Zibeline n°65 jui/aoû 2013
Zibeline n°65 jui/aoû 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°65 de jui/aoû 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 17,6 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... économie et culture.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Culture 2014 ? en débats à La Friche… 06 D P O LI T I Q U E C U LT U RE L L E La Friche et MP2013 organisent une série de débats en partenariat avec Libération, le Ravi, Zibeline, Radio Grenouille et La Provence Ils ont pour but d’interroger public, artistes et professionnels de la culture, afin de préparer l’après capitale culturelle, et dans un second temps d’interroger les politiques sur leur projets pour Marseille et le territoire. Une première série de débats, destinée à centrer les problématiques et mettre au jour des questionnements, a débuté le 27 juin par des interventions autour de L’espace public. D’entrée le thème se recentra autour des bâtiments publics, et l’architecte Corinne Vezzoni (Centre de conservation et de ressources du MuCEM) parla extension de la ville, lumière et espaces intérieurs, bref n’envisagea pas la question dans ses implications réelles. Ce que le sociologue Jean-Louis Fabiani ne fit guère davantage, négligeant de définir l’espace public, parlant de promenades vespérales et non de contenu culturel, de requalification des espaces et non de ce que les artistes peuvent y faire, « Comme à Berlin la légitimité culturelle est impossible ». Certes, mais encore faudraitil y proposer autre chose que des promenades, renchérit Caty Avram, présente dans la salle : « Je ne vais pas emmener des gens se promener dans des quartiers qu’ils connaissent par cœur, je veux qu’ils puissent y vivre des expériences artistiques » … Nicolas Mémain, qui se définit comme un promenologue, avait il faut dire commencé fort, par une provocation de peu de sens : « La culture, il y a ceux qui ne la comprennent pas, et ceux qui font semblant de la comprendre. » Ben non, il y a aussi ceux qui s’en régalent, ceux qui la fabriquent, ceux qui nous font vivre de leurs rêves et de leurs créations. Mathieu Poitevin, avec agressivité mais bon sens, fit remarquer que l’appropriation du centre ville ne concernait pas tous les Marseillais, qu’il n’y avait pas de point d’eau, pas de banc pour s’assoir, et que l’espace public était conçu pour qu’on le traverse et qu’on y consomme, pas pour y vivre. Pierre Sauvageot intervint, trop peu, pour rappeler qu’il fallait se demander comment les artistes s’emparent de l’espace public, que les artistes ont une place à y tenir, que les artistes doivent participer au débat public… qu’il n’y avait pas d’artistes sur scène, et que ces débats autour de la culture ne peuvent se tenir sans eux. Finalement ce premier débat, décevant théoriquement et sur le fond, permit, par les réactions du public, de poser les questions qui auraient dûes être posées par les intervenants… Le prochain, qui sera animé par les soins de Zibeline, avec Radio Grenouille dans la salle, devra poser les concepts plus clairement, et tenter d’en cerner tous les enjeux : mécénat et financements, tout en se demandant ce que rapporte la culture, et à qui, non seulement en termes d’argent, mais en termes d’économie (voir ci après). A.F. Économie privée et culture le 29 août à partir de 18h30 La Friche, Marseille www.lafriche.org Économie Voilà une bien étrange association de mots, mais qui s’impose en plein Festival d’Avignon dont nul n’ignore les flux d’argent qu’il génère… Peut-on parler de satisfaction des besoins, et donc d’économie, à l’heure où la finance prend le pas ? Le mot économie vient du grec oïkos qui signifie le foyer : par extension, elle s’occupe de ce qui est calculable pour satisfaire les besoins du sujet. Or on peut très bien (sur)vivre sans lire un livre ou voir un spectacle. Ce n’est pas un besoin immédiat, et on fonde donc l’idée de son économie sur sa valeur marchande, qui n’est qu’une composante de l’économie véritable. La recherche sur l’économie culturelle fut ainsi longtemps négligée : comment rationaliser l’œuvre d’art échappant aux valeurs d’usage et d’échange ? Comment calculer la valeur de cette photo, de ce film, de ce spectacle ? Ainsi, lorsqu’il est question d’économie