Zibeline n°65 jui/aoû 2013
Zibeline n°65 jui/aoû 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°65 de jui/aoû 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 17,6 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... économie et culture.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Faire plus avec m T I Q 04 P O LI U E C U LT U RE L L E C’était en un dimanche caniculaire en Avignon, dans une cour ensoleillée où cette « fille du Nord », comme elle se définit, cherchait l’ombre des parasols, pour y tenir un discours d’une clarté volontaire. Ordonné, passionné et précis. En commençant par répondre sur sa politique de nominations : « Du temps de mon prédécesseur les nominations étaient faites de manière discrétionnaire et arbitraire. À la tête des Centres Dramatiques j’ai nommé trois hommes et trois femmes, ma plus belle nomination étant celle de Catherine Marnas, qui avait été nommée puis dénommée à la tête de la Criée dans des conditions épouvantables. » La ministre de la Culture dit mener une véritable politique culturelle, pour « favoriser l’innovation et le renouvellement des générations esthétiques, et appliquer les procédures dans leurs règles ». Elle veut donner un nouveau souffle au spectacle vivant, parle du vivier de femmes qui existe et qui postule à présent : 50% des candidatures sont féminines, ce qui n’était pas le cas jusqu’alors, par un processus bien connu de renoncement préventif… Par ailleurs la « saison égalité » se profile, qui prendra garde cette fois à la représentation des femmes sur les scènes… ce qui semble essentiel à la rédaction de Zibeline, les programmatrices n’étant pas moins inattentives à l’égalité des artistEs que leurs homologues masculins (voir à ce propos la Nuit Industrielle p 58 programmée par Annette Breuil, directrice de la Scène nationale des Salins et Claire Andriès, responsable de la programmation à MP2013…) Puis la ministre en vint au cœur de son propos : il n’est pas demandé au ministère de la Culture « d’effort budgétaire supplémentaire », et la baisse n’ira pas au-delà de ce qui était prévu, affectant les grands projets somptuaires, mais non le spectacle vivant ou l’enseignement artistique. Il ne fut rien dit des autres domaines –patrimoine, audiovisuel public, aides à la presse- sur lesquels la baisse s’appliquera forcément, mais le dégel des 6% de réserve 2013 fut annoncé, ainsi que le maintien intégral des budgets déconcentrés (DRAC). Les meubles semblent donc à peu près sauvés pour ce qui est du spectacle, d’autant que la ministre réaffirma son attachement à un régime spécifique pour les intermittents « Il faut un système qui valorise l’emploi culturel et la place que prend la culture dans l’économie ; un régime de compensation est nécessaire et doit accompagner et sécuriser les professionnels du spectacle. Qu’on arrête de considérer que ces annexes sont des privilèges, ce sont des nécessités que la Nation a mises en place ! » Dont acte, mais ce sont les partenaires sociaux qui décideront en décembre… Aurelie Filippetti à Avignon Maryvonne Colombani Aurélie Filippetti, après une attaque de Frédéric Mitterrand et d’une partie de la presse en rapport avec des nominations prétendument controversées à la tête de certains établissements nationaux, fait un « point d’étape » sur sa politique culturelle. Questions budgétaires Cependant chacun sait que la baisse du budget du MCC en 2014 est effective, pas plus grave que prévue mais annoncée. La ministre semble faire ce qu’elle peut, mais cette donnée de base, fondée sur une politique nationale d’austérité qui va au-delà des exigences mêmes de l’Europe, est suicidaire dans un secteur où les collectivités territoriales diminuent très nettement leurs subventions, où certaines villes ne peuvent prendre le relais, où les entreprises freinent des quatre fers dès qu’on leur parle de mécénat culturel… Marseille en particulier ne pourra se relever de sa Capitale