage. Il y a un temps de recueil avec les gens qui viennent, comme les jeunes de l’IRD cette année, il y a l’expo qui est un passage et un prolongement avec toutes les formes artistiques. Ainsi pour la programmation de Plus Loin que l’horizon, il y a des films sur les migrations, sur les mobilités marchandes, sur la cueillette des fraises. Au départ, j’avais envie de travailler avec des écrans placés dans des objets comme des barques. La rencontre avec Elizabeth Guyon de Digital Deluxe à Arles a été essentielle. La scénographie était là pour souligner de façon abstraite les propositions d’images avec une volonté de ma part de voir une chose et d’en voir une seconde en décalage, voire une troisième comme dans mes films. Voir dans une image que j’ai filmée une silhouette qui passe donne l’impression qu’on a cassé l’idée d’être à distance. Et la toupie comme symbole ? Un de mes amis, architecte, m’a dit en faisant tourner une toupie : « C’est le meilleur exemple de la science, c’est le mouvement qui donne de l’équilibre ! » C’était l’image de ce que j’avais envie de raconter : du mouvement naît l’équilibre. L’emblème du projet. PROPOS RECUEILLIS PAR ANNIE GAVA Plus loin que l’horizon Villa Méditerranée, Marseille 04 95 09 42 52 www.villa-mediterranee.org Héritages de Médi À la rentrée, la Villa Méditerranée propose, en co-production avec MP2013 et le MuCEM, un cycle de réflexion sur « Les héritages araboislamiques dans l’Europe méditerranéenne » organisé par l’Institut national de recherches archéologiques préventives. La programmation s’établira sur quatre journées, du 11 au 14 septembre. Associant archéologues, historiens et anthropologues, ce colloque se donne pour ambition de faire le point de la recherche sur la présence et les influences de la civilisation arabo-islamique dans la Méditerranée occidentale, du haut Moyen Âge à l’époque moderne.
Méditerranée en docs terranée Les universitaires et spécialistes André Constant, Michel Lauwers, Damien Carraz ou encore YannCodou, entre autres, feront part de leur différents points de vue et études à l’auditorium de la Villa Méditerranée (le 11). L’auditorium Germaine Tillion accueillera la seconde partie : Oueded Sennoune, Anika Kniestedt ou Catherine Richarté cibleront d’avantage leur problématique sur Marseille, ses relations avec le monde musulman (« Les relations entre Marseille et le monde musulman à la fin du Moyen Âge »), et les savoir-faire, techniques et cultures transmises (« Le bourg des Olliers à Marseille au XVIII e siècle : un La 17 e édition du PRIMED organisé par le CMCA s’est tenue du 17 au 22 juin, proposant au public des projections gratuites au MuCEM et à La Villa Méditerranée, ainsi qu’une conférencedébat sur la télévision publique en Méditerranée, animée par Hervé Brusini (à voir sur http://primed.tv/la-conference-en-video-a-la-demande/). Si un public nombreux et très intéressé a assisté à cette conférence passionnante qui a abordé aussi bien les missions d’un service public de télévision que son financement et ses perspectives, on ne peut que regretter qu’il n’en ait pas été de même pour les projections que le public a souvent boudées. À tort, car bon nombre des documentaires présentés étaient de qualité. Et c’est à juste titre que les jurys ont récompensé pour le grand prix « Enjeux méditerranéens » Dance of Outlaws de MohamedEl Aboudi, l’histoire de Hind, une jeune Marocaine violée à 15 ans, rejetée par sa famille et qui tente de survivre en dansant dans les mariages, sans jamais baisser les bras. En la suivant durant 5 ans, MohamedEl Aboudi, qui dit avoir construit son documentaire avec les outils de la fiction, a su faire partager les espoirs, les rires, les moments de découragement de cette jeune femme qui ne cesse de se battre pour récupérer ses papiers et se marier avec Bilal, son fiancé qui purge 20 années de prison pour avoir fait brûler un matelas dans une maison ! Le prix « Mémoire de la Méditerranée » est revenu à In Utero Srebrenica de Giuseppe Carrieri. Vingt ans après le massacre de Srebenica, beaucoup de mères bosniaques ne savent pas où sont les corps de leurs enfants et, inlassablement, continuent à rechercher des indices, des os… Giuseppe Carrieri a recueilli la parole de ces femmes ainsi que celle de psychologues et de biologistes qui travaillent