de la culture, on la confond presque toujours avec son financement, au mieux avec ce qu’elle rapporte indirectement aux commerces. Comme si on pouvait confondre la valeur de Molière avec ce qu’il en a coûté à Louis XIV, ou avec le prestige qu’il a apporté à sa Cour… La culture fait-elle partie de l’économie contemporaine, ou du moins du marché ? Plusieurs raisons ont favorisé l’intégration de la culture dans la pensée de l’économie : d’abord l’apparition de la culture de masse et de ses dérivés reproductibles, numériques ou mécaniques, dont la rentabilité est calculable. De ses Zénith aux tarifs prédictibles, de ses œuvres qui circulent et sont multipliables à l’infini, dont la copie seule (enregistrements), et le moyen de la lire (les divers lecteurs et les flux), peuvent générer d’importants bénéfices, qui ne reviennent qu’en très faible partie et à grands renforts de lois aux artistes (droits d’auteurs ou d’interprètes). On prend également en considération, surtout depuis ce que la grève des intermittents a coûté à Aix et Avignon il y a dix ans, les retombées indirectes d’une création artistique sur un lieu. L’activité culturelle, non marchande et peu rentable, est donc considérée comme un facteur de développement économique des villes et territoires, et de l’économie privée. Le problème étant que cette rentabilité est globale, et que ce ne sont pas les investisseurs directs, mécènes ou collectivités publiques, qui encaissent les bénéfices de l’activité qu’ils financent. Par ailleurs le marché de l’art a ses tocades et se porte bien, il est un investissement sûr… pour les spéculateurs et non pour les artistes. L’économie ce n’est pas seulement l’argent, mais le bénéfice social… Plus philosophiquement et politiquement, l’économie culturelle se définit comme la prise en compte du bénéfice social que peut recevoir une nation. Ce que la collectivité gagne à avoir un peuple éduqué qui sort de chez lui (du foyer justement) pour aller à la rencontre d’œuvres. C’est cela que les économistes sérieux appellent la plus-value culturelle, peu aisément quantifiable mais néanmoins réelle, et transmissible mieux qu’un capital. Parce qu’on ne perd rien à la transmettre,
et culture plusieurs fois, comme tout ce qui relève de l’économie de la connaissance. C‘est sur cette valeur économique de la culture que bute toute rationalisation : quelle part de son budget la nation doit consacrer à la création artistique ? Comment déterminer le bien fondé culturel d’une œuvre ? Or la question essentielle -qu’est-ce que la culture, c’est-à-dire quelles sont les œuvres qui produisent du bien social transmissible- n’est jamais posée. Le rapport entre le potentiel émancipateur d’une œuvre et son coût n’est de fait pas immédiatement mesurable. Et si l’on peut bien dire aujourd’hui ce que « vaut » un Van Gogh parce qu’il a une existence physique, la plusvalue d’une œuvre de l’esprit, de Shakespeare à Stendhal, n’est guère estimable, encore moins au moment où l’œuvre est produite. Le calcul économique achoppe donc sur deux points : d’un côté la nécessité de soutenir des œuvres qu’« on » pense exigeantes (qui ? l’État ? des experts ? des mécènes ?), celles qui rencontrent peu de public immédiat mais qui font avancer la création ; d’un autre côté le financement des loisirs culturels d’un public déjà aisé, qui vient « voter avec les pieds » comme le dit Jean-Claude Gaudin lorsqu’il voit les foules rassemblées sur le Vieux Port, même lorsque c’est pour écouter Patrick Sébastien, dont on peut dire sans grand risque d’erreur qu’il possède peu de potentiel émancipateur. La culture émancipe-t-elle ou reproduit-elle les inégalités sociales ? L’œuvre d’art se doit donc de rencontrer un public, sans forcément le satisfaire, sinon la créativité n’avance guère ; mais on sait que cette créativité est forcément élitiste : l’homme a tendance à chercher dans le loisir culturel la reconnaissance de ce qu’il connait déjà ou a vu ailleurs, non la nouveauté, la douleur, la remise en cause de lui-même. L’offre culturelle reproduit donc naturellement les inégalités existantes, inégalités d’éducation qui ne correspondent pas forcément aux inégalités sociales, mais les recoupent en grande partie : la culture intellectuelle n’est pas forcément