culturelle qu’avec un franc coup de pouce de l’État, qui devra rééquilibrer en faveur des petites structures de création des dépenses qui ont nettement rogné sur leurs budgets, et aider les collectivités territoriales à ne pas piquer du nez culturel après 2013. Le contexte économique n’est pas du tout le même qu’après Lille 2004, et ce qui a aidé une ville pauvre à se redresser pourrait bien définitivement faveliser Marseille, fracturée en deux ghettos, bourgeois provençaux séparés d’un tiers monde majoritairement algéro-comorien… Par-delà les frontières marseillaises, en particulier en Vaucluse, le Front national fait une montée spectaculaire dans les sondages, et devrait remporter de grandes villes, puis des départements, voire la Région. Lorsqu’on évoque cette éventualité, et qu’on demande comment l’État pourrait dans ce cas mener la politique de coopération État Région qu’elle veut mettre en place actuellement, la ministre tient un beau discours : ce serait un « cauchemar » et seule la culture, et l’émancipation des esprits qu’elle amène, peut nous en sauver. Mais quels moyens le gouvernement met-il en œuvre pour nous en préserver ? Le cas des Chorégies ne fait-il pas école ? La grande tradition lyrique et le sublime amphithéâtre antique, peuplé par les chœurs de la région, diffusé sur les chaines populaires, nous ont-ils préservés du FN et de Bompard ? La couleur de la ville a-t-elle changé depuis grâce aux Chorégies ? L’État a-t-il fait quelque chose pour les maisons de la culture que Bompard a fermées ? Combien en a-t-il coûté à l’État qui a compensé la baisse de subvention d’une Ville qui n’a pas cessé pourtant d’encaisser les taxes
oins ? touristiques et professionnelles engendrées par le festival lyrique ? Laisser mourir le tissu associatif culturel tout parlant de « sanctuarisation du budget de l’État » ne suffit pas dans notre région au bord du basculement, il faut une politique d’urgence… Rénovation des outils Malgré ce manque de moyens constaté, la ministre de la culture veut rénover les outils, par une politique qui ne se concentrera plus sur les grands travaux, « notre pays [étant] désormais équipé », mais sur la diffusion (zones rurales, jeunes, quartiers populaires, pratiques amateures…). Il faut « aller chercher le citoyen ». Mais lorsque l’incohérence de ces mesures avec les coupes actuelles de ministère de l’Éducation envers les options et ateliers de pratique artistique fut relevée, la ministre éluda, parlant de l’importance du temps périscolaire et hors scolaire… Or une véritable politique d’éducation artistique est hors de prix : si l’on veut offrir à chaque français scolarisé un véritable accès à une pratique artistique (ce qui est un des droits de l’homme), même lorsqu’on entend aussi par cela la simple « fréquentation des œuvres », le coût est énorme : seule l’Éducation nationale peut le faire, et elle est en train de se désengager… Par ailleurs, il est évident que l’état actuel de la création théâtrale (puisqu’en Avignon il ne fut guère question que de cela), dans un pays où les auteurs ne parviennent plus à vivre sans être metteurs en scène voire acteurs de leur propre rôle, où il n’y a plus de troupes pour monter les pièces, où les plateaux se réduisent, où les productions se rapetissent et décroissent phénoménalement en nombre, où les « parts des budgets de la création sont en baisse mécanique dans des maisons fonctionnant au mieux à budget constant » -dixit la ministre ! -, on ne voit guère comment une coûteuse politique de diffusion volontariste pourrait être lancée, d’autant que l’on sait comment, sur le terrain marseillais, les associations œuvrant dans les quartiers nord ont du mal à trouver des subsides… Pourtant Aurélie Filippetti l’affirme simplement : si elle fait partie de l’économie et de ce point de vue est essentielle, « la culture est une exception et ne doit pas obéir au marché ». Notre ministre a visiblement obtenu