dans des laboratoires d’identification. On ne sort pas indemne de ce documentaire aux images somptueuses en noir et blanc, même si on peut s’interroger sur le parti pris de l’esthétisme de la douleur comme devant certaines photos de Salgado. Plus léger et plus optimiste, le film de Lidia Peralta Garcia, A House for Bernarda Alba, est doublement récompensé : par le prix Art, patrimoine et cultures de la Méditerranée et prix MPM Averroès junior. La réalisatrice a suivi un groupe de neuf femmes gitanes de Séville, qui, dans un atelier, montent la pièce de Garcia Lorca, montrant en alternance cette expérience, et les répercussions sur leur vie quotidienne. Les jurys ont aussi primé Le Martyre des sept moines de Tibhirine de Malik Ait- Aoudia, Ich Liebe Dich d’Emine Emel Balci, Dans les murs de la Casbah de Céline Dréan, Le thé ou l’électricité de Jérôme Le Maire… Tous ces films sont encore visibles à l’Alcazar qui propose des visionnements à la demande durant deux mois. A.G. Centre Méditerranéen de la Communication Audiovisuelle 04 91 42 03 02 www.cmca-med.org http://primed.tv/ID transfert technologique d’Al-Andalus », « Al- Qutun : importation des produits et introduction de la culture du coton en méditerranée occidentale », les 12 et 13). Médecine, astronomie, philosophie seront au programme de la dernière journée (le 14), avec Marilyn Nicoud, François Clément, Fathi Jarray… MANON MATHIEU du 11 au 14 septembre Villa Méditerranée, Marseille 04 95 09 42 52 www.villa-mediterranee.org Dance of Outlaws de MohamedEl Aboudi Des mots qui éclairent la nuit C’est sous le signe de l’amitié que Etel Adnan, Farouk Mardam-Bey, André Velter, Anne Alvaro, le Trio Joubran et Ernest Pignon- Ernest se retrouvèrent pour évoquer leur compagnon de route Mahmoud Darwich. Car tous l’ont croisé, en chair et en os, et en poésie. Avec une belle simplicité et en présence de Leïla Shahid, ambassadrice de Palestine auprès de l’Union européenne, de la Belgique et du Luxembourg, ils ont confié un peu de leurs souvenirs personnels, littéraires, photographiques. « L’hommage en germe depuis sa mort s’inscrit dans l’histoire des Écritures croisées » rappela Annie Terrier qui rencontra le poète en 1997 et lui offrit une carte blanche en 2003 à laquelle participait, déjà, l’essayiste et poète André Velter. Quant à l’intitulé de la rencontre Mahmoud Darwich, Un indien en Méditerranée, celui-ci « a surgi à l’évidence comme l’image la plus juste du peuple palestinien ». De fait la voix rauque de la comédienne Anne Alvaro lisant Le dernier discours de l’indien rouge pénétra plus encore la profondeur du texte : « Et nous savons que la vérité est plus puissante que la justice… », « Nous avons marché pieds nus pour sentir l’âme des gravats… », « Il pleure le peuple de ce lieu blessé… ». Mais l’heure n’était pas à la complainte et bien plus à l’échange ! L’auteure Etel Adnan confia que « la meilleure façon de s’approcher de Darwich était de lire sa poésie ou de l’entendre », que les humiliations vécues par son peuple « le minaient de l’intérieur » et qu’il portait en lui « une vision de la poésie comme l’expression la plus aigue de l’être humain, comme si la poésie était à la pointe de la pensée ». Sur le mode de la conversation entre amis, Farouk Mardam- Bey, engagé dans l’édition des écrivains arabes au sein d’Actes sud, André Velter et Ernest Pignon-Ernest qui le dessina avant de le rencontrer et, récemment, essaima ses empreintes photographiques à Ramallah et à Naplouse, évoquèrent ce qui, dans son œuvre et son parcours, éclaire la nuit. La présence des mythes, l’inquiétude et l’exigence permanentes, l’influence des maîtres classiques, la figure centrale du Christ, la résistance chevillée au corps… Tout ce qui fait qu’il faut « lire Mahmoud Darwich le poing serré et le cœur ouvert ». « Échanger des présents et des chants pour faire taire les armes » : son credo colla à chaque instant de la soirée jusqu’au bouquet final avec le Trio Joubran, accompagné par le percussionniste Youssef Hbeish. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI La rencontre-lecture-concert Mahmoud Darwich, Un indien en Méditerranée s’est déroulée le 23 juin à la Villa Méditerranée, Marseille 0 09 6 V IL L A M ÉD I T E R R A N ÉE



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