pour les riches, qui aiment aussi retrouver ce qu’on leur a transmis plutôt que de découvrir, mais la culture pour pauvre est souvent, artistiquement, pauvre. Sans oublier que l’art a aussi une fonction divertissante, ce n’est pas à sa popularité que l’on peut estimer la valeur d’une œuvre : comme le souhaitait Brecht, la création se doit de faire avancer la conscience humaine. Mais aux intellos qui l’oublieraient, rappelons ces mots de son Petit Organon pour le théâtre : « Traitons le théâtre comme un lieu où l’on s’amuse, ainsi qu’il convient de le faire dans une esthétique, et examinons quel sorte d’amusement nous agrée (…) la fonction la plus générale de l’institution théâtrale est le plaisir. C’est la plus noble fonction que nous ayons à assigner au théâtre. ». La valeur économique de la culture réside avant tout dans le plaisir, simple ou complexe, qu’elle crée. RÉGIS VLACHOS ET AGNÈS FRESCHEL Marseille, capitale paléochrétienne Le musée d’histoire de Marseille va ouvrir en septembre, et recèle déjà quelques trésors inattendus Cette cité est décidément surprenante, même à ceux qui pensaient en connaître tous les recoins… On connait la grotte Cosquer, la légende antique, la Marseillaise révolutionnaire, le port marchand porte des colonies… voire la Marseille médiévale et la cité rebelle à Louis XIV. Mais Marseille paléochrétienne ? La découverte de la Basilique rue Malaval en 2000 a permis des recherches essentielles, amenant à des découvertes, et à une petite révolution des connaissances historiques de cette époque. Car au V e siècle Marseille était bien une capitale culturelle ! Sans doute contemporains de l’édifice primitif de Saint Victor, les 50 sarcophages, 228 sépultures, et la Memoria dont on ne sait quelles reliques elle abritait, attestent d’une intense vie religieuse, et d’un lieu de pèlerinage. La Memoria en particulier témoigne d’un système de fabrication d’huile sainte, et les sarcophages orientés vers elle d’une vénération exceptionnelle. Restitués dans la position identique dans une vaste salle du futur musée, ils seront pour le futur visiteur une des stations remarquables du nouvel édifice… Qui se construit patiemment. Le chantier est complexe, sous le centre commercial et les Nouvelles Galeries, de plain pied avec le Jardin des Vestiges classé monument historique, avec de faibles hauteurs sous plafond. Adeline Rispal, architecte et scénographe, a tout fait pour que le passé portuaire de la ville soit présent dans les allées, qui nous emmèneront de Marseille avant Marseille (Grotte Cosquer, -30000 ans avant JC), jusqu’à des projections vers le futur, en passant par Gyptis et Protis, Pythéas, le commerce avec les Ottomans et… Plus belle la vie ! Animée par des dispositifs numériques et multimédias, centrée autour d’un objet phare, chacune des 13 séquences est conçue par Laurent Védrine, le Conservateur du Musée, comme un univers pouvant se lire à tout âge, et satisfaire enfants et historiens. Il s’agit de « rendre simple un site complexe ». L’équipement majeur est très majoritairement pris en charge par la Ville (28.6 millions d’ €) complété par 2.34 millions du Conseil régional et 1 million d’Euros de l’État, et par le généreux mécénat de la Société des Eaux de Marseille (3 millions d’ €). La surface d’exposition, de 7000 m², en fait un des plus grands musées d’histoire d’Europe. Par ailleurs un itinéraire en 15 stations historiques est prévu depuis le Jardin des Vestiges jusqu’au MuCEM, en longeant les quais de l’ancien port (Hôtel de Cabre, Maison diamantée, église des Accoules, Caves Saint Sauveur, église Saint Laurent…) On pourra donc redécouvrir l’histoire de Marseille dans les salles et dans les rues, pour finir sur l’horizon marin et les civilisations Méditerranéennes. De plus des animations et un parcours pour enfants sont prévus, un auditorium de 200 places… et de nombreuses conférences. Le musée devrait ouvrir juste avant les Journées du Patrimoine, pour prouver qu’il y aura une vie après 2013… et que Marseille a toujours été Capitale ! AGNÈS FRESCHEL Musée d’histoire de Marseille Ouverture septembre 2013 04 91 90 42 22 musee-histoire-de-marseille.marseille.fr T I Q 07 P O LI U E C U LT U RE L L E



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