qu’on n’envenime pas la blessure, que l’exception culturelle soit préservée (pour les industries culturelles) dans l’accord de libre-échange USA-UE. Elle prend ce qu’on lui donne pour maintenir des mesures d’urgence et que la chute ne soit pas trop dure. Mais la chute est annoncée, dans un domaine où l’on espérait qu’un gouvernement de gauche comprendrait l’urgence professionnelle et l’importance de l’émancipation intellectuelle et artistique pour la salubrité citoyenne de la nation. AGNÈS FRESCHEL La conférence de presse « point d’étape sur le spectacle vivant » centré sur le théâtre, a eu lieu le 7 juillet à Avignon Marc Munari Faire aimer l’art Un musée d’art n’est pas comme un musée d’histoire ou de civilisation. Il ne cherche pas à nous faire comprendre le monde, mais à susciter l’émotion. Ce qui relève de deux catégories différentes. Le Beau et le Vrai sont évidemment liés, mais certains éprouvent de l’émotion en regardant les Feux de l’amour : il ne s’agit pas de juger leur émotion, mais d’ouvrir des voies pour qu’un autre trouble esthétique leur soit possible. De faire sentir que la force de l’émotion suscitée par une grande œuvre est un immense plaisir. Ce qui passe souvent par une médiation intellectuelle ou ludique. Mais si l’on ne recherche pas ce sentiment du beau (ou de l’horrible, de l’inattendu, de la porte qui s’ouvre…), à quoi sert le rapport direct à l’Art ? Ne devrait-on pas exposer plutôt des cartels explicatifs devant lesquels les visiteurs passent d’ailleurs, généralement, plus de temps que devant les œuvres, ou des explications multimédias genre D’art d’Art ou Palettes ? Le Pompidou Mobile propose à Aubagne 16 œuvres d’art moderne et contemporain. Le dispositif, les tentes, les excellentes conditions d’exposition et de sécurité, les médiateurs, les comédiens prévus pour accompagner la découverte des œuvres, les ateliers pratiques pour enfants, tout est fait pour ouvrir les yeux. Et si l’on se désole que ce musée mobile s’arrête dans notre région durant le temps estival et interdisant toute visite scolaire, on peut compter sur le réseau de la Ville d’Aubagne pour que l’exposition soit visitée à tout âge, et par tous. De plus elle s’inscrit dans la dynamique de MP2013, et peut être une excellente porte d’entrée pour un florilège d’expositions d’art contemporain tout autour (voir pages expositions). Cependant l’exposition, pédagogique, ne semble pas miser sur la révélation esthétique : si Auf Spitzen de Kandinsky est de ces toiles devant lesquelles on tombe en arrêt, si la Cabane éclatée de Buren peut réellement amener à voir l’art autrement, si le Cuadrados oliva y negro de Soto produit son effet de tremblement cinétique fascinant, certaines œuvres, choisies pour illustrer le thème (cercles et carrés) et ses déclinaisons abstraites historiques, visent la compréhension des évolutions et enjeux du dernier siècle, et non le sentiment esthétique. Cette tentative de démocratiser l’art, a en tous les cas, le mérite d’innover en apportant les œuvres jusqu’aux « provinces » françaises et, en termes de public, à s’adresser à la population et non aux touristes. Si le Pompidou Mobile répond aux préoccupations de décentralisation et de démocratisation, il induit cependant qu’on se questionne sur la qualité d’une visite des expositions : ces œuvres réunies pour leur thématique et non pour leurs vertus propres vont-elles faire aimer l’art ? Il est clair cependant qu’une autre politique culturelle est à l’œuvre : la démocratisation ne se mesure plus seulement en nombre de visiteurs, qui ne cesse de s’accroitre au Louvre comme sur le Vieux Port : on se demande comment ces visites peuvent émanciper le regard, ce que le terme même de culture suppose. AGNÈS FRESCHEL Centre Pompidou Mobile jusqu’au 29 septembre Aubagne 04 42 18 18 00 www.agglo-paysdaubagne.com www.mp2013.fr T I Q 05 P O LI U E C U LT U RE L L E



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